yo j'ai galéré à écrire ce chapitre (révisions révisions aha) mais voilà. j'espère qu'il vous plaira
disclaimer : les personnages appartiennent à Disney & Dreamworks. Quelques citations sont tirés de Fauve.
(ps : j'ai modifié légèrement les autres chapitres par soucis de cohérence.)

bonne lecture zoubi !


Chapitre 3
« Emmène-moi nul part, ce sera toujours mieux que quelque part. »

Elle attendit la chute.
Cette-dernière n'arriva pas.
Ils marchaient sur les courants d'air. Littéralement. Elle serra la main du gardien si fort que sa circulation sanguine aurait pu s'arrêter. Il rit, avec ce rire si singulier qui vrillait l'air. Elle se détacha légèrement de lui et imita avec timidité ses pas qui s'échelonnaient dans le vide. Tant qu'il tenait sa main, elle volait elle aussi. Toutes les notions s'échappèrent, les normes volèrent en éclats.
C'était le moment du tout et le triomphe de l'infini.
Elle aurait du détester ce moment. Sentir que tout ce qui touchait à la raison glissait un peu plus hors de sa portée et que son esprit lentement s'anesthésiait. Ce n'était pas le cas. Puis, tout semblait si familier.

« Regarde comme tout est plus beau d'en haut, dit-il au creux de son oreille.
- Où est-ce que tu m'emmènes ? demanda-t-elle. »

Et dans cette question, elle abandonna le vouvoiement.

- Je sais pas. Qui s'en soucie ?
- Personne.

Elle le pensa assez fort pour cueillir à nouveau le sourire du gardien. Il la retint un peu plus fort, et un instant, il se demanda pourquoi. Pourquoi dans le ciel, pourquoi en pleine nuit. Avec cette reine dangereuse qu'il ne connaissait pas. Ses questions s'envolèrent comme vapeur dans l'atmosphère.

Il connaissait son prénom, à présent. Elsa. Elsa d'Arendelle.
Dis, Jack Frost, est-ce que tu trouves ça joli ?

Il la déposa sur la surface enneigée avant de tourner tout autour d'elle, toujours aussi taquin. Il voulait jouer, il voulait tester, il voulait la défier.

« Alors vas-y, montre-moi ce que tu sais faire, princesse !
- Reine, corrigea-t-elle machinalement. Que veux-tu voir ? »

Sourire.
Dents éclatantes.
Mots en suspends.

« Me montrer ce que tu sais faire.
- Rien d'autre que quelques flocons.
- Ça nous fait déjà un point commun, lança-t-il avec un sourire en coin. Allez, vas-y. »

Elsa voulu protester, puis se ravisa. Elle ébaucha un sourire à son tour un sourire timide, bien moins audacieux que celui du gardien. Il était plus proche du fantôme que de l'humain, elle était plus sorcière que reine. Il pouvait la comprendre.
Elle se concentra et sentit la magie coloniser peu à peu son corps. Elle fit naître de ses doigts des sculptures de glace, des flocons géants, un ballet de créations étincelantes sans queues ni têtes. Jack s'y joignit, de la pointe de son bâton. Ils jouèrent un instant, redevenant des gamins insouciants et innocents. Boules de neige et bonhommes de glace.

« Et ça, sais-tu faire, cher gardien ? chuchota Elsa. »

Elle avait bien finir par se prendre au jeu.
Sa magie donna naissance à un lutin de neige qui s'anima fugacement puis se mit à danser autour d'eux. Jack se pencha, sincèrement impressionné par les capacités d'Elsa.

« Tu donnes la vie. »

Il plongea son regard dans le sien et la jaugea. Il fouilla son iris, plongea jusqu'à sa rétine, se laissa porter par ce regard si étrange. Elle donnait vie à des glaçons. C'était à la limite du malsain, c'était inhumain. C'était dangereux.

« Ton pouvoir est bien plus... puissant que ce que je pensais, dit-il.
- Il est monstrueux. »

Elsa fit disparaître ses œuvres d'un claquement de doigt. Il y avait des réminiscences. Des trucs, des souvenirs, des flash enfouis sous la poudreuse, des rayons d'ombre étouffés par la neige. Des murmures ténus mais immarcescibles, au fond. Il ne servait à rien d'y penser, il suffisait seulement d'ignorer. C'était épuisant, ça écorchait petit à petit.

« Il te suffit simplement de le contrôler ! s'enthousiasma Jack. Je pourrais t'aider si..
- Je ne peux pas ! coupa Elsa en secouant la tête. »

Il ne répondit pas.
Elle se détourna brutalement et il posa sa main sur son bras nue. Elle frissonna au contact étrange du gardien comme un effleurement indolent de spectre. Il était là sans l'être vraiment. C'était aussi doux qu'un flocon sur la peau.

« Je déteste le froid, je déteste la glace le givre et le blizzard, les bonhommes de neige les glaçons les tempêtes et... »

Il l'attrapa fermement par les épaules et la tourna vers lui avant de plonger son regard dans le sien. Elle haï ses yeux qui la dévorait. Elle détesta d'une manière viscérale. Alors elle se tue.

« Pourquoi faisais-tu des recherches sur moi ? demanda Jack Frost sans la lâcher.
- Je pensais... » Elle hésita, se mordit la lèvre avec fébrilité. « Que si jamais tu existais, tu pourrais m'en débarrasser. Peut-être. Je ne veux pas rester un monstre toute ma vie. »

Il la lâcha, et elle lu la déception, la colère, le vide dans son regard éteint et délavé par la glace. Mais il ne pouvait pas la comprendre, il pouvait pas. Il n'était pas humain il était esprit, même pas réellement gardien, il n'avait rien, ne connaissait rien. C'était triste à dire mais en un sens, sans l'hiver, il n'était plus rien.

« Je ne suis pas un monstre, chuchota Jack dans un filet de voix lourde de menace. Et ce don ne fait pas de nous des monstres.
- Jack, murmura Elsa. Tu n'es rien d'autre que l'hiver. Tu es l'hiver immortel. Je suis humaine, instable, éphémère, et je ne peux pas réellement contrôler cette force qui est en moi. Je ne peux rien faire d'autre que blesser et congeler.
- Tu peux.
- Je ne peux pas ! S'exclama-t-elle un peu trop fort. Comment un mort qui n'y connaît rien pourrait le savoir mieux que moi ? Qui es-tu, Jack Frost, à part l'hiver ?
- Je suis gardien.
- Pas un vrai gardien, personne ne croit vraiment en toi. »

Jack recula, blessé. Elle rouvrit d'une phrase le trou béant en son sein qu'elle avait réussi à boucher le temps d'une envolée. Alors il s'en rendit un peu plus compte, au fond, de l'absence de matière et de son inutilité flagrante.

« Je pense, jeta-t-il, je pense que vous allez devoir vous débrouiller seule, majesté.
- Non, Jack... je suis désolée. Je ne voulais pas dire ça.
- Oh que si, souffla le gardien en s'éloignant un peu plus.
- Jack, je te jure que... »

Elle tenta de le rejoindre. Ses pieds s'enfonçaient dans la neige et le blizzard lui coupait la vue. Pour la première fois, l'hiver lui glissa des doigts. Elle fit des gestes vains pour écarter la neige de plus en plus dense. Et Jack s'éloignait. Elle devinait sa silhouette floue dans le brouillard. Les contours se brouillèrent. Réalité et formes abstraites se confondirent et laissèrent place aux sapins indécis dans l'horizon. Elle hurla, peut-être. Elle ne s'en rendit pas vraiment compte.
Mais Jack avait disparu.

Elle se posa un milliard de questions. Etait-il parti ou avait-elle simplement perdu foi en lui ? Il ne suffisait pas de savoir il fallait se convaincre. C'était fini. Elle aurait voulu continuer. A croire.

Jack la suivi le long du chemin.
Dans la montagne.
Jusqu'au château.
Jusqu'à sa chambre.
Puis il disparu pour de bon. A quoi bon ? Elle ne le voyait plus.


« Elsa ? Elsa, je te parle ! »

Elsa leva ses yeux cernés vers Anna. Elle se serait endormie si la voix fluette de sa sœur ne l'avait pas cueilli au vol. Grognement. Juste pour lui montrer que oui, elle l'écoutait, mais qu'elle était trop fatiguée pour parler.

« Avec Kristoff, on compte et bien... on comptait se marier ce printemps ! hurla Anna, radieuse.
- Je sais, souffla Elsa. Tu me l'a dit quelque chose comme, trois fois. »

Elle le savait. Qu'elle aurait du se montrer plus enthousiaste.
Mais sa sœur ne se laissa pas ébranler pour autant. Elle énonça à toute vitesse une liste interminable des choses-dont-elle-avait-absolument-besoin-sous-peine-de-mort-imminente composés de douceurs aussi inutiles que des dragées en forme de cœurs et des orchidées roses. Faut jamais oublier les orchidées. Elsa s'appuya sur la table afin de se relever. L'acajou céda place à la glace qui la rongea et s'incrusta à une vitesse qui lui valu un sursaut de recul. Elle tenta de l'en empêcher, mais rien n'y fit.
Il dévorait tout.

« Non... murmura Elsa.
- Elsa ? Tu vas bien ? s'enquit Anna, oubliant ses orchidées le temps d'une minute.
- Mon don, Anna, mon don ! Il redevient incontrôlable ! Je comprends pas ! »

Elle se leva et s'enfuit, Anna sur ses talons. Elle aurait voulu se taper, s'empêcher, empêcher son don de revenir et de dérailler à nouveau. Mais encore une fois, tout allait mal. La neige lui échappait à chaque mouvement.

« Attends, Elsa !
- Arrête de me suivre ! jeta-t-elle par-dessus son épaule en pressant le pas. »

Et il avait fallu que Kristoff apparaisse comme par magie dans son champ de vision, qu'elle fasse un geste pour l'écarter. A la place, ce fut une giclée de glace qui se ficha dans l'épaule de l'homme qui s'écroula à terre comme une vulgaire poupée de chiffon. Anna hurla, Elsa recula. La rousse se jeta sur son fiancé afin de tâter son pouls.

« ELSA QU'EST-CE QUE TU AS FAIT ? cria-t-elle alors que quelques serviteurs accouraient, attirés par l'agitation. QU'EST-CE QUI T'A PRIS ?

Dire qu'elle ne l'avait pas fait exprès était inutile.
Ils chargèrent le corps de l'homme sur son traîneau et Anna le mena jusqu'au sorcier qui l'avait guéri quelques années plus tôt. Elle ne lança pas un regard à sa sœur, ne lui adressa pas le moindre mot. Elle se contenta de filer dans l'hiver naissant.
Elsa ne se ressemblait plus vraiment.

Kristoff se remettait petit à petit de sa blessure glacée, Anna semblait lui tourner le dos et avec elle, tout son peuple. La rumeur de la Reine qui avait à nouveau perdu le contrôle de son don s'était répandu comme feu au poudre. Les gens murmuraient sur son passage. Là était le problème, ils murmuraient sur son passage et elle n'osait plus sortir.

Elle s'était échouée dans sa chambre, perdue entre les draps de satin. Elle avait abandonné sa couronne, ses robes rutilantes et sa cape givrée dans un tas brillant au pied de son lit. Elle réfléchissait, se perdait, hésitait. Elle finit par faire valser ses couvertures. Elle marcha jusqu'à son balcon. Le ciel tirait sur les tons chauds un orange sombre, un rose pale qui noyait le bleu pervenche de la soirée. Quelques étoiles osaient percer les nuages effilés. Bientôt, la nuit serait complète. Elle pensa à Jack Frost, juste le temps d'une respiration. Elle n'était plus bien sure si les instants passées avec lui avaient été réels. Peut-être avait-elle tout inventé.
Peut-être que Jack Frost n'existait pas.

« Salutations, chère Reine de Glace.

Une voix rauque, grêle, désagréable comme des ongles qui crissent sur un tableau.
Elle se retourna aussitôt. Pour se trouver face au cauchemar en personne.