Il se laissa aller à ses souvenirs…
La stupeur se mêlait à l'horreur, son ventre se serrait alors que la nausée montait à ses lèvres. Ses yeux bleus fixaient avec culpabilité la pauvre victime de son imprudence. Dans une
dernière danse, dans les derniers soubresauts de vie qui convulsaient encore la petite forme sur le chemin de terre, la petite âme innocente succombait à l'acte d'inconscience. Pourtant elle l'avait prévenu, elle lui avait prédit ce qui allait arriver. Mais, têtu, il ne l'avait pas écouté et n'en avait fait qu'à sa tête. Il le regrettait maintenant mais c'était trop tard. Il se baissa, recueillant dans ses bras le fragile être vivant qui venait de rendre son dernier soupir. Quand il arrive enfin à destination, ce fut le visage en larmes.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?!
- Maman… j'ai désobéi… je l'avais mis dans le panier de mon vélo… mais il a sauté et…
Sa mère le prit dans ses bras pour le consoler. Elle ne le grondait pas, ne lui assenait pas le culpabilisant « je te l'avais bien dit ». Elle se contentait de le serrer contre elle et d'attendre ses confessions qui vinrent ans un souffle.
- J'ai… j'ai roulé sur Poppy…

Il avait pleuré pendant des jours, rongé par la culpabilité et le chagrin d'avoir causé la mort de son petit compagnon. Milliardo s'en souvenait comme si c'était hier. Sa première victime. Sa mère avait organisé des funérailles dignes d'un prince. Sa petite sœur l'avait câliné à longueur de journée et son père lui avait proposé de remplacer Poppy. Mais Milliardo, du haut de ses 5 ans, avait refusé tout net. Poppy le lapin nain était irremplaçable.