Chapitre 4 : Quand on s'approche trop près des hauteurs…
1662 fut une année charnière pour Molière. Ce fut l'essor de sa célébrité et le début des ennuis.
hide qui ne suivait que peu sa vie sentimentale se trouva fort surpris d'apprendre qu'il n'était plus avec Madeleine mais qu'il allait épouser la fille de celle-ci Armande. C'était une jeune fille de dix-neuf ans blonde et jolie avec laquelle hide s'entendait très bien. Elle était même sa meilleure amie à l'intérieur de la troupe. Armande et Molière avait tenu leur relation secrète de peur de choquer. Epouser sa quasi belle-fille n'était pas chose courante et encore moins lorsqu'elle avait vingt ans de moins que soi. L'annonce secoua la troupe mais personne n'osa faire de reproches à Molière et Madeleine, qui resta à son poste, sembla prendre la chose avec sérénité. Tout ceci n'était peut-être qu'une banale affaire d'amour qui s'était éteint des deux côtés.
hide non plus n'osa pas questionner son mentor mais ce fut à Armande qu'il s'adressa pour avoir un peu plus d'éclaircissements sur cette histoire.
- J'admire votre discrétion. Je vous vois tous les deux sans arrêt et je n'ai jamais rien soupçonné. On voit bien que vous êtes des comédiens !
Armande était en train de repriser une robe de scène. Elle sourit à hide avec des fossettes dans les joues et répondit :
- hide, je sais que tu brûles d'envie que je te raconte comment cela a commencé. Alors pour une fois ne joue pas et pose-moi la question franchement.
- D'accord alors comment en êtes-vous arrivés à ce mariage ? demanda hide en saisissant la permission au vol.
- Cela fait plusieurs années qu'il n'y a plus d'amour entre ma mère et lui. Ils faisaient seulement comme si et ils sont restés bons amis. Je l'aimais depuis longtemps mais il persistait à me voir comme une enfant. Et puis un jour, ses yeux se sont enfin désillés. Il a commencé à me faire la cour et je n'ai pas résisté davantage, je l'avais tellement espéré…
Elle leva sur lui ses beaux yeux verts remplis de gravité :
- hide, j'espère que tu ne penses pas comme les autres que je suis une petite oie blanche qui s'est laissée convaincre par un homme plus vieux qu'elle. Je sais parfaitement ce que je fais.
- Je te connais assez pour ne pas penser cela et je ferai rendre gorge à tout homme qui s'avisera de t'insulter devant moi !
Elle se mit à rire de bon cœur :
- Le voilà qui joue les chevaliers ! Tu es si gentil hide.
hide poursuivit dans la gravité :
- J'espère seulement que toi et Molière n'auraient pas trop à souffrir de cette situation. Les gens aiment tellement la calomnie…
- Qu'ils parlent ! Qu'ils se soulagent de la bave qui les étouffe ! s'écria la jeune fille. Ils ne peuvent rien faire de plus et le roi ne se laissera pas prendre à ces racontars. Nous le faisons rire, il apprécie Jean-Baptiste et personne ne peut rien contre lui.
hide demeura tout de même inquiet.
Le mariage eut lieu en petit comité et fut assez modeste car, à cette époque, la troupe se trouvait dans la gêne. Le patronage de Monsieur était censé leur octroyer une pension mais celle-ci n'avait jamais été versée. Molière avait bien essayé de lui en toucher un mot mais parler d'argent à un prince était très difficile et Monsieur avait toujours trouvé le moyen d'éviter la question. Molière avait de la peine à l'avouer mais il sentait de plus en plus qu'il s'était fait rouler dans la farine.
Pour compenser, la troupe multipliait les représentations. Les Précieuses Ridicules avaient beaucoup de succès et elles valurent aussi beaucoup de critiques à Molière.
hide jouait le rôle de Jodelet, l'un des valets qui se fait passer pour un vicomte afin de séduire les précieuses et donnait la réplique à Molière qui jouait Mascarille. Toutes les précieuses de Paris ayant entendu parler de la pièce, venaient au Petit-Bourbon pour juger par elles-mêmes. C'était assez drôle à voir et à entendre. Plus d'une fois, hide entendit des exclamations indignées descendre des balcons où se trouvaient ces dames « Ah mon dieu quelle insolence ! », « Je ne peux souffrir une telle insulte ! », « Nous ne sommes pas comme cela ! »
Quand il levait les yeux vers ces rangées de perruches bouclées et toutes de soie vêtues, hide ne rencontrait que des regards scandalisés et des mines qui affectaient la pâmoison. Parfois, son regard croisait celui de Molière et ils se faisaient silencieusement la même remarque moqueuse : « La pièce est encore plus réaliste que nous ne le pensions ! »
Une fois, une volée de ces précieuses s'introduisit dans les coulisses et s'abattit sur le pauvre Molière qui se para de son air le plus galant.
- Que puis-je pour vous Mesdames ? dit-il avec un grand salut de chapeau.
- Rien d'agréable Monsieur, je le crains bien, répondit la femme qui marchait en tête d'un air méprisant. Nous sommes seulement venues prendre la peine de vous dire que votre pièce est une infamie ! Nous nous battons pour que les femmes accèdent enfin au même respect que vous les hommes et sortent de la nuit où vous les avez toujours tenues. Votre pièce ravale ce noble combat au rang de farce ! Vous n'êtes qu'un misérable misogyne !
- Sauf votre respect Madame, répondit courtoisement Molière, je crois que vous avez mal interprété mes pensées. Je conçois tout à fait qu'une femme reçoive de l'éducation car je n'aime pas plus que vous les femmes élevées au couvent et qui en sortent naïves, ignorantes et taillées pour être soumises à leurs maris. Cette pièce ne fait que stigmatiser certains excès de la préciosité mais pas son principe fondamental.
- Vous avez l'audace de prétendre que je n'ai rien compris ! s'écria la femme.
- Je ne fais que donner ma propre interprétation de ma pièce Madame, répondit Molière en insistant subtilement sur les deux « ma ».
hide, caché derrière un panneau d'habillage, ne perdit rien de la scène et dut se mettre la main devant la bouche pour étouffer son rire.
La femme et ses compagnes ne trouvant rien de plus à dire prirent congé :
- Monsieur, vous entendrez parler de moi !
- Ce serait avec plaisir Madame mais il me faudrait connaître votre nom pour pouvoir faire le lien.
Elle parut enfler sous l'insolence galante de Molière :
- Je suis Pasithée marquise du Châtelet, jeta-t-elle avec un suprême dédain.
hide pouffa de rire. Ce prénom ridicule n'était évidemment qu'un de ces pseudonymes qu'utilisaient les précieuses. Elle devait l'avoir trouvé dans il-ne-savait-quel roman à l'eau de rose idiot. Pendant ce temps, Molière la saluait avec une révérence que n'aurait pas dédaigné une princesse mais dans laquelle hide savait lire toute l'ironie :
- Marquise, ce fut un honneur…
Elles se retirèrent toutes à petits pas furieux. hide se douta bien qu'elles allaient faire une publicité terrible à Molière et pourtant, il vint toujours plus de monde au théâtre et toujours davantage de précieuses. Une mauvaise presse procure parfois plus de spectateurs qu'une bonne !
Ce petit entretien, ajouté à son mariage avec Armande, donna une nouvelle idée de pièce à Molière. Une sorte de réponse à ceux qui l'accusaient de misogynie : L'École des femmes.
Armande rit aux éclats en la lisant avec hide. Ce dernier allait se retrouver dans son premier rôle « sérieux » car il devait jouer Horace
- Tu sais, c'est pour moi qu'il l'a écrite. Il est jaloux, il me dit souvent qu'épouser une jeune femme comme moi est à la fois une bénédiction et une malédiction. Il dit que je suis trop belle et que je finirai sûrement par le cocufier un jour.
- Alors on devrait cesser de se voir aussi souvent en tête-à-tête, répondit hide en souriant. Il va finir par avoir des soupçons.
- Mais non voyons, il a une entière confiance en toi. Et moi, je ne le tromperai pas même pour un joli minois comme le tien, dit-elle en lui pinçant espièglement la joue. Allez viens, on va commencer à répéter cette scène. Lève-toi et joue l'amoureux.
hide s'exécuta. Il était nerveux parce qu'il n'avait pas l'habitude de ce genre de rôle :
- Ne soyez point en peine où je vais vous mener :
C'est un logement sûr que je vous fais donner.
Vous loger avec moi, ce serait tout détruire :
Entrez par cette porte et laissez-vous conduire.
Armande répondit en jouant le rôle d'Agnès avec une mine de femme abandonnée :
- Pourquoi me quittez-vous ?
- Chère Agnès, il le faut.
- Songez donc je vous prie à revenir bientôt.
- J'en suis assez pressé par ma flamme amoureuse… Armande je suis nul ! s'écria hide. Je ne suis pas du tout crédible en amoureux !
- Mais tu ne fais aucun effort pour l'être hide ! répliqua-t-elle doucement. Mets-toi vraiment à la place d'Horace. Tu fais le bouffon sur scène mais tu es jeune et beau et tu as déjà été amoureux non ? Ce rôle ne t'es pas plus interdit qu'un autre et crois-moi, il est bien plus facile à jouer qu'un rôle comique !
Le visage de hide se contracta légèrement. Oui il avait déjà croisé l'amour. Il lui était passé sous le nez à la vitesse d'une nuit enchantée et il l'avait perdu. Et il avait fallu que cette scène parle justement de séparation et de retour !
Cela lui faisait encore mal de penser à Toshi mais cette douleur pourrait peut-être lui rendre au moins un service si elle l'aidait à se rendre plus crédible. Il se laissa envahir par les sentiments qui l'avaient habité à Vaux. Le souvenir de Toshi les lui rendit dans toute leur force. Il en fut bouleversé car cela faisait six mois qu'il l'avait enfoui au chaud au fond de sa mémoire. Il répéta la scène en prenant la main d'Armande et en la regardant dans les yeux au lieu de les laisser vissés sur la feuille. Cette dernière sourit :
- Eh bien voilà quand tu veux ! Tu as dans les yeux une lumière que tu n'avais pas tout à l'heure. Tu es parfaitement capable de jouer des rôles différents et Jean-Baptiste sera fier de toi.
Molière reçut un nouveau témoignage d'estime de la part du roi, comme une réponse aux critiques dont il faisait l'objet : la première de L'École des femmes eut lieu au Palais-Royal devant la Cour en juin 1663. Après cela, le roi accorda définitivement sa protection au dramaturge ce qui arrangea considérablement les affaires financières de la troupe.
Mais cette nouvelle faveur accrut encore les jalousies et après les précieuses et les courtisans envieux, Molière se retrouva aux prises avec de nouveaux ennemis : les « Grands Comédiens » de l'Hôtel de Bourgogne.
A cette époque, comme on le sait, le genre noble du théâtre était la tragédie. La comédie souffrait d'une mauvaise réputation et était considérée comme un genre mineur, vulgaire et bon pour le peuple. Les acteurs de tragédie étaient même un peu mieux considérés par l'Église parce qu'elle reconnaissait l'utilité de la catharsis qui « purgeait » le spectateur de ses mauvaises tentations. L'Hôtel de Bourgogne était consacré à la tragédie et bénéficiait aussi du mécénat de Louis XIV qui leur octroyait une pension de 12 000 livres. L'étonnante faveur de Molière, représentant d'un genre qu'ils méprisaient cordialement, fut naturellement peu appréciée. Comme ils ne pouvaient pas critiquer le roi lui-même, ce fut sur Molière que s'exerça toute leur méchanceté.
L'un d'entre eux surtout, directeur de cette troupe et comédien lui-même, mena la cabale. Comme il fréquentait les salons littéraires, ce fut sous son nom que commencèrent à circuler des vers satiriques ou carrément injurieux dont se régalaient tous les détracteurs de Molière et parmi eux, Corneille lui-même. Le monde des lettres se trouva ainsi partagé en deux lors de ce qui fut appelé « La Querelle de L'École des femmes ». Du côté des défenseurs, Molière pouvait compter sur Boileau avec lequel il s'était lié d'amitié après que Boileau eût pris sa défense sans même le connaître. Grâce à ce poète, Molière fut au courant de tout ce qui s'écrivit sur lui à Paris. Ce fut Boileau qui lui rapporta un jour, un pamphlet signé du tragédien dont nous venons de parler. hide vint le trouver alors qu'il le lisait. La querelle durait déjà depuis deux mois et il voyait bien que son mentor était bien plus affecté qu'il ne le laissait croire.
- Que lisez-vous avec une si triste mine monsieur ? Si c'est encore l'un de ces torchons, vous feriez mieux de le jeter au feu.
- C'est ce que je vais faire, répondit Molière. Mais il faudra qu'un jour je rencontre ce monsieur en personne pour qu'il me fasse de vive voix les reproches qu'il dit à tout le monde sauf à moi.
hide prit délicatement la feuille des mains de Molière. Il ne perdit pas son temps à lire les vers et alla directement au nom de l'auteur.
- Sugizo…ce n'est pas la première fois que nous voyons ce nom. N'est-t-il pas tragédien ?
- C'est exact, il dirige nos bons amis de l'Hôtel de Bourgogne, dit Molière avec ironie. Je ne pensais pas que ma petite pique à leur intention dans les Précieuses allait me valoir tant de haine. Manquent-t-ils d'humour ces gens-là !
hide eut un sourire mauvais :
- Si seulement nous pouvions répondre quelque chose…
- Oh je vais le faire ! Trop de gens me crachent dessus, je ne peux pas rester sans réponse.
hide était furieux de ce qu'il se passait mais il devait bien reconnaître qu'il ne pouvait rien faire du tout pour aider son mentor. Lui aussi était en train de faire l'apprentissage de la jalousie, de la calomnie, des fausses rumeurs qui sont le lot de tous ceux qui connaissent le succès. Dans sa naïveté de jeune homme, hide n'avait jamais imaginé tant de problèmes et il en était passablement écœuré.
Peu de temps après la représentation du Palais-Royal, L'École des femmes fut joué au Petit-Bourbon. hide, qui aimait bien se fourrer là où on ne l'attendait pas, s'amusa à se promener parmi les spectateurs, son chapeau enfoncé sur les yeux pour éviter qu'on le reconnaisse. Il venait traîner l'oreille et recueillir ce qui se disait sur eux pendant que l'on attendait le début de la pièce. Comme son rôle ne nécessitait plus de maquillage grossier, il aurait bien le temps de revêtir son costume avant de devoir entrer en scène.
Il repéra alors un homme entièrement vêtu de noir, accoudé au balcon du premier étage et qui regardait la scène d'un air mauvais. Un autre vint le rejoindre et ils se mirent à causer d'un air qui fit sentir à hide que des choses intéressantes se disaient. Comme d'habitude, beaucoup de gens se pressaient dans la salle, il n'eut donc aucun mal à se glisser près des deux hommes sans se faire remarquer. Faisant mine de regarder ailleurs, il tendit l'oreille :
- Que faites-vous donc là ? disait le deuxième homme. Je croyais que vous détestiez monsieur Molière !
- Mais c'est le cas mon cher, seulement bien connaître son ennemi permet d'avoir de meilleures armes pour l'attaquer. Je viens voir avec quelle nouvelle horreur il va régaler tous ces idiots et dés demain je m'attacherai à détruire sa réputation dans tous les bons salons de Paris.
- Avez-vous donc oublié que le roi a tellement aimé cette pièce qu'il lui a accordé une pension ? Est-ce que vous oseriez dire qu'il a mauvais goût ?
- Loin de moi cette idée ! Mais je suis assez révolté de voir qu'un saltimbanque de peu de talent a réussi à hisser son théâtre de gueux au même rang que la tragédie !
- Oui, il est sûr que le théâtre n'est plus ce qu'il était. Si des comiques obtiennent des faveurs royales où va-t-on ?
- Dieu sait quelle manœuvre ce Molière a faite pour parvenir à se faire apprécier du roi ! On sait à peine d'où il sort, il est parti de Paris pendant plus de dix ans… On raconte tant de choses sur ces acteurs itinérants, on dit qu'ils se mélangent avec les bohémiens et les sorcières… Et quand on voit ce mariage scandaleux avec sa propre fille, on ne peut que se poser beaucoup de questions !
- Cela suffit monsieur ! Je ne vous laisserai pas débiter de pareilles horreurs plus longtemps !
Les deux hommes se tournèrent avec une surprise totale vers celui qui avait parlé d'une voix furieuse. C'était hide, tête nue, les yeux étincelants de colère. Il avait son idée sur l'identité de cette langue de serpent qui racontait tellement de sottises sur son mentor. Il en était presque à l'accuser de sorcellerie ! Incapable de se contenir plus longtemps, il avait décidé d'intervenir.
L'homme en noir le toisa de la tête au pied et demanda :
- Je peux savoir qui vous êtes ?
- Je m'appelle hide, je suis l'un des comédiens de Molière ! Inutile de vous présenter car j'ai reconnu à votre persiflage que j'avais affaire à Sugizo de l'hôtel de Bourgogne !
hide, dans son énervement, ne prenait pas du tout la peine de parler à mi-voix. Tout les gens autour d'eux avait compris que du rififi se préparait et observait la scène avec un grand intérêt.
Et justement, tous ces regards braqués sur eux semblaient gêner Sugizo. Cependant, son visage prit une expression supérieure et il croisa les bras :
- C'est moi en effet. Maintenant que vous avez fait votre petit scandale, qu'allez-vous faire de plus ? Vous feriez mieux de retourner dans les coulisses et de vous préparer. J'ai hâte de voir cette nouvelle pièce pour avoir une nouvelle fois que votre troupe n'est qu'un tas de gueux qui ne mérite pas ce qui lui arrive !
S'ils avaient été seuls, hide lui aurait sauté à la gorge. Mais une bagarre en public lui répugnait car il craignait d'entacher la réputation du théâtre et celle de Molière par-dessus le marché. Il fit donc un effort pour se contenir et répondit d'une voix saturée de cynisme dans laquelle ressortit tout son accent italien :
- Vous faites pitié…vous avez beau faire le fier devant moi, je vois que vous êtes tout bonnement jaloux. Ca vous énerve de voir la suprématie de la tragédie contestée, vous en crevez de dépit ! J'aimerais pouvoir paralyser votre langue de serpent pour vous empêcher de colporter des ragots sur nous mais puisque je n'y puis rien alors faites ! Déversez votre bave crapaud, les pieds du roi ne marcheront pas dedans ! Il sait qui est Molière, il lui fait confiance et tout ce que vous pourrez dire ou écrire n'y changera rien !
Sugizo rougit de rage et perdit son calme. Il se sentait visiblement très humilié de se faire tenir un pareil langage devant toute une foule :
- Sale petit gueux ! Jamais personne n'avait osé…. !
- Il y a toujours une première fois ! répliqua hide en souriant d'un air mauvais et qui commençait à prendre plaisir à rendre la monnaie de sa pièce à cet homme qu'il détestait. Et ce n'est peut-être fini car si vous continuez, ce sera aussi la première fois que vous vous ferez sortir d'un théâtre à coup de pieds aux fesses !
Des gens dans la foule se mirent à rire ce qui acheva de mener Sugizo au bord de l'étouffement.
- A moins que vous vous décidiez de cesser de jouer les parasites et que vous débarrassiez le plancher de vous-même, poursuivit hide.
Il envisagea de planter Sugizo là et de repartir en coulisse avec la satisfaction de lui avoir cloué le bec avec une petite humiliation en prime. Mais il n'eut même pas le temps de bouger que Sugizo le saisit violemment par le devant de sa chemise et planta son visage rageur à deux centimètre du sien en murmurant :
- Tu me paieras un jour cet affront, chien d'Italien…Et voici pour te convaincre…
Sous la manche de Sugizo, hide vit soudain briller la pointe d'une lame de poignard. Mais tout à coup, quelqu'un d'autre l'arracha à la prise de Sugizo et le fit reculer. C'était Molière, dans son costume d'Arnolphe qui se mit à tonner :
- Sugizo espèce de scélérat ! Si vous avez un problème avec moi, venez me le dire en face au lieu de vous en prendre à mes comédiens !
- Je n'aime pas répéter les choses, votre protégé se fera une joie de vous transmettre ce que je lui ai dis, répliqua Sugizo qui avait retrouvé sa superbe. Mais ne vous inquiétez pas Molière, j'aurais sûrement beaucoup d'autres occasions de vous faire part de mes…impressions.
Et sans un mot de plus, Sugizo se retira et disparut dans la foule qui avait tout regardé avec des yeux ronds mais avec la passivité d'un troupeau de bœufs.
Molière se retourna vers hide qui était encore un peu sous le choc du couteau dont l'avait menacé Sugizo :
- Mon garçon, tu as été très imprudent de chercher noise à cet homme ! Il a beaucoup de relations, tu risques de t'attirer beaucoup d'ennuis.
- Et vous alors ? protesta hide. Si vous saviez ce que je l'ai entendu dire sur vous…j'ai été tellement furieux que je n'ai pas pu m'en empêcher ! Je voudrais être noble rien que pour pouvoir lui passer mon épée au travers du corps !
Molière soupira, moitié souriant, moitié grimaçant :
- Même duc, tu n'aurais rien pu faire car les duels sont interdits depuis Richelieu. Et je sais très bien ce qu'il raconte sur moi…
Il prit le jeune homme par le bras :
- Allez viens, il est temps de commencer la pièce. Nous reparlerons de tout cela après.
hide sentit chez son mentor une profonde lassitude mais préféra reporter ce qu'il avait à dire à plus tard. Il n'avait plus du tout l'esprit à son rôle et il garda le silence pour retrouver le calme et la concentration nécessaire à la représentation.
Molière répliqua à ses détracteurs avec une petite pièce intitulée La Critique de l'École des femmes dans laquelle plusieurs personnages parlent de la pièce et en font le bilan. S'il pensait ainsi calmer le jeu, ce fut loin d'être le cas. Des réponses fusèrent de partout mais cette polémique conféra à Molière une popularité qui lui ouvrait les portes des salons littéraires dans lesquels il pouvait librement défendre son cas. Mais en dépit de toute cette polémique, le soutien de Louis XIV ne faiblit pas. Plus incroyable encore, lorsque naquit le fils de Molière et d'Armande, le roi leur fit savoir qu'il voulait être son parrain. La surprise et le bonheur des deux heureux parents fut sans bornes. Par cet honneur, le roi répondait aux mauvaises langues d'une façon magistrale. En remerciement à son auguste parrain, le bébé fut prénommé Louis.
Je vais rebasculer la fic en section M parce qu'il va y avoir un ou deux lemons par la suite ! ^^
