Blaise se dirigeait vers le troisième étage. Il était presque minuit, aussi hâta-t-il le pas, attentif à son environnement, attentif au moindre bruit dans l'ombre. Il guettait un bruit de pas, un souffle, un miaulement pouvant signaler que miss Teigne l'avait trouvé. A chaque angle de couloir son cœur battait un peu plus fort dans sa poitrine. Il savait qu'en tant que serpentard il ne risquait pas grand-chose à errer dans les couloirs du château, mais il ne voulait pas à avoir à se justifier à qui que ce soit. Il ne voulait pas qu'un seul de ses camarades de classe ait à se demander ce que Blaise Zabini faisait à cette heure dans le couloir du troisième étage.
L'appréhension lui nouait la gorge. Il allait juste voir une fille se dit-il. Mais pourtant le sentiment qu'il allait se passer quelque chose d'important ne le lâchait pas.
Enfin il aperçu la porte au fond du couloir. Il n'était jamais rentré personnellement dans cette salle il n'avait eu que le récit de Drago qui un soir de 1ère année était revenu complètement terrifié d'une escapade nocturne. Il s'était moqué de lui avec ses histoire de chien à trois têtes, encore des histoires à dormir debout pour attirer l'attention s'était il dit. Drago avait constamment besoin d'attention c'était dans sa nature. Son récit s'était avéré vrai comme il avait pu le constater à la fin cette année là.
Il localisa la porte et se demanda un instant s'il allait retrouver le vilain Touffu derrière. Puis il se dit que Hagrid n'aurait jamais osé, en amoureux des bêtes qu'il était, laisser un chien seul dans une salle de classe vide pendant sept ans. Il se morigéna pour cette pensée ridicule et ouvrit la porte.
La salle était vide, quelque pupitre trainait encore de ci de là, des crayons oubliés des vieux parchemins jaunis par le temps. Des traces de griffes par terre, des taches sombres qu'il apercevait a la lumière de sa baguette qu'il avait allumé après avoir refermé la porte, surement des restes de bave de touffu se dit-il. La trappe était ouverte il s'avança méfiant. Cette gourde n'avait quand même pas eu l'audace de lui tendre un piège non ?
Un mot épinglé sur le couvercle de la trappe.
« Rejoins moi un bas, je te promet que ce n'est pas un piège, je veux juste que cette conversation reste à l'abri d'oreille indiscrète »
Il soupira, la maudis une dizaine de fois en pensée, la traita de tout les noms, puis se décida à faire apparaitre une corde qu'il fixa à l'anneau de la trappe. Il descendit le cœur battant, les ombres mouvants à la lueur de sa baguette. Le filet du diable n'était plus là. Et il aurait fait comment s'il lui avait pris l'envie de sauter ? Elle aurait eu sa mort sur la conscience cette imbécile ?
« Je savais que tu aurais l'intelligence de faire apparaître une corde, tu n'es pas un gryffondor stupidement courageux, ou imprudent, alors arrête de me maudire intérieurement, Zabini, je pourrais presque t'entendre d'où je suis tellement tu penses fort »
Elle l'attendait sur le pas de la porte de la salle suivante. Un rais de lumière filtrait éclairant la pièce où il se trouvait.
« Suis-moi » dit-elle.
Et elle ouvrit la porte en grand. Si sa mâchoire avait pu anatomiquement se décrocher et tomber par terre, elle l'aurait fait. Il regardait la salle devant lui avec des yeux ébahit. C'était une salle chaleureuse, aux murs couvert de tentures dont les tons étaient vifs. Il y avait plusieurs fauteuils, un canapé, une table basse, une bibliothèque plus que fournie. Il s'avança et marcha sur un tapis moelleux, il semblait doux il eu presque envie de se mettre pied nu pour pouvoir y enfoncer ses pieds gelés.
Un feu brulait dans une grande cheminée décorée d'armoirie qu'il reconnu pour les avoir vue dans un livre à la bibliothèque durant ses recherches, les armoiries des McKeenan. Une douce chaleur s'en dégageait réconfortante, tout autant que la lumière des nombreuses bougies qui flottaient dans l'air.
Un petit miaulement le sortit de son ébahissement, un chat tacheté de roux et de noir le regardait avec ses grands yeux verts. Il était couché sur les genoux de sa maitresse, elle-même assise sur le canapé. Un grand plateau remplit de victuaille l'attendait sur la table basse, accompagné d'un thé fumant et odorant.
Blaise Zabini se serait cru dans un rêves, qui aurait pu imaginer qu'il existait une salle telle que celle-ci dans les profondeurs du château, depuis quand cette fille avait-elle aménagée cette pièce.
« Whaou » c'est tout ce que Blaise Zabini pu dire d'intelligent. Il alla s'assoir sur un fauteuil faisant face à son interlocutrice. Il continuait de parcourir la pièce des yeux, notant qu'il existait une autre porte, qui devait surement donner sur un chambre se dit-il. Il se sentait bien ici, la pièce lui donnait une sensation de confort et de chaleur qu'il ne trouvait plus dans le dortoir ou la salle commune de sa maison, un confort qu'on ne trouvait plus dans les couloirs froids de Poudlard. C'est comme si le château avait concentré sa chaleur et son point vital en cet endroit, dans ce refuge.
Caitria eut un petit rire, la tête de Zabini valait le détour. Celui-ci releva la tête à ce son clair. Surpris. On n'entendait plus beaucoup ce son ces temps ci. Tout ce qu'on entendait c'était les rires faux, les rires amers, les rires désespérés ou hystériques des élèves, et surtout on entendait les rires cruels des Carrow. Blaise regarda la jeune blonde rire de ce rire qu'on n'entendait plus. Alors il lui offrit un sourire sincère, parce que même si il ne savait pas exactement ce qui l'attendait ni pourquoi il était là, il pouvait être sur d'une chose. Caitria lui avait fait un merveilleux cadeau en l'emmenant ici. Et il lui semblait qu'elle lui avait dévoilé une partie d'elle. Il avait pris un risque en venant à cette rencontre, elle avait pris un risque en le faisant venir dans ce qui semblait être son antre et son refuge.
Il la regarda dans les yeux.
« Alors, pourquoi m'as-tu emmené ici Caitria ? » Il aimait bien le son chantant de son prénom, ça lui rappelait ses origines italiennes.
A l'entente de son prénom elle eu un sourire.
« Pour diverses raisons. Mais fait moi plaisir commençons par manger avant que ça ne soit froid. J'ai cru remarquer que tu ne mangeais plus beaucoup ces derniers temps. Et tu n'es pas venu dans la grande salle ce soir, tu dois avoir faim. »
Il porta alors son attention sur les victuailles et du s'avouer que son ventre criait famine. Il avait le ventre noués quelques heures auparavant il n'avait rien pu manger mais maintenant qu'il était là il se sentait bien, et le poulet rôti dans le plateau lui faisait des yeux doux.
« Ce n'est pas empoisonné, et il n'y a aucune trace de potion de vérité » cru bon d'ajouter la serdaigle, toujours en souriant.
Blaise hocha la tête et décida de faire honneur à ce festin inattendu. Caitria le laissa manger, mais quand il se resservit pour la deuxième fois de la tarte au citron, elle décida qu'il était temps de parler un peu, il se faisait tard elle commençait à se fatiguer, pas que voir le métis se goinfrer ne soit pas une activité passionnante mais bon.
« Tu dois te demander pourquoi je t'ai fait venir là n'est ce pas ? »
« Effectivement » fit Blaise en avalant une énième bouchée de cette délicieuse tarte. Il soupira reposa le reste de tarte avec regret et fit face à la jeune fille. Ses yeux bleus le fixaient avec attention.
« Je pense que les pensées, les idées, les projets d'avenirs que tu nourris dans un coin de ton esprit sont différents de ce qu'on attend d'un serpentard destiné à devenir mangemort à la sortie de Poudlard. »
Il releva la tête méfiant. Il n'avait rien dit à personne sur ses doutes, il pratiquait l'occlumencie certes pas à un niveau élevé mais assez pour savoir si quelqu'un s'était introduit dans ses pensées. Et personnes n'avait vu ses pensées. Personne n'avait pu voir ce qu'il cachait, les doutes, les contradictions qui s'agitaient dans son esprit. Que pouvait-elle savoir elle ne le connaissait pas.
« Qu'est ce que tu peux savoir de tout ça ? » demanda-t-il agressivement. « Qu'est ce que tu peux savoir sur moi, tu ne me connais pas. »
« Non, je ne te connais pas personnellement Blaise, mais je te connais assez pour savoir cela. Je sais que pour toi, un sang pur, un sang mêlé et un né moldu ne sont pas si différents. Tu sais tout comme moi et comme beaucoup d'autre que les idées véhiculées par Voldemort et sa clique ne sont qu'un ramassis de conneries. Je sais aussi que malgré les apparences ça te crève le cœur de voir ce que le monde sorcier est en train de devenir, je sais que tu a peur, Blaise. Et je sais que pour rien au monde tu ne veux devenir un mangemort et un assassin. »
Il la fixa furieux. Oui il avait la trouille, comme tout le monde il ne pouvait pas le nier.
« Et qu'est ce que tu crois que je peux faire, je n'ai pas le choix. C'est soit je me plie à ses ordres soit je meurs. »
« Je sais. Te demandes-tu parfois, Blaise si la mort ne serais pas préférable ? Sais-tu vraiment qui est Lord Voldemort Blaise ? »
Se demandait-il si la mort ne serait pas préférable, oui il se le demandait, mais il se reprenait à chaque fois, se disant qu'il était trop lâche pour mourir. Il baissa les yeux.
« Ou veux-tu en venir, qu'est ce que tu as à me dire sur tu-sais-qui ? »
« Il un nom Blaise »
Il la fusilla du regard, il le connaissait très bien son nom, il lui donnait des frissons dans le dos, il lui fichait la trouille pas besoin de lui rappeler.
« Je ne parle pas de ce nom là Blaise, je parle de son vrai nom, celui qu'il a eut à la naissance. On oublie parfois que l'homme qui se fait appeler Voldemort a été un enfant autrefois, et qu'il a étudié à Poudlard, comme la majorité des sorciers en Angleterre. »
Il la regarda interloqué, Voldemort enfant ? Il n'osait même pas y penser, comment aurait-il pu imaginer à quoi ressemblait le mage noir enfant.
« S'il a été un homme autrefois, il n'a plus rien d'humain, c'est un serpent, un serpent au crochet acérés et venimeux. »
« Oh, oui il ressemble à un serpent, nous sommes d'accord la dessus. »
Elle sourit encore. Lui il ne trouve pas ça drôle. Alors elle soupire.
« Tom Riddle »
« Quoi ? »
« C'est son nom, son vrai nom. Et c'est un sang mêlé. »
Cette nouvelle fit l'effet d'une bombe sur Blaise il la regarda choqué. Voldemort un sang mêlé ?
« Tu vois Blaise, Voldemort ment, manipule tout le monde, son père était un moldu et sa mère une sorcière presque cracmole. Son père a abandonné sa mère, et celle-ci est morte après sa naissance parce qu'elle n'avait plus la volonté de vivre après que son moldu de mari soit partit. »
Caitria fixait Blaise, son chat toujours sur les genoux. Il arborait une expression perdue. Son masque de froideur n'était plus.
« Si je te raconte ça, c'est parce qu'il faut que tu te rendes compte d'une chose. Voldemort ressemble peut-être à un serpent maintenant et il détient une grande puissance. Mais il a d'abord été Tom Riddle, un orphelin, un enfant, et un humain. Et il est toujours humain, Blaise, il a perdu son humanité cela ne fait aucun doute, mais si il est toujours humain, il est encore mortel. On peut encore le tuer. »
Le métis releva soudainement les yeux. L'idée même que le serpent soit encore humain, l'idée qu'il soit mortel lui paraissait folle. Il était inatteignable.
« Personne ne peut le tuer, il est trop puissant, aucun sorcier n'a assez de pouvoir actuellement pour défier tu-sais-qui. Il ne restait que Dumbledore, et il est mort » dit-il avec amertume.
« Harry Potter peut le tuer, il semblerait que c'est d'ailleurs ce à quoi il est destiné. »
« Potter ? C'est un abrutit, il se fera écraser comme une mouche »
« Harry Potter a les capacités pour mettre fin au règne de Voldemort, je peux te l'assurer, et il va falloir que tu t'accroche à ça Zabini, parce que c'est le seul espoir qu'il te reste »
« Le seul espoir qu'il me reste hein ? Soutenir Potter ? C'est ça que tu veux que je fasse ? Tu veux que je soutienne le balafré ? »
« Non je te demande juste de croire en lui, c'est la seule chose que je te demanderais à propos d'Harry, parce que c'est la seule chose qui peut te donner encore de l'espoir, je sais que ça ne te donnera pas la motivation pour te battre, je ne suis pas folle contrairement à ce que tu penses. Je sais parfaitement que si tu te bas ce ne sera pas pour Harry, tu ne l'aime pas, par contre… »
Blaise se redresse il sent qu'il va entendre encore une fois une chose qui ne va pas lui plaire.
« Par contre…, je me pose une question Blaise, serais-tu prêt à te battre pour quelqu'un que tu aimes ? »
« Je n'aime personne. » crache-t-il avec rage
« Vraiment ? N'essaye pas de me mentir Blaise, ça se voit comme le nez au milieu de la figure, tu es amoureux de Ginny Weasley. »
Il est blême maintenant, il a les mains qui tremblent, il a envie de sortir de cette pièce, elle l'emmerde avec ses questions, qu'est ce qu'elle sait de tout ça.
« Tu ne sais rien » murmure-t-il « Tu ne sais rien de ce que je ressens pour elle.»
Caitria soupire, elle savait que cette discussion allait être difficile.
« Ma proposition est la suivante, une fois que tu l'auras accepté tu ne pourras plus faire marche arrière. Je peux te faire rejoindre les rangs de l'Ordre du Phénix. Je pense que tu es quelqu'un de bien, je te propose un avenir et une vie meilleure. Mais il va falloir que tu te battes pour ça, il va falloir que tu te battes si tu veux un jour pouvoir avouer tes sentiments à Ginny Weasley. Il n'est pas trop tard Blaise, tu peux rejoindre le bon camp. Et quoique tu puisses penser tant que Harry sera vivant il y aura encore de l'espoir. »
Il la regarde complètement indécis perdu.
« Tu as jusqu'à la fin de la semaine pour me donner ta réponse. Tu peux partir, et ne t'inquiète pas les couloirs seront vides sur ton passage. »
Alors il se lève, hagard et quitte la chaleur réconfortante de la salle, remonte par une échelle apparue de nulle part jusqu'à l'ancienne salle de sortilège et sort dans les couloirs froids de l'école. Il a froid, il est perdu il ne sait pas ce qu'il doit faire. Il se dirige par automatisme jusqu'à sa salle commune perdu dans ses pensées.
Cette nuit là Blaise Zabini rentra sans encombre dans son dortoir, sans rencontrer âme qui vive. Pourtant il n'était pas le seul élève hors du dortoir loin de là. Mais ça il ne le saurait qu'au petit déjeuner le lendemain matin.
Quand Severus Rogue, Directeur de l'école de sorcellerie Poudlard, entra dans la grande salle ce matin là, il ne s'attendait pas à un tel spectacle. Lui qui comptait prendre calmement un bon café pour se réveiller après une nuit encore une fois trop courte fut… furieux ? Non il n'était pas furieux, il n'était pas non plus en colère ou quelque autres synonymes de ce mot. Severus Rogue était presque heureux, il était soulagé, il sentait une brise fraiche, invisible, chasser ces idées noires. Les couleurs de la Grande Salle lui redonnaient du baume au cœur. Mais comme personne ne devait savoir ce qu'il pensait réellement, il ne le montra pas. Et pour faire bonne mesure, il fit semblant d'être furieux parce que c'était ce qu'il était censé être.
Alors quand il entra dans la grande salle ce matin là, à regret, Severus Rogue se vit obligé de piquer une crise de colère devant l'état des murs et du ciel magique.
Il piqua une crise pour les graphitis de couleur criardes qui recouvrait tout les murs, il se mit en colère pour les banderoles colorées qui célébraient la résistance, il hurla contre le ciel magique qui affichait clairement son allégeance puisqu'on pouvait voir écrit « vive Harry Potter » en lettre dorée.
Enfin tout cela il le fit intérieurement, puisqu'après tout il n'était pas la chauve souris des cachots pour rien, il se contenta donc de lancer un regard noir aux élèves, de lancer quelques remarques acerbes d'un ton glacial, de menacer tout le monde comme il savait si bien le faire. Puis d'un tour de cape il fit demi-tour pour prendre son petit déjeuner au calme dans son bureau. Une fois enfermé bien à l'abri des regards, Severus Rogue s'autorisa un grand sourire. Parce que oui, il savait sourire, quand il était content.
Oui vous avez bien entendu, Severus Rogue mangemort de son état, la terreur des élèves, la chauve souris des cachots était plus que satisfait de voir que la bande de cornichon qui était ses élèves avait enfin réagit. Il sentait les murs et la magie de l'école vibrer d'enthousiasme. Ce matin là, Severus Rogue était heureux que Poudlard se rebèle enfin.
Alors pour faire bonne mesure, dans le secret de son bureau, il rajouta 20 points à gryffondor, serdaigle et poufsoufle pour « service rendu à l'école ».
