« Hier, une macabre découverte a été faite dans la campagne près de Baltimore… »
Je n'attendis pas la suite de la phrase pour éteindre mon radioréveil. Je me préparai rapidement, m'occupai de mon corbeau avant de partir au bureau. Je n'avais quasiment pas dormis de la nuit, l'affaire du roi me faisait beaucoup cogiter, et lorsque je m'endormi enfin, le réveil affichait deux et demi. La nuit fut également troublée par des cauchemars. Je me réveillai en sueur et ne pouvais plus me rendormir.
En arrivant, je me rendis directement à la morgue trouver Zeller et Price. Ils étaient en train de parler à Crawford lorsque je m'avançai, ils me saluèrent tous avant de m'informer des nouveaux éléments qu'ils avaient découvert.
« La victime s'appelle Peter Brown, tu es sûre que ca va ? Demanda Price, changeant de sujet d'un coup après avoir vu mon visage cerné de noir.
-Comment ca ? Oui, bien sûr que ca va, lui répondis-je.
-Je sais pas, tu as l'air d'un… cadavre, surenchérit-il.
-Mais quel tact Price ! Le gronda Zeller.
-J'ai pas beaucoup dormi cette nuit, mais ca va, finis-je par avouer. »
Depuis que je suis arrivée, Crawford me regardait du coin de l'œil, comme s'il me jugeait, je l'interrogeais du regard, et il me répondit à voix haute.
« -Price a raison, tu n'as pas l'air bien, et ca ne date pas d'aujourd'hui. Tu pousses peut-être trop… »
Je restai bouche-bée en entendant ca, je ne savais pas quoi répondre, c'est vrai que je ne me sentais pas au meilleur de ma forme, mais ce que sous-entendait mon supérieur me blessa sincèrement. J'étais encore capable d'assumer parfaitement mes responsabilités de flic !
« -Je vais très bien ! On peut revenir à l'affaire maintenant ? Demandai-je, signifiant à Crawford que je n'allais pas lâcher aussi facilement.
-Oui, bien entendu, ajouta Zeller alors que mon supérieur esquissa un rictus discret. Donc notre ami Peter était connu des services des stups pour trafique de drogue. C'est comme ca qu'on a découvert son identité.
- C'était un simple revendeur, mais il faisait parti d'un réseau nommé « Antlers », rajouta Price. On peut cependant exclure que la tueuse face parti d'un de ses réseaux, en tout cas, en tant que revendeuse.
-Puisqu' on a retrouvé des traces de drogue dans son corps.
-Ce n'est pas surprenant, les dealers sont souvent des drogués, précisa Crawford.
-Oui, mais généralement, ils ne se droguent pas avec le souffle du diable, ce qui fait de moi le grand vainqueur ! Annonça Price, visiblement fier de lui.
-Elle est facile d'accès ? Demandai-je.
-A la base, c'est une drogue colombienne, qui est importée aux USA, puis revendue. Elle est aussi facile d'accès que la méthamphétamine. Elle transforme son consommateur en parfait petit zombie obéissant. Les malfrats l'utilisent pour vider le compte de pauvres gens qui ont le malheur de croiser leur chemin.
-Soit dit en passant, on pourrait également la fabriquer ici, à condition de s'y connaitre en plante. Cette drogue tirée de deux plantes le datura et la belladone.
-Vous pensez qu'elle pourrait faire partie d'un réseau en tant que cuisinière ? Demanda Crawford.
-Ce n'est pas impossible.
-Ca nous fait déjà une piste, ajoutai-je.
- Je vais mettre des agents sur le coup, annonça Crawford. Quant à toi, me dit il en me pointant du doigt, je veux que tu contactes un de nos indic' qui serait susceptible de savoir quelque chose.
-Très bien, j'y vais de suite. »
J'étais ravie qu'il ne me refuse finalement pas l'affaire. Il aurait été dans son droit, après tout. C'est vrai que je ne vais pas très bien ces derniers temps, et que cela pourrait poser problème pour l'enquête, mais apparemment il me faisait assez confiance pour me laisser sur le coup.
En sortant de la salle cependant, j'entendis Zeller demandais si c'était une bonne idée de me laisser en activité, puis la voix de Crawford répondre « on verra bien ».
C'était clair, je n'avais pas droit à la moindre faiblesse.
En remontant vers mon bureau, j'eu la malchance de tomber sur le docteur Lecter. On se salua et il entama la conversation, ce qui m'exaspéra.
« Notre rendez-vous de ce soir est il toujours d'actualité ?
-Bien sur, dis-je en évitant minutieusement son regard, je le vis cependant pencher la tête sur le côté tout en m'examinant du regard.
-Vous n'avez pas l'air au mieux de votre forme.
-Je n'ai pas bien dormi cette nuit avec l'enquête, répondis-je, surprise qu'il prenne de mes nouvelles.
-Je pensais que vous me considériez encore comme étant un minimum votre psychiatre, répondit-il après un temps de réflexion et de considération.
-je m'excuse, mais je pensais que l'annulation de mes séances étaient une preuve suffisante concernant notre relation patient-médecin, lançai-je totalement confuse de sa réponse.
-J'espérais que notre rendez-vous de tout à l'heure laissait encore un espoir. »
Si j'avais accepté de le revoir dans un lieu publique, c'était d'abord parce que je n'osais pas le contredire, ensuite, un café ouvert fréquenté par une foule de gens présentait pour moi un moins grand risque qu'en privé, mais en aucun cas je ne pensais reprendre ma thérapie.
Crawford arriva alors et me délivra des griffes du psychiatre et me laissa partir.
Je contactai mon indic' dès que je franchis le pas de ma porte. Il s'agissait d'un dealer de drogue qui avait était libéré après avoir collaboré avec nous qui répondait au nom de Jason Smith. J'appris qu'il connaissait le réseau Antlers et lui demanda de venir rapidement pour que je puisse lui poser des questions. Il fut là dans les deux heures qui suivirent.
Il avait déjà rencontré Peter Brown, mais il n'était pas spécialement proche de lui et ignorait par conséquent qui aurait bien pu le tuer. Il me donna cependant quelques noms qui faisaient partie du clan, de simples dealers, mais c'était déjà ca de gagner, et cela ouvrait une nouvelle piste. Je fis des recherches sommaires sur ces dealers. Ils avaient tous un casier et j'ai ainsi pu facilement retrouver leur adresse. C'était évidemment dans des quartiers difficiles où la présence des flics était vraiment très mal vue.
Je me rendis dans le bureau de Crawford pour lui faire un compte-rendu des informations de mon indic' et lui déclarai mon intention d'aller enquêter dans ces quartiers. Il me considéra un moment avant de me dire de prendre avec moi deux collègues. En général, on est seulement deux sur ce genre de coups. Sans doute que mes petits malaises l'inquiétaient. Malgré cela, il me laissa bosser, bien que j'en sois heureuse, je me demandais jusqu'où il pouvait pousser ses hommes avant qu'ils ne craquent.
Nous allions frapper à chaque adresse des dealers dont on m'avait donner le noms, mais aucuns n'étaient là, si on devait en croire leurs mères, leurs sœurs, ou bien leurs compagnes, certains étaient partis faire les courses, d'autre « travailler », et quelqu'un nous a même répondu que le dealer à qui nous voulions parler était parti à son cour d'aqua-poney. Nous avons réprimé un fou rire, entre l'aberration et le ridicule de la situation avant de laisser la jeune femme. On savait très bien que ca ne servait à rien d'insister, et qu'on n'arriverait qu'à obtenir des ennuis avec les locaux. Alors nous décidâmes d'abandonner la piste… pour l'instant.
Je payai à manger aux hommes qui m'accompagnaient et nous parlâmes de l'enquête, et le sujet dériva rapidement sur mon célibat qui commençait à durer. Je leur répondis que mon homme s'appelait Lazare et que lui au moins, serait toujours fidèle. Et nous rîmes encore, jusqu'à ce que l'un d'entre eux me fasse une réflexion sur Will, qui selon lui, « avait de la chance d'avoir sous son charme une fille avec un si joli minois » Je rougis subitement, et les agents se moquèrent gentiment de moi.
Je n'avais jamais vraiment réalisé que Will me plaisait, je le savais, sans en avoir conscience. Comme on sait que nous possédons des bras, des jambes, sans en avoir conscience constamment mais en sachant tout de même qu'ils sont présents à chaque instant. Cette révélation me sauta au visage. Il me plaisait, certes, mais est-ce qu'on pouvait dire que j'étais amoureuse de lui ? Je méditais là-dessus en écoutant d'une oreille distraite la conversation de mes hommes. Il avait dérivé sur les amours de l'un d'eux qui était tout l'inverse de moi et enchainer les conquêtes, Ils s'étonnèrent même que je n'en fasse pas partis. Et sa réponse fut sans appel « C'est que mes conquêtes sont moins belles, j'aurais trop peur de me prendre un vent ». Après avoir finit de manger, nous retournâmes à la voiture.
Ma tête se mit à tourner et il fallut que je m'accroche pour ne pas tomber. Mes collègues arrivèrent autour de moi et m'aidèrent à retourner à la voiture. Un marteau frappait dans ma tête au rythme d'un cheval au pas, ou d'un cerf. Je leur demandais de ne rien faire, que ca allait passer. Nous retournâmes aux bureaux. Sur le trajet, mon malaise passa. Arrivée devant mon poste d'ordinateur, Crawford arriva devant moi et me demanda de prendre le reste de ma journée. J'allai contestai mais m'abstins lorsque je vis son expression sur son visage. Il était visiblement hors de question que je dise quoi que ce soit. Je pris ma veste et déguerpis du bureau, vexé par l'aptitude de mon supérieur à mon égard. Il me demande d'enquêter mais me met en suspension dès que je fais un petit malaise ! Ca m'énervait au, je ne comprenais absolument pas sa logique. Sur le chemin, Je croisais Will qui me salua. C'est à peine si je le lui rendis, je ne pris même pas la peine de m'arreter pour lui parler tellement j'étais énervée contre Crawford, et cette colère s'étendait au monde entier.
Je rentrais donc chez moi et allai chercher Lazare, qui était manifestement ravi de me voir arriver si tôt. Cette vision m'adoucit un peu. Je le pris avec moi, j'allai me changer et enfilai un jogging et des baskets et allai courir dans la forêt accompagnée de mon corbeau.
Après une heure de course, je retournais chez moi et me douchais pour me préparer à mon rendez vous. La course m'avait calmée, j'étais moins en colère mais il me restait l'amertume de m'avoir mise de coté.
Ce fameux rendez vous auquel j'aurais préféré ne pas aller arrivait à grand pas. Je ne voulais vraiment pas y mettre les pieds. Il me fallait du courage pour m'y rendre. J'hésitai à prendre Lazare avec moi, le café était juste en face le parc dans lequel j'avais rencontré Will, mon oiseau était familiarisé avec cet endroit, et puis, il avait l'habitude d'être lâché seul pendant un moment. Et je sais qu'il ne s'éloignerait pas. Il risquait cependant de venir me voir alors que je discuterais avec le docteur. Sauf si nous étions à l'intérieur. Et puis je me souvins que Lazare détestait e l'odeur du café, et qu'il vole toujours à l'autre bout de la maison lorsque j'en faisais, s'il n'avait pas la possibilité de sortir.
Mon choix était fait, j'allai prendre mon ange gardien tout de noir vêtu et prendrai un café noir serré en guise de répulsif.
Une fois prête, j'enfilai ma veste et appela Lazare, qui était ravi de faire un tour avec moi avant de me mettre en route vers le café en question.
J'arrivai avec une demi-heure d'avance et en profitais pour marcher dans le parc avec Lazare qui me survolait tranquillement. Je me posais sur un banc et observai les alentours pour savoir par où je devrais aller si ca tournait mal. Je devenais paranoïaque, voilà que je me mettais à chercher des plans d'évasion !
Soudain, je vis Lecter se diriger vers le lieu de rendez vous, et s'assoir en terrasse. Mon cœur s'emballa. Je me sentis obligée de me lever pour le rejoindre. Lazare croassa d'une voix étrange, s'envola et vint se poser sur mon épaule, je le caressai du doigt, sous les yeux médusés des passants.
Je traversai la route avec mon oiseau et se dernier s'envola dès qu'on se rapprocha du café. Je ne pensais pas que ca marcherait si bien.
Je me stoppai un instant pour prendre une grande inspiration et me dirigeai vers lui avec le pas plus assuré possible. Le vent souffla d'un coup dans mon dos avant de se calmer et Lecter tourna la tête vers moi comme s'il avait détecté ma présence. Il me sourit et se leva.
Près de moi, j'entendis croasser. J'espérais que l'odeur le tiendrais à l'écart le temps de l'entretien.
Je lui tendis ma main moite, bien que nous nous soyons déjà vu dans la journée et il la saisit avant de se rassoir. Un silence s'installa avant qu'un serveur vienne prendre notre commande. Comme prévu je prie un café serré sucré et le docteur prit la même chose, le sucre en moins.
« -Vous êtes en avance, lança-t-il.
-Vous aussi, remarquai-je.
-Il aurait été inconvenable d'arriver après une dame.
-Je ne mérite pas tant d'attention, dis-je dans un sourire faussement satisfait.
-C'est la moindre des politesses. »
Le sous entendu était clair. Je ne méritais effectivement pas cette attention mais il s'est contenté de la faire pour ne pas paraitre impoli. C'était assez subtil de sa part pour qu'on ne remarque pas la pique. Mais je l'avais fait. Et je n'hésitai pas à le regarder droit dans les yeux pour cette offense dissimuler. Ce qui a du lui plaire, car quand il eu déchiffré mon regard, un imperceptible sourire se dessina sur ses lèvre. Je crois qu'à ce moment, je remontais dans son estime.
Un blanc s'installa entre nous. J'entendis croasser à coté de moi, et du coin de l'œil, je vis un oiseau noir se rapprocher en marchant. C'est à ce moment que le serveur réapparut et nous servit nos cafés. Lazare s'arrêta, et reparti dans le sens inverse et alla se percher sur un poteau pas très loin du café. Je savais que si quelque chose tournait mal, il serait là pour me défendre. Un corbeau peut être aussi mauvais qu'une oie, c'est pour dire !
J'observais chaque mouvement de Lecter pour tenter de l'analyser. Il avait remarqué le comportement du corbeau, et nous regardait, Lazare et moi, successivement en tentant de comprendre pourquoi le corbeau agissait de la sorte. Je ne lui avais jamais parlé de l'oiseau, car nos séances tournaient autour de mon travail et de mes rêves, je n'ai donc pas vraiment eu l'occasion de lui en parler. Puis il porta sa tasse à ses lèvres en fixant dans les yeux lorsque le volatile s'envola hors de notre vue, surement que lui pouvait nous voir.
« - Rentrons dans le vif du sujet, si cela ne vous dérange pas, lança-t-il après avoir posé sa tasse.
-je vous écoute, répondis-je anxieuse.
-Pourquoi avoir arrêté votre thérapie ?
-Cela faisait plusieurs mois que nous avions commencés, et je n'ai remarqué aucun changement.
-Il est courant que ce type de traitement si on peut parler ainsi mette du temps à agir, il est normal de ne pas ressentir d'amélioration rapidement.
- Je vous l'accorde, seulement la raison qui m'a poussé à venir vous voir, mes cauchemars, n'ont fait qu'empirer.
-Et vous pensez que j'en suis responsable ? Demanda-t-il après un temps de réflexion.
-Oui, pensai-je. Non, répondis-je, je ne pense pas que ce soit de votre faute. Je pense que nous n'avons pas procédé de la bonne manière.
-Pourquoi ne pas m'en avoir alors tout simplement parlé ? Demanda-t-il suspicieusement. »
Je restai sans voix devant sa question. J'avais commis la plus grosse erreur de ma vie : Celle de ne pas avoir réfléchie. J'allais m'en apercevoir bien plus tard, mais elle me fut fatale. Pour une fois, je me voyais obligée de lui dire la vérité, ou du moins, une part de cette vérité.
« - Je n'y ai pas réfléchie sur le coup, je vous avouerais, dis-je un peu honteuse. Les séances m'effrayaient d'un coup, après ma crise de panique. Je n'ai pas eu le courage d'y retourner.
-Si je vous comprends bien, vous avais quitté mon cabinet parce que cela ne menait nulle part selon vous et que vous avez pris peur ? Me dit-il. Je vais vous dire pourquoi j'ai tenu à prendre un verre avec vous. Cela fait déjà quelque temps que vous êtes ma patiente, et je vois en vous un certain potentiel. Vous êtes quelqu'un de très intéressant, continua-t-il. C'est pour cela que je n'ai pas envie de vous laisser partir. Bien que vous ayez un fort potentiel, il est indéniable que vous souffrez de troubles hallucinatoires, et ce pourrait être très dangereux, pour vous, mais aussi pour votre entourage. C'est également pour ca que j'aimerai continuer notre thérapie. Si mon bureau vous pose des problèmes, nous pouvons choisir un autre lieu de rendez-vous. »
Je n'en revenais pas de ce qu'il me disait. C'était la première fois que je l'entendais dire que j'étais « intéressante » et je ne comprenais pas pourquoi il disait que j'avais un fort potentiel. Plus étonnant encore, il souhaite continuer nos séances. Je sentais bien évidemment quelque chose de bizarre là-dessous mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Il se comportait d'une façon vraiment étrange. Je ne comprenais pas quel était son but. Et bien évidemment continué à le fréquenter en tant que médecin n'était pas pour me rassurer. Je lui demandai de me laisser du temps pour réfléchir à sa proposition, il sembla satisfait. Je ne pu m'empêcher de le détailler pour tenter d'obtenir une quelconque information grâce à son comportement, mais il resta parfaitement calme et serein.
« -Pourquoi faire autant d'effort pour moi ? Lançai-je .
-Parce que je ne peux pas vous laisser sans suivit dans l'état que vous êtes. J'ai été informé de votre malaise de tout à l'heure. Crawford a eu raison de vous renvoyer chez vous.
-Et parce que Crawford vous l'a demandé… déduis-je.
-Oui, il me l'a demandé, mais mon désir de continuer votre thérapie remonte à plus longtemps. Je sais que cette demande de votre supérieur peut m'y aider, mais ce n'est pas que pour lui faire plaisir que j'ai accepté de continuer votre traitement. Je pense sincèrement qu'il vous serait réellement utile de continuer une thérapie. Je ne vous recommande pas du tout d'ignorer ma proposition, en tant que médecin. »
. J'avais grand intérêt à suivre ces conseils de docteur. Je savais bien qu'il avait raison. Mais la perspective de continuer ma thérapie avec lui me glacer littéralement le sang. Il semblait en réalité prévoir quelque chose pour moi, mais je n'arrivais pas à discerner son ambition. Il semblait également vouloir me garder sous surveillance, car il ne m'a pas proposé de changer de psychiatre, comme dans la plupart des cas où la relation avec le médecin n'est pas des plus amicales. Or, il n'y a pas fait allusion une seule fois. Deux options s'offraient alors à moi la première était que par « intéressante » il sous entendait que je l'intéressais pour une relation. Ce qui était très peu probable, vu son intérêt pour Will, et sa méthode pour me séduire. Un médecin n'a pas le droit de sortir avec ses patients. Ce n'était donc pas ca. La deuxième solution était qu'il veuille effectivement me garder sous surveillance et même me manipuler en cas de besoin. Bien que l'idée de manipulation me paraissait vraiment fort, je ne trouvais pas d'autres mots pour le décrire. Je pourrais toujours demander à changer de psychiatre, mais c'est alors lui qui m'orienterait.
Je savais qu'il était en relation avec le docteur Du Maurier, et cette femme m'inspirait aussi peu confiance que le docteur Lecter, le dégoût en plus. J'ignore pourquoi j'éprouvais du mépris pour elle, elle ne m'avait jamais rien fait, et j'ai du lui adresser la parole deux ou trois fois seulement, mais je ne souhaitais déjà pas l'avoir en tant que psy. Je m'abstins donc de demander.
« J'aimerais avoir votre réponse le plus rapidement possible, si cela vous ne ennuie pas, dit il, m'arrachant à ma réflexion.
-Oui, bien sûr, je tenterais de prendre ma décision rapidement. »
Il acquiesça de la tête, avant de changer de sujet.
«- Comment avance l'enquête ? »
Aie. Sujet sensible.
« - On a découvert que la victime a été drogué.
-Avec quelle substance ?
-Le souffle du diable d'après Zeller et Price.
-Je vois, elle est très rependue en Amérique du sud. Son agresseur a pu en faire ce qu'elle voulait.
-Oui, c'est pour cela qu'on n'a pas retrouver de marques qui montrent que la victime s'est débattue.
-C'est habile de la part du meurtrier. Très habile. Elle ne doit pas être à son coup d'essaie.
-Vous pensez qu'elle a déjà tué ?!
-Peut être pas tué, mais assister quelqu'un dans son meurtre, oui, ca s'est fort possible.
-Et elle aurait finit par vouloir tuer à son tour…
-Peut être a-t-elle toujours voulu tuer. »
Je me tu pour réfléchir à ce qu'il venait de me dire. Je finis mon café en une gorgée et reposai ma tasse. Le docteur m'imita avec grâce et élégance.
Plus je le regardai, plus il me fascinait. Il avait ce quelque chose qui rend un homme singulier. Il était unique en son genre. Il cachait quelque chose derrière ses airs courtois et diplomates. Je voulais découvrir ce que c'était. Mais cette chose qu'il cachait me terrifiait également.
Plus je m'interrogeai à son sujet, plus ma tête tournait. Je posai mes doigts sur mon front en fronçant des sourcils dans l'espoir que ce geste fasse disparaitre la douleur. Ce fut évidemment un échec total. Le docteur me demanda si ca allait, auquel je répondis d'un hochement de tete bref et d'un petit « oui ».
Voyant que je mentais, il se leva et vint s'agenouiller en fasse de moi avant de me prendre doucement la main pour la décoller de mon front et chercha mon regard. Il m'examina rapidement et sortit un médicament au nom imprononçable de sa sacoche. Il demanda un verre d'eau qui arriva immédiatement avant de me donner le produit. J'eu un moment d'hésitation avant de finalement avaler le médicament avec l'eau. L'effet fut extrêmement rapide, et bientôt je me sentais de nouveau très bien.
« -C'est pour cela que vous devriez continuer vos séances, dit-il d'un ton doux, mais tranchant. »
Je ne répondis rien.
Il appela le serveur pour avoir l'addition. Je proposai au médecin de me laisser payer sa part, pour le remercier du médicament, mais il insista pour m'inviter et il paya pour moi.
Le rendez vous touchait à sa fin. Il s'était relativement bien passé.
En se levant, le docteur me proposa de faire un bout de chemin avec moi, bien que lui soit venu en voiture. J'habitais assez près pour venir à pieds. Je me voyais mal le lui refusais, sa voiture été garée dans la direction de ma maison. Il était doué. Il savait comment obtenir ce qu'il voulait sans en avoir l'air. Ce qui m'inquiétait.
Nous nous mîmes en marche en direction de nos destinations respectives. Mais à peine avons-nous quitté le café qu'un croassement retentit derrière nous. Je n'eu pas le temps de me retourner que Lazare s'était déjà perché sur mon épaule gauche, celle qui était évidemment à coté d'Hannibal Lecter. J'étais dépitée, j'avais oubliée Lazare ! Mais quelle idiote je faisais ! Il croassa un « salut » en direction de Lecter qui était totalement médusé. Il ne s'en cachait visiblement pas. C'était la première fois que je voyais ce genre d'expression sur son visage et je dois admettre que ca valait le détour. Il mit plusieurs secondes à s'en remettre en fixant le corbeau qui tentait de sonder l'inconnu.
Puis il reprit son expression habituelle.
« -C'est votre animal ?
-O..Oui, il s'appelle Lazare, je l'ai recueillit quand c'était un oisillon… »
Je savais qu'il n'allait pas apprécier que j'aie apporté mon animal à notre rendez-vous. Je commençais à paniquer en vue de sa réaction, qui ne vint pas. Peut être a –t-il vu mon angoisse et a décider de ne pas tenir compte de Lazare.
« - Vous ne m'en avez jamais parlé, dit-il sans doute surpris.
-Oui, c'est vrai, mais je n'en jamais vraiment eu l'occasion. »
Il regarda l'oiseau avec amusement. Il tendit alors la main vers lui, chose que je ne pensais pas qu'il ferait. Mais Lazare se baissa en ouvrant les ailes et son bec en direction de la main du médecin. Il était sur la défensive, bien que ce soit normal pour un oiseau de défendre sa « femelle » ca ne fit que renforcer ma méfiance envers Lecter. Ce dernier compris aussitôt qu'il ne valait mieux pas tenter d'aller plus loin et retira sa main.
« -Je suis désolée, mais il ne laisse pas les étrangers le toucher, d'autant plus lorsque ce sont des hommes…, dis-je un peu gênée.
-Ce n'est pas grave, je m'attendais à ce genre de réaction. Pourquoi l'avoir amené avec vous ?
-Je n'aime pas le laisser seul à la maison, donc dès que j'ai l'occasion de le sortir, j'en profite, un peu comme quelqu'un qui sortirait son chien, sauf que le mien a des ailes.
-il doit être très important pour vous.
-Oui, je me sentirais vraiment seule s'il n'était pas là
- On se trompe souvent sur ces oiseaux, qui son en réalité très sociable et intelligent. Vous lui avez même appris à parler, j'ignorais qu'on pouvait faire cela.
- Moi aussi je ne le savais pas, jusqu'au jour où il a dis son nom, ce qui m'a vraiment surpris sur le coup .
-je n'en doute pas, les animaux possède parfois d'étranges secrets, tout comme certaines personnes… conclut-il avec une drôle d'intonnation. »
Nous étions presque arrivé à sa voiture mais je me stoppais nette dans ma marche lorsqu'il prononça ces mots, a tel point que Lazare se rattrapa en ouvrant ses ailes. Le docteur se retourna deux secondes plus tard un air interrogateur sur le visage. D'un coup des bois surgirent de son front et poussaient dans toutes les directions, certaines branches se dirigèrent directement sur moi. L'homme en face de moi devint noir et rachitique. Les bois mes touchèrent. Ils étaient froids et visqueux.
Mon cœur s'emballa à sortir de ma poitrine, ma respiration s'accéléra au point de me faire mal, des coulées de sueur froide me traversèrent le dos à me glacer le sang et ce dernier tambourinait à rythmes rapides dans mes tempes. Ma gorge devenait sèche et j'avais du mal à trouver de l'air. Mes oreilles commencèrent à siffler, accompagné d'un croassement paniqué de Lazare qui battait des ailes de panique. Mes jambes deviennent comme du coton remplit de Fourmies. Je suffoquais sur place, je cherchais de l'air en me tenant la gorge, mais rien n'y faisait, je sentais le monde entier chanceler sous mes pieds et mes jambes avaient de plus en plus de mal à me porter. Mon corps entier transpirait à grosses goutes, me glaçant la peau.
Ma vue s'obscurcit et tout devint noirs. Je me sentis tomber mais je m'évanouis avant d'avoir touché le sol.
