« Salut, Yu-chan ! »
Un seul oeil, une seule lumière, laquelle dardait de sa flamme cet unique organe de la vue qui était d'autant plus aveuglé qu'il avait passé déjà un certain temps dans les ténèbres de la chambre : Lavi ne pouvait pas le voir, mais le visage de son vis-à-vis se contorsionna sous l'effet de ce qui aurait pu être de la peur, s'il ne s'était pas agi de Kanda Yu.
« Quand même, tu aurais pu me dire bonjour tout à l'heure, t'es pas très poli ! » ajouta l'apprenti bookman.
A cette remarque, Kanda sortit de sa torpeur, sentant son sang bouillir et battre violemment contre ses tempes et dans le bout de ses doigts, qui sous cette impulsion s'emparèrent du col du roux, tandis que dans son autre main, sous le choc du mouvement, la flamme de la lampe manquait de s'évanouir, n'en amplifiant que plus la surprise de l'attaque. Elle se rétablit enfin, permettant à Lavi de voir le regard assassin du Japonais, dont le bleu glacial n'était aucunement réchauffé par la lueur orange qui l'éclairait.
Lavi ne s'attendait certes pas à un accueil chaleureux, mais il n'avait pas non plus anticipé une telle réaction. Il aurait pu profiter de leur position inhabituelle (Kanda le coinçait sous lui de tout son poids, prenant bien soin de l'obliger à maintenir sa tête contre le lit, la sienne n'étant d'ailleurs qu'à une faible distance, de sorte que son souffle, entre mesure et rage, venait s'abattre contre son visage ) pour sortir l'une de ses blagues tendancieuses, mais jugea plus judicieux de s'abstenir sur ce coup. A la place, il abaissa ses mains qu'il avait à peine eu le temps de lever en défense, laissant à son assaillant le champ libre pour la suite. Il n'y avait à la vérité pas grand chose à faire face à un Kanda animé par une rage aussi manifeste... Dans un sens, Lavi avait tout de même un doute sur ce qu'il fallait penser de ce « rejet » : il aurait pu espérer réaction plus positive, mais ce n'était pas non plus de l'indifférence. Il n'aurait même jamais cru que lui, le « baka usagi », aurait pu un jour mettre le kendoka, aussi sauvage soit-il, à ce point hors de lui.
- Qu'est-ce que tu viens foutre ici ? siffla Kanda.
- Et toi, pourquoi est-ce que tu t'énerves autant ?
Trop tard sans doute, Lavi réalisa que cette réponse n'était peut-être pas la plus judicieuse pour qui entendait rester en vie, et s'apprêta à la compléter dans l'espoir d'apaiser la menace qui pesait littéralement sur lui, quand à sa grande surprise, celle-ci lâcha prise et recula pour s'adosser au mur, recouvrant comme par magie tout son flegme glacé.
- Je n'ai rien à te dire, même si c'est pour te dire bonjour. Si tu a une requête ou autre, essaye toujours, autrement : dégage.
- Au moins ça a le mérite d'être clair... soupira l'ex-exorciste avec un sourire plus déçu qu'amusé.
- Tu veux que j'abrège pour toi ? demanda le Japonais en tapotant sur le manche de son sabre qu'il avait rengainé entre temps, d'un ton dont on n'aurait su dire s'il était amusé ou menaçant.
- En fait... Je n'ai rien de précis à te dire, je v... Mais un « Tch » emprunt d'une espèce de ricanement l'interrompit.
- En gros tu es en train de me dire que tu viens m'emmerder pour ne rien me dire ?
Cette fois, son ton était tout à fait méprisant. Et comme si cela ne suffisait pas, il y adjoint un regard empli de morgue.
- Désolé, je ne pensais pas « t'emmerder » à ce point, dit cette fois Lavi d'un ton franchement sec.
- Je te raccompagne pas ? ajouta son interlocuteur, amplifiant le dédain véhiculé par cette question rhétorique, en prenant bien soin d'avoir l'air d'être déjà passé à autre chose : un bruit sourd de botte négligemment lâchée au sol, suivi de celui d'une fermeture zippée : Lavi n'eut pas besoin de plus pour saisir le message.
Cependant, s'avançant vers la fenêtre, il tourna légèrement la tête en direction du Kendoka, sans le regarder, et ajouta en ultime réplique : « J'ai dit que je n'avais rien à te dire, pas que je n'avais rien à faire... ».
Puis il mis un pied sur le rebord de la fenêtre, et sauta dans la nuit.
Kanda lui, était resté immobile, sa veste à moitié démise de ses épaules encore voutées dans le mouvement, un regard empli de circonspection à l'adresse de la fenêtre.
« Nani ?... »
Le soleil pointait à peine derrière la campagne toscane encore paisiblement endormie. Paisiblement, n'était cependant pas le terme adéquat à l'état de l'un des clients de l'hotel …. : Yu Kanda, après quelques heures d'un sommeil instable et bref, se leva, comme à son habitude, très tôt. Il ne réfléchissait pas encore, cette tendance à mettre ses neurones en veille était presque devenue automatique. Par le passé, elle avait bien des fois délesté son âme de souvenirs douloureux. Du poids de cette vie toute réglée qu'il avait acceptée par dépit, peut-être aussi l'espoir avait-il son rôle à jouer, fut un temps : il n'était plus très sûr...
Devant le miroir, sa conscience refaisait cependant surface : difficile, même pour un esprit engourdi par la fatigue, de ne pas réagir au reflet qu'offrait le vieux miroir en acajou qui surplombait le lavabo à l'émail usée : le reflet d'un jeune homme au visage presque émacié, las, épuisé par une nuit qui ne daignait l'admettre au pays des songes que pour l'en faire ressortir plus épuisé encore. La nuit avait été fraiche : Kanda avait eu chaud. L'hotel baignait dans le silence : sa tête bourdonnait comme sous l'effet du charivari des habitants qui s'affairaient dans la rue le jour. Le draps étaient de l'étoffe la plus douce qui soit, fraichement lavée : sa peau pourtant insensible était parcourue de démangeaisons qui ne faisaient qu'ajouter à sa nervosité. En somme, depuis qu'il y avait mis le pied, ce pays semblait mettre tout ses efforts à l'oeuvre pour le faire quitter les lieux au plus vite. C'était d'ailleurs bien dans ses intentions. C'était malheureusement sans compter sur cette maudite affaire qui au fil des recherches ne faisait que se perdre un peu plus dans le flou. Rien. Kanda ne voyait absolument rien d'anormal dans cette foutue ville. Pas le moindre corps, pas le moindre suspect, aucune trace du comte, pas même un akuma de niveau un, il doutait même que les vapeurs empoisonnées de ces êtres aient jamais entaché la chaleur tranquille de ces lieux. Quant aux trente personnes soit-disant disparues, pas un mot, nulle plainte, pas même une femme voilée de noire dans la foule populaire. C'était à se demander si Komui n'avait pas plutôt cherché à l'envoyer là pour l'occuper, le voyant tourner comme un lion en cage, histoire de le distraire : c'était réussi...
Et pour couronner le tout : le rouquin qui s'invitait au beau milieu de la nuit pour déblatérer d'incompréhensibles conneries. « Lavi » ou pas, en fait ce type était définitivement bizarre.
« Sono qui per le pulizie. » *
Arraché à ses pensées ennuyeuses, Kanda se leva d'un bond, et alla ouvrir la porte. Sans prendre la peine de regarder la femme, de ménage selon toute vraisemblance, il sortit d'un pas leste.
« Quello gli! E l'educazione ? »** grommela la jeune italienne. Mais le Kendoka avait déjà atteint les escaliers, qu'il descendit à grandes enjambées. Il s'arrêta en bas de ceux-ci en se tenant le pied : son accoutrement de « camouflage » - si au moins il savait de quoi il était censé se cacher ! - en plus d'être selon lui ridicule – qui diable avait bien pu inventer ces maudites redingotes qui gênaient tant ses mouvements ? - était hautement inconfortable. Depuis deux jours qu'il portait ces chaussures de civil, il n'avait pu s'y habituer. C'était pourtant l'œuvre de Johny : il allait l'entendre à son retour !
Après s'être contenté d'un déjeuner sobre à base de jus d'orange fraichement pressée, et d'un de ces croissants à la crème immondes qu'il ne put finir tant il l'écœurait, Kanda sortit afin d'essayer de s'enfoncer dans des ruelles, sombres si possible. C'était sans compter sur le soleil qui dardait ses rayons dans ses sombres pupilles, et recouvrait la pierre de construction d'un film jaunâtre presque aveuglant. Kanda lui, aimait le mauvais temps, les nuages appesantis de pluie et d'orage. Pas cette gaieté écœurante qui s'emparait de chaque parcelle du paysage toscan, le paysage urbain y compris.
Il allait presque se résigner à faire demi-tour pour se réfugier dans la fraicheur nettement plus paisible de l'hôtel, voire peut-être même pour téléphoner à Komui et lui demander une autre mission : s'il était une chose dont il avait horreur, c'était bien qu'on lui fasse perdre son temps. Mais avant même qu'il a pu faire volte-face, une main sortie de nulle-part l'agrippa au poignet et le tira dans un angle entre deux échoppes. La figure était encapuchonnée sous un morceau d'étoffe brune, mais nul doute : la taille, aux alentours du mètre quatre-vingt, et surtout la mèche orangée qui rebiquait à la lumière du jour qui s'infiltrait même ici...
- Mais qu'est-ce que tu fous ? Tu me suis ou quoi ? Fous moi la paix ! cria le jeune Japonais hors de lui. Ils n'étaient pas spécialement en « froid », ou « fâchés », ou quoi que ce soit du genre, mais il avait tout simplement envie de l'envoyer se faire foutre, juste ne plus jamais le revoir : il l'exaspérait. Il se foutait de la raison de ce ressentiment sorti de nulle part, et se contentait encore une fois d'assaillir son vis-à-vis d'un regard charbonneux.
- Tu es suivi depuis que tu es sorti de l'hôtel, c'était juste pour te prévenir.
- Qu...quoi ? bafouilla Kanda, ébahi. Lui ? Suivi ? Sans même qu'il s'en soit aperçu ?
- Tu te fous de... eh!
Mais Lavi s'enfonçait déjà dans l'interstice entre les deux bâtiments qui les enceignaient, l'ignorant tout à fait, pour ne plus être enfin qu'une ombre sous cape. Tant bien que mal, Kanda le rattrapa en courant avant qu'il ne le perde au détour d'une ruelle. Ce faisant, il se maudit pour ne pas avoir tenté d'identifier la personne qui le suivait. Mais à quoi pensait-il en suivant cet idiot ?
Au bout d'à peine cinq minutes de course entre les murs de pierre médiévale, le rouquin impassible atteignit enfin une petite porte en bois grisé par les ans et la chaleur sèche des longs étés. Sans y être invité, le Japonais qui l'avait rattrapé lui précéda le pas dans le repère exigu que les deux archivistes avaient du investir depuis un certain temps déjà, à en juger par les innombrables journaux qui jonchaient le sol.
Continuant d'ignorer l'intrus, Lavi se dévêtit, pris calmement une liasse de feuilles jaunâtres, et commença à prendre des notes d'une écriture mesurée, régulière, mais rapide.
Dépité, le brun l'observa sans bouger, toujours posté dans le mince espace de pénombre entre la porte et une petite fenêtre dont les carreaux de verre étaient tombés depuis longtemps. Bookman, lui, n'était pas là. Kanda eut d'ailleurs un infime éclair de panique en réalisant qu'il aurait tout à fait pu se retrouver nez à nez avec le vieillard en entrant ici. Il devait être en vadrouille à cette heure, à la recherche de quelque information à archiver. Quel ennui. Sa vie n'avait sans doute rien de très excitant, mais le choix que Lavi avait fait de cette vie de gratte-papier le dépassait. Certes, il voyageait, il voyait du monde, mais certainement pas le meilleur, et sa vie se résumait enfin à coucher sur du papier inerte des évènements, des rencontres, des individus, eux aussi peu à peu plongés dans l'inertie froide indissociable de la fonction de « bookman ». Ils portaient bien leur nom, les membres de cette secte étrange qui agit dans l'ombre : des hommes de papier, tout aussi froids que leurs archives. Sans parler du fait que Kanda détestait tout ce qui touchait aux livres, à l'écriture, la lecture... La vie était ailleurs pour lui.
« Tu veux quelque chose peut-être ? »
Sorti de sa torpeur, le jeune épéiste fixa son regard interloqué sur le roux, lequel poursuivait son enregistrement, comme si nul n'avait brisé le silence.
- Tu m'attrapes au coin d'une rue, tu me dis que je suis suivi, puis tu m'amènes ici sans rien ajouter de plus ? Oui, je veux quelque chose : dis-moi ce qui se passe ici, bordel !
- Je t'ai pas amené ici. C'est toi qui m'a suivi.
- On s'en fout, c'est pareil : je suis là. Arrête de chipoter !
Poussant un soupir las, peut-être un brin condescendant, le jeune archiviste leva son regard effroyablement calme vers le brun, lâchant enfin sa plume en signe d'écoute.
- Je passais dans les parages pour mes enregistrements. Je t'ai vu. J'ai vu que tu étais suivi. Toi non, visiblement. J'ai juste voulu te prévenir, mais si ça te dérange que je te rende service : compris, ça ne se reproduira plus.
- … c'est quoi ce ton ? C'est tout ce que t'as à dire ?
- ...
- Oi !
- Quoi bordel ? J'ai rien à ajouter que tu ne saches déjà : tu enquêtes vraisemblablement sur ce type toi aussi, normal qu'il te flanque des sbires aux trousses. Moins normal par contre que toi tu ne les aies pas remarqués... Mais maintenant que tu le sais, c'est plus mon problème.
Ne le quittant pas des yeux, Kanda fit un pas en avant, croisa les bras contre son torse, les sourcils froncés de circonspection. Lavi allait alors reprendre sa plume en main, mais le Japonais ne sembler pas vouloir lâcher prise.
- Attends... De quoi tu parles là ? C'est qu'il « ce type » qui m'envoie des fouines ? Je comprends rien à ton baratin.
- … ? Attends, je croyais que t'étais là pour cette mission, si c'est pas le cas qu'est-ce que t'es venu faire à San Gimignano au juste?
- Bien sûr que oui j'ai une mission ici, je choisirais pas ce cadre si je voulais prendre des vacances, idiot !
- T'es pas obligé de m'insulter à tout bout de champ... Et... mais, attends une seconde, tu veux dire que t'as pas la moindre idée de ce sur quoi tu enquêtes ?
Cette fois ci, c'était au tour de Lavi d'être interloqué, à tel point qu'il en oublia sa rancune, et regardait désormais le jeune exorciste avec des yeux ronds comme des soucoupes. Kanda était réputé pour être l'un des meilleurs de la Congrégation. Un véritable félin, sensible à tous les détails. Une acuité aiguë à tout ce qui faisait son environnement. Capable même de sentir et de localiser une feuille morte en chute alors même qu'il avait les yeux bandés. Du genre à boucler ses missions en un rien de temps, avec efficacité et discrétion. Cette fois ci, il répondait certes au deuxième critère, en ayant laissé au placard son attirail d'exorciste (cela dit, avec ses yeux fins typiquement asiatiques, et sa longue chevelure noire et veloutée à la vue, et son teint presque aussi diaphane que le sien, il ne pouvait qu'attirer les regards de la population locale), mais pour ce qui était de l'efficacité... Lavi fut surpris de constater qu'en l'occurrence elle lui faisait gravement défaut.
- Je suis arrivé ici il y a peu : j'ai cherché tout indice suspect de nuit comme de jour, mais cette ville est trop calme. Komui m'a parlé de trente personnes disparues, pourtant ici tout est comme si rien ne s'était passé... Et arrête de me regarder comme ça ! Si tu sais quelque chose dis-le au lieu d'avoir cet air hébété! Tch ! bougonna Kanda en détournant le regard. Il avait la désagréable sensation d'être sondé par les yeux vert véronèse obscurcis par le manque de lumière. Les ouvertures n'admettaient que peu celle du jour, donnant à l'endroit un air d'ailleurs, qui discordait totalement avec la chaleureuse aura cuivrée qui émanait de la ville. De ce fait, les cheveux dorés de son ancien camarade revêtaient un ton des plus terreux. Terre se Sienne ? L'éclat sanguin et attrayant en moins. Agacé, le kendoka saisit une lampe à huile et l'alluma, forçant l'oeil et la chevelure du rouquin à retrouver leur chaleur rassurante. Et même encore, son sentiment de certitude d'être en terrain connu défaillait.
« On y voit rien là-dedans... » ajouta-t-il, comme pour s'expliquer, sans vouloir en donner l'impression.
Mais Lavi se leva et se déroba à son regard pour aller fouiller au fond de la piaule, au milieu d'un tas de périodiques dépecés, laissant sa phrase flotter dans un silence un peu pesant.
N'y tenant plus, Kanda s'adossa à une poutre de bois, n'osant pas s'assoir franchement sur un bout de la vieille causeuse en velours élimé, et d'une teinte entre la pourpre et une vieille picrate. Il lui semblait y voir des taches d'encre. Ça ne collait pourtant pas avec l'image des deux archivistes, soigneux au possible, aussi discrets et délicats que des criminels qui cherchent à effacer toute trace de leur passage, de leur existence. Ces taches devaient être d'une nature autre, pourtant il lui semblait que tout dans ce sofa, de l'aspect défraichi aux traces d'usure sur l'assise et le dossier, reflétait la présence de bookman, le vieux comme le jeune. Il ne s'agissait pas d'individu, plus d'entité. Une fonction. Une fonction qui prenait le dessus sur l'individu, comme elle l'avait fait sur Bookman, qui ne connaissait d'autre nom, et n'était reconnaissable qu'à ses boucles d'oreilles si étranges et qui ajoutaient à son aspect marginal. C'était sans doute le but, après tout. Et il n'avait pas manqué de noter que Lavi portait à présent de nouveaux anneaux, plus gros, plus lourds que les précédents, à l'image du fardeau de sa charge d'archiviste. Il étaient dorés, comme les précédents. D'un or plus terni cependant. Sans doute d'autres apprentis les avaient portés avant lui, et peut-être même Bookman lui-même. Inconsciemment, Kanda voyait Lavi se noyer dans cet anonymat mortifère, ayant ainsi l'impression de parler à un vieil ami qui n'en était plus un, et n'en avait d'ailleurs certainement jamais été un. Bref, son refuge contre la poutre semblait être encore le seul endroit qui le préservait de cette aura annihilante de la pièce qui semblait se concentrer dans la causeuse.
Lavi revint enfin, quelques rares articles de journaux à la main, et surtout d'innombrables notes, écrites de sa main, à l'évidence.
- Tiens, t'as qu'à prendre ça, c'est tout ce que j'ai rassemblé comme informations sur le bonhomme. Je te file pas celles du vieux, il me ferait une crise. D'ailleurs s'il découvre que je t'ai prêtées celles-là je pense pas qu'il apprécie non plus. Donc dans l'idéal ramène les moi demain, t'as qu'à les lire cette nuit.
- Lire tout ça... cette nuit ?
- Ben quoi ? C'est pas énorme ! Je lis dix fois ça chaque nuit tu sais.
- Ouais, sauf que je suis pas un gratte-papier ou un rat de bibliothèque comme toi...
- Merci pour ces charmants qualificatifs Yu ! Je te file un gros coup de main là, même si tu peux pas me voir, ça t'empêche pas d'être un peu plus sympa... ajouta Lavi, fermant sa phrase avec une once d'air boudeur. Le Lavi que Kanda connaissait perçait enfin, quoique timidement.
- Mh... merci, grommela-t-il en réponse. D'ailleurs ça pose pas de problème ?
- Quoi ?
- Ben, que tu m'aides...
- Ah ! Pas vraiment non, pourquoi ?
- Je sais pas, tu avais l'air de dire que Bookman le prendrait mal s'il l'apprenait.
- Ah ça... C'est vrai, mais c'est pas tant parce que j'aide en divulguant des infos. Elles sont pas non plus secrètes, tu aurais pu les trouver si tu avais fait tes recherches comme moi. De plus, les bookmen coopèrent depuis toujours avec de nombreux partis, et pas toujours pour la bonne cause... C'est aussi une de nos façons de vivre. La règle d'or est juste de ne pas influencer le cour des choses : je peux t'aider à te documenter, pas à agir. En fait, ce qui ne lui plairait pas dans le fait que je t'aide, c'est que je t'aide toi.
- Quoi, il a un problème avec moi ?
- Non, pas du tout. Seulement... tu représentes un lien avec mon passé. Un passé que je suis supposé oublier. D'autant plus que j'ai changé d'identité, et qu'il me soupçonne encore d'être un peu nostalgique concernant la Congrégation. À raison peut-être, d'autant plus que je le soupçonne d'avoir lui aussi quitté le rang des exorcistes à contre-coeur... un peu.
Après ce flot in extremis de paroles que le long silence précédent était loin d'annoncer, Kanda laissa flotter un « Mouais... » quelque peu circonspect, mais confiant tout à la fois. Au fur et à mesure que Lavi parlait, son sang semblait reprendre le contrôle de son corps, le réchauffer peu à peu, comme si les paroles du rouquin avaient élargi les ouvertures, laissant à la lumière et à la chaleur du monde extérieur un droit de séjour dans cette antre qui se faisait peu à peu moins menaçante.
- Au fait, je dois t'appeler comment maintenant ?
- Ah, sourit Lavi, maintenant c'est « Andrea ».
- Andrea ? Mais c'est pas un nom de fille ça ? Demanda Kanda à la fois surpris et moqueur.
- Pas du tout, enfin... pas en Italie en tous cas : ici tu ne trouveras que des hommes nommés de la sorte. Mais je préférais « Lavi », c'était plus classe...
Étouffant un petit rire moqueur, Kanda repartit léger. C'était bête. Il avait repoussé jusqu'à la fin de l'entrevue cette question sur son nom, persuadé que le fait d'apprendre le nouveau ne le rendrait que plus mal à l'aise, car soulignant l'instabilité de son vis-à-vis, mettant peut-être en doute le peu de fiabilité qu'il lui accordait encore. Pourtant, maintenant, il en riait. Andrea, Lavi, c'était du pareil au même : c'était ce rouquin intelligent à un point qu'il n'osait soupçonner, mais toujours aussi... naïf ? Affable ? Et à la fois un peu bêta, du genre à vous faire une tresse dans les cheveux quand vous dormez, à crier votre nom avec une voix d'imbécile heureux, à faire des blagues salaces tout en trahissant son manque de succès en la matière, à pleurnicher à la moindre méchanceté proférée contre lui...
Oui, Andrea était définitivement cet abruti de Lavi.
* "Je suis là pour le ménage"
** "celui là! (littérarement) et la politesse?"
NDA: Oui, je sais, le délai entre ce chapitre et le précédent était honteusement long, excusez-moiiii! ;A; Très honnêtement, si j'ai pris tant de retard c'est pas par flemme ou quoi, c'est tout simplement que mon temps est totalement bouffé par mes études. Là j'ai profité des vacances pour boucler ce chapitre que j'avais à peine pu entamer il y a quelques mois... J'avoue que j'écrivais aussi assez lentement jusque là parce que j'avais un petit blocage niveau intrigue: j'avais l'impression de meubler sans la faire avancer, du coup ça m'énervait et j'arrivais pas à écrire sans voir un peu plus loin, mais maintenant j'ai enfin dégagé quelques pistes alors ça devrait aller!
Oui, vous l'aurez compris, ça va se passer pour une grande partie de la fic en Italie, ce tout simplement parce que c'est un pays que j'aime bien, et que je préfère placer mon histoire dans des lieux que je saurais décrire fidèlement, parce qu'à coté de ça, j'ai jamais mis les pieds en Grande Bretagne, alors j'aurais du mal à vous décrire des terres que je n'ai pas vues, et comme je suis pointilleuse... XD Brefouille!
Pour le nouveau nom de Lavi, oui je sais, Andrea c'est un peu moisi... XD En même temps entre Giovani, Paolo, Marco, Giorgio, Guglielmo... bon vous voyez le problème? XD Puis ce qui compte, est-ce vraiment le nom? *0* Je risque de développer un peu sur cette question en fait, et le fait d'insister sur ce changement de nom m'aidera. Voilà voilà! *0* La suite au plus tôt, je l'espère!
