Point de vue : Erin Lindsay

Dimanche 27 novembre, 21h50

Deux jours ont passé depuis mon intervention à l'audience, deux jours que je n'arrive plus à fermer l'œil de la nuit et que je passe mes journées devant la télé, en espérant découvrir aux infos que Hank et Alvin ont été innocentés. Mais il n'en est malheureusement toujours rien.

Je sursaute en entendant des coups toqués à la porte. Comme d'habitude, mon cœur se met à s'affoler :

- C'est moi, entendis-je la voix de Teddy reprendre, je peux entrer ?

Assez soulagée, je lui dis qu'il peut. Il entre donc dans la chambre puis vient s'asseoir à côté de moi :

- Il y a du nouveau ? murmurais-je.
- Justement, il y a une personne qui est là pour t'en parler.

Je fronce les sourcils, surprise mais aussi et surtout soucieuse :

- Qui ça ?
- Quelqu'un qui est plus à même de te répondre que moi.
- Si c'est Hank, je ne veux pas Teddy.
- Je te promets que ce n'est pas lui.

J'hésite. D'un côté, je ne veux voir personne, mais d'un autre côté, je veux plus que savoir où en est l'affaire. Alors j'acquiesce d'un signe de tête, quelque peu à contrecoeur.

Le cœur battant à tout rompre, je regarde Teddy quitter la chambre. Je l'entends échanger quelques mots avec la personne, mais je n'arrive pas à savoir de qui il s'agit.

Alors que je lutte pour garder les yeux ouverts, je vois apparaître un homme sur le pas de ma porte. En le reconnaissant, mon sang ne fait qu'un tour.

- Je dérange ?

Incapable de prononcer le moindre mot, je secoue mon visage de gauche à droite :

- Je peux entrer ?

De nouveau, je hoche la tête, mais affirmativement cette fois-ci. Il entre donc dans la chambre, referme la porte derrière lui et vient s'asseoir à mes côtés. Alors qu'il reste silencieux, je pose mon regard sur l'objet qu'il tient entre ses mains : Une enveloppe qu'il me tend.

- Voight m'a demandé de te transmettre cette lettre, m'informe-t-il.

Il continue de me la tendre, moi, je continue simplement de la regarder. Est ce que je suis prête pour ? Non. Absolument pas. Est ce que je serai prête un jour ? J'en ai bien peur que non.

- Où en est l'affaire ?

Comprenant que je ne souhaitais pas m'en saisir, il remet l'enveloppe dans sa poche tout en reprenant :

- Ton témoignage a chamboulé pas mal de choses, et les preuves que tu as fournies encore plus.

Les preuves que j'ai fournies, autrement dit, tout ce qui était en ma possession depuis des années et que j'ai donné à Maître Stone pour qu'il s'en serve afin de défendre Hank et Alvin.

- Tu tiens le coup ?

Je hausse les épaules, ignorant quoi répondre, et surtout ne sachant de quelle manière me comporter. Est ce que je dois continuer à mentir, à faire comme si de rien n'était, ou est ce que je peux enfin commencer à m'ouvrir à lui ?

- Ce n'est pas facile, finissais-je par lui avouer.
- Je m'en doute … Mais c'est très courageux ce que tu as fait.

Je souris quelque peu, assez amère. Courageux ? J'aurais dû l'être il y a bien longtemps.

- Tu as voyagé pendant plus d'une journée, me fait-il remarquer, dans ton état, c'est plus que remarquable.

Remarquable certes, mais je sens comme une légère pointe de contrariété venant de sa part. Assez surprise par sa remarque, je fronce les sourcils :

- Comment tu le sais ?
- Disons que ton psychologue n'a pas été très ravi d'apprendre que tu avais été appelée à la barre, étant donné ton état physique et psychologique. Il a demandé à Maître Stone comment il avait pu faire voyager une personne qui est enceinte de 7 mois pendant plus d'une journée …

Je pousse un léger soupir. Bien sûr que ça n'avait pas dû lui plaire, il me l'avait dit et répété à des nombreuses reprises que je devais me tenir éloignée de mes proches le temps que dure ma thérapie.

- Ce n'est pas Maître Stone qui m'a demandé de venir.
- C'est ce qu'il a dit à ton psychologue, mais comme il n'avait pas l'air de le croire, Maitre Stone lui a expliqué de quelle manière tu avais réussi à prendre l'avion alors que tu n'en avais pas le droit.

Je ne peux m'empêcher de grimacer, je n'ose pas m'imaginer sa réaction lorsque Maître Stone a révélé à mon psychologue qu'il n'était pas au courant de ma venue, et que j'ai menti à tous pour monter dans l'avion.

- Comment il a réagi ?
- Il pense juste que tu n'es pas prête, et que ce n'est pas une bonne idée.
- Mais c'est la meilleure solution, non ?

Je mets à douter à mon tour. Est ce que j'ai bien fait de revenir à Chicago ? Et, surtout, est ce que je suis capable d'aller jusqu'au bout ?

- C'est à toi de voir Erin, mais sache que je te soutiens, et te soutiendrai toujours.

Je lui adresse un sourire reconnaissant :

- Merci Jay.

Sourire qu'il me rend, puis je le vois aussitôt devenir hésitant.

- Hank m'a demandé de te transmettre une lettre …

Voilà pourquoi il paraît mal à l'aise, parce qu'il a compris que c'est devenu un sujet plus que sensible. Aussitôt, je ressens cette boule au ventre, cette même boule qui surgit et qui me paralyse lorsqu'on parle de Hank.

- Erin ?
- Je n'y arrive pas …, lui avouais-je. Je … Je n'arrive même pas à le regarder en face.

Plutôt compréhensif, il secoue son visage affirmativement, tentant de me rassurer :

- Il faut du temps.

Je me retiens de pleurer. C'est dur, terriblement dur. D'une part, parce que Hank me manque énormément, mais aussi et surtout parce qu'à 7 mois de grossesse, les émotions sont décuplées et plus que compliquées à contrôler.

Me voyant au bord des larmes, Jay pose sa main sur la mienne et me fixe intensément.

- Je suis là pour toi Erin.

Et voilà, tout ce qu'il fallait pour me faire pleurer. Merci Jay !

Il me prend dans ses bras, je continue de pleurer et lui répète que je suis désolée. Il me réconforte et me rassure jusqu'à que je m'endorme.

Et comme je m'en étais doutée, lorsque je me réveille, je suis d'une humeur massacrante. Encore, et toujours. Jay, qui se trouve toujours assis à mes côtés - à ma grande surprise - me dévisage les sourcils froncés :

- Ça va ?
- Hmmm … , marmonnais-je en me frottant les yeux.
- Tu veux de l'eau ? Quelque chose à manger ?

Je secoue mon visage de gauche à droite, en tendant mes bras en sa direction :

- Je veux toi, murmurais-je.

Sans un mot, il s'allonge à mes côtés. Il me prend dans ses bras, et de nouveau, je sens mes yeux se fermer. Mais je ne veux pas m'endormir sans lui avoir dit ce qu'il doit savoir :

- Jay ?
- Repose-toi Erin.
- Il faut que je te dise quelque chose.
- Ça peut attendre, tu …

Justement non, ça ne peut pas attendre. Ça ne le peut vraiment plus étant donné la situation.

- Tu es le père du bébé.