4.

D'un pas léger, Alérian s'approcha de Clio.

- Je te suis infiniment reconnaissant de ta présence.

- J'avais promis d'être à tes côtés. Mais mon impuissance me rend folle. La dernière fois que j'ai tenté seulement de laisser mes pouvoirs s'exprimer, tu as repris la Canne et tu as été téléporté au Sanctuaire des Liliths. Je crains de te porter la poisse, au contraire de tes espérances…

- Je ne suis pas seul, c'est déjà beaucoup. Et je crois que je n'ai jamais eu autant besoin d'une présence amicale auprès de moi !

- Si ça peut t'apaiser, fit encore la Jurassienne, qui ne dissimulait nullement son dépit.

- Pourquoi te miner d'être juste spectatrice ? s'étonna sincèrement le jeune homme. Tu as toujours été une ombre omniprésente et protectrice aux côtés de mon père ! Et je sais que tu as déployé tes pouvoirs à plus d'une reprise.

Clio hoqueta, se frappant légèrement la gorge du poing.

- Inutile de me rappeler que cette première démonstration a grièvement blessé ton papa, venu implorer mon aide pour te tirer du coma où t'avait plongé ma sœur… Oui, je suis indéfectiblement liée aux tiens, depuis toujours. Et c'est pour moi un infini honneur d'avoir l'autorisation d'être auprès de vous, mes balafrés préféré.

- Je ne voulais pas raviver ce souvenir précis, s'excusa Alérian. Et Lumiane m'a laissé entière liberté envers sa Canne. Ce qui signifie que je peux ne pas retenir mes propres pouvoirs ! Oh oui, sans rien dire, Lumiane m'a donné la clé de sa Canne : j'ai à l'utiliser, à l'appeler, à lui ordonner, avec autant de puissance que la Déesse d'Or ! Je n'atteindrai peut-être pas son niveau, mais je me rappelle que je suis aussi une Instance Surnaturelle. Il est temps de faire appel à ces forces encore assoupies en moi !

- Tu sais comment faire ?

- Non, avoua Alérian. Mais au lieu de me réfréner, peut-être qu'en ne me retenant pas, j'arriverai à quelque chose…

Clio étreignit les épaules du jeune homme.

- Libère tout, Alérian ! intima-t-elle. Lâche ce que tu as au plus profond de tes entrailles, réveille ce qui dort en toi et balaye ces Poupées de cauchemar !

La Jurassienne soupira néanmoins.

- Mais à quoi donc cette Canne va-t-elle bien pouvoir t'aider à contrer la puissance monstrueuse des Liliths ?

- J'ai bien une idée, mais j'ignore si la Canne en est capable. Qu'importe, je le saurai rapidement !

Beebop entra sur la passerelle, avec son petit plateau habituel, mais curieusement avec deux coupes.

- Beep ? interrogea Alérian.

- Il n'y a encore rien à fêter, mais je tenais à des bulles pour t'encourager dans le combat à venir. Que nous puissions faire péter d'autres bouchons, bientôt.

La main en tenaille du petit robot rouge et blanc fit sauter le bouchon de champagne, avant qu'il ne remplisse les deux coupes.

- A votre santé, mes amis.

- A ta santé et à ta touchante attention, Beep, fit Clio.

Le cristal tinta légèrement dans le soudain silence pesant de la passerelle du cuirassé vert aux ailerons touchés de rouge.


En pleine nuit, Alérian se leva, quittant la chaleur de sa couette pour une douche glacée qui acheva de lui éclaircir les idées.

- J'ai mal au crâne, j'ai la peau durcie, je me sens même un peu ankylosé, mais mon esprit est clair au possible !

- Nous sommes en vue du Sanctuaire des Liliths, renseigna Toshiro. C'est la première fois où elles nous laissent approcher, sans frapper avant.

- Je sais. Je me suis réveillé en sentant l'approche. Et je sais pourquoi les Liliths ne peuvent pas m'empêcher d'arriver.

L'Ame de l'Arcadia cliqueta de tous ses signaux depuis sa colonne au cœur même du cuirassé surpuissant.

- Des infos que j'ignore, Alie ? interrogea doucement Toshiro. Tu ne m'en as rien dit ! ?

- Je pense savoir comment la Canne va m'aider !

- Oui, vraiment ?

- J'en suis sûr !

- Mais, de quelle manière ?

- Je vais l'y obliger ! rugit le jeune homme en finissant de s'habiller et se saisissant de la Canne.


La passerelle de l'Arcadia vide et silencieuse, Alérian s'était dirigé par réflexe vers le fauteuil de bois aux coussins rouges de son père. Il s'y assit, presque tranquillement et il flatta le corps d'ébène de la Canne.

- Tu peux le faire, murmura-t-il. Tu vas le faire car c'est ma volonté ! Lumiane m'a confiée à toi et je suis depuis cet instant ton maître et tu as à m'obéir ! Aussi, tu vas agir comme je vais te l'ordonner, un point c'est tout ! Tu ne me joueras plus aucune entourloupe. Tu dois agir selon ma seule et unique volonté !

Alérian se mit debout, et il leva haut la Canne.

- Libère ton pouvoir, Canne, car c'est mon ordre !

Et la sphère de la Canne étincela, resplendit, et inonda la passerelle de toute sa lumière.

Les portes de la passerelle s'ouvrirent sur Clio.

- Alie ?

Mais le jeune homme n'était plus là, disparu.