Haru sentit son coeur frissonner. Depuis le temps qu'il en rêvait.

Il prit place dans un fauteuil au coin du café et se laissa porter par les vagues de son imagination.

Emporté, il flottait de droite et de gauche, son esprit naviguant d'une plante à l'autre, d'une table au café, du serveur au cahier.

Il voulait dépeindre ce qu'il ressentait, ce calme intérieur, cette impression infinie de douceur, de paix

Il souffla lentement, et posa son crayon sur le papier

Aussitôt, comme emportée par le zéphyr, sa main se met en route, parcoure les étendues blanches de la page, son poignet oscillant décrivant des arabesques, le crayon laissant des traces grises aux allures de tempête.

Parcemés ici et là, un doute, une joie, une peine, le coeur d'Haru s'ouvrait

Comme un papillon sortant de sa chrysalide, Haru rentrait chez lui, dans son monde à lui

Nul part ailleurs il ne se sentait autant en symbiose avec un élément, et plus que tout au monde, il aurait aimé que ce monde l'entoure pour toujours.

Jamais il n'avait ressenti son immersion avec autant de force, comme si son corps tout entier était entouré d'eau. Un milieu froid, hostile pour ceux qui ne l'apprivoisent pas, mais un havre de paix pour les habitants de ce lieu

Mais un étranger apparait. Il a les cheveux verts, on dirait une algue, il est aussi calme et silencieux qu'elles

Il s'approche doucement d'Haru, les bras ouverts, confiant

Haru ne s'écarte pas

Tout son être est apaisé devant cette créature humaine si familière

Haru sourit

L'étranger sourit

Une douceur chaleur enveloppe Haru, comme un cocon de lumière.

L'étranger le prend dans ses bras.

C'est comme flotter

Il ne sent plus son corps, il ne sent plus rien, juste l'étreinte entre un étranger si familier et lui. Il lui caresse les cheveux, sourit encore.

Haru ne sait que faire.

Il ne veut pas que la magie de cet instant s'arrête. Mais il sait très bien que ce moment n'est pas réel et que seul dans ses rêves il se réalisera. Seul dans ses rêves il trouvera quelqu'un qui le comrpenne, qui ai entière confiance en lui, qui l'accepte comme il est. Il ne veut pas revenir dans cette dure réalité où les humains sont si difficiles à comprendre et le comprennent si difficilement.

L'apaisement d'Haru se tourne en colère. Une colère sourde, qui gronde du fond de ses entrailles, qui rugit comme un lion.

Une autre feuille blanche.

Un autre sentiment.

Un autre univers.

Le crayon se déplace par à coup, trébuchant sur le fin papier, se gênant lui-même... Mais une douce main vient l'arrêter dans sa peine et ses regrets.

C'est l'étranger.

Il est là.

Il le regarde, une sincère inquiétude luit au fond de ses yeux. Il ouvre la bouche. Non. Non. Ce n'est pas possible. Il ne peut pas parler. Le monde sous-marin d'Haru ne laisse aucune place aux mots qui ne sont qu'une gêne. Mais. Mais l'étranger parle. Il parle.

"Haru ?"

Ce n'était pas un rêve.

Enfin si.

Enfin non

Les deux en fait.

L'étranger est réel. Il est là devant lui... Mais il n'est pas seuls. Deux humains se tiennent là, derrière lui.

Ils le gênent.

Pour la première fois depuis longtemps, Haru voudrait pouvoir exprimer avec des mots ce qu'il ressent, ce qu'il ressentait quelques instants auparavant !

...mais la présence étrangère et les mots l'en empêchent.