Chapitre III
Un premier suspect
Intensément perdu dans ses pensées, Harry retourna à son bureau. Seamus et Dean étaient déjà aux leurs. Visiblement, la totalité des Aurors étaient revenus du lieu du meurtre et travaillaient à présent sur l'affaire, en attendant les nouvelles directives. Robards sortit quelques secondes plus tard, alors qu'Harry venait à peine de s'assoir. Il s'éclaircit la gorge pour attirer l'attention de tout le monde. Le silence tomba en une fraction de seconde.
« Tout le monde, écoutez-moi. L'affaire de Mrs Malefoy ne nécessite pas que vous vous mettiez tous dessus. Comme vous le savez, un message a été laissé à l'attention de Potter. C'est donc à lui, et à son équipe, que je remets le dossier.
« Veuillez lui transmettre toutes les données que vous avez récoltées. Puis, retournez à vos occupations. Je veux deux équipes volontaires pour suppléer celle sur le dossier Dolohov. Vous avez cinq minutes. »
Puis Robards disparut de nouveau dans son bureau. Les Aurors regardèrent tous Harry avec méfiance avant de récupérer leurs notes et de les poser sur son bureau. Le léger brouhaha des conversations revint rapidement. Dean et Seamus s'approchèrent.
« Alors c'est vrai ? Le message t'est adressé ? demanda Seamus.
─ Il y a mon nom écrit dessus, Seamus.
─ Tu as trouvé la solution ? demanda Dean.
─ Non, mentit Harry. Pas encore. Mais je doute que cela ait une importance quelconque. Selon Robards, le tueur cherche à me faire passer un message pour mieux m'attraper.
─ Raison de plus pour découvrir la signification ! s'exclama Seamus. En la trouvant, on se rapproche du tueur et on pourra lui mettre la main dessus.
─ Ce n'est pas toi qui es dans le collimateur, rétorqua Harry. J'ai des enfants, au cas où tu l'ignorerais encore.
─ Que comptes-tu faire dans ce cas ? Ce message est notre meilleure piste, sinon la seule.
─ Nous allons procéder comme tous cas de meurtres. Dean, tu vas éplucher les notes des autres pour bien mémoriser ce qu'ils ont observé et déduit de ces observations. Seamus, tu vas te rendre au Manoir des Malefoy et leur annoncer la nouvelle. Prend également leur témoignage : demande si Mrs Malefoy avait des problèmes, des ennemis, avait-elle reçu des menaces… Le train-train habituel.
─ Oh non ! Je ne veux pas aller au Manoir ! Pourquoi moi ?
─ Il est tout simplement hors de question que j'y aille. Ma simple présence suffirait à déclencher une Troisième Guerre sorcière, et si jamais Mr Malefoy ou son fils apprennent que je suis sur l'affaire, ils seraient capables de me tuer sur place. Quant à Dean… Je ne préfère pas qu'il s'y rende.
─ Bon, si tu veux. Mais je ne garantis rien. Le simple fait de leur annoncer la mort de Mrs Malefoy va les faire venir ici pour porter réclamations pour manquement de protection.
─ Ok. Quant à moi, je vais aller demander à l'Examinateur ce qu'il pense du cadavre. On se rejoint ici dans une heure. »
Les deux autres acquiescèrent et tous se mirent à la tâche. Harry et Seamus prirent la direction de l'Atrium. Le deuxième se rendit en transplanant à sa destination, tandis que le Survivant prit une poignée de Poudre de Cheminette, la jeta dans le foyer et annonça sa destination.
Après avoir tourbillonné quelques secondes, il arriva dans le hall de Ste-Mangouste. Il descendit dans les sous-sols, où la Salle Mortuaire se trouvait. Il prévint de sa présence par un Patronus et fut accueilli moins d'une minute plus tard par un vieux médicomage à la barbe foisonnante.
« Ah, Mr Potter ! s'exclama le médicomage en l'invitant à entrer. Vous voilà enfin. J'en déduis que c'est vous qui avez hérité de cette affaire.
─ C'est exact, » confirma Harry.
Il entra dans la Salle Mortuaire et se dirigea vers la seule table sur laquelle reposait un corps. Narcissa Malefoy était étendue de tout son long sur le dos, la peau plus blanche que jamais et les yeux aussi vide que le néant.
Harry resta quelques instants immobiles, se rappelant encore de la force avec laquelle elle avait agrippé sa poitrine dans la Forêt Interdite. Harry avait compris que la seule chose qui lui importait, à ce moment, était de retrouver son fils. Et elle savait qu'il était son seul espoir d'y parvenir.
« Troublant, n'est-ce pas ? De voir ceux qu'on a connus allongés dans cet état. De ce dire que ce corps qui a autrefois donné son amour est désormais aussi inerte que la roche.
─ Vous avez pu déterminer la cause du décès ? demanda Harry sans lâcher du regard le cadavre de Narcissa.
─ Elle semble évidente. Mrs Malefoy a été littéralement égorgée, et ce avec une sauvagerie indescriptible. La mort a été quasiment instantanée.
─ Qu'est-ce qui a provoqué cette entaille ? On m'a dit que vous excluez le sortilège de Découpe. Vous maintenez l'hypothèse ?
─ Je fais plus que maintenir une hypothèse, je la confirme. Il n'y a aucune trace de Magie sur les bords de la coupure – si on peut appeler cela une coupure. La seule trace de magie se trouve au niveau des cordes vocales, qui ont été bloquées par un sortilège de Mutisme. Sans doute pour empêcher les cris.
─ C'est donc par un moyen Moldu qu'elle est morte ?
─ Ironique, n'est-ce pas ? Surtout lorsqu'on connait la personne. Oui, le mode opératoire est bien Moldu. Je dirai même que l'arme est Moldue.
─ Un couteau ? tenta Harry.
─ Plus qu'un simple couteau de cuisine, confirma l'Examinateur. Peut-être un couteau qu'on peut trouver dans les vianderies…
─ Boucheries, rectifia Harry.
─ Oui, c'est ça. Là où les Moldus achètent leur viande. Il peut également s'agir d'un de ses couteaux qu'utilisent les soldats d'élites Moldus.
─ Vous ne pouvez pas être un peu plus précis ?
─ La lame devait faire au moins vingt centimètres. Le tueur a été redoutable : il a planté la lame à la base du cou de sa victime, en effleurant la colonne vertébrale. Puis il a tiré d'un coup fort pour trancher la gorge. Mrs Malefoy n'avait aucune chance à partir du moment que la lame avait pénétré son cou.
─ Vous n'avez rien noté d'autre ?
─ Le tueur l'a attrapée par la nuque, au vue de l'hématome qu'on distingue. Il n'y aucune autre trace de lutte, ce qui me fait penser qu'elle a été surprise.
─ Ou qu'elle connaissait l'assassin.
─ Impossible de savoir, répondit l'Examinateur. L'assassin est gaucher, à en juger par l'entrée de la lame, sur le côté gauche du coup.
─ Il peut s'agir d'un droitier venant d'en face, fit remarquer Harry.
─ Je confirme que le tueur était gaucher. La marque de la main sur la nuque est une main droite. Le meurtrier l'a attrapée par derrière et l'a égorgée sans qu'elle ne puisse réagir. Il n'y a que deux options : soit Mrs Malefoy connaissait le meurtrier et s'est faite surprendre, soit elle a été attaquée par derrière et n'a pu voir son assassin. Je pencherai pour la deuxième option. Un tel coup me paraît difficile à porter face à sa victime.
─ Pourquoi avoir lancé un sortilège de Mutisme dans ce cas ? S'il la prenait par surprise, elle n'aurait pas eu le temps de crier.
─ J'ai deux hypothèses : soit notre assassin ne connaissait pas les conséquences d'une telle mise à mort, ce qui est probable puisqu'il s'agit d'un sorcier ; soit il a essayé de brouiller les pistes. Et dans ce cas, vous avez à faire à un sorcier très intelligent.
─ Vous n'avez rien d'autre qui puisse m'aider un tant soit peu ?
─ Non. Le tueur n'a rien laissé sur le corps. Pour le trouver, il faudra vous référer aux preuves que les Aurors ont ramassées. Et aux témoignages des Moldus. »
L'Examinateur raccompagna Harry dans le Hall, lui racontant sur le trajet tous ses exploits lors de la Bataille de Poudlard. Harry dû lui promettre de l'inviter au thé chez lui le week-end prochain pour enfin pouvoir retourner au Ministère via la Poudre de Cheminette. Il regagna son bureau, où il trouva Dean toujours occupé à lire les notes.
« Tu as quelque chose d'intéressant ? demanda Harry.
─ Tous les témoins – enfin, ceux dont j'ai lu le témoignage – disent la même chose : ils ont juste remarqué un homme vêtu d'une cape noire et avec une capuche dissimulant son visage. Après, ça part du petit meurtrier discret au terroriste menaçant de faire sauter la rue.
─ Rien sur sa description ?
─ Il était seulement plus grand que la victime, et plutôt de corpulence importante, ce qui fait croire à un homme. Et à part Millicent Bulstrode, je ne connais aucune sorcière entrant dans ces critères physiques. Et toi ?
─ L'Examinateur confirme que Mrs Malefoy a été égorgée à l'aide d'un couteau sûrement semblable à ceux utilisés par les commandos Moldus. Il dit également qu'il a attaqué par derrière et qu'il est gaucher.
─ C'est mince comme indice.
─ Tu as pu trouver quelque chose d'autre ?
─ Oui. Apparemment, le sang utilisé pour le message n'est pas du sang sorcier, ni même du sang humain. Un échantillon a été envoyé à Saint-Mangouste pour confirmation, mais il semblerait que ce soit du sang d'elfe de maison.
─ Le meurtrier doit sans doute être Sang-Pur et fortuné. Étrange qu'il s'en prenne à l'une des dernières familles encore épargnées par Azkaban.
─ Pas forcément, intervint Dean. Avec les nouvelles lois d'Hermione, les Nés-Moldus et les Sangs-Mêlés de tout niveau social peuvent avoir accès à un elfe de maison s'il le demande. De plus, le meurtrier a très bien pu en prendre un à Poudlard. Un elfe qui disparait au milieu de milliers d'autres, ça ne se remarquerait pas.
─ Mouais, tu as sans doute raison. Des nouvelles de Seamus ?
─ Non. Il a encore vingt minutes avant de devoir rentrer. Et on le saurait si une guerre s'était déclarée au Manoir des Malefoy. »
Harry prit plusieurs notes au sommet de la pile et commença à les analyser, à la recherche d'un indice quelconque. Visiblement, aucun Moldu n'avait subi de sortilège avant le meurtre, et toute la rue semblait telle qu'elle devrait l'être. Aucun sortilège n'avait été pratiqué pour faire disparaître quoi que ce soit.
Les témoignages avaient permis de trouver où le meurtrier avait guetté sa cible – dans une ruelle à proximité de l'entrée du Ministère – ce qui indiquait un acte prémédité. L'assassin avait délibérément choisit sa cible.
Soudain, quelque chose attira l'attention de Harry : une note du service du Département des Transports Magiques. Celle-ci indiquait que le Département avait détecté non pas un, mais deux transplanages, juste après le meurtre. L'un d'eux se trouvait à proximité du corps, l'autre à plus de cinquante mètres en retrait.
Depuis la défaite de Voldemort, le Ministère avait décidé de renforcer sa sécurité et tout déplacement magique à proximité d'une des entrées pouvait à présent être détecté. Cependant, le sortilège permettant cette surveillance ne pouvait s'appliquer qu'autour de zones spécifiques et restreintes.
« Dean, je crois que j'en tiens un !
─ Que tu en tiens un ?
─ Oui. Le Département des Transports Magiques a détecté deux transplanages, en partance du Ministère. L'un est celui de notre meurtrier, et l'autre celui d'un sorcier quelconque.
─ Et alors ?
─ Les deux sont quasi simultanés !
─ Que veux-tu dire ?
─ Je parie que l'assassin avait un complice ! Sinon, pourquoi un autre sorcier aurait-il transplané ? Ce serait une drôle de coïncidence ! »
