à Galataney : j'espère qu'avec ce chapitre ta curiosité sera un peu plus satisfaite :) j'en reposte un aujourd'hui, car le prochain ne sera que dimanche.


Chapitre 4 : Cauchemar et Herbe à pipe

Elle rouvrit les yeux des heures plus tard. Le soleil commençait à se coucher et les dernières lumières formaient d'étranges ombres contre le mur de la salle de bain. Elëa les scruta un instant, soudain les ombres devinrent formes puis silhouettes menaçantes qui s'approchèrent d'elles en flottant à la surface du sol lisse. Elle tenta de bouger, prise de panique, mais son corps était engourdi, impossible d'esquisser le moindre mouvement. Un bras squelettique lui attrapa la tête et la força à plonger sous l'eau. Elle tenta de se débattre, en vain. La poigne était trop forte. Avec ses mains elle se désespérait à réussir à faire lâcher prise à son bourreau. La poigne était trop ferme. Elle sentait doucement ses forces l'abandonner et les dernières bulles de vie s'échapper de sa bouche, lorsqu'elle remonta brusquement à la surface. Elle suffoqua, essaya de reprendre sa respiration, regarda autour d'elle totalement désorientée et vit un visage qui la regardait impassible, indifférent à sa douleur, insensible à ses cris agonisants. Mon frère ! Elle tenta de crier de l'appeler, de lui faire des signes, mais ses muscles semblaient paralysés, transis de froid. Elle ne comprenait pas. Il la voyait, et la regardait imperturbablement. Elle tendit, dans une dernière tentative, son bras vers lui, et contre toute attente, il s'en saisit et se rapprocha d'elle, pour l'observer plus attentivement. Elëa, soulagée, laissa couler quelques larmes, alors que son frère caressait doucement ses cheveux pour la rassurer. Il attrapa soudain durement sa nuque et la replongea sous l'eau avec plus de vigueur et d'entrain. Elle tenta de défaire la prise de fer autour de son cou mais ses bras ankylosés étaient figés, et alors qu'elle hurlait, de l'eau emplissait sa bouche, sa gorge et ses poumons, la faisant convulser de douleur. Des spasmes secouaient tout son corps, pourtant elle luttait pour vivre, pour attraper une bouffée d'oxygène. Sa gorge la brûlait de l'intérieur, comme si elle était écartelée. La souffrance, insupportable, lui fit ouvrir une dernière fois les yeux et le vit. Lui, son propre frère, le visage déformé par la haine sauvage et cruelle. Il parla, comme la Mort annonçant la terrible sentence, tel un poignard aiguisé qui vous déchire le cœur tu mérites cela, Elëa, tu le sais, tu l'as cherché. Tu nous as abandonné, tu as rejeté ta vraie nature, tu es partie, tu ne seras plus jamais des nôtres, tu ne mérites qu'une mort longue, abominable et douloureuse… Sa barbare tirade se termina dans un rire sourd et sadique, alors qu'Elëa sombrait dans les ténèbres.

Elëa rouvrit les yeux, les yeux écarquillés d'effroi. Elle regarda autour d'elle, affolée, mais il n'y avait rien, aucunes ombres menaçantes et encore moins son frère. L'eau de son bain était devenue glacée, elle se leva précipitamment, tremblant d'épouvante. Elle s'habilla et plongea dans son lit et resta sans bouger pendant plusieurs minutes, alors que quelques larmes discrètes et salées s'échappèrent de yeux lapis-lazuli. Elle tenta vainement d'oublier ce terrible cauchemar, qui avait fait resurgir un terrible souvenir, qu'elle pensait enfouis pour toujours. Mais elle ne parvint pas à chasser cette déchirante souffrance qui lui perçait le cœur. La trahison, cette ignoble trahison l'avait brisée, plus qu'elle ne le pensait. Quelqu'un vint toquer à sa porte, Lindir sans aucun doute, elle le renvoya immédiatement. Elle fut engloutie, quelques minutes après, dans un sommeil sans rêve.

L'aube perçait dans le ciel encore sombre, lorsqu'Elëa ouvrit ses yeux de faucon. Elle se redressa et examina la situation. Oui il est encore possible de pouvoir partie sans que le Seigneur Elrond ne m'arrête et me pose des questions. Elle aurait aimé profiter encore un peu de l'hospitalité de la Dernière Maison Simple, mais elle ignorait combien de temps les nains resteraient ici -bien qu'elle pense qu'ils partiraient très vite- car leur présence la troublaient, du moins il la troublait. Elle craignait de le revoir, dès qu'elle rencontrait ses yeux d'un bleu nuit profond et glacial, tout son passé ressurgissait plus vif à chaque fois, alors qu'elle pensait l'avoir enterré il y a bien longtemps. Mais peut-on vraiment enterrer son passé ? Un vent, sournois et perfide, se fraya un chemin jusqu'à elle, lui mordant les jambes au passage, parvint à ses oreilles et lui siffla la réponse, la vraie réponse Non …. On ne peut que le fuir…

Elle se leva rapidement, s'habilla, prépara un sac hâtivement, le jeta sur son épaule droite, ouvrit discrètement la porte, longea le couloir silencieux, descendit quelques marches, et arriva dehors. Bien, si elle devait s'éloigner de ses provocants yeux bleus électriques, alors elle fuirait des mois, des années, des siècles, s'il le fallait, mais elle s'exilerait loin, très loin, là où aucun mortel n'a jamais osé fouler le sol. Elle regardait une dernière fois la Vallée aussi prodigieuse que mystérieuse, lorsqu'elle entendit :

- « Ce n'est pas digne d'une Elfe de partir comme une voleuse, alors que l'hôte vous a si gentiment accueillie ! Moi qui pensait que les Elfes étaient des êtres courtois, surtout entre eux », déclara une voix froide et moqueuse derrière elle.

Par le feu de Sauron ! Je suis maudite ! Il n'y a pas d'autres explications … ou alors ce vieux timbré de Gandalf y est pour quelque chose … Essayons de se montrer polie, au moins. Elle se retourna, et le vit, il était adossé contre le mur, et fumait, mais qu'est-ce qu'ils ont tous à fumer ?! Il darda ses yeux dans les siens, pour son plus grand malheur :

- Chef des Nains, vous êtes levés tôt. Comment va votre bras ?, demanda-t-elle d'une voix sans timbre.

- Tout comme vous. Guéri et le vôtre ?, riposta-t-il au tact au tact.

- J'ai à faire, le Seigneur Elrond sait que je pars. Parfaitement bien, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, rétorqua-t-elle suspicieuse.

- Vous mentez, encore, répondit-il sarcastiquement, appuyant le dernier mot.

- S'il ne le sait pas, il s'en doute fortement. Je ne reste jamais longtemps au même endroit. Il n'empêche que je ne vous ai jamais menti, vous n'avez jamais posé la question, nuance.

- C'est vrai que les Elfes et les Nains sont tellement réputés pour s'entendre que vous avez juste oubliez de le signifier !, rétorqua-t-il en s'échauffant.

- Je n'aime pas céder aux idées communes, les nains, jusqu'à maintenant, rajouta-t-elle ironiquement, ne m'ont jamais posée problèmes.

- Vous m'en direz tant, répliqua-t-il durement, mais dites-moi où fuyez-vous donc ainsi ?

- Je crains que cela ne vous regarde absolument, Maître Nain, mais sachez que je ne fuis pas ! dit-elle sèchement, son orgueil piqué au vif.

- Je pourrais croire que vous avez encore quelque chose à cacher, murmura-t-il

- Et alors ? Qu'est-ce que cela peut bien vous faire ? Depuis quand vous intéressez-vous aux Elfes ?

- Ne soyez pas assez sotte pour penser que je m'intéresse à vous, une Elfe !, lui cracha-t-il méchamment.

- Et vous ne soyez pas assez idiot pour penser que je me rabaisserai à répondre à quelqu'un comme vous, un Nain ! », répliqua-t-elle, bouillonnante de colère.

Par Mahal, comme j'ai envie de lui arracher ce sourire ironique des lèvres, pensa Thorïn fou de rage.

Par tous les Valars, comme j'ai envie de lui faire avaler son orgueil et sa fierté, pensa Elëa dans le même état.

Ils lancèrent des regards noirs et menaçants, chacun essayant de faire plier l'autre sans y parvenir. Ils s'étaient rapprochés sans s'en rendre compte et quand la tension arriva à son paroxysme, Elëa, aussi rapide qu'une vipère sortit son poignard aiguisé -chef-d'œuvre de la nature au manche argenté et affiné, à la lame tranchante et effilée- alors que Thorïn saisit Orcrist à une vitesse ahurissante. Ils ne se tenaient pas en garde, mais avaient leurs armes collées à leurs corps, prêts à s'en servir à tout moment. Rien ni personne n'auraient pu arrêter le périlleux combat haineux qui allait suivre. Personne … ? Non personne, sauf peut-être Gandalf, qui, surgissant comme une fleur derrière eux, et qui en les observant, se dit incroyable … Mais finalement ce n'est pas si surprenant, j'avais bien remarqué l'étrange attitude de Thorïn … Fière de sa découverte, et faisant exprès de en pas faire attention aux armes, le fourbe s'exclama :

- « Je vous dérange ?


Rewiew ;) bisous¤