CHAPITRE III

RETOUR EN FRANCE

Si on nous avait dit comment se solderait notre voyage en Grande Bretagne, et pour quelle raison, nous ne l'aurions jamais cru. Nous étions partis faire la fête, assister à un événement pour lequel des milliers de sorciers auraient donné jusqu'à leur dernière mornille. Nous étions censés passer un moment rare, extraordinaire et inoubliable. Enfin... Inoubliable, il le serait, mais à des années lumières des raisons pour lesquelles ça aurait dû. Impossible d'imaginer que tant de choses puissent si mal tourner en une seule journée, et pourtant...

Le Portoloin nous avait mené jusque dans notre domaine. Malgré la proposition de mon père d'héberger tout le monde jusqu'au matin au manoir, Madame Maxime avait tenu à emprunter notre cheminée tout de suite afin de ramener les filles chez elles au plus tôt. C'était probablement une bonne chose, car l'affaire devait déjà avoir fait le tour du monde sorcier et leurs familles étaient sûrement folles d'angoisse.

Moi, après m'être traînée dans l'escalier qui menait à ma chambre, je m'étais écroulée dans mon lit, à bout de forces, pour ne me réveiller que dix heures plus tard. Lorsque je redescendis dans le salon, les cheveux encore en broussailles et les yeux à moitié ouverts, je le trouvai transformé en véritable volière.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Demandai-je, ahurie, en me baissant juste à temps pour éviter un hibou qui passait pour la fenêtre pour aller en rejoindre six autres déjà posés sur le buffet massif.

- Il n'y avait plus de place dans le bureau de Papa pour tous les recevoir, répondit Vincent, trop affairé pour même regarder de mon côté.

Des plumes plein les cheveux et sa robe, il accrochait un parchemin à la patte d'un hibou grand duc avant de le diriger vers la fenêtre ouverte. J'en comptai encore pas moins de vingt-sept. Rien qu'ici. Les volatiles piaillaient et battaient des ailes à qui mieux mieux pour attirer son attention sur les parchemins accrochés à leur patte. Les meubles et le sol étaient couverts de plumes et de fientes. Dwiny et Tinki, nos elfes de maison, allaient en faire une attaque.

- Tiens, maintenant que tu es levée, tu vas pouvoir m'aider. Papa doit répondre à tout ce courrier. Il faut le récupérer, le trier par ordre d'urgence et poster les réponses une fois qu'il les aura rédigées. C'est infernal, il y en a sans cesse d'autres qui arrivent.

- Ok, euh... Qu'est-ce qui est urgent, au juste ? Demandai-je en m'approchant d'une petite chouette grise pour prendre le parchemin accroché à la patte qu'elle me tendait avec impatience.

- Tout ce qui vient du Ministère. Tu fais un tas avec les directives concernant l'attaque d'hier, un autre avec les notes pour le Département des Jeux et Sports Magiques. Tu jettes les demandes des journalistes, tu mets de côté ce qui est personnel, et le dernier tas, là-bas, c'est pour les fans de Quidditch mécontents qui font des réclamations.

Le tas en question m'arrivait déjà à la taille, et il était à peine 14h.

Nous avons passé les jours suivants au milieu d'une véritable ménagerie, qui nous occupait tellement que cela nous coupait presque totalement du reste du monde. Voyant au bout de quelques jours que le rythme d'arrivée du courrier ne faiblissait pas, et que les parchemins des supporters mécontents étaient peu à peu remplacés par des beuglantes dont le nombre devenait ingérable, mon père finit par juger plus prudent de se réfugier dans son bureau au Ministère, afin d'éviter que le manoir ne finisse par prendre feu sous les explosions successives des lettres. Les hiboux se dirigèrent de même vers le Ministère, laissant le manoir dans un état d'indescriptible saleté, mais aussi de calme bienvenu

C'est pourquoi il avait bien fallu quatre jours avant que ma meilleure amie ne puisse me rendre visite et brandir le journal sous mon nez.

- La Marque des Ténèbres ! S'était exclamée Lisa, le visage blême. Tu ne m'en avais pas parlé !

- Qu'est-ce que tu racontes ? Demandai-je en m'emparant avidement du journal.

Je n'avais rien eu le temps de faire en quatre jours, si ce n'est m'occuper du courrier professionnel de mon père, alors que j'aurais voulu moi aussi en apprendre plus sur ce qui s'était vraiment passé. J'avais tout juste pu envoyer un court message à Lisa pour la rassurer.
L'estomac noué, je dépliai l'exemplaire de la Gazette du Sorcier, le journal britannique. Il titrait en gros caractères « Panique au Ministère, l'auteur de la Marque des Ténèbres toujours en liberté ». Je fronçai les sourcils.

- Je ne savais pas que la Marque était apparue, je te le jure. Je ne l'ai pas vue, personne ne m'en a parlé, et il n'y a eu aucun mort, que je sache...

Que je sache. Mon père me l'avait assuré. Il n'aurait pas sciemment caché quelque chose d'aussi important, même pour éviter de m'inquiéter. Pourtant... à ma connaissance, la Marque des Ténèbres, ça ne pouvait pas avoir cinquante significations...

Des larmes dans les yeux, ma meilleure amie, encore sous le choc que j'aie été confrontée au danger d'aussi près me serra dans ses bras et ne consentit à me lâcher que lorsque mon visage avait pris une teinte bleuâtre à cause du manque d'air. Elle avait également amené tous les journaux mentionnant l'attaque, et nous avons passé l'après midi toutes les deux dans l'enceinte de la propriété de mon père à les décortiquer, sans rien apprendre de plus.

Depuis l'incident, j'avais interdiction absolue de sortir en ville. Comme s'il y avait besoin de me l'interdire ! J'étais bien trop traumatisée par ce qui s'était passée pour oser m'éloigner. C'était difficile de reprendre sa vie comme si rien n'avait eu lieu. Nous avions quand même été confrontés à des Mages Noirs ! Ils avaient été à quelques mètres de nous, surgissant au dernier endroit où nous aurions songé les voir, d'autant plus terrifiants qu'ils avaient débarqué au milieu de l'euphorie générale. C'était comme si un nouveau pan de ce monde s'était soudain ouvert à nous. Et il n'était pas beau à voir.

Nous ne vîmes quasiment pas notre père pendant une semaine entière, durant laquelle je me jetai sur tous les journaux disponibles. Les exemplaires que Lisa m'avait apportés n'étaient que quelques uns des nombreux numéros aux titres apocalyptiques qui suivirent ces jours-là. Les différents journaux que je dévorais se montraient de plus en plus virulents vis à vis du Ministère, sans être capables d'apporter le moindre élément nouveau ce qu'ils mettaient tour à tour sur le compte de l'incompétence du Ministère de la Magie, tous pays et tous Départements confondus, sur celui d'un complot gouvernemental pour cacher la vérité aux sorciers et sur celui de l'Angleterre qui chercherait à minimiser l'affaire.

Pour la première fois depuis mon entrée à Beauxbâtons, un seul hibou était arrivé pour annoncer la rentrée et apporter la liste des fournitures. Vincent ne retournerait pas à l'Académie cette année. En septembre, lui commencerait son stage au Service des Usages Abusifs de la Magie du Ministère, tandis que je retournerais seule à l'école. L'année promettait d'être longue.

Il était tôt et le soleil brillait dehors. Papa était à son bureau, pour changer, et Vincent rendait visite à des amis. Maussade, je m'étais perchée sur les hauts tabourets de la cuisine pour lire le parchemin reçu quelques instants plus tôt. J'étais à moitié affalée sur la table, dans une attitude qui m'aurait valu un regard de travers de Madame Paule, notre gouvernante à Beauxbâtons, toujours si à cheval sur les bonnes manières et nos attitudes. Heureusement, ces considérations passaient très loin au dessus des têtes de Dwiny et Tinki, qui s'affairaient dans la préparation du déjeuner en papillonnant tout autour de moi. Leur activité de petites fourmis occupées avait quelque chose de rassurant dans le silence parfois pesant du grand manoir, et à partir du moment où j'avais réussi à les faire cesser de me demander toutes les quinze secondes si je n'avais besoin de rien, la cuisine était en quelque sorte devenue mon petit refuge.

La lettre de rentrée de Madame Maxime, à son habitude, souhaitait un bon retour aux élèves et donnait la date de réouverture de l'Académie. La liste des ouvrages demandés n'avait rien de particulier, en dehors du 'Je suis venimeux, j'ai des crocs, je crache du feu, comment me soigner', qui ne laissait rien présager de bon pour nos futurs cours de Biologie des créatures magiques. 'Poisons et autres élixirs mortels' ne m'enthousiasmait pas énormément non plus, mais je connaissais assez Mademoiselle Betthany pour savoir qu'elle ne nous ferait rien faire d'aussi dangereux ; nous étions en dernière année, il fallait bien que nous connaissions quelques bases sur le sujet. Pour les autres manuels, je pourrais récupérer ceux de mon frère qui ne s'en servirait plus. Il me fallait aussi de nouvelles plumes, des parchemins neufs, et je devais renouveler les ingrédients de mon nécessaire à potions. Cette fois, je ne pouvais plus différer ma visite à la Place des Pas-de-Loup. Lisa accepterait sans problème de venir avec moi. Problème : mon père ne pouvant pas se libérer, nous n'avions personne pour nous accompagner en dehors de Vincent – ça tombait vraiment mal pour lui.

Il marchait à côté de nous, sans parvenir à se départir de l'air ennuyé qu'il arborait depuis qu'il avait appris que Lisa nous accompagnait. Je comprenais qu'il puisse trouver assez désagréable et gênant de voir constamment son ex petite amie trainer dans les parages, mais elle était ma meilleure amie depuis avant cet épisode, j'étais donc prioritaire. Ce n'était pas ma faute s'il avait jeté son dévolu sur elle l'année dernière pour rompre quelques mois plus tard. Bon, c'était en réalité un peu plus compliqué que ça, mais je ne voyais pas pourquoi j'en ferais les frais. En plus, ce n'était pas comme si elle était désagréable ou qu'elle le poursuivait. Elle venait uniquement pour moi. Eux gardaient une relation un peu tendue. Cordiale, mais distante. Mais d'ici quelques jours, ce serait la rentrée. Lisa étant une Cracmol, elle n'étudiait pas à Beauxbâtons. Je ne la verrais plus qu'aux vacances de Noël, alors j'avais bien le droit d'en profiter. Heureusement, mon frère m'aimait assez pour comprendre et faire l'effort de rester.

La grande place pavée grouillait de sorciers pressés qui déambulaient de boutique en boutique. La rentrée approchant, et avec le beau temps, tout ce monde se ruait dans le petit quartier marchand sorcier. Heureusement, je n'avais besoin de me rendre qu'à la librairie et chez l'apothicaire. J'en aurais bien profité pour inviter Lisa et Vincent à prendre une glace et à nous installer dans le parc pour profiter du soleil, mais la file d'attente dans les boutiques bondées et l'air renfrogné de mon frère me dissuadèrent de pousser ma chance.

Nous croisions de temps à autre des camarades de classe qui passaient à côté de nous en saluant mon frère. Je n'étais pas exactement de ces gens qui connaissent tout le monde quand ils se promènent quelque part. En ville comme à l'Académie d'ailleurs, soit j'étais invisible à côté de mon frère si sociable, soit ses amis les plus sympathiques daignaient faire attention à moi, mais toujours comme on est avec la petite sœur chérie d'un ami. Ce n'était jamais pour moi-même. Sans être asociale, je n'avais pas réellement d'amis à Beauxbâtons, en dehors de Vincent – qui, techniquement, n'était pas un ami non plus. Nous étions la plupart du temps tous les deux, contents d'être ensemble ; et lorsque lui était avec ses amis, ils m'acceptaient dans leur petite société. Si je m'entendais avec tout le monde, je n'étais devenue réellement amie avec personne, même au sein de ma Maison.

Lisa s'étonnait toujours que je n'aie pas réussi à me lier avec qui que ce soit dans cette école qui représentait le rêve inaccessible de sa vie. À mon avis, elle se faisait de sacrées illusions sur la vie à Beauxbâtons. J'avais tenté de la détromper, dans les premières années, pour lui éviter tout regret inutile, mais elle idéalisait tellement l'école de magie que j'avais laissé tombé. J'avais compris qu'elle préférait de loin se dire qu'un endroit aussi merveilleux pouvait exister quelque part, même si elle n'y avait pas accès. Et, de fait, Beauxbâtons représentait un second foyer tout ce qu'il y avait de plus extraordinaire, et je regrettais qu'elle n'y ait pas accès. Peut-être que si elle avait été présente, mon sentiment aurait été différent. Seulement, sans réelle attache, j'avais parfois du mal à m'y sentir aussi bien que les autres. Je n'étais tout de même pas si timide que ça, mais, aussi peuplée que soit l'Académie, personne n'avait jamais pris la peine de s'intéresser particulièrement à moi et à désirer plus que quelques discussions sans grand intérêt pour tromper l'ennui. Ou peut-être était-ce qu'il n'était pas difficile d'être seul et inaperçu au milieu de gens trop nombreux et intéressants.

En ce qui me concernait, j'étais bien plus curieuse au sujet de l'école moldue dans laquelle allait Lisa. Je ne connaissais personne d'autre qui soit aussi immergé dans cet autre monde, qui me semblait bien plus exotique et passionnant. Je la tannais souvent pour qu'elle m'emmène dans la ville où se trouvait son lycée – même le nom de son école était différent ! Mais j'avais l'air tellement cloche à observer les environs en m'exclamant sans cesse, émerveillée de voir que tout pouvait se dérouler sans la moindre magie, à poser sans cesse des questions sur tout et n'importe quoi qu'elle avait insisté pour que nous laissions tomber ces excursions. En plus, Lisa, elle, pouvait rentrer chez elle le soir, voir sa famille, ce qui selon moi n'était pas négligeable. De toute évidence, personne n'est jamais satisfait de son sort. Bon, après, être la seule de sa famille à être dépourvue de magie était sans doute un prix cruel à payer.

- Vincent ! Fit encore une voix derrière mon frère.

Je soupirai en me tournant également vers l'origine de la voix, féminine, à quelques mètres derrière nous. Combien de temps cela prendrait-il pour faire deux magasins si nous étions retenus tous les deux mètres par des connaissances à Vincent ? Je reconnus Bianca Serpet et Mariella, que je n'avais pas revue depuis notre retour précipité d'Angleterre. Je me tendis instantanément. Si les deux filles étaient là, le troisième membre du trio ne devait pas être loin. Et je n'avais pas la moindre envie de croiser une nouvelle fois Fleur Delacour si je pouvais l'éviter.

- Salut ! Les accueillit Vincent lorsqu'elles nous rejoignirent.

- Bonjour Vincent, répondirent les deux filles avec un grand sourire.

Lisa et moi échangeâmes un regard. Nous aurions aussi bien pu être à des kilomètres, elles ne semblaient même pas nous avoir aperçues alors que j'étais presque épaule contre épaule avec mon frère. Quant à Lisa, en tant que Cracmole, elle avait pour elles à peu près autant d'importance qu'un veracrasse. Il en était ainsi avec la plupart des sorciers, malheureusement, et elle en avait l'habitude. Depuis le temps, ça me rendait souvent plus furieuse qu'elle.

- Quel hasard d'être tombées sur toi, s'exclama Bianca avec un sourire enjôleur en attrapant le bras de Vincent. On attend Fleur pour aller chercher nos robes chez Mlle Crochette. Et toi, qu'est-ce que tu es venu faire en ville ?

Je sentis le regard de ma meilleure amie fixer nerveusement la main de la nouvelle arrivante sur le bras de mon frère. Elle ne le savait pas, mais depuis quelques mois, Bianca ne cessait de se comporter de manière aussi éhontée avec Vincent qui pourtant s'évertuait à la décourager. Je n'en avais pas parlé à Lisa parce que je craignais que ça ne lui fasse de la peine. Je ne pensais pas qu'il y aurait un risque qu'elle y soit confrontée, et j'espérai qu'elle ne m'en voudrait pas de l'avoir découvert de cette manière. Mécontent, Vincent se dégagea doucement mais fermement.

- Des courses pour la rentrée, avec ma sœur et une amie, dit-il en nous lançant un regard appuyé.

Elles daignèrent enfin nous gratifier d'un petit salut de la tête avant de lui retourner toute leur attention. Personnellement, j'étais habituée à passer inaperçue et ça ne me dérangeait pas plus que ça, en général. Mais j'ignorais ce qui, du mépris vis à vis des Cracmols que les deux filles ne prenaient pas la peine de dissimuler ou de l'attention ostensible que Bianca portait à son ex petit ami dérangeait le plus Lisa, et de toute façon je refusais de l'obliger à supporter ça. Je décidai de limiter les dégâts.

- Euh... D'ailleurs, nous on va continuer, dis-je en attrapant le bras de Lisa pour l'entraîner avec moi. On se retrouve tout à l'heure, Vincent.

En plus, Fleur allait vraiment finir par débarquer si on traînait trop. J'espérai que Vincent avait compris que s'il nous rejoignait, il valait mieux que ce soit sans elles.

- Lisa, murmurai-je une fois que nous nous étions éloignées. Je suis vraiment vraiment désolée.

Elle ne me répondit pas. Comme je m'y attendais, son visage arborait une expression chagrinée. Je l'arrêtai par le bras pour l'obliger à me regarder.

- Il ne s'intéresse pas du tout à elle, dis-je. Vincent lui plaît, mais je te promets que ce n'est pas réciproque.

- De toute façon, si ce n'est pas elle, ce sera une autre, me répondit-elle en haussant les épaules. Je le sais bien.

Elle avait toujours l'air un peu triste, mais elle était lucide. Je n'avais pas dit cela pour l'encourager à attendre que Vincent lui revienne, j'étais contente qu'elle en soit consciente même si je savais que ça devait être difficile pour elle. Elle réussit à afficher un petit sourire que je lui rendis pour l'encourager plus que par conviction.

J'allais ouvrir la porte de la librairie lorsque la poignée m'échappa : quelqu'un ouvrait la porte de l'intérieur.

- Hé ! Laurie ! Fit une voix réjouie.

Avant même de lever les yeux j'avais reconnu la personne qui venait de sortir de la librairie. Je détestais ce surnom, et la seule personne à ne pas s'en être rendu compte était Daniel Sabastan. Lui et Simon Destaing se tenaient dans l'encadrement de la porte. Ils étaient tous les deux de mon année – mais en réalité, ils faisaient plutôt partie du groupe d'amis les plus proches de mon frère, bien qu'il ait un an de plus qu'eux. Comme c'étaient deux des rares personnes qui ne faisaient pas semblant que je n'existais pas, je ne me fatiguais pas à reprendre Daniel ni Simon qui, de temps en temps adoptait lui aussi ce diminutif pour me taquiner, couplé aux blagues sur les blondes.

Ils étaient accompagnés d'un petit que je ne connaissais pas mais qui ressemblait assez à Daniel pour laisser penser qu'ils étaient de la même famille.

- Et euh, bonjour Mademoiselle, fit Daniel en se tournant vers Lisa.

Comme nous nous connaissions tous au moins de vue à Beauxbâtons, nos interlocuteurs ne devaient pas avoir eu de mal à comprendre qu'ils n'avaient pas affaire à une sorcière, mais au moins ils ne se sentaient pas obligés de faire comme si elle n'était pas là et s'adressaient à elle aussi gentiment qu'à moi.

- Alors, Laurène, quoi de neuf ? Demanda Simon.

- Comme d'habitude, les courses pour la rentrée, souris-je. On allait prendre des bouquins.

- Oh. Euh... Ici ? Demanda Daniel.

- Eh bien... Il n'y a pas d'autre librairie, rappelai-je en jetant un regard interrogateur à Simon.

- Oui, mais... Enfin...

Il jeta un drôle de regard à son ami. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

- Vous ne voudriez pas d'abord venir prendre une glace avec nous ? Proposa Simon avec un sourire qui me sembla peu naturel. C'est dans la rue juste à côté, on en aura bien besoin avec cette chaleur, haha !

- Puisqu'on est là je vais prendre mes manuels, mais on vous rejoint dès que...

- Les livres seront toujours là dans une demi-heure, m'interrompit Daniel, trop enthousiaste.

C'était une coalition ou quoi ?

- Allez, c'est décidé, on y va ! S'exclama-t-il en passant un bras autour des épaules Lisa pour l'entraîner en direction du marchand de glaces.

Je rêvais ou il la prenait en otage pour m'obliger à faire demi tour ?

Au moment où Simon allait faire de même avec moi, la porte de la librairie s'ouvrit à nouveau. Et je compris soudain la raison de leur empressement à m'éloigner. Sur le pas de la porte, Hugo Chasset se figea également en me voyant à quelques pas de l'entrée. Quant à moi, mes yeux suivirent instinctivement le long de son bras pour voir sa main qui en serrait une autre. Mon ex petit ami et sa nouvelle petite amie.

Alors c'était ça. Au milieu de la tempête qui me traversait la tête je m'étonnai vaguement que les copains de mon frère aient pu faire le lien entre Hugo et moi. Même si j'avais été proche de lui pendant quelques années avant de me décider, il y avait quatre mois, à me faire violence pour lui avouer ce que je ressentais, notre pauvre petite histoire n'avait duré que quelques semaines. Je ne pensais pas que qui que ce soit avait même pu le remarquer, et je ne m'étais certainement pas confiée lorsque ça s'était terminé. A cause de Fleur. Avec elle, il avait battu son record : ça n'avait pas tenu une semaine. Tout ça pour ça...

Et maintenant, il tenait la main de cette fille. Je la connaissais vaguement. Vanessa Carell. Grande, brune, élancée, d'immenses yeux bleus. Bien plus jolie que moi, naturellement. Elle était en cinquième année, il me semblait l'avoir aperçue à la table des Maisonverte au Réfectoire.

Je savais que le sang s'était retiré de mon visage, et j'étais consciente des regards qui allaient et venaient entre nous. Ma main s'était crispée sur ma baguette. J'inspirai profondément pour me forcer à conserver mon calme. Il était hors de question que je pleure là devant eux tous, ni que je perde la tête et leur jette un sort.

Inspirant profondément, je relevai donc le menton.

- Bon, et bien maintenant que la librairie est libre, je suppose que vous n'êtes plus contre le fait que j'aille les acheter, mes livres ?