Bêta correctrice : Nanola

NDA : pour répondre à certaines de vos interrogations, oui, comme déjà dit, la trame de cette histoire est identique à celles des « Arches », à savoir l'histoire d'un jeune garçon qui est enlevé par une meute cruelle de Loups-garous qui va le faire souffrir. Ensuite, non, ce qui lui arrive par la suite ne sera pas totalement identique aux « Arches », déjà parce que ce n'est pas le même univers ni les mêmes réactions des personnages face à certaines situations, et aussi parce que des différences auront lieux dans l'histoire en tant que telle, qui sera de toute façon bien plus fouillée. Mais tout cela, je vous laisse le découvrir au fur et à mesure de votre lecture :)

Je rappelle que le rating de cette fiction est M, soit le plus élevé sur FF. Lisez si vous le souhaitez, mais en toute connaissance de cause.


Chapitre 4

.

Werwulfs !


Longtemps les Hommes ignorèrent leurs hybrides nés des Sylphes.

Ces enfants des Sylphes, tout comme leurs cousins nés des Nymphes, avaient perdu leur ailes et ressemblaient physiquement aux hommes. Ils avaient aussi hérité de la magie dont l'Air avait fait don à sa création. Pourtant, alors que la majorité d'entre eux atteignit l'âge adulte, les Hommes découvrirent que leurs bâtards, qu'ils pensaient aussi inoffensifs que leurs parents Sylphes, ne l'étaient pas.

Contrairement aux Sylphes, leur descendance se révolta. Ils se regroupèrent, prirent le nom de Mages et se libérèrent des chaînes qu'ils portaient.

Comme les Sylphes, les Mages se considéraient supérieurs aux Hommes ignares, nés sans pouvoir magique. Et comme les Hommes, ils méprisaient les innocents Sylphes qui s'étaient laissés dominer et qu'ils estimaient uniquement bons pour le plaisir ou l'enfantement.

L'Air et la Terre, éplorés, regardaient leurs enfants se battre et se déchirer. Ils demandèrent conseil aux Ténèbres qui leur donna une solution que, dans leur désarroi, les deux frères suivirent.

Ainsi, l'Air implora l'aide de la lune et maudit les Hommes barbares qui avaient violé ses enfants. Et la race des Lycanthropes naquit.

Ainsi, la Terre implora l'aide des étoiles et maudit les arrogants Mages qui avaient tué ses enfants. Et la race des Monoïques naquit.

Alors seulement, l'Air et la Terre comprirent que les Ténèbres les avaient dupés.

Livre de Thadd, verset 11

... ... ...

Draco s'éveilla une première fois, gémissant péniblement dans un océan de douleur. Il était allongé à plat ventre sur quelque chose de mouvant et de particulièrement poilue. Il tenta de bouger ses bras et ses jambes, sans succès. Il ouvrit un œil. En voyant les grands arbres sombres de la forêt qui défilaient devant lui à une vitesse folle, il comprit qu'il devait être attaché sur le dos d'un des Werwulfs qui galopait dans la nuit. La souffrance l'envahit de nouveau, lui donnant la nausée. Il sentait le froid sur son dos lacéré et le sang qui collait sur lui. Ce fut la dernière chose auquel il pensa avant de tomber de nouveau dans le noir béni de l'évanouissement.

Quand il reprit une deuxième fois conscience de son environnement, il était allongé, sur le dos cette fois et sur une dure surface plane. Le soleil perçait à travers les branches d'arbres et de sapins. Il gémit, papillonna des yeux. Les souvenirs de cette nuit atroce fondirent sur lui alors que la douleur l'englobait tout entier. Il ne put retenir un sanglot. Il avait le sentiment que son cœur allait exploser de chagrin tandis que son corps tout entier brûlait. Son sang était comme de la lave liquide dans ses veines.

Une ombre se posta devant lui, cachant le soleil qui l'aveuglait malgré sa pâleur. Puis l'ombre lui lança un coup de pied dans les côtes, faisait hurler l'enfant.

« Celui-là est bien vif, il devrait survivre, Alpha, » ricana une voix grave.

« Barbatus, cesse de jouer avec lui, il est à moi, » gronda une voix sourde qui terrifia le jeune garçon.

Une deuxième ombre s'accroupit devant le visage de Draco et se saisit de son menton afin de le regarder dans les yeux.

« Tu vas être un bon petit chiot, pas vrai ? » susurra l'homme.

Draco ne put s'empêcher de pleurer plus fort face aux yeux mauvais de la brute en face de lui. L'homme dégageait une puissance et une force écrasantes, il avait des cheveux gris en bataille, ses dents jaunâtres semblaient pointues et il puait la sueur, la terre et le sang.

« Oh, le pauvre petit bébé se met à pleurer, » se moqua-t-il en relâchant le fin menton blanc.

D'autre rires provinrent jusqu'à Draco, nombreux et lointains.

« Combien de temps encore ? » fit une autre voix.

« Le venin aura normalement fini son œuvre cette nuit ou demain. On verra alors qui a survécu, » gronda le grand homme.

Draco ferma de nouveau ses yeux. Il était terrifié, souffrait le martyr et était désespéré. Il laissa son corps être secoué de spasmes et de sanglots, sans pouvoir se retenir. Pour la première fois de sa courte vie, il espéra mourir. Il ignorait encore que ce ne serait pas la dernière.

Son troisième réveil fut plus doux, plus calme, bien que la douleur soit toujours présente. Pourtant, même cette dernière lui sembla plus supportable. Draco ouvrit ses yeux, constatant que la nuit était de nouveau tombée. Il gémit, se tordant sur la terre et les feuilles qui recouvraient le sol. Des bruits de pas se firent entendre, cependant, il n'eut pas le temps de penser à quoi que ce soit que des bras recouverts de poils sombres se saisissaient de lui pour le mettre assis. Il cria de douleur, ses plaies se réveillant à lui.

« Assis, louveteau, » grogna le même homme que tout à l'heure.

Draco le dévisagea, puis ses yeux gris-bleus se fixèrent sur les autres ombres autour de lui. Plusieurs hommes, le torse nu, se tenaient assis ou debout autour d'un immense feu. Ils portaient des pantalons mais pas de chaussures. Ils étaient très grands, leurs cheveux broussailleux tombaient dans leur cou et la crasse les recouvrait tout entier. Ils devaient être une petite quinzaine, jugea l'enfant terrifié.

Tous le regardaient, en silence. Draco ne savait pas comment déchiffrer leur regard, néanmoins, il tremblait de peur face à eux. Soudain, il entendit des bruits de pleurs, sur sa droite. Il détourna son regard des flammes et des Werwulfs, puisque cela ne pouvait être qu'eux, pour découvrir d'autres formes, allongées à même le sol ou adossées contre le tronc abattu d'un arbre.

« Hannah ! » lança Draco, reconnaissant tout d'abord l'amie de sa sœur aînée.

La voir ici le fit pleurer de nouveau. C'était à la fois un soulagement et une nouvelle peur pour lui. Hannah était comme Laura, forte, protectrice, c'était un rappel de ce qu'il était, d'où il venait. Mais c'était aussi un rappel de sa mère et de ses autres sœurs, assassinées par les hommes devant lui.

Il tendit la main vers elle mais reçut un coup puissant sur celle-ci, lui arrachant un cri.

« Tu n'as pas à parler, louveteau, » grogna l'homme en face de lui.

Draco jeta des coups d'œil furtifs à Hannah et au Werwulf. Cela ne dut pas plaire à ce dernier car il lui lança une forte claque, faisant une nouvelle fois pleurer l'enfant.

« Tu n'as pas non plus à regarder ailleurs quand je te parle. »

« Mais vous ne me parliez pas, » pleurnicha Draco.

Il put à peine finir sa phrase, l'homme se jetant violemment sur lui. Sa main épaisse et calleuse, dont les ongles longs étaient noirs et taillés en griffes, se referma sur sa gorge et le souleva, comme s'il ne pesait rien.

Draco porta ses deux mains autour de celle du Werwulf, tentant de se débattre en secouant ses pieds qui ne touchaient plus terre. De nouveau, des étoiles apparaissaient devant ses yeux tandis qu'il étouffait. Puis l'homme ouvrit sa main, laissant l'enfant s'effondrer au sol. Draco se roula en boule aussitôt en inspirant et crachant tout à la fois. Il se recula, apeuré, alors que le Lycanthrope se penchait vers lui.

« Je suis l'Alpha, louveteau, et toi, tu n'es rien. Rien qu'un misérable cancrelat né uniquement pour mon bon plaisir. Ne t'avise plus jamais de me prendre pour ton égal. Compris ? »

Draco hocha la tête, grelottant de terreur et de douleur. Il osa à peine lever ses yeux inondés de larmes vers son bourreau.

Avisant que l'homme ne parlait plus, il tenta de demander d'une voix faible et craintive.

« S'il vous plaît, monsieur, qui êtes-vous ? Pourquoi je suis là ? »

Les autres loups se mirent à rire grassement, de même que l'Alpha, son rire résonnant dans la forêt comme un aboiement. Sa main puissante s'abattit sur l'épaule blessée du gamin qui cria aux milieux de ses pleurs.

« Écoute bien, louveteau, car je ne le répéterai pas. Je suis Fenrir Greyback, je suis un Loup-garou et voici ma meute. Et toi, » il enfonça son index dans le sternum de Draco, « ainsi que tes amies, vous êtes là... pour nous servir, » finit-il en mimant une grotesque révérence tout en riant en compagnie des autres membres de la meute.

L'homme se redressa et se tourna vers les loups de sa compagnie.

« Silence ! » tonna-t-il. « Que personne ne touche aux femelles avant la prochaine lune. Leur transformation ne sera complète qu'à ce moment. Et je nous connais, si nous nous amusons avant avec elles, elles n'y survivront pas. »

Il éclata de rire, vite suivi par les autres. Chacun retourna devant le feu, assis en rond autour de lui. Certains sortirent des sacs avec de la nourriture et des outres qu'ils firent tourner, Greyback se servant en premier.

Draco grelottait toujours, tout en les dévisageant. Ni tenant plus, il rampa jusqu'au petit groupe de filles qui se tenaient collées les unes contre les autres.

« Hannah, » gémit-il en s'approchant d'elle.

Aussitôt la jeune fille ouvrit ses bras, recueillant l'adolescent qui se nicha dans son cou, le corps secoué de sanglots. Il pleura longtemps tandis que la main de Hannah passait et repassait dans ses mèches douces. Enfin, ses larmes se tarirent et il put vérifier qui d'autre était avec eux. La première chose qu'il vit fut les cheveux d'un blond pâle de Lisa qui reposaient sur des genoux inconnus. La jeune fille avait les yeux clos, ses lèvres étaient pâles et elle semblait encore plus malade qu'auparavant.

« Elle n'a pas encore repris connaissance, » fit une petite voix étouffée de l'autre côté de Hannah.

Draco se pencha, découvrant sans peine que la tête de Lisa était posée sur les genoux de Morag MacDougal et, cramponnée à elle, Megan Jones dont les cheveux noirs cachaient la moitié du visage.

« Peut-être... peut-être qu'il vaudrait mieux qu'elle ne se réveille pas, » murmura Hannah.

« Comment peux-tu dire une chose aussi horrible, » s'écria Morag dans un sanglot.

« Tu n'as pas compris ce qui va nous arriver, Morag ? » fit de nouveau Hannah, la voix tordue par les larmes. « Tu ne vois donc pas ce que tous ces hommes attendent de nous ? »

Les pleurs désespérés de Megan interrompirent Hannah dans sa diatribe furieuse. Draco se colla un peu plus à elle. Hannah était si courageuse. Quoi qu'elle ait voulu dire, les deux autres jeunes filles la comprenaient, mais ce n'était pas le cas de Draco.

« Hannah, qu'est-ce qu'ils nous veulent ? Et pourquoi il a dit les femelles ? Je suis un garçon. »

Un silence pesant lui répondit tout d'abord.

« Draco, » finit par se lancer Hannah alors que Morag et Megan s'étaient prises dans les bras l'une de l'autre en pleurant. « Ces hommes... Ce sont des hommes, justement et nous, des femmes... Ils vont se servir de nous et de toi aussi, même si tu es un garçon... Tu ne comprends donc pas ? »

Draco leva son visage vers elle, découvrant qu'elle pleurait aussi, en silence. Il fit un rapide signe de négation.

« Ils vont... ils vont... Nous leurs servirons en tant que femmes, ils utiliseront nos corps et... et le tien aussi... »

L'enfant la dévisagea encore, les sourcils froncés, avant qu'un éclair de compréhension et de terreur n'envahisse les yeux clairs.

« Non... Non ! Non ! NON NON NON NON ! » hurla-t-il en se reculant de la jeune fille blonde.

« Draco, » gémit Hannah en levant une main vers lui.

« NOOOON ! » hurla toujours le garçon.

Il fut soudain soulevé dans les airs, tandis que les jeunes filles se terraient en sanglotant plus fort. Draco hurlait encore, faisant fi des douleurs de son corps et des bras qui le tordaient. Il hurlait, se débattait, inconscient de tout ce qui se passait autour de lui. Il fut finalement projeté sur le sol, au pied du feu, avec la meute qui l'entourait en ricanant.

Il ne réalisa ce qu'il lui arrivait que lorsque le visage de l'Alpha fut devant lui, sa main de nouveau autour de sa gorge.

Ses yeux furent aspirés par ceux d'ambre et de noir devant lui, il hoqueta, cherchant à reprendre tant sa respiration que ses esprits.

« Il n'est pas permis de troubler notre repas, louveteau. »

Draco fondit en larmes hystériques.

« Non, » gémit-il.

L'Alpha sourit, il se pencha vers lui, sa langue parcourut le cou du garçon, le faisant frissonner de dégoût.

« Humm, tu vas être délicieux, louveteau. Et cette odeur, si pure, si savoureuse... Je sens que je vais t'adorer. »

Les autres loups éclatèrent de rire alors que Draco fermait ses yeux de désespoir.

« Sentez cette odeur, loups ! » fit Greyback en traînant l'adolescent devant ses compagnons qui le reniflèrent avidement.

Draco se tordit, se débattit comme il pouvait, ses blessures se rouvrant sous le traitement.

« Quelle est cette odeur, Alpha ? » demanda l'un des Loups-garous, un homme grand et mince aux cheveux roux.

« Ça, Neuri, c'est le doux fumet d'un futur Oméga. »

Cette déclaration fut suivie d'un silence respectueux.

« Tu en es sûr, Alpha ? »

L'impudent qui avait osé parler se retrouva avec le chef de la meute sur le torse, le visage en sang.

« Je sais ce que je dis, Vircolac ! »

Le grand homme blond aux muscles fins baissa ses yeux bleus en signe de soumission tandis que Fenrir grognait encore après lui.

« Que veux-tu en faire, Alpha ? » demanda avec respect un autre homme, énorme, les cheveux longs, raides et broussailleux d'un noir d'encre, tout comme ses yeux.

« Il est pour moi, Bêta. Les Omégas sont rares, il me revient de droit. Quand il aura accompli son rôle, vous pourrez l'avoir à votre tour, pas avant. »

Les autres loups grognèrent, apparemment ravis de la perspective. Fenrir se rapprocha alors de la forme tremblante qui se recroquevilla un peu plus sur elle-même. Il le prit par les cheveux et le tira derrière lui, sans tenir compte des cris de douleurs du garçon qui plantait ses talons dans la terre molle de la forêt. L'Alpha s'installa là où il se trouvait auparavant, proche des flammes. Il colla Draco à plat ventre par terre, la tête blonde contre lui, reposant sur ses cuisses. D'une main, il se saisit de viande et de pain pour dévorer son repas, son autre main posée de façon possessive sur le dos couverts de plaies du gamin, ses ongles égratignant la peau tendre.

Draco continua de pleurer, jusqu'à qu'il finisse par s'endormir sous le coup de l'épuisement.

Quand il se réveilla le lendemain matin en raison d'un puissant coup de pied dans le dos, Draco n'était plus en compagnie des dominants de la meutes, mais au milieux des jeunes filles de son village.

Il n'eut pas vraiment le temps de se demander pourquoi et comment il avait atterri là, que déjà, on le forçait à se lever, lui, Hannah, Morag et Megan. Lisa ne bougea pas, malgré les coups et les invectives. Au final, l'un des hommes la jeta sur son dos. Draco détourna son regard de la jeune fille à cause de gémissements sourds derrière lui. Il étouffa à peine un cri en voyant alors que certains Lycans se transformaient sous ses yeux. Les corps se contorsionnaient dans des craquements sinistres tout en se couvrant de fourrure.

Rapidement, là où se tenaient cinq hommes un instant auparavant, prenaient place désormais cinq énormes bête à la langue pendante. Draco fit instinctivement un pas en arrière, terrorisé à la vue de ces monstres qui avaient attaqués son village.

« En piste, » gronda un humain derrière lui qui le saisit rudement, faisant de nouveau crier le gamin.

L'homme le posa sans ménagement sur le dos d'un loup à la fourrure d'un brun roux et s'empressa de le ligoter malgré les suppliques de Draco.

« La ferme ! » gronda-t-il en lui mettant une gifle sonore.

« J'ai mal... » pleurnicha Draco tandis que les cordes frottaient son dos et les morsures de son épaule et de sa cuisse.

« Qu'est-ce que tu veux que ça me foute, louveteau ? C'est pas mon problème. Tu seras bientôt guéri si tu survis, sinon, tu finiras dans mon estomac. »

L'homme se posta devant le visage de l'enfant, lui souleva la tête en lui tirant les cheveux.

« Notre Alpha a raison, je suis sûr que tu dois être délicieux. »

Là-dessus il éclata de rire et lâcha les mèches blondes, laissant Draco s'effondrer sur le dos du loup.

Le jeune garçon pleura de nouveau un long moment, tandis que les Loups-garous se transformaient. Certains avaient un prisonnier sur le dos, d'autres des sacs. Fenrir et son Bêta, eux, ne portaient rien, comme deux autres loups. Le chef lança un long hurlement et prit la tête de la meute, galopant dans les bois.

Draco avait envie de vomir. Il était ballotté, les liens lui mangeaient la peau et son estomac vide depuis maintenant presque deux jours se rappelait douloureusement à lui. Les poils de la bête lui chatouillait désagréablement le visage et son odeur était écœurante.

La meute finit par s'arrêter dans un sous-bois, alors que le soleil atteignait son zénith. L'un des Lycanthropes sans charge se transforma et enleva sacs et prisonniers du dos des autres qui se transformèrent à leur tour.

Draco tomba sur le sol et rampa en direction de ses compagnes d'infortune, loin des mâles de la meute.

« Ça va, Draco ? » demanda Megan en se pencha vers lui.

« J'ai mal... » gémit-il.

Hannah s'approcha de lui à son tour, inspectant son dos, dont les griffures commençaient à bien cicatriser, ainsi que les deux morsures qui s'étaient remises à saigner.

« Tu cicatrises vite, c'est une chance. Par contre, tu as été mordu deux fois, » constata-t-elle froidement.

« Ça brûle, » se plaignit l'enfant.

« C'est normal. Enfin je crois. C'est la plaie et aussi... le venin. »

« Quel venin ? »

Ce fut au tour de Morag de prendre la parole.

« Hier soir, pendant que tu étais encore évanoui, le second, Brutus, est venu pour nous donner un morceau de pain et il nous a examiné. Il nous a dit... On est contaminé, Draco. Greyback nous a mordu en nous injectant son venin. Il court dans nos veines, nous permettant de guérir plus vite si nous nous y adaptons, mais nous sommes maudites, désormais. À la prochaine plein lune, nous deviendrons des monstres, nous aussi. »

Draco se mit en position assise, regardant avec effroi les Lycanthropes qui s'asseyaient les uns à côté des autres en cercle.

« Nous ne serons pas des monstres, » protesta avec virulence Hannah. « Eux sont des monstres, pas nous ! »

« Arrête, Hannah, » fit à son tour Morag. « Ce sont des Werwulfs ! Et nous serons comme eux ! »

« Oui, nous serons des... Loups-garous, comme ils disent, mais je refuse d'être un monstre ! Je resterai qui je suis ! Tous les Werwulfs ne sont pas comme eux, certaines meutes sont paisibles et n'attaquent pas les humains.

« Et qu'est-ce que tu en sais, hein, madame je sais tout ? » la contra Megan à son tour. « Jusqu'à il y a peu, je pensais que les Lechi et les Werwulfs étaient des légendes ! Et pourtant... ils sont là, devant nous ! »

« Je le sais, » rétorqua Hannah, froidement.

Elle jeta un regard empli de haine à la meute qui sortait des victuailles de leur sac, comme la veille. Les hommes étaient encore nus, malgré le froid hivernal, montrant sans aucune pudeur leurs attributs qui pendaient entre leurs jambes. Draco frissonna en les voyant, bien que cela n'avait pas grand chose à voir avec la petite bise qui soufflait de temps en temps.

«Depuis cet hiver, » continua Hannah, le sortant de ses pensées sinistres. « Je travaille à la cantine des soldats. Je les écoutais parler. Les Werwulfs et les Lechi existent, tout comme les Nymphes et les Mages que nous connaissons déjà. Là-bas, derrière les Grandes Rocheuses, il y a d'autres contrées. Certains territoires sont ceux de ces êtres. »

« Tout le monde sait ça, Hannah, » fit Draco d'une voix douce. « Mon père avait une carte du Monde Libre, elle est dans ma chambre depuis mes sept ans. Je connais ces régions et les frontières des quatre Royaumes. Je sais aussi que certaines meutes de Werwulfs sont riches et puissantes. Il... » Draco déglutit, mal à l'aise. « Il y a parfois des Werwulfs aux Présentations. »

Megan et Morag le regardèrent, un peu surprises.

« Oui, » consentit Hannah. « Certains Werwulfs sont bons, d'autres mauvais. Je savais qu'une de ces meutes maudites avait traversé nos frontières. C'est ce que disaient les soldats. »

« Angus aussi, » confirma Draco.

« Tu crois que ce sont eux ? » demanda Megan.

« J'en suis sûr. »

« Pourquoi ? » voulut savoir Draco à son tour.

« Parce que nous nous dirigeons vers le Nord depuis l'attaque, nous quittons Poufsouffle. Et les soldats connaissaient le nom de Greyback, » avoua Hannah, d'une voix basse. « Ils disaient... Ils disaient que c'était un mercenaire redoutable. Et le Werwulf le plus cruel qui existe de nos jours. »

Cette annonce finit de jeter un vent de désespoir sur ses camarades. Draco posa sa tête sur ses genoux et recommença à pleurer, en silence.

« Quand est la prochaine pleine lune ? » demanda Morag d'une voie faible, comme abattue.

« Dans trois nuits, » répondit tout aussi lugubrement Megan.

Les deux jeunes filles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre, cherchant un réconfort. Draco, quant à lui, continua de regarder le sol, hagard. Dans trois nuits, la pleine lune serait à son firmament. Dans trois nuits, il deviendrait un Werwulf. Et après cela, s'il avait bien compris ce qu'avaient dit ceux de sa future meute, il serait le jouet sexuel de l'Alpha, puis de la meute entière quand ce dernier se serait lassé de lui. S'il survivait d'ici là.

Des pieds nus entrèrent dans son champs de vision, qu'il aperçut malgré les larmes qui brouillaient sa vue.

« Debout, » ordonna une voix dure.

Le gamin sauta sur ses pieds, grimaçant alors que ce geste lui déchirait une nouvelle fois sa morsure à la cuisse.

Devant lui se tenait le Bêta, Brutus, s'il s'en souvenait bien. Ce dernier lui arracha sa chemise et lui baissa son pantalon de façon abrupte, dévoilant le corps fin et pubère aux regards. Draco éclata en sanglot en essayant de cacher ses parties intimes avec ses mains alors que tous les yeux de la meute se posaient sur lui.

Les doigts épais du Bêta le touchaient, le palpaient. Enfin, il cessa son inspection et aboya en direction des hommes restés assis.

« Daniel, apporte les plantes ! »

Un jeune homme à la peau basanée et aux lourds cheveux noirs bouclés se leva, prenant un sac sur son passage. Il se positionna à son tour devant le gamin. Draco déglutit, réalisant qu'il arrivait à peine au niveau des aisselles des membres de la meute. Niveau stature, tous le dépassaient plus que largement.

Le dénommé Daniel souleva le menton du gosse, détaillant les yeux bleutés apeurés qui lui faisaient face.

« Tu as mal ? »

Le garçon sursauta, surpris qu'on lui demande une telle chose.

« Ou-Oui, monsieur, » dit-il d'une voix chevrotante.

« Où ? »

« Le dos, l'épaule et la cuisse, » répondit Draco en désignant d'une main les endroits concernés.

L'homme le tourna à son tour, l'inspectant, avant de fouiller dans son sac. Il en sortit un pot rempli d'une pâte verdâtre, ainsi que les feuilles séchées d'une plante que Draco ne reconnut pas.

« Mange ça, et mâche bien, » lui ordonna Daniel en lui donnant trois petites feuilles brunes.

Le garçon obéit prestement, cependant, il poussa un petit cri de surprise alors qu'une sensation de froid et d'humidité se faisait sentir sur son épaule. Daniel venait de lui appliquer du baume sur sa morsure. Aussitôt, la douleur diminua. Le Loup-garou fit de même sur son dos et sur sa cuisse, faisant rougir le garçon alors que le Lycanthrope se tenait à quelques centimètres à peine de son sexe. Les gestes de Daniel étaient doux, sans rudesse ou malveillance.

Ce dernier se releva, sans rien manquer bien sûr des rougeurs traîtresses. Il ricana avant de donner une tape sonore sur les fesses nues, faisant glapir Draco.

« Pas la peine de rougir, gamin, bientôt tu sauras ce que ça fait que d'être avec un vrai mâle ! Dès que notre Alpha en aura fini avec toi, je me chargerai de finir ton éducation, » termina-t-il, ses yeux parcourant le corps dénudé.

Draco se baissa rapidement pour reprendre son pantalon, mais alors qu'il se relevait, il fut arrêté dans sa course par une main puissante, le faisant stopper juste au niveau du pénis du Loup-garou.

« Ne sois donc pas si impatient, bientôt tu auras le droit de la câliner tant que tu veux, avec tes mains, ta langue, tes fesses... » continua l'homme en fourrageant ses doigts dans les mèches épaisses.

Puis il éclata de rire et repoussa Draco, lui tournant le dos afin de retourner s'asseoir avec ses congénères. L'enfant remit son pantalon, les mains tremblantes et les joues humides. Hannah s'approcha de lui et le prit dans ses bras, le berçant tout contre elle. Ce fut pendant qu'elle le consolait, comme un petit enfant, qu'il réalisa qu'il n'avait plus sa chaîne en or autour du cou.

Cela lui fit redoubler un instant ses larmes. Cette chaîne, c'était son père. Comme il aurait aimé qu'il soit là. Il refusait de croire que le cavalier égorgé soit son papa. Il voulait le revoir, qu'il le prenne dans ses bras, il voulait pouvoir lui demander pardon...

Les prisonniers se tassèrent de nouveau dans un coin, attendant que les dominants aient fini leur repas. Une fois cela fait, des hommes se changèrent de nouveau en loup.

« Viens-là, gamin, » lui lança Daniel en se rapprochant de Draco.

Il l'attrapa par le cou et l'entraîna vers un autre loup, noir cette fois-ci.

« En piste, tu montes sur Archus, mon frère. »

« Monsieur, s'il vous plaît, » fit Draco en levant des yeux implorants. « Je... Ne me serrez pas autant que ce matin, ça fait trop mal. Et je... » il baissa ses perles grises, honteux.

« Tu ? »

Draco redressa de nouveau son visage. L'homme était un pervers, sans aucun doute, mais pour le moment il avait été le seul à ne pas être trop brutal.

« Je voudrais... enfin, vous voyez, » termina-t-il en se dandinant.

« Pisser ? » demanda Daniel qui eut un rapide hochement de tête en réponse.

Il éclata de rire et interpella les deux autres hommes qui allaient attacher Morag et Megan.

« Les gars, on a oublié, il faut les laisser pisser, sinon elles vont faire sur le dos des autres ! »

Les humains rirent à gorge déployée tandis que les loups, eux, grognèrent en montrant leurs crocs.

« Allez, viens là. »

Il s'empara du bras du gosse et l'entraîna vers un arbre.

« Vas-y. »

Draco fit rapidement sa petite affaire puis se retourna vers son gardien. Se faisant, la tête lui tourna et il lui tomba dans les bras.

« Pardon, pardon... » gémit-il alors que l'homme le remettait sur ses pieds.

Daniel le regarda étrangement pendant un instant, ses yeux sombres le sondant. Il attrapa son sac et en sortit un petit morceau de pain.

« Tiens, avale ça. »

Draco s'en saisit avec avidité, dévorant le pain en quelques secondes.

« Merci, monsieur. »

« Il n'y a pas de monsieur ici. Tu as le droit de m'appeler Daniel. Ne t'avise pas à le faire avec l'Alpha ou Brutus, le Bêta, sans leur autorisation. Ni avec son frère, Barbatus, il t'arracherait un bras. Par contre, tu peux le faire sans risque avec Archus, Neuri, Ralph, Dereck et Berserkir. Les autres, je ne sais pas. »

Draco regardait les loups ou les hommes que Daniel lui avait désignés, un peu perdu. Et puis la terreur l'envahit de nouveau. Ils étaient si nombreux, si violents, si dangereux. Ses lèvres tremblèrent alors qu'il se jetait contre le torse de Daniel.

« Je vous en supplie, laissez-moi partir ! »

L'homme se mit à rire doucement.

« Partir ? Non, je tiens à ma vie. Et toi, sans la meute, tu mourrais en quelques jours, surtout que la lune sera bientôt pleine. » Il fixa les yeux clairs en face de lui qui se remplissaient de larmes de désespoir. « Fenrir te veut pour lui. Tu seras un Oméga si tu survis à la transformation. Le seul que la meute ait compté jusqu'à aujourd'hui. Peut-être que toi, tu vivras. »

Cette phrase le glaça jusqu'au os.

« Pourquoi... pourquoi vous dites ça ? »

« Parce que les putains de la meute ne durent jamais plus de cinq mois, deux ou trois en général, » répondit l'homme en le posant sur le dos d'Archus.

Draco s'accrocha au poils noirs et rêches de la bête, secoué de sanglots. Daniel le ficela, prenant toutefois garde à ne pas passer la corde là où il avait ses plaies. Une fois fait, il caressa le visage trempé et les cheveux fous. Il l'étudia une nouvelle fois un long moment, puis ses yeux noirs se plantèrent dans les clairs.

« Courage, gamin. Je t'aiderai à survivre. »

Il se pencha, inspirant profondément la peau dans le cou de l'adolescent.

« Et si tu es gentil avec moi, je te promets d'être doux quand je te ferai mien, » chuchota-t-il à son oreille.

Il accorda une dernière caresse à la tête blonde, avant de s'avancer vers les quelques hommes encore debout sur deux pattes.

« Où allons-nous ? » lança Epsilon à Fenrir.

« Nous remontons au nord-ouest. Maintenant, tous les habitants de ce ridicule Royaume tremblent devant nous ! Allons, d'autres territoires nous attendent, camarades ! Je crois que certains seigneurs Mages à l'emblème de serpents réclament nos très chers services. »

La meute ricana et se mit en branle.

Comme le matin, Draco ferma les yeux, laissant la peur et la désespérance envahir son cœur. Il allait quitter le Royaume qui l'avait vu naître et grandir, pour ne jamais plus y revenir. Il pleura encore, se rappelant les terribles paroles de Daniel et le court futur plein de souffrances qui l'attendait.

Quand la nuit tomba, les Loups-garous s'arrêtèrent de nouveau. À peine détachés, Draco et les autres prisonnières se regroupèrent contre un large rocher. Sauf Lisa qui avait, semble-t-il, à peine repris conscience durant la journée.

Les quatre jeunes gens grelottaient lamentablement les uns contre les autres, cherchant par tous les moyens à se réchauffer. La meute avaient déjà atteint le pied des Grandes Rocheuses, la température hivernale, ici, se faisait rudement sentir d'autant qu'aucun des prisonniers n'avait chaussure ou manteau. Ils avaient été surpris dans leur sommeil ou leur coucher, avaient eu à peine le temps de s'habiller et lors de leur capture, leurs vêtements avaient été plus que malmenés. Si le corps musculeux et velu du Werwulf qui les avait portés avait réussi à leur réchauffer le ventre, ce n'étaient pas forcément le cas de leurs membres ni de leur dos qui s'étaient peu à peu frigorifiés.

Les Hommes-loups, eux, ne semblaient pas autant souffrir du froid. À peine transformés, ils s'étaient habillés sans hâte d'un pantalon et d'une chemise en toile pour certains, laissant leurs pieds et leur tête nus. Deux d'entre eux s'affairaient à faire un immense feu alors que les autres sortaient des peaux de bêtes qu'ils posaient sur la terre du sous-bois déplumé par l'hiver.

« Draco, viens là, » lui ordonna gentiment Hannah en ouvrant ses bras.

Le garçon se colla contre elle, recroquevillé le plus possible. Il se doutait de ce à quoi Hannah pensait et ce qu'elle faisait avec lui. Il était le plus jeune des quatre, presque encore un enfant. Si elle lui rappelait douloureusement Laura, Susan et Édith, lui devait lui rappeler ses petits frères et sœurs. Comme pour confirmer ses pensées, la main de la jeune fille passa dans ses cheveux, les caressant et démêlant les mèches douces. Elle se mit à chantonner et Draco se rendit compte qu'elle devait pleurer.

« Crois-tu... crois-tu qu'ils nous recherchent ? » demanda Megan dans un souffle.

Elle-même était plaquée contre Morag, chacune ayant pris en partie sur elles le corps toujours inerte et glacé de Lisa. Draco ne s'étonna pas que Hannah, comme par un accord silencieux entre eux tous, soit devenue leur référent, leur point d'ancrage. Elle était la plus âgée mais aussi la plus forte. Son caractère entier et frondeur était connu dans Pomona tout entier. Bien qu'elle ait l'âge de Laura, Hannah était devenue aussi très amie avec Susan quand l'aînée des Bones était partie vivre à Helga.

« Je ne sais pas... Je ne pense pas... Et quand bien même, nous sommes si loin désormais. »

« Pourquoi dis-tu cela ? » riposta Morag. « Certains ont bien dû atteindre la cité, les soldats venaient vers nous... Ils doivent forcément savoir que nous somme en vie ! Ils ne peuvent pas nous abandonner ! » Sa voix atteignit les aigus alors que la jeune fille frôlait l'hystérie.

« Morag, » fit doucement Hannah. « Je ne sais pas qui sont ceux ou celles qui sont encore en vie parmi les habitants du village. Peut-être que certains nous ont vus sur le dos ou dans les gueules de ces monstres, peut-être qu'ils... qu'ils ont compté les cadavres, » elle étouffa un sanglot, « mais nous sommes trop loin. Cela ne sert à rien d'espérer une chose qui n'arrivera pas, pour eux nous sommes perdus. »

Morag et Megan se serrèrent un peu plus l'une contre l'autre et Draco ferma les yeux. Hannah ne leur mentirait jamais, quand bien même la vérité serait cruelle.

« Alors on va mourir, » chuchota Megan.

Megan était sans doute celle que Draco connaissait le moins. Elle était plus âgée qu'Édith mais moins que Laura ou Hannah. De plus, c'était une jeune fille discrète et effacée, le contraire de Susan qui était sa conscrite. La douceur même selon Caroline qui l'appréciait beaucoup quand elle l'avait dans sa classe.

« On doit tous mourir un jour, Megan, » répondit Hannah.

Un silence pesant s'installa entre eux, uniquement perturbé par les cris, grognements et rires des Loups-garous qui ripaillaient autour du feu.

« On pourrait s'enfuir... » fit Morag. « Ils ne nous regardent pas... Quitte à mourir sous leurs crocs, autant que ce soit en essayant de se sauver. Je ne veux pas finir ainsi, je veux vivre, être libre, me marier, avoir des enfants... Je ne veux pas mourir maintenant. »

« On ne peut pas s'enfuir, » répondit Hannah dans un souffle à peine audible. « Si tu regardes bien, il y en a toujours un ou deux qui nous surveillent, au minimum. Regarde, là, les deux bruns côte à côte. C'est leur tour de garde. Tout à l'heure, c'était celui qui a les yeux bridés et le grand blond. »

Draco sortit son nez du giron de Hannah afin de regarder les hommes qu'elle avait désignés.

« Celui avec les yeux bridés et la peau dorée s'appelle Berserkir. Les bruns, celui avec la chemise noir, c'est Heimdall, l'autre je ne sais pas. Le blond, c'est Dereck, » dit Megan doucement.

« Qu'est-ce que ça peut nous faire de savoir leur nom, » lança aigrement Hannah. » Ils n'ont pas de prénom, ce ne sont que des ordures qui méritent de crever ! » Elle se reprit avant de recommencer de sa voix sourde. « En plus, tant que nous sommes de simples humains nous n'avons aucune chance contre une douzaine de Werwulfs. Aucune. Il va falloir... attendre... tenir... peut-être que quand nous serons nous-mêmes des loups, un jour nous aurons une opportunité pour nous enfuir... Ou peut-être que des soldats nous sauveront, mais je ne compterai pas trop là-dessus. »

Draco admira encore une fois la volonté de Hannah alors que lui, face à ces paroles, ne pouvait faire autrement que se cacher le visage dans la robe de la jeune fille. Megan renifla tout en s'essuyant les joues.

« Hannah, tu réalises que si nous attendons d'être des Werwulfs... Ils... ils... »

« Nous n'avons pas le choix, » termina Hannah en recommençant ses caresses dans les mèches qui paraissaient luire dans la nuit.

Un autre silence s'installa que Morag coupa une nouvelle fois.

« Est-ce que vous savez qui... qui a survécu à l'attaque ? »

Personne ne répondit tout d'abord, puis Draco se lança, se cramponnant à la taille de la meilleure amie de sa grande sœur.

« Je ne sais pas qui a survécu, mais je sais que... maman et... Édith... Aussi Susan. » Il éclata en sanglots, admettant pour la première fois dans son cœur et dans son âme le caractère indélébile de ses paroles. « Édith... Elle, elle est revenue... pour me sauver... » hoqueta-t-il misérablement. « Je disais toujours qu'elle était une peureuse... et une rabat-joie... mais c'était pas vrai ! Elle est revenue et... il l'a tuée ! »

Il ne put plus rien ajouter, alors que son corps tressautait sous ses pleurs.

« Je crois... je crois que mon père a réussi à s'enfuir, avec Jonas dans les bras... » fit à son tour Megan, la voix elle aussi brisée.

« Je ne sais pas qui a survécu chez moi, » avoua Hannah. « On a été parmi les premiers attaqués, je crois, notre maison est juste à côté de celle des Turpin et c'est elle qui a brûlé la première... Je ne sais pas... »

Ses mains se crispèrent dans les cheveux de Draco qui garda les yeux fermement clos.

Il n'y avait que peu de chance que la famille de Hannah ait survécu.

Draco sentit d'un seul coup la jeune fille se tendre, Morag et Megan haleter. Il ouvrit les yeux et tourna lentement la tête, vers le feu de camp. Les Werwulfs s'étaient tus et l'Alpha se dirigeait vers eux.

Il frissonna de terreur tandis l'homme immense se tenait devant eux. Son odeur répugnante arrivait jusqu'à lui, malgré la distance.

Fenrir se baissa et Draco se cramponna un peu plus contre Hannah qui referma durement ses bras autour de lui. Son cœur battait à une vitesse folle, comme s'il voulait s'échapper de sa cage thoracique.

Pourtant, ce ne fut pas vers lui que la main griffue et sale se posa mais sur Lisa, qui ne réagit pas.

« Daniel ! » aboya l'Alpha.

Aussitôt l'homme à la peau basanée se leva, immédiatement suivi par un autre, à la peau plus bistrée mais qui lui ressemblait étrangement. Archus, pensa de suite Draco, son frère. Tous deux avaient les cheveux noirs, crépus pour Archus, frisés pour Daniel.

Daniel se baissa à son tour devant la forme pâle et allongée de Lisa, inconsciente entre Morag et Megan. Il la palpa, prit son pouls et inspecta ensuite son torse, écartant sans aucune pudeur le devant de sa robe qui révéla une petite poitrine blanche. À la vue de ces seins si délicats, Draco rougit et détourna rapidement les yeux. Pourtant, sans pouvoir sans empêcher, il reporta ses perles grises vers la jeune fille et fut saisit d'horreur. Une large morsure s'étalait sur son flanc, jusque vers le nombril. Mais à la différence des siennes, celle de Lisa était encore sanguinolente et des marbrures noirâtres s'en échappaient.

« Alors ? Son odeur ne me plaît pas, » fit Fenrir dans un grognement.

« La plaie est purulente. Le venin n'a pas dû prendre sur elle. Elle ne survivra pas à la lune, » conclut froidement Daniel.

Greyback se redressa, de même que les deux autres Loups-garous.

« Brutus ! Barbatus ! »

Le Bêta et son frère se redressèrent d'un bond.

« C'est toi qui l'avait choisie, non ? » demanda le chef à son second.

« Oui, Alpha. »

Greyback hocha la tête et montra la forme au sol.

« Je pense que vous avez mérité une petite récompense, faites ce que vous en voulez. »

Les deux hommes ricanèrent tandis que les autres Lycanthropes se mettaient à crier et à hurler, tels des bêtes. Les frères se saisirent de Lisa, chacun par un bras et la traînèrent au sol en direction du feu.

« Non ! Laissez-là ! » cria Morag en tentant de retenir son amie.

Le poing de l'Alpha s'abattit sur sa joue et chacun peut entendre un os craquer. La jeune fille hurla de douleur en s'effondrant au sol. Draco ne pouvait détacher ses yeux, horrifié par ce qu'il voyait. Le monde sembla tourner, se teintant une nouvelle fois de rouge et de noir. Il haletait, la peur s'infiltrant dans ses veines.

Il entendait les cris de joie de la meute, voyait Brutus qui arrachait les restes de la pauvre robe de Lisa, Barbatus qui enlevait son pantalon et faisait signe à un autre Werwulf, David ou Vircolac, Draco ne savait plus qui était qui, à se joindre au festin.

« Non, non, non, » murmura-t-il, affolé.

Il ne voulait pas regarder, pas entendre, ni les cris et les pleurs de Morag, le nez en sang, ni ceux lubriques, écœurants, de la meute qui invectivaient les trois hommes qui s'abaissaient sur Lisa.

La main de Hannah se posa sur sa tête, l'obligeant à se détourner de ce spectacle immonde pour le planquer contre sa poitrine. Puis son autre main se plaqua contre son oreille. Draco ferma les yeux, respirant de façon erratique, le nez collé à la robe de Hannah. Il sentait les doigts qui lui caressaient les cheveux et sa poitrine vibra alors que la jeune fille lui parlait, des paroles sans queue ni tête, des paroles pour lui faire oublier ce qui se passait à quelques mètres d'eux.

... ... ...

La fumée envahissait le ciel, teintant les nuages blancs de noir. De la cendre retombait par instant, selon la force et la direction du vent. Pourtant, la jeune fille n'en avait cure. Elle était là, les bras ballants, à regarder les restes fumants de ce qui avait été autrefois sa maison et celles de ses voisins, de ses amis.

Pire que la fumée, c'était l'odeur âcre de la chair brûlée qu'elle retenait. Et celle métallique du sang. Il y avait du sang partout, sur le sentier et les petits chemins de terre, sur les quelques murs rescapés et sur les corps qui n'avaient pas brûlés.

« Laura, il n'y a plus rien à voir ici, » fit un jeune homme en posant ses mains sur les épaules de la petite femme brune.

Cette dernière ne sembla pas le remarquer, ou tout du moins, cela n'eut pas l'effet escompté. En effet, au lieu de la faire reculer, ce geste sembla réveiller Laura qui s'avança. Ici, c'était la maison de Bocket, là, celle de la veuve Fling. Et là-bas... c'était la sienne.

« Laura... »

Cette fois, il lui prit la main et la tira en arrière. La jeune fille trébucha puis se décida enfin à suivre son compagnon.

Néanmoins, elle craqua et s'écroula devant un cadavre recouvert d'un linceul, quelques mètres plus loin. Le tissu blanc à l'origine ne l'était plus.

Elle pleura et leva son visage défait vers son futur amant.

« C'était ma sœur ! Ma sœur ! Steven ! Et là-bas, sur le sol de ma maison, les restes de ma mère et de Susan ! »

Le grand blond s'accroupit à son tour, la prit dans ses bras. Laura tendit une main, désignant un point invisible plus loin.

« Édith... Elle était si proche des soldats... Pourquoi... »

L'homme ne répondit pas, se contentant de la bercer. Enfin, au bout de plusieurs minutes, un soldat de la cité s'approcha d'eux.

« Il faut partir... Les croque-morts sont arrivés... Merci d'avoir aidé à identifier les corps. »

Laura se redressa, un rire nerveux s'échappant de ses lèvres.

« Merci ? Merci ? Merci de quoi ? D'avoir pu mettre quelques noms sur des restes ?! »

« Laura... C'est important pour les survivants. »

Laura se retourna vivement vers Steven.

« Les survivants ? Ils sont treize! Treize ! Seulement treize ! » Elle se tourna de nouveau vers le garde. « Pourquoi seulement treize, hein ? » accusa-t-elle.

« Mademoiselle, nous avons fait ce que nous avons pu, nous sommes arrivés aussi vite que nous pouvions, dès les premières flammes et... et les premiers cris. »

Laura hocha la tête, les larmes coulant sur ses joues.

« Qui a fait ça ? Est-ce que les rumeurs sont vrais ? J'ai vu le corps de ma mère, de mes sœurs, de tant d'autres... Est-ce que c'est vrai ? »

« Werwulfs, » confirma le gardien. « Je les ai vus... »

Laura reprit le silence, marchant à côté de son compagnon et de l'homme armé.

« Et pour les autres ? » chuchota-t-elle.

« Les autres, mademoiselle ? »

« Oui, les autres. Je ne vous parle pas de ceux qui ont réussi à vous rejoindre et à se cacher derrière la muraille, je vous parle de ceux qui manquent ! »

Le gardien déglutit, mal à l'aise.

« On ne sait pas combien manquent. Certains corps étaient déchiquetés, vous le savez, d'autres tellement brûlés... C'est impossible de savoir qui manque. »

« Mon frère n'est pas parmi ces corps, » affirma Laura.

« Vous ne pouvez en être sûr, » commença le gardien.

« Je le suis ! » cria Laura avec fureur. « Il était avec ma mère et mes sœurs, il devrait donc être là, ou avec l'une, ou avec les autres ! Il ne les aurait pas laissés et elles non plus ! Susan... elle n'aurait jamais abandonné Draco. »

L'homme se mit bien en face de la jeune fille et lui posa à son tour les mains sur ses épaules.

« Je suis désolé pour votre famille. Mais sincèrement... nous avons fouillé les bois alentour, nous n'avons pas retrouvé d'autres corps. Cette meute sévit dans le Royaume depuis des mois, depuis le début de l'hiver. Si elle emmène des prisonniers, on retrouve en général leur reste dans les environs. »

La jeune fille sera les poings.

« En général ? Est-ce toujours le cas, sergent ? »

L'homme soupira mais ne détourna pas le regard.

« En général, » répéta t-il. « Mademoiselle Bones, je vais être franc avec vous. Si votre frère était encore en vie, lui et d'autres personnes quand la meute est partie, s'il était leur prisonnier... Alors priez. »

La jeune fille fronça les sourcils en une question muette.

« Priez pour qu'il soit mort, désormais, » reprit le soldat.

Il fouilla dans sa poche, sans sembler se rendre compte du hoquet de stupeur de la jeune femme. Il en retira une chaîne brillante qu'il posa dans la paume de Laura.

« On l'a retrouvée, à côté du cadavre de votre sœur. Croyez-moi. Il vaut mieux pour lui que votre jeune frère ne soit plus de ce monde et qu'il repose en paix. Toutes mes condoléances. »

Sur ces paroles, il tourna les talons et repartit en direction de Chourave et de la porte dont les battant en bois seraient bientôt refermés.

Laura ouvrit sa main, découvrant ce qu'elle pensait y trouver. Son autre main se posa sur sa bouche alors qu'un sanglot l'étouffait. Dans sa paume, le médaillon en or de Draco semblait la narguer.

« Il est vivant, Steven, il est vivant, je le sais ! » pleura-t-elle en redressant son visage vers son fiancé.

« Laura, tu n'en sais rien... »

« Si, je le sais ! Il était là, avec Édith, et son corps n'est plus nulle part ! Il est vivant ! »

Elle s'accrocha au corps de l'homme en pleurant à chaudes larmes.

Laura avait voulu venir faire une surprise à sa famille. Steven était nommé comme caporal à Chourave dès le mois d'avril. À la place de la fête qu'elle avait prévue, elle allait devoir enterrer sa famille assassinée. Trois d'entre eux étaient morts, un quatrième disparu. Quant à son père, il luttait toujours pour sa vie à l'hôpital de la citadelle, répétant sans cesse dans ses délires le prénom de son fils qu'il avait vu se faire enlever sous ses yeux.

« Oh mon Dieu, Draco, que sont-ils en train de te faire pour qu'il affirme que la mort serait préférable... » murmura-t-elle entre deux sanglots, la tête nichée au creux de l'épaule de son compagnon.

Sa main se referma sur la chaîne, ses ongles pénétrèrent sa peau.

« N'abandonne pas, Draco, n'abandonne pas, je t'en supplie, » dit-elle enfin dans un souffle.

... ... ...

A suivre

... ... ...