WoR : Hello ! Comme promis, un chapitre tous les dimanches :D Merci infiniment de vos reviews sur le dernier chapitre qui m'ont faîtes chaud au cœur à Zod'A (O.O télépathiiiiie... ~), Palma23, Mister Cox, MonsterMaster, Ever-Lyo, Berteen x, KatnissLjay, SweetyK, Joms77, StElia, Exogeneis, Rouliette et Jadecroft (on adore les romans !) !
Sorcikator : Salut à tous! Retrouvons donc ici Malek pour ce deuxième chapitre écrit de ma main. Je tiens à vous dire que je lis le moindre de vos commentaires, et je suis heureux que vous aimiez déjà notre histoire à WoR et moi. Malek plait à certains, d'autres préfèrent Nyx; l'important, c'est que ce soit la fanfiction en elle-même que vous aimiez. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.
CHAPITRE TROISIÈME
Les nouvelles victimes
Malek Roxen
Le déplacement entre l'hôtel de ville et la gare est une nouvelle épreuve en soit. Sous la garde attentive d'une poignée de Pacificateurs – je sais que des tributs de chez nous avaient déjà tenté de fuir –, nous avons traversé la moitié du district Huit dans une sinistre ambiance de funérailles. Ils nous ont déjà condamnés, je constate. Est-ce de la culpabilité que je lis sur certains visages ? Sur d'autres, je vois clairement de la colère. Mais l'impressionnant contingent de Pacificateurs que le Capitole a envoyé au Huit suffit à faire tenir tranquille les plus mécontents. Je trouve gonflé de la part de ces gens de regretter notre envois aux Jeux. C'est eux qui ont décidé de m'y envoyer. Et Elisa est un dommage collatéral de leur décision…
Je jette un coup d'œil à ma sœur, qui s'efforce de rester stoïque. Je suis fier d'elle. Avec toutes ces caméras braquées sur nous, fondre en larmes la ferait paraître faible. Et les faibles ne survivent pas aux Hunger Games. Pour la réconforter, je passe la main dans ses cheveux, sans me soucier de cette coiffure dans laquelle Kara a mis tant d'efforts.
Les dernières paroles de mon oncle résonnent dans ma tête. « N'oublie pas qui est l'ennemi ». De sa part, ces mots ne pouvaient que désigner le Capitole. Je regarde à nouveau les gens du Huit, et cette fois, je les vois vraiment tels qu'ils sont. Affaiblis, meurtris, affamés. Par la faute d'un gouvernement cruel qui leur a pris tout ce qu'ils possédaient. Non, je ne peux pas leur en vouloir pour nous avoir tout deux envoyés à l'abattoir. Dès à présent, je vais concentrer tous mes efforts à haïr les véritables coupables, ceux qui se divertissaient en regardant des enfants mourir à la télévision. Les gens du Capitole.
Dire que j'ai trouvé le petit salon à l'intérieur de l'hôtel de justice luxueux. Ce train est un véritable palace à lui seul. Nous sommes accueillis par un tapis moelleux dans l'entrée, mais la stupéfaction de trouver une telle surface est dominée par le soulagement d'échapper un temps aux caméras. Durant la prochaine semaine, de telles occasions ne se représenteront plus très souvent.
À peine la porte du train claque derrière nous que l'engin se met en branle. Persei soupire et nous annonce qu'elle va aller prendre une douche, pour « se débarrasser de l'odeur putride de ce district ». Un bref sursaut de colère me prend, me faisant fermer les poings, mais je me contiens. À la place, j'observe notre hôtesse se dandiner vers un autre wagon dans un froufrou de tissus bruyant. C'est elle qui doit nous aider à survivre ? me dis-je sombrement. Ce n'est pas gagné d'avance. Une pensée me frappe soudain.
Il y a des douches dans le train ?!
À peine Persei disparue qu'Elisa craque. Elle se jette dans mes bras et éclate en sanglots, relâchant toute la pression accumulée.
– Excuse-moi, excuse-moi, j'suis une idiote ! Pardonne-moi !
– Il n'y a rien à pardonner, Elisa. Ce qui est fait est fait.
– Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je voulais juste…juste…
– T'en fais pas. Ça va aller.
– Oh non, lance une voix plus loin dans le wagon. Ça ne va pas aller. Vous êtes des tributs maintenant, et vous aller participer aux Hunger Games. C'est un fait que vous devrez prendre en compte le plus vite possible.
Un homme se lève d'un fauteuil qui nous fait dos, ce qui explique que nous ne l'aillons pas encore remarqué. Étonnement jeune, il doit être dans la vingtaine mais ses traits tirés et les cernes sous ses yeux paraissent le vieillir davantage. Bien habillé, à la fois selon les standards du Capitole ET ceux des districts, son allure est légèrement ternie par une large balafre qui lui parcoure presque verticalement le visage. Une autre scarification, mais d'apparence plus chirurgicale, dessine un petit triangle parfait au-dessus de son sourcil gauche. Malgré son sourire, je devine à son regard qu'il n'aime pas ce qu'il voit.
– Qui êtes-vous ? demandai-je, méfiant.
– Griffin Erwin, se présente-t-il avec une légère révérence. Vainqueur des vingtièmes Jeux, et un mentor peu chanceux, à ce que je constate.
J'aurais dû m'en douter, même si c'est relativement nouveau. Constatant l'efficacité grandissante des carrières, les Juges ont imaginé le principe des mentors. Un vainqueur de précédentes éditions des Jeux qui prend en charge les nouveaux tributs afin de les guider au mieux. Ils soulagent également le fardeau des sponsors des épaules des hôtes. Selon les règles officielles, il faut un mentor né dans le district sous son tutorat, mais l'unique vainqueur du district Huit, Uub Ven, s'est suicidé quelques années plus tôt. En attendant que tous les districts aient au moins un vainqueur, ceux qui se retrouvent « orphelins » se voient offrir un mentor venu d'un autre endroit.
Maintenant, je crois me souvenir de ce Griffin. Originaire du district Six, il avait particulièrement marqué les esprits par sa redoutable alliance surnommée « la Triade ». Leur victoire sur la meute des carrières a fait leur renommée pour encore plusieurs années à venir.
– Vous nous voyez déjà morts ? dis-je avec un regard mécontent.
– Je n'ai rien dis de cela, se défend-il mollement. Mais on verra ça plus tard. Le repas du soir sera servi dans une heure.
Sur ce, il tourne les talons et s'engage vers une autre partie du train. C'est à ce moment que je réalise enfin que je suis affamé, n'ayant rien avalé depuis le déjeuner. Elisa semble dans le même cas que moi, sans pourtant dire un mot. Mais j'ai appris à déchiffrer lorsqu'elle ne dit rien. En attendant qu'on nous appelle pour le repas, nous décidons de nous asseoir dans ce qui semble être un salon très luxueux. Le fauteuil dans lequel je m'enfonce est plus confortable que mon lit, et je sens que je pourrais y dormir pour de…
J'ouvre les paupières en sentant quelqu'un me secouer doucement mais fermement. Ah, je constate, finalement j'ai dormi sur ce fauteuil. Le stress des dernières heures retombe finalement. L'individu qui m'a réveillé est sobrement vêtu et m'offre un curieux sourire crispé en me désignant la direction qui remonte vers l'avant du train. Ma tentative de communiquer avec lui se heurte à un silence poli et ma sœur hausse des épaules lorsque je croise son regard. Il doit s'agir d'un serviteur affilié au train. Il y a tellement de luxe ici que la présence de larbins ne m'étonne pas.
Le domestique nous guide trois wagons plus loin jusqu'à ce que nous arrivions devant une large table croulant littéralement sous les victuailles. J'écarquille les yeux de stupéfaction en voyant ce festin, réalisant qu'il n'y a probablement jamais eu autant de nourriture sur la table de mon oncle en l'espace d'une année entière. Persei, vêtue d'une robe vert pomme, nous accueille d'un signe de tête et Griffin se contente de boire son café très noir sans dire un mot. Je regarde Elisa, et nous hochons mutuellement de la tête avant de nous installer bruyamment à nos places assignées. Nous ne tardons pas à nous empiffrer, profitant d'une nourriture si excellente que j'en ai presque les larmes aux yeux. Les viandes grillées, les légumes sautées ou marinées, les sauces onctueuses, les pâtes crémeuses; tout cela s'enchaîne et je finis rapidement par en oublier mes bonnes manières à table. C'est alors que les choses dégénèrent.
J'entends un claquement sec, suivit par une plainte stridente de ma sœur. Je me retourne brusquement et lâche mon pilon de poulet de surprise en voyant Elisa se masser la joue, Persei la fixant avec une moue outrée. La main relevée de notre hôtesse me suffit pour comprendre ce qui vient de se passer.
– Je vous prierai de vous tenir correctement en ma présence ! s'exclame-t-elle en rougissant de colère sous son maquillage. Vous n'êtes pas des bêtes, franchement.
– Mais…gémit Elisa, au bord des larmes.
Un autre coup part, mais cette fois je me tiens prêt. Je saisis l'avant-bras de Persei au vol avec une vitesse qui la surprend elle-même et maintiens ma prise. Elle tente de se dégager, mais je resserre mon étreinte jusqu'à lui faire pousser à son tour un cri de douleur.
– Levez une nouvelle fois la main sur elle, je siffle entre mes dents, et je vous jure que je vous casse le bras.
– Tu n'oserais pas…commence Persei.
– Vous ne me connaissez pas.
Mon ton catégorique et mon regard sombre suffisent à faire comprendre à Persei que je suis sérieux dans mes menaces. Lorsque je lâche son bras, la femme du Capitole se lève, furieuse, et quitte la pièce en coup de vent. Je soupire de soulagement et me laisse tomber sur ma chaise. Soudain, un rire sonore éclate. Nous nous tournons vers Griffin, prit d'une véritablement hilarité.
– T'as des couilles, petit, dit-il en reprenant son souffle. Depuis le temps que je rêve de voir quelqu'un remettre à sa place cette garce.
Le jeune homme se redresse sur sa chaise et nous fixe tous les deux avec un intérêt renouvelé.
– Vous avez peut-être des chances de survivre, finalement, murmure-t-il à moitié pour lui-même. Dites-moi donc ce que vous savez faire. Soyez totalement honnêtes, surtout ! Je ne peux pas vous aider si vous me cacher vos talents.
Je hoche la tête et décide de lui accorder ma confiance. Il est comme nous, il vient des districts; il a très probablement subit lui-même les traitements que le Capitole nous inflige, et plus même, puisqu'il a participé aux Hunger Games. Je lui parle donc de l'entraînement aux arts martiaux que j'ai subi depuis mon plus jeune âge, en omettant toutefois de citer le nom de mon oncle. Je lui décris mes habiletés au combat à mains nues, au bâton et même mes talents plus douteux au vol à la tire. Ce dernier aveu lui arrache un sourire, et je comprends que ce n'est pas un procédé qui lui est inconnu.
Elisa prend à son tour la parole, et révèle timidement qu'elle sait aisément grimper sur les façades des immeubles du Huit pour y trouver des œufs. Puis elle annonce qu'elle sait se faire petite pour se cacher, mais admet ensuite qu'elle ne sait pas se battre. Griffin nous écoute jusqu'au bout, nous interrompant parfois pour avoir quelques précisions, puis gratte son début de barbe lorsque nous avons terminé.
– Malek, tu as de nombreux atouts dans ta manche. Aucun tribut ne s'imaginera avoir affaire à un combattant efficace en venant t'affronter. Quant à toi Elisa, tes talents te semblent misérables, mais dis-toi que personne ne peut te tuer si personne ne parvient à te mettre la main dessus. Vous êtes déjà plus avantagés que la majorité des tributs que le district Huit a eu depuis vingt-cinq ans.
– Et donc ? demandai-je, empressé de savoir la suite.
– Il vous reste donc à apprendre comment vous trouver des sponsors. Et c'est aussi une part de mon boulot. Vous savez comment fonctionne le système de sponsors ?
Nous le savons tous les deux. Après que les tributs aient été relâchés dans l'arène, ils sont pour l'essentiel laissés à eux-mêmes. Mais les habitants du Capitole ont tendance à prendre en affection certains tributs particulièrement beaux, charismatiques ou doués. En échange d'une somme faramineuse d'argent, les sponsors peuvent envoyer des cadeaux à leur favori, que ce soit un bout de pain ou briquet, voire même des médicaments ou des armes, dans les cas les plus généreux. Bien souvent, les sponsors font pencher la balance dans les Jeux.
Le tout reste d'impressionner suffisamment ces gens pour qu'ils aient envie de payer pour notre victoire. Griffin nous explique qu'il va falloir nous trouver à chacun un « rôle » qui lui correspondra bien et qui saura nous démarquer des vingt-deux autres tributs.
– Déjà toi, Malek, tu as une petite sœur à protéger. C'est le genre de drame dont ces gens raffolent. En jouant bien là-dessus, tu devrais pouvoir t'attirer la sympathie des sponsors. Mais nous verrons cela plus tard. Pour le moment…
Il regarde sa montre, un appareil que je n'avais jamais vu en vrai tant il est considéré chez nous comme étant un luxe.
– Les Moissons vont bientôt passer en reprise à la télévision. Nous allons les regarder ensemble.
– Pourquoi ? veut savoir Elisa.
– Parce que c'est le meilleur moyen d'avoir un premier point de vue sur les tributs que vous allez affronter. Repérer ceux qui ont l'air dangereux, ceux qui pourraient poser problème, les éventuels alliés…les Jeux sont déjà commencés. L'arène n'est que l'ultime étape.
On y est donc. Ma joie devant ce festin gargantuesque qui me laissait pour la première fois complètement repu s'évanouit, remplacée par une sombre détermination.
Elisa et moi avons accepté de nous nettoyer un peu avant de passer au salon, afin de ne pas envenimer davantage les choses avec Persei. Aussi insupportable soit-elle, notre hôtesse reste un des éléments nécessaires à notre survie, et ce n'est pas une bonne idée de trop la mettre en rogne pour cela. Sur l'écran ultramoderne joue l'émission spéciale des Hunger Games, animée par les inséparables frères Ocrux depuis ses débuts. Après les présentations d'usage sur l'édition d'Expiation, les présentateurs enchaînent avec les Moissons, se permettant des commentaires sur chaque tribut.
Dans le district Un, où je constate que des tributs de carrière seront encore de la partie, je vois un véritable colosse aux allures sauvages prendre la place du garçon qui avait été choisi par la population. Il ne prend même pas la peine d'attendre que l'autre descende de l'estrade qu'il le pousse littéralement au sol, bombant le torse sous les applaudissements de la foule. J'ai un mauvais pressentiment sur celui-là.
Les carrières du Deux sont plus grands et plus costauds que moi, même la fille. Dans le Trois, une adolescente tatouée et au crâne rasée grimpe stoïquement en entendant son nom sortir. La carrière du Quatre rayonne d'une beauté d'exception qui risque de lui attirer pas mal de sponsors.
Je remarque que certaines foules ont des blessés récents. Visiblement, il n'y a pas que dans le Huit que les citoyens ont mal digéré l'annonce de l'Expiation. Mais bien sûr, il n'est aucunement mentionné qu'il y a eu des émeutes. Dans le Six, les Pacificateurs eux-mêmes semblent amochés, et du sang tache leurs armures.
La fille du district Sept ne semble pas trop surprise de son élection. Je remarque qu'elle porte de nombreuses marques de brûlure, peut-être en raison d'un incendie. Mais la lueur dans ses yeux, tandis qu'elle fixe son partenaire de district, me donne la chair de poule. Ce sont des yeux fous, des yeux qui indiquent que leur propriétaire est capable de faire du mal, et peut-être même de tuer. Une autre à surveiller.
J'ai un pincement au cœur lorsque nous voyons notre propre Moisson. Les présentateurs commentent l'action d'Elisa avec approbation, affirmant être heureux de voir que le Huit commence enfin à comprendre le véritable intérêt des Jeux. Au moins, nous offrons la vision d'un couple de tribut relativement neutre, ce qui est une bonne chose.
Les districts passent les uns après les autres, confirmant ma théorie que les délinquants sont les plus choisis par les populations. Le garçon du Dix affiche un sourire de psychopathe tandis que les tributs du Onze manquent de se sauter à la gorge dès l'estrade. Dans quoi nous retrouvons-nous embarqué ?
Le district Douze passe en dernier comme d'habitude. D'abord blasé, je suis surpris de constater que la fille semble aussi normale que je le suis moi, comparés aux dangers publics que nous venons de voir défiler. Les cheveux courts et affichant une allure de garçon manqué, la dénommée Karel Stooke monte sur l'estrade sans afficher la moindre contrariété. Puis, elle se tourne vers le public et fait quelque chose d'étrange. Elle porte les trois doigts du milieu de sa main gauche sur ses lèvres avant de les lever au-dessus d'elle, comme un dernier salut porté à son district. Celui-là même qui a décidé de l'envoyer mourir dans les Jeux. Son partenaire de district passe presque inaperçu tant même les frères Ocrux sont perplexes devant cette réaction inédite.
Alors que l'émission se termine sur l'hymne de Panem, je réalise pleinement une chose. Tous ces jeunes gens, dont certains sont plus jeunes que moi, sont mes ennemis. Et si je veux que moi ou Elisa survive aux Hunger Games, ils devront mourir. Tous autant qu'ils sont. J'ai l'impression soudaine que je vais renvoyer tout le contenu de mon estomac.
La chambre qu'on m'offre à la taille de notre appartement dans le district Huit. Elle compte la pièce principale avec un lit immense, une salle de bain avec de l'eau courante – chaude, par-dessus le marché – et une penderie contenant un nombre ahurissant de tenues. Que je retrouve un tel confort dans un simple train me choque, mais je ne réussis pas à résister à l'envie d'essayer la douche. Il doit bien y avoir un millier de boutons dans cette cabine. J'essaie une combinaison au hasard, et j'ai la désagréable surprise d'être d'abord aspergé par un violent jet glacé, suivi par un autre brûlant inondé de mousse trop odorante. Lorsque l'eau s'arrête, des jets de vapeur envahissent la douche et sèchent mon corps en moins d'une minute. Quand je sors de là, je me sens plus propre que je ne l'ai jamais été, mais vaguement traumatisé par un tel traitement.
J'enfile ce qui ressemble à un pyjama juste au moment où quelqu'un frappe à ma porte. Je vais ouvrir et tombe sans trop de surprise sur ma sœur en chemise de nuit rose, l'air égarée. Elle me demande timidement si elle peut passer la nuit avec moi. J'acquiesce et la prends dans mes bras pour la rassurer. De toute façon, le lit pourrait contenir presque quatre personnes, et Elisa a clairement besoin de se raccrocher à quelque chose de familier.
Lorsque j'éteins les lumières d'un simple ordre vocal, je passe un bras protecteur autour d'Elisa et commence à fredonner une douce mélodie à son oreille :
Brille, brille, petite étoile,
Comme un ange tu seras,
Rêve, rêve, dans les étoiles,
Bien au chaud tu dormiras,
Je resterai près de toi, là,
Toujours à veiller sur toi, va,
Brille, brille petite étoile,
Endors-toi je veille sur toi,
Brille, brille, petite étoile,
Comme un oiseau tu seras,
Blotti au creux de mes bras,
Comme dans un nid dormira
Je resterai près de toi, là,
Toujours à veiller sur toi va
Brille, brille, petite étoile
Endors-toi, je veille sur toi,
Petit ange tu sais que la nuit est à toi
Endors-toi,
Petit ange tu sais je serai toujours là,
Endors-toi,
Petit ange tu sais que la nui est à toi
Endors-toi
Petit ange tu sais je serai toujours la
Endors-toi,
Petit ange tu sais que la nuit est à toi
Endors-toi,...
À quelques reprises, lorsqu'il y a un orage ou qu'elle fait un cauchemar, elle me demande de lui chanter cette berceuse que son père lui fredonnait avant de mourir. Je crois me souvenir que ma mère – ma vraie mère, pas tante Verra – en faisait de même. C'est pour cela que je la connais si bien. Elle s'est gravée définitivement dans ma mémoire.
La chanson a l'effet escompté, car Elisa finit par s'endormir doucement. La fatigue m'emporte également et je ne tarde pas à la rejoindre dans les bras de Morphée.
Je suis le premier à me réveiller, alors que le soleil est déjà bien haut dans le ciel. Sans déranger Elisa, je me lève et enfile mes vêtements de la veille en ignorant royalement les habits de ma penderie. Je préfère encore porter les vêtements de ma Moisson. En sortant de la chambre, je percute malencontreusement le serviteur que j'avais croisé la veille. Le pauvre homme bascule par en arrière en lâchant la pile de serviette qu'il transportait et va s'écraser contre le mur dans un silence curieux. Je m'approche de lui pour l'aider à se relever, et je fige. Le domestique semble hurler de douleur, mais dans sa bouche grande ouverte, je ne vois que du vide. Il n'a pas de langue !
Un grondement d'horreur s'échappe de mes lèvres et je fuis jusque dans le wagon-restaurant où je trouve Griffin et Persei. Les deux adultes sursautent en me voyant débarquer, mais je ne parviens pas à expliquer ce que j'ai vu. L'homme sans langue choisit ce moment pour arriver, à bout de souffle.
– Mais qu'as-tu fais à ce gamin pour le paniquer ainsi ? lance Persei au domestique d'un ton acerbe.
– Il…je parviens à balbutier. Il n'a…pas de langue !
– Évidemment, répond-elle. C'est un Muet !
– Un quoi ?
– Un Muet. Un criminel du Capitole, condamné à la servitude. On lui a tranché la langue pour le désigner ainsi.
J'en ai le vertige. Un tel acte est au-delà de la simple punition, c'est de la barbarie !
Vers la fin de l'avant-midi, alors qu'Elisa et moi nous trouvions dans le salon, nous avons la surprise de voir l'extérieur s'assombrir d'un coup. Il me faut un moment pour comprendre que nous venons de pénétrer dans un long et très sombre tunnel. Serait-ce…
– Nous y sommes ! s'exclame Persei d'une voix aiguë. Enfin à la maison !
Mon oncle m'a parlé de ces tunnels passant sous les montagnes Rocheuses, seuls accès terrestres vers la capitale de Panem. Les rebelles s'étaient brisés contre ces pics gigantesques comme l'eau sur les rochers. Elisa et moi nous jetons vers les fenêtres, prêts à poser pour la première fois nos yeux sur la cité. Lorsque la lumière du jour revient, nous ne sommes pas déçus.
Le Capitole est une immense ville ultra-moderne nichée dans les montagnes, aux gratte-ciels multicolores et aux monuments semblant défier les lois de la gravité. Malgré ma haine du Capitole et de tout ce qu'il représente, je suis forcé d'admettre que la ville en elle-même est un chef-d'œuvre à la fois technologique et architectural. Mais d'un autre côté, les habitants du Capitole possèdent tout cela, alors que dans le Huit, nos édifices tombent en ruine…
Le train arrive rapidement à la gare, en même temps qu'un autre train de tribut. Je reconnais sur la carlingue le sceau du district Sept. Une foule de gens aussi surexcités que ridicules nous acclament à notre arrivée. Sont-ils donc inconscients qu'ils saluent des jeunes qu'ils vont bientôt voir mourir ? Juste avant de sortir dans cette foule oppressante, Griffin vient nous glisser à l'oreille un dernier conseil :
– Préparez-vous bien, parce que d'ici quelques heures, vous allez subir une épreuve telle que vous allez souhaiter vous rendre directement dans l'arène.
Que veut-il dire par là ? Qu'est-ce qui pourrait bien être pire qu'une arène où nous devrons lutter à mort contre d'autres enfants ?
« Tuer ou être tué. Dès à présent, ils ne sont plus des humains, mais des proies ou des prédateurs. »
