Avant de commencer ce chapitre, je tiens à remercier :
- Riorim : Merci pour tes commentaires sur les précédents chapitres. Je suis ravie que cela te plaise. J'espère que la suite de l'histoire te plaira. Je suis également contente que la famille se retrouve et ne meurt pas tout de suite. Un peu de gaieté dans ce monde de brute. huhu.
- Lorinea : Et non, je n'ai pas encore tué la famille, mais je crois que tu va bientôt être servie. ^^ Merci pour tes commentaires riches en conseils pour améliorer mes écrits. Cela m'aide énormément. Il y aura encore quelques pléonasmes je pense, j'espère en avoir fait moins dans ce chapitre. On croise les doigts.
- Peter Queen : Tu as mit le doigt sur LE détail que je n'avais pas envisagé. Mais du coup ton commentaire m'a bien fait rire, car quand j'ai relu le chapitre, cela pouvait en effet paraître comme un enlévement. J'aurai pu ajouter peut être des détails, ou une autorisation ou...Bref, c'est passé. xD Je suis contente que les descriptions des pays t'ont plu.
Bon, sortez vos mouchoirs maintenant, car je pense que vous en aurez besoin.
Bacciolino.
Chapitre 3 : Incendie.
Une grande table à la nappe blanche. Des mets de fêtes. Des boissons précieuses et autour de ce meuble, la famille au complet ayant invité des amis pour fêter le retour de leur fils, Shinddha.
L'adolescent est gêné par autant d'opulence, ayant craint l'affrontement avec son père, il s'est retrouvé au contraire dans une grande accolade paternelle et surtout une fête lui étant dédiée. Sa mère a tout préparé, le sourire aux lèvres. Les frères et sœurs ne sont pas jaloux de cette attention portée sur lui. Comprenant que leurs géniteurs ont accordé toute leur attention sur eux, pendant que Shinddha était parti. Qu'ils ont eu droit à leur anniversaire. A d'autres présents pour fêter leurs réussites. Contrairement à Shinddha.
Le jeune garçon offre à toute sa famille les exploits de son voyage et quelques étrennes récoltées pour chacun d'entre eux, selon l'endroit qu'il a visité.
Pour son frère ainé, Akito, il a pris une sculpture en forme de chien volant, créature magique vivant dans les forêts où des artisans travaillent le bois.
Pour sa sœur ainée, Kairi, il a ramené un livre de contes et légendes du pays de l'eau, où la culture est reine et les connaissances sont précieuses.
Pour sa sœur cadette, Flore-Hélène, il a acheté une poupée réalisée dans une résine étrange, blanche comme la neige, possédant des cheveux de soie et des yeux de cristal, une tenue légère volant au vent. On raconte que si cette poupée est accrochée à la fenêtre, cela empêchera la pluie de venir. Shinddha l'a trouvée lors d'un de ses voyages dans un pays où le vent est roi, où des étranges machines volantes sont fabriquées par des inventeurs loufoques. Où se mêlent également les traditions ancestrales et la magie.
Pour son frère cadet, Nans, un instrument à vent fabriqué dans un coquillage. Avec six trous sur le dessus, deux en dessous et un bec pour souffler à l'intérieur. La légende raconte que cet instrument sert sur les navires à faire fuir le brouillard.
Il n'a nullement oublié des présents pour ses parents.
Pour sa mère, un magnifique manteau fabriqué par la main d'une couturière habitant un petit village.
Pour son père, une dague de fer forgée dans le pays du feu, avec sur son manche une tête de dragon, dont le corps forme l'accroche et les pattes viennent entourer l'épée.
Après avoir raconté ses péripéties, son voyage, ses rencontres avec les mystères de ce monde, Shinddha écoute sa famille racontant ce qu'ils ont vécu pendant son absence.
Akito a continué son travail à la ferme familiale. Prêt à la reprendre si nécessaire. Il a rencontré une jeune demoiselle du nom de Laura et leur couple semble fonctionner. Une jeune fille aime la nature et les animaux. De temps à autres, la demoiselle vient à la ferme pour les aider à s'en occuper.
Kairi a réussi ses études pour devenir professeur dans ce village. Enseignant tous les jours aux enfants le nécessaire pour qu'ils puissent lire, écrire, ainsi que la passion des animaux et l'apprentissage dans d'autres métiers. Les enfants de 5 à 13 ans se réunissent tous les matins dans l'école construite pour eux. L'après-midi, les enfants qui en ont l'âge, vont à leur apprentissage chez le corps de métier choisi. Les autres boivent les histoires racontées par la demoiselle, ou s'occupent des animaux de la ferme. Contrairement à son frère, elle n'a pas trouvé l'amour de sa vie. Consacrant beaucoup de son temps à l'éducation des enfants.
Flore-Hélène, jolie petite demoiselle, va au matin dans la classe de Kairi. Puis dans l'après midi, elle se rend chez l'herboriste pour l'aider dans ses manipulations. Souvent, avec les autres apprentis et leur précepteur, ils vont à la cueillette pour récupérer les plantes nécessaires aux soins des villageois. Instruite, elle connaît quelle plante soigne le rhume, celle qui aide contre les migraines, celle qui lutte contre les nausées. En plus de sa connaissance, la demoiselle est très appréciée des jeunes hommes allant dans la boutique. Beaucoup d'entre eux essayent de la courtiser. Mais un seul a réussi à percer son petit cœur de jeune enfant. Un garçonnet qui travaille dans la forge non loin de chez eux. Il est frêle et fragile, cependant il possède un cœur énorme. Quand quelqu'un a besoin de nourriture, d'aide pour des travaux, le petit garçon arrête ses jeux pour leur prêter main forte. De temps en temps, le forgeron laisse partir son apprenti pour accompagner la jeune demoiselle dans les bois avec son précepteur, afin de pouvoir la suivre et lui porter ses affaires. Par ailleurs, le jeune garçon ramenait au forgeron des bûches de bois pour allumer son feu dans la forge.
Nans, le plus jeune et le plus sociable, a fait fureur dans la ville. En improvisant des minis spectacles de chants sur la place. Racontant sa vie à la ferme et les contes que les plus âgées lui ont appris. Il les met après en chant et les enseigne aux autres enfants. Les chante devant les plus âgés pour égayer leurs journées. Le petit garçon allait au matin dans la classe de sa sœur aînée, pourtant il n'a pas encore trouvé la carrière dans laquelle il allait se tourner.
Aucun des enfants n'a envie de partir de la ville qu'ils connaissent, préférant exercer leurs arts sur ces terres.
Ce que Shinddha comprend mieux maintenant, après avoir visiter tous ces paysages. Ayant vu tous ces mondes. Il comprend que des gens ne peuvent pas ressentir cette envie de parcourir les étendues vastes, les plaines fleuries, les déserts envoûtants, les montagnes gelées. Il faut un autre regard et contrairement à lui, ne pas avoir peur de tout laisser sur place. De rythmer leur journée de bonjours et d'au revoir. Voir d'adieux.
La fête bat son plein, les invités dansent. Nans chante pour son frère, accompagné à l'instrument par Kairi. Akito et son père servent les boissons. Flore-Hélène et sa mère amènent les plats. Il fait bon vivre dans la chaumière.
La fatigue arrive bien vite. Les frères et sœurs travaillant le lendemain partent se coucher dans leur chambre commune. Les aînés portant leurs cadets qui se sont assoupis à force de faire la fête. La mère aide ses enfants à les border et leur apposer leur baiser rituel du soir pour les emmener dans le pays des songes.
Au salon, ne reste que le père de famille et Shinddha. Les invités sont partis rejoindre leurs chaumières. Face à face, les deux hommes s'observent en silence. L'apprenti marchand a appris à veiller le soir, grâce aux vendeurs. Le père de famille lui a l'habitude de se coucher plus tard aussi, étant un ancien voyageur. Le silence est rompu par la question de Yuki.
"Combien de temps vas-tu rester ?"
Shinddha regarde son père avant de lui répondre avec un sourire aux lèvres.
"Marcus m'a dit qu'il reviendrait dans un mois. Que je dois réfléchir si j'ai envie de rester ici, ou repartir avec lui. Il a su me percer à jour très tôt."
"Et qu'en penses-tu ? Souhaites-tu repartir ?"
À cette question, le préadolescent réfléchit sérieusement. Il comprend qu'il a de grandes attaches dans cette famille. Dans sa région. Mais il sent qu'à l'intérieur de lui, une envie irrésistible, l'appel à l'aventure.
"Je crois que je vais repartir. Il y a tellement de royaumes à découvrir. Les plus beaux châteaux, tout comme les endroits les plus modestes et les plus désertiques. J'espère que tu ne m'en veux pas trop ?"
À cela, le père de famille sourit avant de caresser hardiment les cheveux de son fils et de lui avouer un secret.
"Tu sais, si j'ai eu si peur pour toi, c'est qu'avant de rencontrer ta mère, j'étais également un voyageur. Je connaissais les difficultés qu'on peut rencontrer sur les voyages. Peur que tu ne t'en sortes pas. Je sens que ce Marcus, saura t'épauler dans tes voyages et t'appuyer pour apprendre de nouvelles connaissances. Je ne t'en veux pas du tout. Je suis content que tu aies trouvé ta voie." continue le patriarche avant de retirer sa main des cheveux de son enfant. "Bien, nous devrions nous coucher maintenant. Demain, je vais te montrer ce qui a changé dans le village pour que tu puisses y reprendre tes marques pendant ton séjour."
Sur ces paroles, les deux hommes remontent dans leurs chambres respectives. Yuki repartant avec sa femme pour se coucher dans leur chambre commune et Shinddha partageant sa nuit avec celle de ses frères et sœurs. Retrouvant sa chambre d'enfant. Il pose ses affaires sur le sol, se change, observe ses frangins et frangines paisiblement endormis. Un sourire nait sur son visage, avant de se rendre dans les draps de son lit, propre, neuf, et de s'endormir dans de beaux songes.
Au dehors, dans la nuit noire, des discussions étranges se profilent devant la devanture de la maison. Des ombres qui crochètent délicatement la serrure de la ferme, font taire les bêtes, rendent inoffensifs même les plus petits animaux.
Ils réussissent dans la discrétion la plus totale à pénétrer dans le bâtiment amélioré par les mains de Kory et de sa femme.
"Maître, nous avons réussi. Nous sommes chez les Kory. Que faisons-nous ?" murmure une ombre fluette proche d'une autre immense qui observe la cheminée. Doucement, la seconde prend quelques braises avant de les jeter au sol.
"Brûlez-moi tout. Que cette famille soit consumée par les flammes. Que la destinée des Kory s'éteigne aujourd'hui pour nous permettre à nous de vivre plus longtemps. Que cela serve d'exemple pour tous ceux qui essaye de nous barrer la route. Pour que les personnes nous craignent davantage et hurlent de peur en notre présence."
"Bien maître" répond la première ombre avant de faire des signes vers l'extérieur de la maison. Rapidement, des silhouettes prennent possession du bâtiment pour déverser non loin de toutes les pièces des accélérateurs de flammes. Des huiles produites exprès pour consumer tout ce qui peut l'être. Tout se fait avec rapidité et ardeur. En moins d'une minute, ils ont fini leur travail et se redirige vers l'extérieur de la maison. La seconde ombre, surnommée maître, accroche un fils vers la clé pour fermer cette porte et ensuite la faire tomber afin de la récupérer et de piéger ces personnes.
La cheminée allumée produit des petites étincelles. Et les quelques braises sortant de son antre viennent tomber sur le liquide apposé sur le sol, les murs et le plafond. Sans aucune difficulté, le gentil tison se transforme en de menaçantes et cruelles flammes dévorant tout sur leur passage.
Le sommeil de Shinddha est perturbé en entendant les cris et les appels de ses aînés. Il s'éveille, les yeux encore embrumés par ses rêves, ainsi que par la fatigue. Cependant, son corps et son esprit se réveillent rapidement à l'odeur et la vue des flammes parcourant toute la pièce, ne laissant qu'une légère ouverture vers la porte. Sans réfléchir, les aînés attrapent leurs cadets et courent en direction des escaliers.
Là, son père et sa mère arrivent en même temps. La chaleur est intense et lèche tout sur son passage. Le plancher en bois, le toit, les dessins que Yuki, le père de famille, a réalisé, preuve de ses voyages. La fumée pénètre dans les narines des enfants. Rapidement, tous se mettent à genoux pour récupérer l'air qui se trouve sur le sol. Doucement, ils vont dans la salle de vie. Le père avance en premier, ouvrant la marche, la mère de famille ferme la rangée en poussant sa descendance vers le bas. Tout doucement, faisant attention à ce que les marches ne s'effondrent pas sous leur poids, les enfants passent un à un dans l'escalier. Les plus jeunes étant toujours dans les bras de leurs aînés afin de passer plus rapidement. Shinddha ouvrant la marche avec son père. Soudain, un bruit fracassant se fait entendre. L'intégralité de l'escalier s'effondre sous le poids d'une grande partie de la famille, qui finit sur le sol. De son point de vue, Shinddha observe sa mère étant restée à l'étage supérieur, coincée entre plusieurs poutres de la maison qui se sont effondrées. Celles qui sont décoratives et non pas essentielles au maintient de la bâtisse. Shinddha souhaite sauter et courir vers sa mère, mais les flammes emportent déjà la dame qui plaque ses mains en signe de prière. Espérant que le reste de sa famille lui survivra.
Sans attendre, en reculant devant cette horreur, légèrement blessé, Shinddha rejoint ses frères et sœurs pour tenter de sortir. Les pleurs résonnent, les toussotements aussi. Les cris et les appels au secours. Ils sont dans la pièce de vie et voient avec horreur l'incendie prendre plus d'intensité. Plus de force pour les engloutir. D'une vitesse ralentie, avec une grande vigilance, le père et Shinddha se jettent dans les flammes pour aller jusqu'à la porte. Essayant de l'ouvrir. Hélas, la poignée et chaude et quand le père tente d'ouvrir la porte, sa main recule au contact de la chaleur combinée aux flammes. Voyant son père reculer, Shinddha attrape un morceau de tissu encore net, entoure sa main pour se jeter sur la poignée et essayer d'ouvrir la porte.
Cette fois, ce n'est pas la chaleur qui cause des dégâts, mais le fait que la porte soit fermée à clé.
Jetant un regard inquiet vers son père, Shinddha réclame à son patriarche une solution à leur problème. Sans hésiter, Yuki utilise tout son corps pour se projeter contre la porte et tenter de la faire céder. Shinddha l'imite, ainsi qu'Akito. Aucun des trois hommes ne s'aperçoit immédiatement que Kairi, restée en arrière avec les plus jeunes, se fait entourer par les flammes. Ce n'est que quand elle pousse un terrible hurlement de douleur, mélangé aux pleurs et cris de désespoir des plus petits, qu'Akito, Yuki et Shinddha osent enfin se retourner. Au lieu des visages éplorés de leur famille, ils ne voient que des cadavres attaqués par les flammes, bougeant leurs derniers membres, poussant leurs derniers râles. Une odeur horrible titille leurs narines. Une puanteur de corps calcinés, le parfum de la mort. N'espérant qu'une chose : vivre, les trois hommes donnent toutes leurs forces pour sortir de cette fournaise et découvrir ce qui a provoqué cet incendie. Pouvoir se venger.
Les gonds de la porte cèdent, par le poids de la chaleur et la force décuplée des trois hommes, qui même blessés sont capables de grandes choses. Hélas pour eux, la maison a été fragilisée par l'incendie et le fait de détruire la porte a engendré des dégâts sur les murs porteurs. Sentant arriver le drame, Yuki et Akito attrapent les bras de Shinddha pour le projeter vers l'extérieur, alors que la bâtisse s'effondre sur eux deux.
Interloqué, incapable d'avoir la moindre pensée cohérente, Shinddha essaye de respirer du mieux qu'il le peut. Il s'allonge sur le sol, essayant de récupérer l'air frais et pur de l'extérieur, mais l'adolescent n'y arrive que difficilement. Cette difficulté étant due à la fumée qu'il a respiré à l'intérieur de la bâtisse, l'ayant brûlée de l'extérieur en plus de l'intérieur. Ses bras, ses jambes, son visage, ses cheveux. Même ses poumons, sa gorge, sa langue sont complètement brûlés. Par ailleurs, la fumée épaisse était toxique et empêche le sang d'attraper les molécules de dioxygène qui aurait pu lui sauver la vie. En observant le reste de la maison brûlée, Shinddha constate qu'il est le seul survivant. Du moins pour les quelques minutes qu'il lui reste à vivre. Il rampe difficilement à la force de ses bras pour s'éloigner du brasier, avec comme seul motivation la vengeance. Son corps lui rappelle qu'il est en trop mauvaise santé pour pouvoir s'en sortir seul. Personne à l'horizon ne s'inquiète de son sort. Après tout, c'est l'époque hivernale. La population ne s'apercevra du danger qu'une fois qu'une seconde maison sera attaquée par les flammes.
Soudain, le jeune adolescent n'arrive plus à respirer. Il cherche à se positionner du mieux qu'il peut pour attraper le plus d'air frais possible. Rien n'y fait. Les toxines ont pris le dessus sur l'oxygène. Ses lèvres commencent à devenir bleues. Des lumières brillent devant ses yeux. Shinddha sent encore la morsure des flammes sur sa peau et à l'intérieur de son corps. Malheureusement, ses yeux se brument et plus aucun espoir ne naît en lui.
Tout doucement, il sombre dans l'inconnu, la peur, l'angoisse de la mort.
Son cœur cesse de battre, tandis qu'un étrange individu s'approche de lui et de cette maison calcinée.
A suivre...
Un chapitre un peu triste je vous l'accorde.
J'espère que la boîte de mouchoirs n'y passera pas.
