Chapitre 4.
Bonnie et Jeremy passaient le plus clair de leurs soirées au Mystic Grill. Ils discutaient autour d'un cocktail ou bien Jeremy apprenait à Bonnie à jouer au billard. Les menaces de Damon n'avaient en rien terni leur relation. Bonnie ne s'interdisait pas de l'embrasser en public si l'envie le lui prenait; même si, il était vrai qu'elle avait eu une certaine réticence au départ. Elle avait toujours cette impression qu'Elena, de son vivant, lui en aurait voulu et Bonnie ne voulait pas avoir cette mauvaise sensation. Bien de choses la rongeaient déjà, elle ne voulait pas en rajouter. Mais finalement, peu importait, elle avait fini par céder. Être avec Jeremy n'était pas une si mauvaise idée, ça lui permettait d'oublier ses ennuis un court instant. C'était comme l'effet de revoir l'image de cette fille rougissant et esquissant un sourire intimidé à chaque compliment, comme chaque niaiserie. Elle était de nouveau la Bonnie d'autrefois, et elle était ravie de l'avoir retrouvée.
Ce soir-là, Bonnie désirait rester au Grill encore un peu. Elle avait alors encouragé Jeremy à rentrer chez lui et à ne pas s'en faire, qu'elle rentrerait un peu plus tard. Rester le plus longtemps possible dehors était préférable à la déprime une fois seule à la maison. Il y avait déjà plus grand monde dans la salle. C'était un vendredi soir aux alentours d'une heure du matin. Le Grill fermerait dans une heure, peut-être moins pour cette fois. Bonnie qui se trouvait initialement au fond de la pièce s'approcha du bar pour discuter avec son ami d'enfance Matt Donovan. Il travaillait au Mystic Grill depuis le début de l'été dernier. Sa mère ne s'était toujours pas décidée à revenir dans leur domicile et sa soeur était également depuis peu hors de la ville à terme indéterminé. Matt n'avait pas d'autres choix que de travailler, et c'était ici. Bonnie le salua et lui proposa son aide, aide qu'il refusa bien évidemment. Ce que Bonnie appréciait le plus chez lui c'était sa gentillesse. Elle aimait souvent dire à Elena que c'était un ange. Sa tête blonde et sa douceur lui donnaient, selon Bonnie, l'apparence d'être un ange. C'était probablement cette allusion répétitive qui avait fait ouvrir les yeux à sa meilleure amie. Ils avaient formé un couple pendant plusieurs années, en tout cas. Uniquement la mort les avaient séparé.
Bonnie fit une moue. « T'es sur ? Ça te permettrait de rentrer plus tôt. »
« C'est peut-être ça le problème. Je ne veux pas rentrer avec pour seule compagnie ma solitude. »
« On pourrait passer le reste de la soirée ensemble si tu veux ? Devant un film et des bonbons qu'on mangerait jusqu'à se rendre malade ? Qu'en dis-tu ? »
« Tentant. Mais une autre fois. Je vais sûrement m'écrouler de sommeil en rentrant, de toute façon. »
« D'accord », répondit-elle en haussant les épaules.
« Si tu tiens vraiment à m'aider », soupira Matt, « débarrasse les tables inoccupées pendant que je préviens les clients qu'on ne va pas tarder à fermer... Surtout celui qui est à deux doigts de s'écrouler de sa chaise », ajouta-t-il en observant l'homme d'un mauvais oeil.
Bonnie suivit son regard, puis fronça ses sourcils. « On... On dirait que c'est mon prof d'histoire. »
« Hum... A mon avis, ce n'est pas un très bon modèle pour ses élèves. »
Matt quitta Bonnie pour se diriger en direction de la table où se trouvait effectivement Alaric Saltzman, dans un terrible état. Le serveur écarta le verre à demi plein qui se trouvait non loin de lui et lui conseilla de partir. « Je vous appelle un taxi ? »
Alaric leva ses yeux rougeâtres vers Matt, et lui fit pour unique réponse un signe de main pour s'en aller. Puis finalement il exprima un soupir.
« Encore un verre... », supplia-t-il d'une voix rauque en reprenant le verre d'alcool dans sa main.
Matt hocha négativement de la tête. Alaric lâcha le verre et reposa sa main sur la table. Il se leva ensuite, déposa quelques billets et se tourna vers la sortie sans un regard pour le serveur. Ce dernier le regarda marcher plus ou moins en équilibre. Pas tout à fait.
« Vous n'allez tout de même pas reprendre la route ?! », s'exclama-t-il sous l'étonnement.
Il était plus sûr d'appeler un taxi. Matt ne voulait la mort de personne sur sa conscience.
« Matt. J'ai fini. Je vais rentrer », fit Bonnie. « Mais je n'oublie pas notre soirée prévue ».
Le téléphone à la main, Matt marqua un temps avant de faire un au revoir de l'autre main à Bonnie.
Bonnie marcha dans le parking jusqu'à sa voiture tout en faisant tinter ses clés. A mi-chemin, elle aperçut la silhouette de ce qu'elle reconnu avec un certain temps être celui de son professeur d'histoire. Il titubait encore, probablement à la recherche de sa voiture. Ce fut d'un pas hésitant que la jeune fille se dirigea vers lui.
« Monsieur Saltzman ? », l'interpela-t-elle.
Voyant qu'il ne prêtait pas attention à elle, Bonnie lui tapota l'épaule jusqu'à ce qu'il se tourne en sa direction. Il s'adossa à la voiture près de laquelle il était et porta son regard livide et perplexe sur elle.
« Je ne retrouve pas ma voiture », expliqua-t-il en lui montrant ses clés.
Bonnie pinça ses lèvres. Elle était gênée de se trouver dans une situation si étrange.
« Je ne crois pas que vous devriez conduire dans l'état que vous êtes. Retournez à l'intérieur, on appellera un taxi pour vous. »
« Non. Inutile. Ma voiture a disparu. Je devrais marcher. »
« … Je ne suis pas garée très loin. Je peux vous déposer. Ça serait plus sûr. »
« Tu es Bonnie, c'est bien ça ? »
Bonnie fut étonnée de cette question. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il se rappelle d'elle, et certainement pas étant ivre. Remarque, elle lui avait rendu toute une théorie sur l'existence de créatures surnaturelles, un devoir atypique et marquant. Bonnie sentit qu'elle allait encore le regretter. Elle soupira et hocha la tête pour lui confirmer son identité. Alaric soupira aussi avant de passer sa main sur son visage.
« Je suis fatigué », avoua-t-il.
« Si vous m'indiquez la rue où vous vous vivez je pourrais vous ramenez et vous retrouverez votre lit. »
« Non. Je veux dire, je suis fatigué de chercher et encore chercher des réponses. J'en aurais jamais. »
Bonnie ne comprit pas ce qu'il entendait par là. Elle se dit que tout était dû à l'alcool. Comment pouvait-on se mettre dans un état pareil ? Elle ne l'aurait jamais cru si elle ne l'avait pas vu de ses yeux vu. Certes, il était très souvent au bar, mais un peu comme la plupart des habitants de Mystic Falls; il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire ni d'autre endroit ou aller. Bonnie fut peinée de le voir ainsi. Il était bien loin de l'image intellect qu'il avait au lycée.
« Suivez-moi. »
Il ne l'a suivit pas sur l'instant, mais après quelques pas, lorsque Bonnie se tourna derrière elle, il se décolla de la voiture et marcha de son mieux. Malgré tout, il trébucha peu de pas plus loin. L'élève se rua jusqu'à lui.
« Mon Dieu ! », souffla-t-elle, « Monsieur Saltzman, vous allez bien ? Vous ne vous êtes pas fais mal ?! »
« Il faut bien plus qu'une chute pour me faire mal, Bonnie. », répondit-il avec presque un sourire sur ses lèvres.
Bonnie l'aida à se relever.
« Par contre, une morsure peut changer toute une vie. », ajouta-t-il.
«Je vous demande pardon ? »
Le corps de Bonnie se tendit, même s'il semblait également vouloir trembler. Une morsure ? Elle le regarda, confuse, droit dans les yeux, cherchant à comprendre la signification de ses propos. Une seule signification possible raisonnait dans sa tête mais elle l'évita, car c'était tout bonnement impossible.
« Il y avait cette fille à la fac qui croyait que ces gens morts de morsures d'animaux sauvages auraient en fait eu affaire à des vampires. Cette fille était folle alliée. »
Bonnie acquiesça pendant que son cœur battait de plus en plus fort et vite.
« Ces derniers temps j'y pense souvent. Tu y crois aussi Bonnie ? »
Elle resta muette.
« Bonnie ? »
« Vous êtes ivre. Allez, je vous ramène avant que ne vous vous écrouliez d'un moment à l'autre. »
« Bonnie », insista encore Alaric.
« Ce ne sont que des histoires », répondit-elle d'une voix étrange, un mélange de peur et de fausse assurance.
« Probablement. », conclut-il avant de reprendre la marche.
Une fois dans la voiture. Bonnie ne la démarra pas tout de suite. En fait, elle resta statique, à attendre quelque chose qu'elle ne savait pas, ni pourquoi. Alaric avait les yeux fermés, la tête posée contre la vitre de la portière. S'il s'était endormi, il serait problématique pour le ramener jusque chez lui. Ceci était une mauvaise idée, elle aurait dû demander de l'aide ou lui appeler un taxi. Maintenant il était trop tard, elle se retrouvait avec un ivrogne sur le dos. Un ivrogne assoupi, de deux fois son poids et deux fois sa taille s'avérant être avant tout son professeur. Elle souffla, puis porta son regard droit devant elle, face à la nuit noire et éclairée de quelques lampadaires. Le parking se vidait peu à peu à mesure que le bar s'apprêtait à fermer. Se vider comme un corps de son sang par un vampire affamé.
« … Vous voulez que je vous dise un secret ? J'y crois. Ils – Ces créatures de la nuit qu'on ne voit jamais mais qu'on craint pourtant rien qu'à l'entente de suppositions et d'histoires d'horreur... Ils existent. Ils tuent les humains ou se prennent d'affection pour eux... pour les détruire ensuite jusqu'à la moelle. Comme des jouets. Qu'ils aiment casser. »
Le visage de Bonnie se couvrit peu à peu de larmes. Elle les effaça furtivement et fit démarrer la voiture. Elle n'osa pas se tourner pour voir si Alaric dormait toujours. En tout cas, il ne répondit pas. A l'approche d'une intersection, elle le scruta finalement. Il avait les yeux ouverts. Son coeur se serra.
« Alors ? »
« Gauche. »
En sortant de la voiture, Alaric ne manqua pas encore de tomber. Enfin, presque. Bonnie décida qu'il était plus prudent qu'elle descende et s'assure qu'il rentre bien à destination. Même si, c'était une chose qu'elle savait qu'elle regrettait aussi par la suite. Elle avait l'impression de s'immiscer dans la vie de son professeur, et c'était une sensation horrible. Comment devrait-elle réagir en classe ? Voir son professeur dans une situation chaotique, ce n'était pas quelque chose que l'on pouvait oublier. Se livrer à propos de l'existence des vampires, encore moins. Avec un peu de chance, au réveil tout sera oublié. Hélas pas pour elle.
Il monta les escaliers de l'immeuble avec peine, mais rata une marche qu'une seule fois, et il tenait heureusement la rampe. Cependant, mettre la clé dans la serrure était une tâche plus difficile. Sa tête tournait sans doute dans tous les sens; rien d'étonnant. Bonnie prit les clés dans ses mains et ouvrit la porte pour lui. Il entra et elle resta sur le seuil de la porte. Je suis certaine que c'est illégal, se disait-elle.
De là où elle se trouvait, elle pouvait déjà entrevoir l'appartement désordonné d'Alaric. Néanmoins, elle ne porta aucun jugement. Après une fin de soirée pareille, c'était normal car dépassé: elle avait vu le pire.
Alaric s'affala sur son canapé et ferma instantanément les yeux.
« Passez une bonne nuit, Monsieur », fit Bonnie.
Il rouvrit les yeux. Il avait déjà oublié sa présence. Alaric se releva afin de s'assoir plus convenablement.
« Je te remercie. »
Bonnie sourit et avança d'un pas pour atteindre la portière et refermer la porte. Sur le point d'être entre-fermée, elle l'entendit lui dire :
« Tu as pleuré tout à l'heure ? »
« Comment ? », répondit-elle en rouvrant la porte en bois.
« Tu as parlé de créatures et de jouets... ensuite tu as versé quelques larmes. »
Bonnie resta silencieuse. Elle ne pensait qu'à s'enfuir.
« Pourquoi ? », demanda Alaric. « Tu as déjà côtoyé des vampires ? »
« J'ai lu beaucoup d'histoires différentes sur eux mais je n'en ai jamais vu, non ». Elle hocha négativement sa tête.
« Alors comment peux-tu dire qu'ils ... »
Alaric ne termina pas sa phrase. Il était complétement confus.
« Vous devriez dormir. Et oublier toute cette soirée. »
« Tu as raison. »
Suite à ça, il se leva du canapé et malgré la forte volonté de marcher jusqu'à son lit, il prit ses pieds dans un emballage vide traînant au sol et perdit l'équilibre. Bonnie entra dans le loft pour l'aider à se relever. Elle ne voulait tellement pas entrer pourtant. Et finalement elle resta jusqu'à ce qu'il soit allongé dans son lit. Chose faite, elle soupira. Si seulement Matt avait accepté la soirée télé... elle ne serait pas sentit si inconfortable dans l'intimité de son professeur.
Bonnie se tourna vers le salon, avec hâte de quitter les lieux. Puis, quelque chose retint son attention. Des pages de journaux accrochés au mur près de son bureau. Elle avança et ne porta pas son regard sur les journaux mais d'abord sur une photo mise dans un cadre, déposé dans le coin de la table. C'était un couple souriant. Alaric et une femme que Bonnie reconnue tout de suite et sans problème. Sans problème car cette femme la hantait jour et nuit depuis l'été dernier.
Prise de panique, Bonnie lâcha le cadre des mains, et il se brisa dans la chute. Il faut bien plus qu'une chute pour me faire mal, Bonnie.
Bonnie sursauta face à ce choc et tourna sa tête en direction de l'endroit où était couché Alaric en espérant qu'il dormait. Lorsqu'elle vit qu'il n'avait pas réagi, elle releva ses yeux vers le mur de journaux. Tous concernaient Jenna. Sa disparition. Sa recherche. Sa découverte. Sa mort. Et cette fameuse morsure. Vidée de son sang. Enterrée au cimetière de Mystic Falls. Animal ou meurtrier ?
La jeune sorcière paniqua plus qu'elle ne l'était déjà, et elle ne savait pas que c'était possible. Elle reporta son regard sur le bureau et des paperasses entassées dessus. Il y avait certains devoirs d'élèves à moitié corrigés. Et puis, en dessous, elle vit la fin de son nom de famille. Elle réfléchit un moment, mais non, elle n'avait rendu aucun devoir depuis la dissertation. Peut-être que plusieurs Bennett étaient élèves dans le lycée. Elle n'en connaissait aucun. Le front plissé, elle ramassa la feuille.
C'était son devoir. Elle était sur de l'avoir récupéré et de l'avoir jeté à la sortie des cours, pourtant. Comment se faisait-il qu'il l'avait ? Bonnie tourna encore son regard en direction d'un Alaric endormi, puis elle fouilla encore et éparpilla les feuilles dans le but dans savoir plus. La plupart des choses avait pour sujet les vampires. Il y avait beaucoup à propos d'une enquête, aussi.
« Oh... Seigneur Dieu... », chuchota Bonnie.
Sans une ni deux, elle attrapa de ses mains tremblantes son devoir et quelques feuilles du dossier de l'enquête de l'affaire. Elle quitta l'appartement ensuite.
Elle s'était jurée de ne jamais y mettre les pieds. Et il n'était même pas question de jurer quoique ce soit parce qu'elle n'aurait jamais eu l'idée ni l'envie de frapper à cette porte. Mais qui d'autre pourrait-elle aller voir ? Et de toute façon, il était aussi concerné. À vrai dire, tout était entièrement de sa faute. S'il n'avait pas été un vampire, tout aurait été bien plus simple et si différent. Peut-être même qu'il l'aurait vraiment aimé.
Garée face à l'immense bâtisse, Bonnie retira les clés du contact. Elle ne sortit pas tout de suite. Elle s'était imaginée sortir brutalement et marteler la porte à grand coups, mais il n'en était rien de tel. Bonnie était pétrifiée. D'abord parce qu'Alaric était le fiancé de leur première victime, ensuite parce qu'une enquête était lancée et pour finir, parce qu'elle se trouvait à deux pas de la maison des Salvatore. C'était bien trop de frayeurs accumulées pour son petit corps. Elle inspira et expira plusieurs bouchées d'air avant de reprendre le petit tas de feuilles placés sur la banquette arrière et de sortir de la voiture. La sorcière n'eut pas à frapper à la porte, elle s'ouvrit d'elle-même, avec derrière un Damon assez ravi de la voir.
« Bonnie ! Je ne m'attendais pas à te voir ici. Je savais que tu ne pouvais pas te passer de moi. »
« Tais-toi, Damon. On a un sérieux problème. »
« On ? », répéta-t-il d'une manière surprise.
Bonnie plaqua brusquement les feuilles contre le torse de Damon. Ce dernier en profita pour poser sa main sur celle de Bonnie – qu'elle retira rapidement. Le vampire jeta un oeil sur la première page. Il fronça les sourcils.
« Qui est Jenna Sommers ? »
Bonnie soupira. Ce type était tout bonnement irrécupérable.
« Tu ne ressens rien ? »
« De quoi est-ce que tu parles ? », répondit-il allongé sur le dos, les yeux fermés.
« Quand tu tues... Tu ne ressens aucune culpabilité, aucune peine ? », demanda-t-elle en rapprochant son visage vers le sien.
« Ce sont des proies, Bonnie. Quand tu manges un bon steak, tu te sens coupable ? »
« Tu dis n'importe quoi, ça n'a aucun rapport. »
« Ce n'est que de l'amusement », conclut-il après avoir ouvert ses yeux bleutés vers les émeraudes qui le scrutaient.
Il caressa sa joue avec tendresse lorsqu'il entendit les battements de son cœur s'affoler. Il tenta aussi de l'embrasser, mais elle tourna la tête et le repoussa de ses mains frêles. Il se pencha pour déposer un baiser sur son épaule et la serra dans ses bras.
« Alors, je suis ta proie ? », murmura Bonnie en tournant son visage vers lui.
« Tu m'es trop précieuse pour être mangée. »
Et il l'embrassa.
« La première personne qu'on a tué », répondit-elle en entrant dans le hall de l'entrée. « Tu ne te rappelle pas ? »
« Hum... Vaguement. »
« Mon professeur d'histoire, Alaric Saltzman, est son fiancé. Et je viens d'apprendre qu'il a fait lancé une enquête. »
« Et alors ? Pas la peine de t'en faire, ils ne vont pas nous retrouver. »
« Ils ont retrouvé le corps, Damon ! », hurla Bonnie. « Elle est enterrée à Mystic Falls, même ! Ça t'es bien égal toi, tu es immortel. Les trente ou je ne sais pas combien d'années de prison ne te seront qu'un petit séjour. Un week-end. Moi, c'est ma vie qui est fichue ! »
« Bonnie. Calme-toi. Personne n'ira en prison. »
« Tu agis sans jamais penser aux conséquences. »
« Oh, tu me connais si bien... »
« Arrête ! », cria-t-elle encore.
« Mais quand même, le monde est petit … Alaric Saltzman, tu dis ? »
« Pourquoi ? Tu vas le tuer lui aussi ? »
« Tu ne connais pas ''Connais ton ennemi'' de L'art de la guerre, Bonbon ? Si tu veux gagner la bataille, il vaudrait mieux que tu saches le plus possible à son sujet. Alors, je te conseillerais de devenir la fayotte de la classe. »
Bonnie détestait le voir si confiant, à agiter ses sourcils comme si tout ceci n'était qu'un jeu amusant.
« Qu'est-ce qu'on fait ? Quel est le plan, Damon ?! », s'énerva-t-elle.
« Tu veux organiser un plan avec moi ? », sourit-il, avec le sous-entendu en tête.
« Ce n'est pas comme si j'avais le choix. »
« Ne t'en fais pas. Ils ne nous trouvons pas... »
« Alaric sait à propos des vampires. », coupa Bonnie. « Il m'a parlé de morsure. »
« Attends. Pourquoi est-ce qu'il t'en aurait parlé ? », demanda-t-il en effaçant son sourire pour faire place à de la confusion.
« C'est compliqué. »
« J'ai tout mon temps. »
Bonnie ne voulait pas lui parler de son devoir. Quand elle l'avait écrit c'était justement pour vider sa tête de toute cette histoire. Il n'était pas question qu'elle y soit encore impliquée et qui plus est avec Damon. Elle souhaitait l'oublier. Bonnie pinça ses lèvres. Ils se dirigèrent dans le salon où Damon leur servit un verre de bourbon – comme si elle allait le boire... - et il s'installèrent sur le canapé.
Elle préféra boire deux trois gorgées d'alcool, finalement. Autrement, pas sûr qu'elle aurait pu lui raconter.
« Mais, tu es stupide ! », s'exclama Damon à la fin du récit de Bonnie.
« Je voulais tout extérioriser pour me permettre d'aller mieux. Rien de plus. »
« Achète-toi un journal intime ! »
« Il n'est pas certain de l'existence des vampires, de toute façon. Il suppose, juste. »
« Pas après ton texte. »
« Mais - »
« Écoute-moi bien, Bonnie », commença Damon en la pointant du doigt. « Tu vas devenir proche de ce type. D'accord, les vampires existent. Qu'il connaisse la vérité s'il le souhaite, mais fais en sorte qu'il te parle de l'affaire. Sois au courant du plus possible. Je m'occupe du reste. »
« Du reste ? »
« Trouve-moi les noms des enquêteurs et de leur location, je réglerais le problème. »
« Damon, non. Plus de crime. »
« Je ne vais tuer personne ! Mais user de mon pouvoir d'hypnose pour une fois. C'est tout. », fit-il en haussant des épaules, comme si c'était la chose la plus naturelle et normale au monde.
Bonnie soupira. Elle n'arrivait pas à croire. Comment pouvait-elle à nouveau se retrouver dans cette situation ?
« Et de toute façon », reprit Damon, « avec le nombre de vampires qui trainent ce n'est pas moi qu'ils retrouveront. Tu peux dormir sur tes deux oreilles et rêver de moi. »,dit-il de manière espiègle.
Bonnie avait le visage fermé. Elle n'acceptait pas le fait de le voir agir comme si rien ne c'était jamais passé. « Tu sais que je te déteste, Damon. Pour tout ce qui tu m'as fais endurer. Tu as conscience de tes actes ? »
« Je vais tout arranger. », répondit-il après un court silence.
« Tout arranger ? Et comment ça ? »
« Oh, je ne suis pas tenu de mettre au courant. »
« Bref. Il se fait plus que tard, je vais rentrer. », fit Bonnie en se levant du canapé.
« Reviens quand tu veux. »
« Ne compte pas trop là-dessus. »
« Ah Bonnie, je t'ai dis que je prenais ma chance. »
Le lendemain, aux alentours de midi, Alaric se réveilla avec un affreux malade de tête. Une sacrée gueule de bois. Il porta sa main à son front; peut-être dans l'espoir que le mal se dissipe ou se rendait-il juste compte de l'étendu du dégât. Il mit un certain temps avant de se lever avec lenteur et difficulté. Voilà qu'il devait encore face au désastre qu'il était devenu. La bouteille à la main, ce n'était pas dérangeant de vivre ainsi, mais une fois que la lucidité était de retour, c'était autre chose. A ce moment précis, il était dans l'impossibilité de se regarder dans un miroir. Il n'aurait vu qu'un homme pathétique, sans espoir ni vie. Excepté la boisson, il n'avait plus grand chose; plus rien.
Ce fut avec cette sensation atroce de nullité qu'il se leva et se dirigea dans son salon. En émettant un long soupir, il observa brièvement le décor chaotique de la pièce dans laquelle il vivait. Que penserait Jenna si elle était encore là ? En accompagnant cette triste pensée, Alaric avança à son bureau dans l'idée de retourner à ses recherches. Il retrouva étonnamment le cadre initialement posé dans un coin du bureau à terre et brisé. Alaric se baissa pour le ramasser. Cette vision lui brisa le cœur autant que l'était le cadre. Il sortit la photo du contenant pour la tenir fermement dans sa main tremblante. L'émotion prit rapidement le dessus et une larme s'échappa pour tomber sur la seule image qui restait de son passé heureux.
Il lui fallu la fin de l'après-midi pour se rendre compte de la disparition d'une partie de ses recherches.
Voilà pour le chapitre 4 ! J'espère qu'il vous a plu. J'attends vos avis. ;)
