Hey :D

Voilà un nouveau chapitre, juste avant la rentrée (sniff).

Enjoy ^^


A partir de ce moment-là, les cours étaient devenus beaucoup moins ennuyeux (surtout les maths). Au bout de deux semaines de cours avec eux, j'avais fini par m'habituer aux querelles incessantes de Jack et Mérida. Bien sûr, je ne captais toujours strictement rien, mais j'ai récemment appris avec joie qu'Elsa était une bête en maths. Kristoff lui a donc demandé de me donner des cours de soutien. Pourquoi ? Parce que je bafouillais chaque fois que je devais lui parler seul à seul, à mon grand désarroi. Je sentais cependant que j'étais de plus en plus à l'aise avec les filles, surtout Raiponce, qui partageait ma passion pour l'art en général. Elle dessinait super bien (elle avait fait un portrait de Mrs Tooth, la prof d'éco-gestion, alors qu'on s'ennuyait en plein cours, ce qui n'est pas une chose facile puisque la prof en question est une fée multicolore de taille humaine qui bouge tellement vite que ses contours en deviennent flous), et m'avais même dit qu'elle chantait.

Il nous arrivait de croiser Rustik et sa bande de temps en temps, mais ils n'osaient plus s'approcher de nous. Je crois bien que Mérida lui fout les jetons. Harold, lui, nous avait présenté le reste de ses compatriotes. Les jumeaux, Kranedur et Kognedur, et Astrid, la blonde super sexy. Bizarrement, cette dernière semblait être la seul à ne pas détester notre ami aux yeux verts. Elle se contentait de soupirer en levant les yeux au ciel lorsque Rustik lui jetait des boulettes de papier dans le dos en cours de littérature (plus lâche, tu meurs). Il m'arrivait parfois de croiser le regard de la jeune fille, et, curieusement, je n'éprouvais aucune gêne, juste de la curiosité.

Il me restait malgré tout un dernier problème à résoudre: ma "capacité particulière". Ce système de rang aussi, ça me perturbait. Le fait que tous mes amis (hormis Harold) aient déjà leurs deux lignes remplies me décourageait légèrement. J'avais parfois l'impression de ne pas être dans le coup, de ne pas avoir totalement ma place ici. Pourtant, je savais que j'avais un don. Enfin, si on peut appeler ça un don. Pourquoi n'était-ce pas inscrit sur ma carte ? Allez savoir.

Pour cette raison, je me rendais chaque soir, avec Harold, dans la salle des tests, au rez-de-chaussée du bâtiment administratif. Je remplissais à chaque fois un questionnaire, avec des questions plus ou moins précise ("Avez-vous souvent des migraines ?", "Entendez-vous des voix dans vos têtes ?" ou encore "Avez-vous parfois l'envie subite de tirer la langue et/ou d'aboyer ?"). Ensuite, un ordinateur analysait mes réponses et me livrait son verdict. Problème, je le faisais planter à chaque fois. Harold, lui, avait moins de chance.

-"Aucune capacité particulière" ? Encore ? Se lamenta-t-il un soir où il était particulièrement fatigué.

-T'inquiète pas vieux. Ils t'ont pas amené ici pour rien, non ?

Il se renfrogna.

-Mouais... Facile à dire pour toi, au moins tu as le bénéfice du doute.

Evidemment, je ne sus quoi lui répondre. Le lendemain, il m'annonça qu'il avait quelque chose à faire, aussi allais-je remplir mon formulaire seul. Une fois cela fait (la même réponse que d'habitude, pour changer), je m'apprêtais à rentrer au dortoir. C'était presque l'heure du couvre-feu, et les lumières du couloir étaient déjà éteintes.

-T'es conscient que ce que tu fais ici ne sert à rien, hein ?

Je me retournais, surpris. Seule dans la pénombre du couloir, Astrid m'observait, impassible, nonchalamment appuyée contre le mur.

-Hey, euh... Salut.

Mais oui, bien sûr. On pouvait se regarder pendant des heures sans que je ne me sente rougir une seule fois, mais je n'étais quand même pas foutu de lui adresser correctement la parole.

-Salut.

Petit silence un peu gênant. La première chose qui me frappa fut son accent. Contrairement aux autres... Beurkiens, elle n'en avait pas. Pour un peu, elle passerait pour une simple fille de Greenwich. Bizarrement, ça me rassurait, j'ai donc pris mon courage à deux mains, et décidais de me lancer.

-Alors euh, tu disais quelque chose ? A propos du test ?

-Il ne sert à rien. Il permet de déterminer ton don sur quelques exemples bateau connus, mais si ton don est trop rare ou méconnu, alors tu perds ton temps ici.

Cela me fit l'effet d'une douche froide. Chose étrange, elle semblait savoir de quoi elle parlait. Comme si elle m'avait percé à jour.

-Au début, je te prenais pour un Dresseur, à cause de ton chien.

-De mon chien ?

-Ouais. Me fait pas croire qu'un chien ordinaire serait classé rang C.

Je décidais de laisser couler.

-Alors d'après toi... Je suis quoi ?

-Va savoir. Mais je suis sûre que tu en as une petite idée.

Elle me regardait à présent avec méfiance. Elle s'avança doucement dans ma direction, et me montra son bras.

Elle portait une chemise blanche à manches longues par-dessus sa jupe rose. Problème, son collant noir, maintenant que je le voyais à la lumière de la salle, était maculé de boue, de même que ses bottes. La chemise, quant à elle, était imbibée de sang.

-Visiblement, ce sang n'est pas à moi. Pour un peu, on aurait dit que je viens de tuer quelqu'un, et que je l'ai enterré. Qu'est-ce que tu en penses ?

Je déglutit. Mon instinct me disait de ne pas mentir, et, comme le disait ma abuelita, il faut toujours suivre son instinct.

-Tu n'as... Pas commis d'homicide ce soir.

Elle plissa les yeux, fit un pas de plus.

-Comment tu sais ça ?

-Je ne sais pas...

-Tu mens !

Je me plaquais contre le mur, surpris. Elle était tout près de moi maintenant. Trop près. Nos poitrines se touchaient presque, et je pouvais rien voir d'autres que ses yeux bleus emplis de méfiance. Elle était légèrement plus petite que moi, environ une demi-tête, mais elle avait l'air plus imposante (du moins, de mon point de vue). Elle semblait si frêle, sans pourtant donner l'impression d'être fragile. Et elle sentait bon. Une odeur de lavande mêlée à celle, plus particulière, de l'herbe fraîchement coupée. Et son visage... Y a pas à dire, elle était vraiment canon. Mais là, maintenant, tout de suite, elle me faisait flipper.

-Ecoute-moi bien. Depuis le premier jour, je sens une odeur qui émane de toi, celle de la Mort. Je connais pas encore à quel point tu es puissant, mais s'il s'avère que tu es une menace pour Harold... Je t'éliminerai.

"J'aimerai bien te voir essayer ma jolie", aurait sans doute dit Jack à ma place. Je me suis contenté de hocher doucement la tête, mais elle n'en avait visiblement pas fini avec moi. Néanmoins, ma curiosité l'emporta surtout le reste.

-Harold ? Qu'est-ce qu'il vient faire là-dedans ?

Et là, je vous jure, ses yeux ont failli me tuer. J'avais bien vu comment Mérida fusillait Jack du regard tous les jours, mais ça, c'était incomparable.

-Occupe-toi de ce qui te regarde. C'est une affaire de Beurkiens.

-Ta bande et toi lui menez la vie dure, et tu te permets de...

Oui, j'aurais dû me taire. A vrai dire, je me suis surpris moi-même. Il y a une semaine encore, je n'aurais rien dit. Là, lorsque je me rappelais ce qu'ils faisaient subir à mon ami, je sentais la moutarde monter.

Le problème, c'est qu'elle était bien plus forte qu'elle n'en avait l'air. Un coup de poing dans l'estomac plus tard, je me retrouvais plié en deux, face vers le sol, le souffle coupé.

-Plus. Jamais. Tu. Ne. M'associe. A. Rustik.

Là, elle semblait vraiment furieuse.

-Alors pourquoi tu ne fais rien ? Tu ne dis rien, tu ne prends pas sa défense. Mais je vois bien que ça ne te fait pas plaisir. Pourquoi tu continues à traîner avec eux ?

A ma grande surprise, elle m'agrippa par le col et me souleva au dessus du sol.

-PARCE QU'IL DOIT DEVENIR FORT ! DE QUOI IL AURAIT L'AIR, HEIN ? S'IL DEVAIT PASSER SA VIE DERRIÈRE SA FIANCÉE ? C'EST UN HOMME BORDEL, C'EST PAS A MOI DE LE PROTÉGER, MERDE !

Elle avait hurlé ces dernier mots. Je restais sans voix devant cet éclat de colère. Ses yeux se mirent à briller, et je regrettais aussitôt mes mots.

-Si tu penses, dit-elle d'une voix tremblante d'émotion, que j'ai pas envie de mettre ma main dans la face de cet abruti de Rustik, tu te fourres le doigt dans l'oeil. J'y pense tous les...

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Un rugissement terrible se fit entendre. Et ça avait l'air tout près de nous. Elle se redressa aussitôt, complètement paniquée, me lâchant au passage. J'étais tout aussi paniqué qu'elle, parce que je sentait une furieuse envie meurtrière s'approcher de nous.

-Oh merde, Tempête... Elle a dû sentir que j'étais troublée, et...

Un pan du mur explosa aussitôt. Alors allons-y franchement. Un... Truc, venait de pénétrer dans le couloir. Un truc vivant. C'était gris-vert, et ça ressemblait à un mélange de poule et de serpent. Il se tenait sur ses deux pattes arrières, musclées et ornées de griffes acérées. Des ailes aussi, mais plus de le genre ailes de chauves-souris. Et une grosse tête, ornée de longues épines, comme une crinière de lion. Et une corne de rhinocéros au bout du nez aussi. Et une longue queue qui... Venait de s'hérisser de plusieurs dizaines de piques.

Le plafond n'étais pas spécialement bas, pourtant il ne pouvait pas se redresser complètement. Il décida donc de tout détruire au passage, pour pouvoir me montrer sa vraie taille. Histoire de nous tuer en bonne et dûe forme.

Je lui donnais, quoi ? Trois ? Quatre mètres de haut ? De la tête à la queue en tout cas, je donnais neuf mètres faciles.

Un dragon. Un vrai dragon, comme dans les histoires que maman me racontait. Une véritable machine à tuer (sérieusement, ce truc pouvait m'embrocher avec sa queue, son nez, son crâne, pouvait me dévorer tout cru ou cuit à point).

Et là, à ma grande surprise, Astrid s'interposa. Elle se précipita vers le reptile et se mit à le caresser.

-Tempête, je t'en prie, ça va aller. Je vais bien tu vois ? Ce n'est pas un ennemi, il...

Mais la bête ne l'écoutait pas. Elle s'avança vers moi, dardant ses yeux de reptile sur mon petit corps frêle. Elle ouvrit la bouche et inspira. Je vis de la lumière se former au fond de sa gorge, et je compris que ma dernière heure était arrivée. J'allais mourir ici, de la façon la plus absurde qui soit. Atomisé par un dragon, vous y croyez, vous ?

J'aurais dû être heureux. J'allais enfin retrouver ma mère, après tant d'années. J'aurais dû me sentir un peu triste, de laisser papa derrière moi, mais je savais qu'il nous rejoindrait, un jour ou l'autre. Glauque.

Mais je ne sentais rien. J'avais juste peur. Terriblement peur. Le genre de peur qui vous paralysent vos sens, qui vous empêchent de penser. Je n'entendais plus Astrid qui criait pour calmer le dragon (ou la dragonne, visiblement). Je ne sentais plus ni son parfum de lavande, ni la curieuse odeur de soufre qui emplissait la pièce.

Et soudain, le temps sembla s'arrêter. La dragonne se calma brusquement, alerte. Je crus voir de la peur dans ses yeux, mais bon, je divaguais sûrement. Jusqu'à ce que je voie qu'Astrid flippait aussi. Je me concentrais. Le temps que je reprenne mes esprits, la température de la pièce avait chuté. Une sensation que je ne connaissais que trop bien m'envahit. Je tentais de la refréner, en vain. J'avais eu la peur de ma vie, et ils répondaient à mon appel. C'était moi qui les avait convoqués.

Le sol se fissura tout autour de nous. De l'une d'elle, à un mètre ou deux d'Astrid, une main-squelette surgit, et entreprit de prendre appui sur le sol pour s'extirper de là où elle était.

La dragonne rugit et cracha une boule de flamme sur la main, qui se consuma. Néanmoins, une douzaine de squelettes avaient déjà sorti extirpé leurs torses du sol.

J'admirais le courage d'Astrid, qui ne cria ni ne s'évanouit (ce que tous les autres font en général). Elle ne pleura même pas, se contentant d'observer la scène avec une sorte de fascination horrifiée. Ses jambes tremblaient malgré tout, et elle prenait appui sur la bête pour ne pas tomber.

-Bien, je pense que ça suffira pour ce soir, s'écria une voix bourrue.

Un vent puissant balaya soudain le couloir, et la lumière s'alluma. Lorsque mes yeux s'habituèrent à la luminosité, je vis que les squelettes, ainsi que les fissures provoquées par leur arrivée, avaient disparus. Tout près de nous se tenaient North, l'imposant et bruyant gardien du domaine, et Mr Sand, le professeur de physique-chimie muet qui semblait être fait de sable doré. Ce dernier regardait son collègue d'un air contrarié.

-Oui Sab, je sais que c'était important pour tes recherches, mais la santé mentale de la jeune fille était en jeu.

Le prof balaya la scène du regard, puis haussa les épaules. Il nous regarda d'un air désolé.

-Bien, vous deux, je suis bien conscient des traumatismes que vous venez de subir. Cependant, l'heure du couvre-feu étant déjà passée, considérez cette aventure comme votre punition.

Nous hochâmes la tête, encore abattus par ce qui venait de nous arriver.

-Et surtout, dit-il d'une voix menaçante, n'oubliez jamais que les combats non-officiels entre élèves sont formellement interdits, sous peine de lourdes sanctions, voire de renvoi. Suis-je bien clair ?

Nous acquiesçâmes de nouveau. Le géant ordonna ensuite à Mr Sand de nous raccompagner aux dortoirs, tandis qu'il enjoignait à la dragonne (qui s'appelait visiblement Tempête) de le suivre.

Nous marchâmes en silence vers le dortoir des filles. Je tentais de remettre de l'ordre dans mes pensées. Au moment où Astrid se dirigea vers le hall, je l'appelais une dernière fois.

-Tu sais... Si tu l'aimais vraiment, tu n'essaierais pas de le changer, mais tu l'accepterais tel qu'il est. Il a beaucoup de qualités tu sais, mais si elles ne te conviennent pas, c'est que tu devrais rompre les fiançailles.

Elle se tourna vers moi. Au début je crus qu'elle allait revenir pour me frapper. Mr Sand se tenait même prêt à réagir, tout en me regardant comme si j'avais perdu la tête. Mais elle se radoucit.

-Tu sais... C'est bien plus compliqué que ça en a l'air. Disons juste que je ne peux pas.

Sur ces mots, elle rentra dans son dortoir d'un pas las et referma la porte derrière elle.

Le professeur me raccompagna à mon tour jusque devant le bâtiment des garçons. Il me fit un clin d'oeil, puis ramassa un peu de sable par terre. Il le jeta en l'air, et les particules se mirent à briller et à léviter dans les air, pour former une carte d'étudiant. Il désigna ensuite ma poche puis, après un nouveau clin d'oeil, s'en alla d'un pas bondissant. Fébrile, je m'emparais de mon badge et lut, à la faible lueur du perron, les nouvelles lignes qui y étaient inscrites:

NOM: Rivera

PRÉNOM: Miguel

ANNÉE: 1

AGE: 16 ans

CAPACITÉ PARTICULIÈRE: Nécromancie

RANG: S

FAMILIER: Rang C