Chapitre 4 : Les longues routes

Elle s'assit sur le canapé et ferma les yeux. Voilà plusieurs nuits qu'elle n'avait pas dormi. Elle s'assoupissait doucement lorsque la sonnette retentit. La jeune femme se leva et alla ouvrir, toute trace de fatigue ayant soudainement disparue de ses iris clairs. Elle déverrouilla le loquet et ouvrit la porte. Il se tenait appuyé au chambranle de la porte et elle sourit, comme s'il était son oxygène. Elle le fit entrer sans parler. Cela faisait longtemps depuis qu'elle était partie, quittant leur cocon argentin, le quittant, lui.

Il s'installa sur le sofa tandis qu'elle se dirigeait vers le bar. D'autorité, elle lui servit un whisky irlandais, tandis qu'elle prit une coupe de vin. Il but un peu du liquide ambré et coupa le silence.

- J'ai appris que tu t'étais fiancée.

Elle lui sourit, de ce sourire gentiment ironique, pas dupe une seule seconde de son petit ton indifférent.

- Quand l'as tu su ?

Une fossette apparut aux creux des joues de Scorpius. En une seconde, leur complicité était revenue.

- Cinq, dix minutes après toi peut-être.

Elle porta le verre à ses lèvres et une minute passa en silence.

- Que sais-tu sur lui ? demanda t-elle.

- Armand de Hauteville. Français. Noble. Jolie fortune. Tu l'as rencontré il y a un peu moins d'un an. J'ai eu l'occasion de le voir il y a plusieurs années, quand je jouais encore au bon petit héritier. Un type richement éduqué, très poli.

Elle se leva, ayant fini sa coupe et s'accouda, dos à lui, au bar.

- Il est au courant pour nous ?

- Il sait ce qu'en ont dit les rumeurs. Ni toi ni moi n'avons été particulièrement discrets.

- Il ne voulait pas en savoir plus ?

- Il a dit que non.

- Mais il mentait.

Elle se retourna, un sourire amusé sur ses lèvres roses.

- Mais il mentait, confirma t-elle.

- Tu l'aimes ?

Son sourire s'effaça et elle fit volte face. Il remarqua qu'elle se servit un verre du même whisky qu'elle lui avait donné. Il ne la quitta pas des yeux et la vit hausser les épaules.

-Assez pour l'épouser.

« Mais moins que toi » signifiaient ces mots et ils le savaient. C'était pour lui qu'elle avait donné presque deux ans de sa vie. Personne n'aurait pu la convaincre de faire ça. Et pour la première fois depuis qu'il la connaissait, pour la première fois depuis ce quai de gare bondé où il avait vu son père hocher imperceptiblement la tête en leur direction, il la vit désemparée, ou plutôt la sentit puisqu'elle ne lui faisait pas face, appuyée au bar en verre.

- Tu n'as jamais voulu que les choses se passent différemment ?

- Non. T'aimer est ce qui m'est arrivée de mieux.

-J 'aurais voulu que ce soit plus facile. De m'aimer, de t'aimer. Les longues routes me manquent. Il y avait nous, notre Jeep et rien d'autre. C'était chaud, simple. Il suffisait de rouler.

Ses mains tremblèrent.

- Tu vas bien ?

Elle se tourna, les yeux brillants et essuya rapidement une larme.

- C'est rien, Scorpius. Je pleure un peu, c'est tout.

Il se leva et se retrouva, étrangement souple et félin, près d'elle. Il lui prit le bras et ils se retrouvèrent face à face. Leurs lèvres s'effleurèrent. Elle passa ses bras autour de son cou et il posa ses mains sur ses hanches. Ils s'embrassèrent comme dans les grands moments de leur passion, quand il rentrait chez eux pour dîner ou qu'elle se rendait compte qu'ils étaient tous les deux, ensemble, à l'autre bout du monde. Puis ils se séparèrent. Il retourna s'asseoir sur le canapé et elle prit place en face de lui. Ils finissaient leurs verres en silence lorsque la porte s'ouvrit. Elle se leva et sourit. Scorpius se leva aussi, moins vite et tandis que Rose le saluait, il prit le temps d'observer le nouvel arrivant.

Armand de Hauteville était grand - plus qu'elle, il avait un port de tête aristocratique, qu'Astoria avait toujours essayé – en vain - d'enseigner à son fils. Pourtant, il restait abordable, un bon sourire au coin des lèvres, avec de doux yeux marrons.

Scorpius s'avança et Rose le présenta. Les deux hommes se serrèrent la main. Armand demanda, un léger accent français en bouche :

- Nous nous sommes déjà rencontré, n'est-ce pas ?

- Oui, confirma Scorpius, un sourire aux lèvres et seulement aux lèvres. C'était il y a quelques années au Ministère de la Magie.

- Oh ! Oui, bien sûr. Je me souviens maintenant.

Scorpius manœuvra habilement et se retrouva du côté de la porte.

- Je dois vous laisser. Ma première visite a été pour Rose, je vais maintenant présenter mes respects à mes parents. Rose ?

Elle leva la tête et il vit dans ses yeux une lueur de défi. Il n'y répondit pas.

- Tous mes vœux.

Il inclina la tête en direction d'Armand, tourna les talons et s'en fut. La porte se referma et il s'arrêta une seconde. Il ferma les yeux, ravalant ses sentiments comme on lui avait appris à faire et quitta l'immeuble.