Matin de Printemps

« Si belle, si froide, comme un pâle matin de printemps qui frissonne encore d'un hiver tenace. »
Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours

Je crois que cela fait six mois que j'attends ce jour.

Pourtant, je ne me sens pas particulièrement heureux. Surement parce qu'elle est triste.

Je transplane devant la porte d'entrée de son petit appartement de Pré-au-Lard.

A travers une fenêtre de l'immeuble, j'aperçois Pourdlad illuminé.

Il fait froid ce soir. Il fait nuit. Le château est superbe. Que n'aurais-je pas donné pour revenir un an plus tôt, et me déclarer à temps.

Lorsque j'y repense, ça me rend malade. Et en ce moment, c'est toi, qui dois être au bord du gouffre, ma Rose. Si douce…si belle…

Je frappe à la porte, angoissé. Je ne sais pas comment réagir. J'ai peur. Peur de ne pas savoir être à la hauteur, peur de ne pouvoir la réconforter, peur parce qu'elle souffre, tout simplement.

Rapidement, j'entends une voix, sa voix, qui me crie :

- Va-t-en !

Mais je ne peux pas faire ça Rose, je suis ici, pour toi. Je n'ai pas l'intention de partir, pour une fois que tu as besoin de moi…

- Rose, c'est Scorpius ! Réponds-je, une main posée contre la porte.

Je ferme les yeux. J'ai tellement peur qu'elle me refuse l'accès à son appartement, comment vais-je la consoler alors ?

- Qu'est ce que tu veux ?

Elle a l'air au trente-sixième dessous. Mon cœur se serre.

Je sais qu'elle est juste derrière cette porte, que seul ce morceaux de bois nous sépare et m'interdit de la prendre dans mes bras.

Je suis égoïste. Je ne peux pas m'en empêcher d'y penser : j'ai enfin une excuse pour la serrer contre moi.

Rose s'il te plait. Ne m'arrache pas ce bonheur.

- Te voir. Murmure-je, et je crois que ma voix est un peu rauque.

Mes mains sont moites, je me sens terriblement mal, je ne veux pas qu'elle se méprenne, je ne veux pas qu'elle s'imagine que suis là pour autre chose que pour elle.

- C'est…c'est Matt qui t'envoie ? Dit-elle, tellement bas que je me demande si j'ai bien entendu.

- Non, non ! M'écrie-je, presque paniqué. Matt ne sait même pas que je suis là !

J'ai tellement peur que tu m'en veuilles, je suis lâche, je crois que je serais capable de pourrir Matt, rien que pour que tu m'aimes…un peu.

- Rose, ouvre-moi, tu ne devrais pas rester seule. Je veux voir comment tu vas ma belle.

Je l'appelais comme ça, quelques fois. J'aimais ça. J'avais un peu l'impression qu'elle était à moi, ainsi.
Pour que ça ne soit pas trop louche à ses yeux et à ceux de Matt, je m'étais mis à appeler d'autres filles comme ça, la copine de Josh par exemple.
Mais Merlin sait qu'elle est la seule que je trouve belle.
Les autres sont sans importances, insignifiantes.

Je soupire de soulagement quand la porte s'ouvre lentement.

Je ne la vois pas tout de suite. Elle semble se cacher derrière la porte. Je remarque une lumière tamisée dans son appartement. Je sais qu'elle aime les lumières de couleurs, Matt me l'a dit. Sa guirlande verte et bleue illumine la grande pièce. Sa lampe de chevet rouge est aussi allumée. Je peux voir les coloris se répercuter contre les murs.

Pourtant, malgré toutes ces couleurs, tu me sembles si pâle, si perdue. Je déteste te voir ainsi.

Elle ferme doucement la porte derrière moi en essayant de cacher ses larmes, mais je vois bien qu'elle a du mal à le faire.
J'aimerais tellement qu'elle se lâche avec moi. Qu'elle ait assez confiance en moi pour se permettre de craquer…
Je m'approche d'elle et je ne sais comment réagir. Ca me transperce le cœur de la voir ainsi, le visage ravagé par les larmes. Elle serre ses bras autour d'elle, comme pour te protéger. Je m'avance encore et elle lève enfin les yeux vers moi. Ils sont encore plus beaux que d'habitude.
Le rouge te va bien au teint. Je te trouve magnifique, tes yeux verts illuminent ton visage pourtant si triste. Elle me regarde, et ne dit rien. Moi, je suis trop troublé de la voir ainsi, je suis un peu lent à réagir. Elle semble lutter contre elle-même, lutter contre ses larmes.

- Scor…Scorpius. Murmure-t-elle, se demandant certainement pourquoi je reste là, comme un idiot, à la regarder.

Elle a prononcé mon nom avec une petite voix, peu assurée. Merlin.
Elle ne mérite pas ça. Pas elle.
Sans rien répondre, je tends un bras et l'attire contre moi. Ca fait des mois que je rêve de le faire, mais je tente de mettre mes pensées de coté, pour me concentrer sur ce qu'elle ressent. Elle doit se sentir trahie, anéantie.
Elle se colle contre mon torse sans rechigner, se blottit contre moi et sanglote doucement.

Mes bras s'enroulent autour d'elle naturellement, je la serre. J'ai l'impression que je la protège ainsi, qu'elle sera moins triste, dans mes bras. Comme si je pouvais étouffer son chagrin. Je sens qu'elle se détend petit à petit, elle pleure de plus en plus fort.

Elle se laisse aller contre moi et baigne ma poitrine de larmes, elle s'agrippe à moi. Je l'attire doucement au cœur de son appartement, elle n'a pas de canapé, c'est trop petit. Mais son lit est là, dans cette alcôve. Alors je m'y assieds et elle fait de même, toujours étroitement serrée contre moi.

Je serais tellement heureux si elle cessait de pleurer.
Sa douleur me fait mal.

- Calme-toi. Je murmure en caressant son dos. Calme-toi ma Rosie.

J'essaie de la bercer, légèrement.

Parfois, elle semble apaisée, puis une seconde après, elle éclate de nouveaux en sanglots. Il faut que je lui passe des mouchoirs. Je crois qu'elle vient de vider deux paquets en un quart d'heure…

Je suis patient, j'attends. J'attendrais le temps qu'il faudra pour elle. J'aime la savoir contre moi. Dire que Matt avait cette chance, et il l'a laissé filée, l'imbécile.

Je me demande s'il l'aime vraiment. Je croyais que oui.

Moi, je ne t'aurais jamais fait ça Rose, jamais.

- Tu…tu as des nouvelles de…de Matt ? Demande-t-elle alors.

J'ai envie de répliquer que non, et que je n'en veux pas. J'ai envie de lui dire qu'elle ne devrait pas penser à lui. Il ne le mérite pas.

Mais je sais qu'elle l'aime. Beaucoup.

- Non, je crois qu'il a viré la fille…

Elle éclate en sanglots et je m'en veux d'avoir parlé de cette espèce de connasse qui la rend si malheureuse.

- … il doit s'en vouloir tu sais… Ajoute-je, en parlant en fait de ce que moi, je ressens, je m'en veux de l'avoir fait pleurer à mon tour.

- S'en vouloir ? Répète-t-elle, ébahie.

Elle semble en colère à présent, je crois que je préfère ça. Si ça peut la faire se sentir mieux.

- C'est un espèce d'enfoiré ! S'en vouloir de quoi ? De m'avoir fait cocue ? Qu'il aille se faire foutre avec sa trainée !

Elle s'effondre une nouvelle fois dans mes bras. Sa colère n'est qu'une façade, au fond, la douleur est bien présente, c'est elle qui a le dessus.

- Je m'en moque ! Je me fous de lui Scorpius ! Il a tout gâché ! Ce…ce n'est rien ! Ca…ça ne me…f..fait rien ! Balbutie-t-elle.

Je caresse ses doux cheveux en me contentant d'acquiescer. J'aimerais tellement que ce qu'elle dise soit vrai. Ses cheveux sentent bon. Je m'enivre de leur arôme pendant qu'elle sanglote sur mon épaule.
C'est mal. Je suis un traitre, un faux-jeton. Mais j'ai l'excuse d'être son ami, alors je peux me permettre de la réconforter en la câlinant.
Dans mon bonheur sinistre, je dépose même un baiser sur sa tempe et je la sens s'apaiser, petit à petit.

Finalement, elle s'éloigne de moi, il est alors plus de 22h30. Cela fait une heure et demie que je suis là, avec elle.

Seulement toi et moi. Ca ne m'était presque plus arrivé depuis que Matt sortait avec elle.

6 mois qu'il sortait avec toi.

Quand il lui parlait, un bras nonchalamment posé sur ses épaules, j'avais envie de hurler.

Quand il l'embrassait sous mon nez, j'avais envie de le cogner.

Quand il la touchait un peu trop, j'avais envie de l'étrangler

Je m'étais toujours attendu à ce qu'il agisse ainsi, il sortait avec elle, c'était normal, alors je me contenais. Mais je ne m'étais jamais préparé à comment réagir s'il la faisait pleurer.

Lentement, elle s'assoit en tailleur sur son lit, à coté de moi.

- Merci Scorpius. Murmure-t-elle.

Je bats des paupières alors que mon cœur fait un bond dans ma poitrine, comme à chaque fois qu'elle me regarde ainsi, comme à chaque fois qu'elle prononce mon prénom.

- Tu as toujours été un bon ami…

Mon cœur bat de plus en plus vite. J'aime ce qu'elle me dit, et en même temps, la douleur me tord les entrailles. Je ne suis, qu'un ami.

- T'es gentil toi, pas comme lui. Souffle-t-elle

Je ne parvins qu'à répondre par un petit sourire. Je remarque qu'elle a changé. La tristesse semble disparue dans ses yeux. Elle n'a plus l'air perdue. Elle a l'air… déterminée ?

Lentement, elle se redresse sur ses genoux. Elle se rapproche de moi. Son visage s'avance dangereusement dans ma direction, j'admire ses jolies pommettes et sa bouche, si parfaite. Je n'ai pas le temps de penser à autre chose.

Elle a plaqué ses lèvres contre les miennes et si c'est ça le paradis, je veux mourir tout de suite.