4.
Tout en opérant des cercles de reconnaissance, Alguérande songeait à une partie de sa conversation avec Pouchy, télépathique, durant les fractions de secondes où son cadet avait regagné son Sanctuaire.
- Et si Alveyron risquait ses ailes de cygne jusqu'à moi ? Il l'a déjà fait ! s'inquiéta Alguérande.
- D'autant plus que papa t'a ramené au domaine, t'a installé au Pavillon de Chasse, là où grand-père avait installé un Pirate dont il tentait de refaire la connaissance…
- Alveyron va réagir au quart de tour !
- Non, ça lui est impossible, décréta alors Pouchy.
- Ah oui, et qu'est-ce qui l'en empêcherait ?
- Moi !
- Si tu le touches… !
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, temporisa Pouchy. Algie, tu n'as pas été attaqué par une entité ennemie. C'est moi qui t'ai frappé. Il s'agit d'une affaire strictement personnelle, pour retrouver sa maman et celle de ses cadets. Alveyron a donc à demeurer un garçonnet. La situation est déjà bien assez complexe ainsi sans qu'il s'en mêle, cette fois ! Ne t'inquiète pas, tes enfants sont saufs, j'y veille, en dépit de la volonté de notre père.
Alguérande esquissa un sourire, entre deux nuages de barbe à papa.
- Papa a très peur, est sans nul doute aussi épuisé que moi. Il ne pensait pas ce qu'il disait ou la gifle qu'il t'a donnée. Tu es toujours le cadet de ses enfants, celui qu'il a toujours le plus protégé, celui qui a toujours été celui qui avait le plus besoin d'attentions. Il ne peut l'oublier. Il reviendra rapidement à de meilleurs sentiments !
- Uniquement si toi tu réussis et que tu rouvres les yeux !
- Je ferai au plus vite.
Bien qu'il semble n'y avoir ni jour ni nuit, Alguérande avait gardé son rythme d'être biologique et la fatigue venant, il s'était posé près d'un ruisseau de sirop.
Des bonbons acidulés et des fruits confits d'un arbre en pain d'épice avaient calé son estomac.
- Je n'ai pas intérêt à rester trop longtemps ici, sinon mes dents ne seront plus que caries avant quelques jours !
L'environnement était peut-être friandiso-bucolique, Alguérande avait prudemment cherché un lieu un peu protégé pour dormir.
« Oh que oui, j'imagine très bien un monstre cracheur de feu venant perturber tout ce petit univers et cramer tous les marshmallows du coin ! ».
Les alvéoles d'une sorte de grand gâteau lui paraissant relativement sûres, Alguérande s'y était lové pour dormir et récupérer.
« Je crois que je ne pourrai jamais plus voir un plat de bonbons sous mon nez ! ».
Au réveil, plutôt soulagé que l'on n'ait pas dérangé son sommeil de plomb, Alguérande s'était étiré, ayant quelques battements d'ailes pour se dégourdir.
- Et comment je me débarbouille, moi ? Contrairement à de précédents voyages dans d'autres dimensions ou Sanctuaires, mes exigences d'Humain demeurent, c'est la première fois, et ça m'affaiblit, comme si j'avais besoin de ça ! Encore heureux que ma nuque et mes mains soient intactes ! Ce deux poids, deux mesures, n'a rien de cohérent !
Le jeune homme fit quelques pas, courbaturé au possible après les heures dans une position inconfortable.
- J'ai balayé ce monde sucré de mes ondes, Madaryne n'est pas ici. Il est grand temps que je passe dans un monde différent pour la chercher ! Espérons que je vais trouver le vortex et que là-bas il y aura de quoi se laver et surtout pouvoir me désaltérer réellement et non m'écœurer de sirop ou autres coulis de fruits !
Alguérande avala quelques poignées de bonbons à la réglisse puis reprit son envol.
Les nuages de barbe à papa s'assombrissant, Alguérande se dirigea vers eux par intuition. Il augmenta en puissance de vol et traversa les nuages pour surgir très au-dessus du monde des bonbons.
Saisissant, le contraste le prit au dépourvu : noir, glacé, et tout aussi infini que l'univers multicolore qu'il venait de quitter.
« Stratosphère, mésosphère ou encore thermosphère ?… De toute façon, je ne tiendrai pas longtemps à cette altitude… ».
Mais apercevant une sorte d'étoile qui venait droit sur lui, Alguérande replia ses ailes pour pousser sa vitesse à son maximum et se précipita vers ce qu'il espérait être sa porte de sortie pour un autre univers !
