Il faut tout attendre et tout craindre du temps des hommes.
Réflexionset maximes, Vauvenargues
TERRIFIANTE SURPRISE
Quand Peeta rentra à la maison avec les enfants, Suzane avait un air joyeux comme elle n'en avait jamais eu. Intriguée, j'interrogeais mon mari du regard. Il haussa les épaules en disant :
« Je ne sais rien, elle ne voulait rien me dire tant que tu n'étais pas là. »
Je souris et annonçai à l'intéressée :
« Je suis là, dis-nous ce qui te rends si joyeuse ! »
« Je suis sélectionnée pour participer au grand concours de combats qui se déroulera au Capitole avec une fille et un garçon de chaque district » dit-elle d'une traite.
« Quoi » hurlai-je en cœur avec mon mari.
Je lançai un regard inquiet vers Peeta qui me le renvoya comme un miroir. Je sentis une sourde rage monter en moi à l'encontre du Capitole qui ne faisait que se jouer de nous puis, une tristesse, un torrent de tristesse en revoyant tous les tributs que j'avais vu mourir et particulièrement Rue qui avait l'âge de ma sœur. L'évocation de Prim fit remonter mon élan de tristesse jusqu'à tous ceux qui étaient morts pour débarrasser la population des Hunger games, les Jeux de la Faim. Enfin, un sentiment que j'avais toujours connu mais que j'avais voulu cacher au fond de moi, la peur. La peur de voir mes enfants souffrir des souffrances que j'avais vécues. De les voir mourir. Jamais je n'aurai pensé qu'il était possible d'avoir aussi peur. Finalement, de toutes mes émotions ressenties durant cette courte minute, ce fut quand même la rage, la colère qui gagna. Je défendrai mes enfants becs et ongles jusqu'à ma mort et personne – je disais bien personne - ne pourrait me séparer d'eux.
Je regardais Peeta et comprit que lui aussi les défendrait. Nous feront face ensemble à l'insurmontable comme quand nous étions dans l'arène.
Suzane fut apparemment choquée de notre réaction, j'aurai sans doute compris si je n'avais pas été dans l'état dans lequel j'étais. La colère m'empêchait de dire quoi ce soit. Et surtout pas une parole réconfortante !
Chase qui avait commencé à applaudir figea ses mains et eu un mouvement de recul. Deux mots presque inaudibles sortirent de sa bouche :
« Papa…maman… »
Deux mots que Suzane répéta comme un écho mais d'un ton bien plus différent :
« Papa ! Maman ! Comment osez-vous ! Moi qui étais si fière ! Vous… vous avez tous gâché ! »
C'est le moment que choisis Haymitch pour débarquer :
« Bonjour les jeunes ! Comment va la petite famille ?! »
Puis il vit la mine furieuse de Suzane, celle, apeurée de Chase et enfin les têtes de ses deux anciens tributs.
« Qu'est-ce qu'il se passe ?! »
Chase courut et se jeta dans ses bras en lançant d'un ton rassuré et presque joyeux :
« Papy ! »
Haymitch était comme un grand-père pour mes deux enfants qui avaient perdus tous leurs grands-parents à part ma mère dont je ne parlais jamais tant je lui en voulais.
Ce fut Suzane qui lui répondit, toujours aussi furieuse et sans lui jeter un regard, préférant nous fixer.
« J'ai été sélectionnée pour participer à un grand concours de combats au Capitole avec un garçon et une fille de chaque district et les deux vieux (elle crachait presque ses mots) qui me serve de parents peuh… ! (crachat sur le tapis que j'avais lavé en début d'après-midi) sont incapables de me féliciter. »
Puis elle ajouta en lui lançant un regard adorable :
«Et toi tu vas quand même me féliciter j'esp… »
Elle s'arrêta net en découvrant le visage d'Haymitch passant du vert de peur au blanc d'angoisse puis au rouge de la colère et toutes ces couleurs défilant sans s'arrêter.
« Quoi ! Toi aussi tu t'y mets ! Vous êtes qu'une famille de m**** ! »
Elle allait sortir de la pièce quand Peeta reprit contenance et se construit un visage impénétrable.
« Désolée Suzane, il est hors de question que tu participes à ce concours. »
Ses mots étaient froids comme de la glace. Ils montraient que Peeta était en colère comme il ne l'avait jamais été.
Suzane allait répondre, cinglante mais en regardant avec attention le visage de son père, elle comprit que cela s'avérait dangereux et qu'il valait mieux qu'elle se taise. Elle serra les poings à s'en blanchir les phalanges.
Haymitch se reprit en vitesse.
« Chase, va dans ta chambre et lis un livre, Suzane reste ici, nous devons t'expliquer quelque chose. »
Katniss se reprit d'un coup.
« Non ! C'est bon Suzane, tu peux retourner dans ta chambre ! Il est hors de question que l'on désobéisse ! »
Suzane allait demander pourquoi sa mère parlait de désobéissance mais Haymitch la prit de cours :
« Parce que tu ne désobéis pas en chassant dans la forêt » dit-il avec un sourire malicieux mais sans joie.
« Tu sais très bien ce que je voulais dire… »
« D'accord alors on dit les faits principaux mais rien de plus. » m'accorda mon ancien mentor.
« Ca me va.. »
« Moi aussi » ajouta Peeta.
« Pas moi, je veux tout savoir ! Qu'est-ce que je ne sais pas ?! »
« Tu seras ce que tu dois savoir ! C'est pour ton bien. » répondis-je d'un ton qui ne souffrait aucune reproches.
