Chapitre 3 : Des lettres non reçues

Dans les mois qui suivirent le départ de Drago dans le camp ennemi, Hermione continuait d'avoir des nuits d'insomnies durant lesquelles elle se remémorait ses souvenirs avec Drago. Elle avait essayé de lui envoyé des hiboux, mais ces derniers étaient revenus avec leurs missives encore cachetées. Ils n'avaient pas pu trouvé Drago. Où plutôt, on ne les avait pas laissés trouver Drago, nuance. Car Hermione savait très bien qu'il se trouvait dans le manoir de sa famille, au côté de son père et de Voldemort. Cette pensée fit naître un frisson d'effroi chez la jeune femme.

Dans les lettres qu'elle avait écrites à Drago, elle lui racontait à quelle point elle voulait le voir, qu'elle n'acceptait pas sa décision, et qu'il devait bien y avoir une solution pour qu'il ne rejoigne pas le camp ennemi. Elle lui écrivait également qu'elle ne supporterai pas de le voir avec les autres mangemorts, que cela la tuerai probablement.

Mais surtout, elle lui écrivait les souvenirs qu'elle gardait de certains moments qu'ils avaient passé ensemble. Elle faisait ça pour ne pas qu'il l'oublie, et aussi un peu pour, qu'elle, ne l'oublie pas.

Comme si ça pouvait arriver...

Aujourd'hui, trois lettres lui étaient revenues. Elle entreprit de toutes les relire, et commença à lire la première qui lui était tombée sur la main :

Mon Drago,

Pas une minute ne passe sans que je pense à toi, et sans que la douleur de t'avoir perdu ne me ronge de l'intérieur. La simple pensée que les doigts de Voldemort puisse te toucher et pas les miens me remplit de chagrin et de colère. Bien que je sache que cette décision n'a pas été évidente pour toi et qu'elle te fait souffrir, je ne peux m'empêcher de t'en vouloir.

Comment as-tu pu choisir sciemment de faire de moi ton ennemie ?

Comment as-tu pu balayer tous les souvenirs qu'on avait ensemble ?

Moi je n'ai pas oublié...

Je me souviens du jour de notre rentrée en deuxième année. Nous étions à bord du Poudlard Express, et tu avais attendu que Ron et Harry partent chercher des bonbons pour me rejoindre dans mon compartiment. On avait beaucoup discuté. Je me sentais bien avec toi, malgré l'appréhension que j'avais eus en te revoyant après l'humiliation que j'avais ressentit à cause de ton père le jour où l'on s'était croisés sur le chemin de traverse... Et toi aussi tu semblais à l'aise. Tu n'affichais pas ce masque impassible que tu avais avec les autres. Nous avions plaisanté, et tes remarques narquoises me faisaient vraiment rire. Tout comme tu appréciais mes réparties. Tu étais parti juste avant que les garçons ne reviennent, et le temps que tu avais passé avec moi n'avait pas été assez long pour inquiété tes amis serpentards. Tu avais quitté le wagon avec un clin d'œil et en me disant « à ce soir à Poudlard, Hermione ».

J'avais attendu le soir avec impatience. Au fond, je crois que déjà à cette époque je n'étais pas indifférente à toi, même si je n'osais pas encore me l'avouer...

Le soir était quand même arrivé. Et dans la Grande Salle, je t'avais cherché des yeux, et je t'avais trouvé. Tu t'étais approché de moi, mais tu étais accompagné de Crabbe et Goyle, et je savais que notre échange n'allait pas me plaire. Tu t'es montré l'infect serpentard que tu étais en public, et tu nous as rabaissé Harry, Ron et moi. Même si je ne t'en voulais pas spécialement car je te connaissais, ce Drago là m'horripilait tout de même.

Des fois, tu allais trop loin, comme la fois où tu m'avais traité sur mon sang. Je n'avais pu me contenir et je t'avais donné un coup de poing, tu te souviens ?

Savoir que tu as choisi de redevenir ce Drago - là me rend malade.

Je ne peux imaginer que le Drago que je connais ait disparu. Je ne me fais pas à cette idée. Et je saurai attendre le moment où nous serons de nouveau ensemble.

Sache que mes sentiments pour toi n'ont pas changés.

Hermione.

Hermione n'avait pas réussi à lui écrire « Je t'aime ». Cela avait été trop dur.

Elle reposa la première lettre, et déroula la seconde pour la lire. Cette lettre-ci était plus récente et faisait suite à la première qu'elle avait lu, bien que plusieurs semaines, voire plusieurs mois, se soient écoulés entre les deux.

Drago,

J'aurai tellement aimé que tu me répondes, ou bien même que tu me donnes un signe de vie, pour que je puisse savoir que tu vas bien. Je ne peux m'empêcher de m'inquiéter de ta situation. Bien que ta présence me manque, j'ai peur de découvrir l'homme que tu es devenu à cause de ces mangemorts avec qui tu as préféré aller. Est-ce que tu as déjà torturé quelqu'un ? Peut-être même l'as-tu tué... ?

Je ne préfère même pas y penser. Car cela me renvoie à l'une de mes principales angoisses : Que ferais-tu si jamais on se croisait ? Est-ce que tu serai capable de me faire du mal ?

Cette question me hante sans cesse.

Et j'en reviens toujours à comparer l'homme que tu as probablement dû devenir, à celui que tu as été avec moi à Poudlard.

Je repense à ce garçon qui me regardait avec un sourire en coin qu'il s'empressait de cacher, lorsque je donnais les bonnes réponses en cours ; à ce garçon avec qui je partageais des regards complices lorsqu'on se croisait dans les couloirs, ou lorsqu'on était dans la grande salle ; à ce garçon que je supportais secrètement lors du duel que tu avais fait avec Harry, et aussi lors des matchs de quidditch...

D'ailleurs, je me souviens du match de final contre Gryffondor, l'année où tu avais pour la première fois rejoins l'équipe de Serpentard. C'était en deuxième année si je ne me trompe pas. Le match lors duquel tu étais tombé de ton balais et où tu avais fini à l'infirmerie. J'avais eu si peur pour toi que mon cœur s'était arrêté de battre. J'étais venue te voir tout les jours jusqu'à ce que tu sois guéri, et ce, malgré l'incompréhension d'Harry et de Ron.

Apparemment, tu étais toi aussi venu me voir à l'infirmerie lorsque j'avais été stupéfixée par le basilic quand il y avait eu l'histoire avec la chambre des secrets, malgré les regards surpris de Mme Pomfresh et des autres serpentards.

C'est à partir de ce moment que les autres ont commencés à se poser des questions sur notre relation. Et c'est finalement à ce moment que nous avions décidé de ne plus cacher notre amitié, quelque soit leur réaction. Oh bien sûr, comme tu le sais, ils n'avaient pas apprécié. Les serpentards avaient commencé à m'insulter, mais tu étais intervenu... Et Harry et Ron avaient tenté de me dissuadée, mais je ne les avais pas écoutés. On était comme dans une bulle... Et j'adorais cela.

Tu venais me voir à la table des Gryffondors, ou bien tu te penchais pour me chuchoter des bêtises lorsqu'on était assis à nos tables respectives dans la Grande Salle. On se chamaillaient beaucoup, surtout à Pré-au-lard, quand on faisait des batailles de boules de neige en hiver, ou qu'on allait boire une bièraubeurre au trois balais après être allé faire des achats à Honeydukes et à Zonko.

On se chamaillait aussi en cours, tu m'envoyais des petits mots, tu t'amusais à me faire peur, alors que moi j'essayais de rester concentrée...

Oh, ça me fait pensé à la fois où tu t'étais cassé le bras en faisant le malin avec Buck car tu étais jaloux des compétences d'Harry avec l'hippogriffe... Tu m'avais réellement fait peur ce jour-là. J'avais couru vers toi, pour te prévenir de te reculer, mais je n'étais pas arrivée à temps, et la bête t'avais blessé au bras... Tu étais resté plusieurs mois avec le bras en écharpe, et à la fin, je ne supportais même plus de t'entendre te plaindre...

Mais bon, tout cela semble si loin à présent. Qu'en penses-tu ?

Aujourd'hui, j'ai encore plus peur pour toi qu'à l'époque...

Peut-être qu'on aurait dû continuer à cacher notre relation ? Ton père ne l'aurait pas découvert, et il ne t'aurait alors pas imposé ce choix difficile, et tu serais peut-être encore à mes côtés à Poudlard...

Reviens-moi s'il te plaît. Tout ça me manque... Tu me manques...

Hermione

À l'évocation de tous ces souvenirs, la jeune femme ne pu s'empêcher de sourire avec mélancolie. Et elle se remémora l'une des scènes qu'elle avait décrite : une journée qui l'avait beaucoup marquée.


Souvenirs d'Hermione,

Un mercredi au début du mois de janvier, troisième année à Poudlard.

En plein cours de défense contre les forces du mal qu'ils avaient en commun avec les serpentards, Harry, Ron et Hermione étaient en train d'écrire ce que le professeur Lupin écrivaient au tableau.

Hermione avait reçu un message, qui se présentait sous la forme d'un bout de papier plié en origami de la forme d'un oiseau, et qui avait été ensorcelé pour voler jusqu'à elle.

Hermione avait déplié le papier, et avait lu le message qu'il comportait :

On se voit à Pré-au-lard cet après-midi ?

Elle s'était retournée pour voir qui lui avait envoyé ce mot. Et avait vu Drago, son sourire en coin, la regarder fixement. Elle avait hocher la tête pour lui dire que c'était d'accord, et avait rangé le mot dans sa poche.

Plus tard, dans l'après-midi, elle était avec Harry et Ron à la sortie du château.

- « Tu es sûr que tu ne peux pas venir Harry ? » demanda Hermione à son meilleur ami, qui n'avait pas eu l'autorisation écrite pour aller au village de Pré-au-lard avec eux.

- « Non, 'Mione, Ron et moi avons même demandé à Mc Gonagall de faire une entorse au règlement, et elle a refusé. Mais ne vous inquiétez pas pour moi et amusez-vous bien ! » avait répondu Harry, avec un sourire qu'il voulait encourageant.

- « Compte sur nous, Harry ! On te racontera tout ce que l'on a fait, on te ramènera des confiseries de chez Honeydukes, et on te décrira ce qu'on a ressenti en visitant la cabane hurlante, promis ! » avait dit Ron, un peu trop impatient de partir.

Les deux amis avaient rejoint le reste des élèves autorisés à aller à Pré-au-lard, en faisant un dernier signe de la main à Harry. Hermione avait cherché Drago des yeux, mais ne l'avait pas trouvé. Peut-être avait-il changé d'avis finalement ?

Sur le chemin jusqu'au village, c'était surtout Ron qui avait parlé. Il lui décrivait avec précision le planning qu'il avait envisagé de suivre cet après-midi afin de pouvoir tout voir de ce village qu'il fallait découvrir. Hermione s'était contentée d'acquiescer, trop distraite pour proposer autre chose. Elle se demandait ce que faisait Drago en ce moment s'il n'allait pas à Pré-au-lard. Et surtout pourquoi lui avait-il envoyé un message en cours ce matin, si c'était pour ne pas venir...

Quelques minutes plus tard, ils étaient arrivés devant la cabane hurlante. Il est vrai que la vue de cette maison abandonnée et en ruine avait mis Hermione mal à l'aise. Cette sensation s'était encore accentuée lorsqu'ils étaient entrés à l'intérieur pour la visite.

Plusieurs fois, elle avait senti comme si on la regardait, comme si on la suivait. Elle avait entendu les grincements du parquet derrière elle, alors qu'il n'y avait personne... Hermione en avait fait part à Ron, qui pensa qu'il s'agissait d'Harry sous sa cape d'invisibilité. Il chuchota alors le prénom de son ami, mais rien ne se produisit, ce n'était pas lui...

Ils avaient continué leur visite, lorsque soudain, vers la sortie de la maison hantée, Drago, Crabbe, et Goyle s'était mis devant eux, le regard et l'expression hilare.

- « Alors, comme ça, Weasmoche sort avec la sang-de-bourbe ? Comme s'il n'était pas suffisamment traître à son sang celui-là... », avait commencé Goyle, d'une voix médisante, le regard plein de mépris.

Sa tentative pour ressembler à Malefoy était quelque peu pitoyable, mais les mots qu'il avait utilisés étaient suffisamment blessant pour que Ron et Hermione sentent la colère de l'humiliation monter en eux.

- « Répète un peu ce que tu as dit là ? Tu as osé nous insulter, toi l'abruti qui ne fait que suivre Malefoy comme un bon elfe de maison ? Laisse-moi rire... » avait répliqué Ron, plein de rage.

- « Bien que cela me coûte de le dire, mais Weasley a raison Goyle. Qui t'a autorisé à prendre la parole ? De plus, je t'avais déjà prévenu qu'à la moindre réflexion envers Granger, je te le ferai payé très cher... On réglera cela ce soir dans la salle commune. D'ici là, filez tous les deux, je ne veux plus vous voir. », intervint Malefoy, prenant ainsi sa défense.

Hermione était en retrait, se contentant de regarder la scène qui se tenait devant ses yeux. Elle était reconnaissante envers Ron d'avoir tenté de la défendre, mais elle était davantage ému par le comportement de Drago, qui prenait son parti face aux serpentards.

- « Qu'est-ce que tu fiches ici, Malefoy? » questionna Ron.

- « Comme toi, Weasmoche, je suis venu voir la cabane hurlante. Mais il m'a semblé que cette jeune fille ici présente s'ennuyait en ta compagnie, je me suis dis qu'il était de mon devoir de la distraire... » avait répliqué malicieusement Drago, en faisant un clin d'œil à Hermione, ce qui n'avait pas du tout été au goût de Ron.

Les oreilles de Ron étaient à présent rouge. Son visage fulminait de colère. Hermione décida d'intervenir pour ne pas que les deux jeunes garçons finissent par en venir aux mains.

- « Drago, tu sais que je n'apprécie pas que tu parles à mes amis de la sorte. Je te prierai de ne plus le faire à l'avenir si tu veux que je daigne te parler... Si tu voulais passer du temps avec moi, il fallait juste me le dire ». Avait-elle dit à Drago.

- « Quant à toi, Ron, merci de me défendre, mais Drago est également mon ami. Tu peux continuer les visites que tu avais prévu si tu veux, moi je vais rester discuter avec Drago. » avait-elle ajouté à destination du rouquin.

- « Mais... » avait commencé Ron, mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Il avait compris qu'Hermione avait déjà fait son choix.

Il était parti sans les regarder, et avait fini par trouver Harry, sous sa cape d'invisibilité, en allant chez Honeydukes.

Une fois seuls, Drago et Hermione étaient un peu gênés. C'est finalement lui qui prit la parole en premier :

- « Désolé pour ce qu'a dit Goyle, et pour mon comportement envers Weasley. »

Hermione n'avait pas répondu. Elle s'était contentée d'un hochement de tête pour lui signifier qu'elle avait bien entendu.

Alors qu'il s'était retourné pour regarder la cabane hurlante, elle ramassa un peu de neige qui tapissait le sol, et en avait fait une boule qu'elle lui avait lancé dans le dos. S'en était suivi une bataille de boule de neige, qu'elle avait largement perdue, mais qui avait été très amusante.

À la fin de celle-ci, leurs vêtements étaient tellement humides qu'ils avaient froid. Drago avait alors proposé d'aller au bar des trois balais pour se réchauffer autour d'une bonne bièraubeurre. Hermione avait accepté, et ils avaient passé un très bon moments. Drago avait sorti quelques confiseries qu'il avait acheté avant d'aller à la cabane hurlante, tout droit sortie de chez Honeydukes, et en avait donné à Hermione. Il ne la savait pas si gourmande, mais elle avait mangé tous les nougats, et la moitié des caramels.

Finalement, ils étaient rentrés à Poudlard. Hermione avait rejoint Harry et Ron à la salle commune des Gryffondors, et Drago était retourné dans celle des serpentards.

Le soir même, alors qu'ils dînaient dans la grande salle, Drago lui avait lancé une boulette de papier pour qu'elle se retourne vers lui, et lui avait demandé :

- « Alors, Weasley n'a pas été trop jaloux ? »

- « Et toi, tu n'as pas étranglé Goyle à ce que je vois...? »

Ils avaient continué à se taquiner ainsi un moment, avant de finalement reprendre la conversation qu'ils avaient avec leurs amis de leur propre maison.


Ces souvenirs étaient précieux, mais pas autant que ceux qu'elle avait d'eux lorsqu'ils étaient en couple. Elle lut alors la troisième lettre, le cœur serré dans sa poitrine. Cette lettre avait été la dernière qu'elle lui avait écrite...

Drago,

Toujours aucune nouvelle de toi depuis des mois. Et je commence à me faire à l'idée de ne jamais te revoir, de ne jamais plus te toucher ou t'embrasser...

Les souvenirs que j'ai de notre relation commencent doucement à s'effacer. Je ne me rappelle plus la douceur de tes lèvres, la sensation de tes mains sur moi, de mes doigts dans tes cheveux, de ton odeur, ta voix qui me murmurait à l'oreille...

Je suppose que pour ta part tu as déjà tout oublié...

C'est fini, Drago. Je ne peux plus continuer ainsi. Je ne t'enverrai plus de lettres, je ne chercherai plus à te contacter. Tu as fait ton choix, et j'ai fais le mien. Je vais aider Harry à défaire Voldemort coûte que coûte. Voyons ce que l'avenir nous réservera.

Au revoir, Drago.

HG

Hermione avait les larmes aux yeux après la lecture de ces trois lettres. Elle avait compris que Drago ne lui répondrait pas, qu'il était inutile d'essayer de le contacter. Elle s'était fait une raison : Drago était devenu son ennemi dans la guerre contre le mage noir.

Pourtant elle ne voulait pas oublier tout ce qu'ils avaient vécu.