Level 3 : La Cantine
Konata leva le cristal au-dessus de sa tête dans ses mains jointes.
- Nous n'avons plus qu'à trouver l'entrée du prochain niveau, dit-elle avec un large sourire.
- Kona-chan, regarde, on dirait que ton armure est plus couvrante que tout à l'heure, remarqua soudain Tsukasa, et ton bouclier paraît plus grand !
Konata vérifia par elle-même et eut l'air encore plus ravie.
- Vous savez ce que ça veut dire ? Nous avons encore gagné un niveau ! Tatatata tata tatata !
Et c'est en fredonnant la fanfare de la victoire qu'elle sortit du gymnase. Ses trois amies la suivirent, farfouillant respectivement dans leur grimoire, sacoche et réserve de balles pour découvrir de quelles nouveautés elles disposaient.
- Le soir tombe déjà, constata Miyuki avec résignation.
- J'espère que nos parents ne vont pas trop s'inquiéter, soupira Kagami.
- Peut être qu'ils ne s'apercevront de rien ? proposa timidement Tsukasa. Ce n'est pas vraiment notre monde, peut être que le temps ne marche pas pareil, ou que ça compte pas.
- Peut être…, répéta Kagami, absolument pas convaincue.
Grâce à l'obscurité grandissante, Konata ne tarda pas à remarquer une source de lumière rouge, similaire à celle du cristal. Elle venait de la porte de la cantine, à l'arrière du bâtiment principal. Là encore, elle n'eut qu'à appliquer le cristal au centre du sceau lumineux pour que celui-ci s'efface.
- Je vous présente le troisième niveau ! annonça l'otaku en entrant dans le bâtiment.
- J'espère que ce sera le dernier, dit Kagami sombrement, ça ne m'amuse plus du to…
La jeune fille s'interrompit net, la bouche arrondie de surprise. Un des murs du couloir d'entrée du réfectoire était entièrement recouvert de formules mathématiques qui brillaient doucement d'une lueur bleutée.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Konata avec horreur.
- Des formules de maths… On dirait des calculs à résoudre. Ca doit même être faisable de tête, réfléchit Miyuki à voix haute.
- Mais pourquoi ferait-on une chose pareille ? s'indigna Konata comme si Miyuki venait de proposer quelque chose d'indécent.
- Izumi-san, tu vois bien que ces formules ont exactement la même lueur que celle de la serrure et de la clef des vestiaires, expliqua patiemment la première de la classe, il s'agit donc certainement d'une étape nécessaire de notre progression.
- Tu as raison, ce doit être une énigme !
Les yeux de Kagami se mirent soudain à briller d'excitation. Elle posa son pistolet par terre et s'assit sans façons au milieu du couloir.
- C'est dommage, j'ai laissé toutes mes affaires en classe, on aurait besoin de quoi noter, regretta-t-elle.
Miyuki s'installa à côté d'elle. Fouillant dans ses poches, elle en extirpa un bout de crayon.
- Ca devrait suffire, dit-elle. Regarde, ils ont compliqué les formules en ajoutant des racines carrés, des logarithmes, etc… mais la résolution de chaque calcul donne un chiffre entier !
- Hmm, on obtiendrait donc une succession de chiffres entiers, comme… un code ? Que l'on pourrait peut-être convertir en lettre ?
- C'est sûrement ça ! Essayons !
Konata et Tsukasa se regardèrent, avec l'impression d'être les dernières personnes sensées restant sur terre.
- On devrait d'abord explorer la zone avant de se jeter sur une énigme dont on ne connaît pas l'utilité, suggéra Konata.
Mais Miyuki et Kagami étaient bien trop absorbées pour prêter la moindre attention à ces paroles.
- Allez viens Tsukasa, on va aller voir plus loin, décida l'otaku un peu vexée.
- Tu es sûre Kona-chan ? Ce n'est pas trop dangereux d'y aller juste nous deux ?
- Pas de soucis, le tank et le healer sont l'âme d'un groupe ! Tout le reste est accessoire !
Laissant donc les deux accessoires à leurs calculs, le duo se dirigea vers la salle principale de la cantine. De manière assez prévisible, quelques monstres déambulaient sans but entre les tables. Leur apparence fit se figer Tsukasa d'horreur.
- Mais qu'est ce que c'est que ça, c'est dégoûtant ! s'écria-t-elle.
Konata les examina avec curiosité.
- Tu as raison, on dirait des golems de… de bouffe. C'est dégueu, hein ? dit-elle avec un sourire radieux. En même temps, c'est normal dans une cantine, non ?
La petite Guerrière voulait atteindre la porte qui menait dans le reste du bâtiment où se trouvait la plupart des salles de classe. Mais il allait falloir se débarrasser d'une de ses créatures humanoïdes pour pouvoir y accéder.
- Tu es prête Tsukasa ? demanda-t-elle en sortant son épée.
- Hein ? Quoi ? Là ? Maintenant ?
Jugeant la réponse largement suffisante, Konata attaqua.
- Protection ! s'écria alors Tsukasa, se souvenant enfin de ce sort important.
Une bulle bleutée vint se refermer autour de Konata, renforçant sa défense. Et sans plus attendre, celle-ci enfonça son épée dans le tas de nouilles enchevêtrées qui formait le buste du golem. Ce qu'il eut l'air de très mal prendre.
***
- Aha, je t'avais dis dit que ce code ne pouvait pas marcher avec du japonais !
- Hum, hum.
- C'était une bonne idée de passer en romaji, heureusement que c'est de l'anglais et pas une autre langue obscure.
- HUM, HUM.
Revenant de leur exploration, Konata et Tsukasa parvinrent enfin à attirer l'attention de leurs amies. Elles étaient agenouillées par terre, entourées par une mer de chiffres et de lettres qu'elles avaient griffonnés directement sur les carreaux. Miyuki se retourna :
- Nous avons presque déchiffré l'énigme, il ne nous reste plus qu'à trad… Grand dieu, que t'est-il arrivé Izumi-san ?
- Tu as barboté dans un bol de ramen, Konata ? renchérit Kagami devant l'apparence peu ragoûtante de leur amie, couverte de débris de nourriture.
- Bon j'ai deux mauvaises nouvelles, expliqua Konata agacée, son épée jetée sur son épaule. Enfin… l'une des deux est tout de même une bonne nouvelle pour vous deux, je suppose. Premièrement, la porte qui mène directement à l'intérieur du bâtiment est verrouillée, et je n'ai pas l'impression que ce soit prévue de l'ouvrir comme nous avons fait jusqu'à présent. Deuxièmement… on ne peut pas se passer de vous en combat, sinon c'est trop long.
Tsukasa se laissa glisser par terre.
- Il faut que je récupère de la magie, dit-elle essoufflée, Kona-chan n'est pas très douée pour parer les attaques.
Konata s'assit à son tour pour se reposer, ce qui ne l'empêcha de vivement protester. Rien ne pouvait être plus vexant qu'être jugée « pas très douée » par Tsukasa.
- Konata s'il te plaît, retourne aux toilettes te nettoyer un peu. Ce n'est pas très agréable d'avoir cette odeur de vieux restes juste derrière nous.
Mimant la dignité outragée pour un public qui n'y prêtait pas attention, Konata se drapa dans les lambeaux de fierté qui lui restait pour retourner dans la cour à grand pas.
Lorsque la jeune fille revint, elle fut accueillie par les sourires triomphants de Miyuki et Kagami. Elles avaient traduit l'énigme !
- Je vous préviens, c'est un peu étrange, avertit Miyuki avant de commencer à lire à voix haute.
« Rien jamais ta progression n'entravera.
L'objet que tu recherches est bien caché,
derrière le terrible gardien enragé.
Celui-ci le passage te laissera,
Que si, par tes blanches mains confectionné,
tu lui offres un gâteau au chocolat »
Et Miyuki toussota un peu gênée.
- Un gâteau au chocolat ? répéta Konata incrédule. Qu'est-ce que c'est que cette énigme bidon ?
- Et c'est quoi l'objet que l'on cherche ? demanda Tsukasa. La porte de sortie ?
Kagami et Miyuki haussèrent des épaules à l'unisson. Elles s'étaient contentées de déchiffrer l'énigme, ce n'était pas elles qui l'avaient inventée.
- Vous êtes sûre que vous ne vous êtes pas complètement plantées ? demanda Konata en étrécissant les yeux d'un air accusateur.
- Tu es libre de trouver une autre signification si tu veux, lui fit sèchement remarquer Kagami en lui tendant le crayon.
Konata recula brusquement, comme si on lui avait mis un serpent sous le nez.
- Non, non, c'est bon, je vous fais confiance, dit-elle avec empressement. Peut être que l'on en comprendra mieux la signification si on va explorer la cantine plus en détail ?
***
Elles se préparèrent donc au combat, et rejoignirent le réfectoire. Il ne restait que trois golems à anéantir. Plus énergétique que jamais, Konata bondissait au dessus des chaises et des tables, trouvant que l'ajout d'obstacles rendait les combats bien plus intéressants. Ce ne fut pas l'avis de Kagami qui avait manqué recevoir en pleine figure une chaise jetée sur un des monstres avec un peu trop d'enthousiasme.
Une fois les créatures exterminés et les élèves délivrés, rassurés et escortés à l'extérieur où ils étaient laissés à eux-mêmes (après tout qui s'est jamais soucié de la manière dont les NPC sauvés d'un donjon en retrouvent la sortie sains et saufs), elles fouillèrent le réfectoire à la recherche d'une issue, un indice, voire même une autre énigme. Mais elles ne trouvèrent rien de la sorte.
- Il faut passer de l'autre côté, dit enfin Konata en montrant les banques où d'ordinaire les cantinières servaient les élèves. J'ai toujours voulu le faire !
- Parce que c'est interdit je suppose, déclara Kagami, parce que je ne vois pas bien l'intérêt sinon.
Elles grimpèrent par-dessus le comptoir pour arriver dans la vaste cuisine. Là encore, il allait falloir faire un peu de ménage avant d'explorer plus en détail. Heureusement que les golems disparaissaient une fois anéantis, car patauger dans ce qui ressemblait aux restes des repas des lycéens de toute la semaine aurait été fort peu agréable.
Deux portes seulement donnaient dans la cuisine. La première était celle de la chambre froide, et il leur suffit d'un rapide coup d'œil pour comprendre qu'elle ne recelait rien d'important.
Konata posa la main sur la poignée de la seconde porte et l'ouvrit. De l'autre côté se tenait enchaînée une immense panthère à deux têtes. Campée sur ses puissantes pattes, elle l'accueillit avec un rugissement assourdissant. Konata claqua la porte de frayeur et s'y adossa pour faire face à ses amies.
- Je crois que j'ai compris à quel moment doit intervenir le gâteau au chocolat, dit-elle.
Les trois autres acquiescèrent nerveusement, sérieusement remuées par le spectacle du gardien aux dents acérées.
- Tu veux dire qu'il faut qu'on se mette à faire la cuisine, là, comme ça, maintenant ? demanda Kagami qui ne trouvait pas cela vraiment en accord avec leur précédentes aventures.
- Ne t'inquiètes pas Kagamin, je sais que tu n'es pas très douée dans ce domaine. Miyuki-san et toi, vous allez nous aider à préparer les ingrédients et les ustensiles, après vous pourrez vous reposer. Ou aller chercher une nouvelle énigme à résoudre si vous avez envie.
Et ainsi fut fait. Tsukasa et Konata mirent leur mémoire en commun pour improviser une recette de gâteau. Miyuki et Kagami farfouillèrent dans les placards de la cuisine pour leur amener casseroles, moule, farine, œufs et tout ce qu'elles supposaient pouvoir avoir une utilité dans la confection d'un gâteau au chocolat. Lorsque les cuisinières attaquèrent la préparation de la pâte, elles renvoyèrent leurs amies maladroites se trouver une autre occupation.
Qu'elles ne trouvèrent pas.
Assise dans un coin à distance, le menton dans la main, Miyuki regardait ses amies s'activer devant le plan de travail. Au milieu d'un nuage de farine et de projections de pâte remuée un peu trop vigoureusement, Tsukasa et Konata discutaient joyeusement en se partageant le travail.
- Tsukasa-san et Izumi-san s'entendent vraiment bien, n'est-ce pas ? dit-elle en se penchant vers Kagami, à cours de sujets de conversation.
- O... oui, bien sûr, répondit celle-ci avec un étrange sentiment de malaise.
Miyuki lui sourit en inclinant la tête sur le côté. Sentant que quelque chose préoccupait Kagami, elle s'attendait à ce que celle-ci s'en ouvre à elle. Mais il n'en fut rien, et l'aînée des jumelles Hiiragi s'enferma dans un silence pensif, laissant Miyuki à son ennui.
- C'est prêt, il n'y a plus qu'à le mettre au four ! annonça enfin Tsukasa.
- En attendant que ce soit cuit, on devrait se préparer un casse-croûte. Mine de rien, il est tard, et je commence à avoir faim, ajouta Konata.
***
Une heure plus tard, enfin rassasiées et en possession de « l'Ultime Gâteau au Chocolat Attendrisseur de Fauve », comme l'appelait Konata, les filles étaient fin prêtes à leur rencontre avec le gardien.
Tenant le gâteau à deux mains, la Guerrière fit un signe de tête à Kagami, qui ouvrit la porte. L'animal enchaîné rugit, et ses deux gueules se tendirent vers Konata. La jeune fille leur jeta la pâtisserie et recula prudemment. Les têtes se jetèrent dessus et l'engloutirent en un clin d'œil. L'espace d'un instant, alors que l'animal se léchait les babines, rien ne se produisit. Puis soudainement, ses deux paires d'yeux virèrent du rouge au vert et il commença à trembler. Les tremblements s'accentuèrent tandis que sa taille diminuait peu à peu. Enfin, c'est un petit chat gris qui s'enfuit en miaulant entre les jambes des filles stupéfaites.
- Et voilà le travail ! s'exclama Konata. C'était un travail d'équipe rondement mené !
Ce que le gardien protégeait se résumait à un petit bout de couloir donnant sur deux portes. La première menait à ce qui ressemblait à une salle de repos destinée au personnel des cuisines, la seconde permettant de rejoindre le reste du bâtiment principal, était verrouillée. Il ne leur restait donc d'autre choix que celui de chercher dans la salle de repos.
- Venez voir, je crois que j'ai trouvé ce pourquoi nous sommes ici, appela Miyuki en brandissant un rouleau de parchemin qu'elle venait de trouver sur une petite table. On ne peut pas dire que c'était caché.
Ses trois amies s'installèrent autour d'elle tandis qu'elle déroulait la feuille. Le silence s'installa alors qu'elles essayaient de comprendre ce qu'elles avaient sous les yeux.
- On dirait le terrain de sport…
- Mais qu'est-ce que c'est dessus ? Ca ressemble à une machine volante.
- Ce serait le plan d'une machine, non ? Regardez, il y a les éléments listés sur le côté. Comme le plan de montage d'un meuble Ikea…
- Avec un dessin de monstres à côté de chaque élément…
- Bon, je résume, déclara enfin Konata. Nous devons tuer des monstres sur le terrain de sport. Avec les éléments qu'ils nous laisseront, on construira cette machine volante qui nous emmènera… je ne sais pas vraiment où, mais il faudra garder les yeux ouverts. Moi je parie sur le toit du bâtiment. Mais nous ferons tout cela demain, il doit commencer à être un peu tard.
Avec différents soupirs de résignation, ses amies acceptèrent le programme du lendemain. Mais en attendant, une bonne nuit de repos s'imposait. Tsukasa qui avait largement dépassé son heure habituelle de coucher, somnolait debout.
Empilés dans un coin, des matelas et des couvertures semblaient avoir été déposés là juste pour elles. Aussi, ce fut sans hésiter davantage que les filles poussèrent la table et les chaises pour s'installer pour la nuit. Kagami dut coucher elle-même sa sœur qui s'était endormie le nez dans les couvertures.
Lorsqu'enfin elle s'allongea à son tour, ce fut avec un soupir de soulagement. Cependant, même si son corps était épuisé, son esprit lui, était bien trop excité pour qu'elle puisse s'endormir aisément. Les souvenirs de la journée tournoyaient dans sa tête en une sarabande infernale. Et qui sait ? se demandait-elle, peut être que demain, avec un peu de chance, elle se réveillerait dans son lit ?
A ses côtés, quelqu'un d'autre était bien trop énervé pour dormir. Allongée sur le dos, les bras croisés sous la tête, Konata repensait aussi aux évènements de la journée. Un en particulier. Lorsqu'elle fermait les yeux, elle entendait à nouveau la voix de Kagami qui criait son nom avec angoisse, alors qu'elle s'était retrouvée sans défense face aux assauts d'un oiseau agressif. « Konata ! Konata ! Accroche-toi ! ». Ce souvenir faisait battre son cœur plus vite.
Elle entendit Kagami soupirer et remuer à côté d'elle. La jeune fille n'était visiblement pas plus endormie qu'elle-même.
- Dis Kagami…, commença-t-elle à mi-voix. Tu t'es un peu amusée quand même depuis le début de la journée ?
Kagami se retourna vers Konata, surprise de cette préoccupation. Elle sourit, il fallait être honnête.
- Je dois avouer que résoudre cette énigme avec Miyuki était amusant. Et toutes ces choses qu'on a faites, ces combats… c'était marrant, c'est vrai, admit-elle en se rapprochant de Konata pour que leurs murmures ne réveillent pas les autres.
- Super alors ! Je pourrais refaire ce genre de vœu si ça t'a plu !
Kagami rit doucement.
- Ah non, la prochaine fois que tu as un vœu à faire, essaye de nous laisser en dehors de ça, s'il te plaît. Et surtout si tu as une deuxième chance, ne la gaspille pas comme celle-ci, demande quelque chose d'utile.
- Quelque chose d'utile ? Comme quoi ?
La discussion prenait un tour intéressant. La curiosité de Konata fut piquée au vif. Un sourire joueur apparut sur ses lèvres, elle étendit une main vers Kagami et rencontra une mèche de cheveux soyeux dont elle se saisit.
- Qu'est ce que tu aurais demandé toi, Kagami ? Dis ? Dis ? Dis ?
La petite otaku ponctua chacune de ses questions d'un léger tiraillement, signifiant clairement par là qu'elle ne s'arrêterait pas avant d'avoir une réponse.
- Shhh, arrête ! protesta Kagami dans un souffle. Il y a des tas de choses importantes auxquelles j'aurais pu penser. Avoir un métier qui me plaise, réussir ma vie professionnelle par exemple, ou trouver…
La jeune fille s'interrompit embarrassée. Pourquoi donc se laissait-elle soudain aller à de telles confidences ?
- Trouver quoi ? Trouver quoi ? Trouver quoi ? demanda Konata de plus en plus intéressée en recommençant à tirer sur la mèche de cheveux qu'elle n'avait pas lâchée.
- Trouver… trouver la personne qui m'est destinée, avoir une belle maison, une famille, ce genre de chose, acheva Kagami dans un murmure presque inaudible.
Dans la pénombre, Konata sourit avec attendrissement aux aspirations si sérieuses et si ordinaires de sa tsundere. Et surtout… elle n'avait pas manqué de remarquer la formulation de sa phrase. Elle n'avait pas dit « l'homme de ma vie ». Ce n'était pas grand-chose, mais cette petite phrase alla gonfler l'escarcelle des espoirs de l'otaku qui se contentait de n'importe quel signe, aussi maigre soit-il.
- Vas-y, tu peux te moquer de moi maintenant, grogna Kagami.
- Je ne vais pas me moquer de toi, Kagamin, souffla Konata, mais c'est toi qui aurais gaspillé un vœu. Toutes ces choses là, tu les auras, c'est évident. Elles ne dépendent que de toi. Et d'un tout petit peu de chance. Alors que moi, je nous ai offert une magnifique aventure que nous n'aurions eu aucun moyen de vivre autrement !
Kagami ne répondit pas. Elle était bien trop troublée. Le sérieux inhabituel de Konata, la gentillesse de ses dernières paroles et la confiance sous-entendue, tout cela s'ajoutait à sa perception moins consciente de la proximité de leur deux corps, du souffle de Konata qui chatouillait son bras par intermittence…, et la berçait dans un bien-être complètement nouveau. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais ne sut que dire.
Percevant cette vulnérabilité soudaine, Konata songea que c'était le moment où jamais. Elle se redressa sur un coude et se pencha plus près de son amie.
- Kagami, il faut que…, commença-t-elle.
Mais ce faisant, elle venait sans le savoir de franchir les limites de ce que Kagami pouvait inconsciemment accepter. Comme si un voile se déchirait, la jeune fille perçut soudain avec acuité la position de Konata au-dessus d'elle, le ton étrange de sa voix, et elle s'affola.
- Arrête tes bêtises, l'interrompit-elle en se reculant. Tu sais que je n'aime pas ce genre de plaisanteries. En plus dans le noir je ne vois pas ton visage, et je ne sais pas ce que tu peux manigancer.
Se voir rejetée avant même d'avoir pu dire quoi que ce soit blessa Konata plus qu'elle ne l'aurait cru. Comme un réflexe de défense, sa voix devint aussitôt provocatrice.
- Dans le noir ? Kagami préfère donc faire ça la lumière allumée ? lança-t-elle sans réfléchir.
C'était exactement ce qu'il fallait éviter. Ajouter une telle connotation à une situation qui était déjà bien ambiguë démolit le calme de façade que Kagami avait réussi à conserver. Elle repoussa violemment Konata.
- C'est à chaque fois pareil avec toi, siffla-t-elle furieuse, il faut toujours que tu gâches tout avec tes idioties !
Et s'enroulant rageusement dans sa couverture, elle lui tourna le dos pour se rapprocher de Tsukasa dont la respiration sereine aurait pu calmer à elle seule une armée de gremlins.
Se laissant retomber sur le dos, Konata se frappa le front de son poing. Bon sang, ne pouvait-elle donc pas la boucler avant de franchir les limites ? Sa technique d'approche avait pourtant été très bien menée, et maintenant… tout était à refaire. Kagami avait raison, elle avait tout gâché.
Mais soudain ses yeux s'ouvrirent démesurément. Attendez un peu… gâché quoi ? Qu'est-ce qu'elle avait voulu dire par là ?
Prochainement : Level 4 : Le Terrain de Sport et peut être même plus !
