Lentement, la mer roulait. Au loin, le tonnerre résonnait. Une petite boite à musique jouait lentement dans un esprit, accompagnée par de lents violons.
Un carnage, c'était un carnage.
Ses lèvres étaient crispées, tout comme ses poings. Elle ne pouvait s'y résoudre.
C'était fini. C'était déjà fini, bien sur. Et elle n'avait même pas été présente pour admirer le spectacle de sa déchéance.
C'était fini et qu'y avait-elle gagné ? Rien.
Qu'y avait-il gagné ? Rien non plus, à part la putride satisfaction qui s'étalait sur son visage, son visage de petit pédant suffisant, narcissique et pathétique.
Il était pathétique, mais grandiose dans sa médiocrité, grand dans sa moindreur.
Il était fier, en plus, cet espèce de petit connard. Cet enflure de Dualscar, il était fier.
Elle en perdait sa politesse.
-Dualscar !
Un hurlement, qui brûlât sa gorge autant que les larmes menaçaient de brûler ses yeux. Mais elle ne pouvait pas, non, elle ne pouvait pas se permettre de pleurer. Pas devant lui. Elle ne pouvait pas lui permettre de voir ses larmes, elles étaient bien trop précieuses à son goût. Bien trop hautes. Bien trop royales.
Car en cet instant il avait l'air de tout sauf d'un roi, oh non. Il avait l'air d'un enfant, un petit enfant détestable et dégoulinant d'une fierté mal placée qui se satisfaisait de son méfait, savourant le visage désespéré de sa victime.
Elle se saisit de son épée.
- Dualscar, qu'est-ce que tu as fait ?!
Elle allait le réduire, réduire à moins que rien. Le tuer, et bien plus encore. C'était une rage aveugle qui glissait en elle, qui coulait dans ses veines en lieu et place de sang, oui. Une rage si aveugle.
De ci de là gisaient des cadavres. Esclaves et matelots, d'un bord ou d'un autre. Des débris de bois croulaient sous le feu et le désastre. Les quelques survivants couraient pour leur vies.
Car Mindfang était en colère. Et tous le sentaient car sa rage sans nom brûlait dans tout les esprits, menaçant de les souffler comme on souffle une bougie. Et bien idiot, était Dualscar, de ne pas crouler sous la puissance de l'assaut mental. Oh oui, bien idiot. Car Mindfang était coupée de tout, et c'était réduite à moins que rien qu'elle était la plus puissante.
Les pauvres malheureux qui n'avait pas fui assez loin furent bien rapidement gagnés par le contrôle mental qui faucha leurs conscience comme leurs épées avaient fauché bien des vies. C'est sans une once de vie que leurs corps se jetèrent sur celui qui fut peut-être leur capitaine il fut un temps. Bien évidemment, il ne se fit pas avoir aussi facilement.
Elle aurait presque pu en être déçue si elle n'était pas aussi enragée.
Une main crispée sur son front ruisselant de sueur, l'autre sur la garde de sa lame, elle bouillonnait de rage. Les quelques survivants des parades de Dualscar virent leurs cerveaux fondre comme sucre dans l'eau.
Elle empoigna son épée à deux mains, un grognement sauvage s'étirant dans sa gorge.
-Je vais te tuer !
-Viens donc, Serket !
C'est d'un rire grave qu'il explosa, tout comme la cabine de la capitaine explosa sous le poids du mat. Son bateau coulait, et elle n'en avait rien à foutre. Loin était le passé ou elle s'embarrassait de politesse et d'autres tromperies, maintenant, tout ce qui comptait était de supprimer cet homme qui n'aurait jamais du quitter le stade de larve.
Avec toute sa puissance, elle s'élançât vers lui. Courageux qu'il était, de la combattre à mains nues. Mais il avait l'avantage, peut-être, d'avoir une tête de plus qu'elle. Ça n'empêchât pas la lame de s'enfoncer dans ses cotes, mais il n'eut pas l'air de lui en tenir rigueur. Avec un sourire sur sa bouche bardée de crocs, il la défia.
-Alors, Serket ? Qu'est-ce que ça fait de ne pas pouvoir se contenir, hein ? Ooh, oui vas-y, frappe moi donc et perds tout contrôle !
-Fermes la !
-Comme c'est drôle, d'échanger les rôles tu ne trouves pas ? Moi j'aime, j'aime vraiment beaucoup, on devrait faire ça plus souvent chérie !
-Fermes la Dualscar !
Il éclatât d'un rire, un rire digne d'elle. Un rire si digne d'elle qu'elle en ressentit presque une pointe d'admiration. Presque.
Parce que, attaché au mat, couvert d'ecchymoses, et ôté de ses cornes, gisait le corps de Porrim Maryam. Ballotté par le bateau qui s'enfonçait lentement dans l'eau. Et tracé par une lame, sur son ventre, le signe des verseaux.
Et il riait encore, ce con. Mais qu'y avait-il de drôle ? Non, elle ne voyait pas. Tout ce tableau était médiocre, cette mélodie dissonante, elle ne trouvait aucun plaisir dans la scène qui se déroulait à présent. Et ce pauvre con qui riait encore.
-Arrête de rire !
-Pardon ? Tu dis ? J'entends mal, ma puce ! Haha !
-Arrêtes de rire, pauvre con ! Je vais te tuer, je vais te tuer tu m'entends ?!
-Oh mais tue moi Serket, tue moi si tu le peux ! Tu as trop longtemps joué avec moi, petite perfide, vicieuse. Trop souvent tu t'est foutu de ma gueule ! C'est fini maintenant, Serket, c'est fini !
-Oui, c'est fini parce que je vais te tuer !
Le métal de la lame percutât en un bruit crissant la crosse, et le bruit du bois qui crépitait. La petite mélodie dans sa tête, cette mèche violette stupide qui retombait sur le front barré de cicatrices. Un grand sourire plein de crocs, et son épée qui fendait l'air. Une grimace de douleur, un hurlement déchirant, une douleur vive, et tout ce bois qui brûlait.
Une branchie qui chutait sur le sol, ne laissant sur le coté de son visage qu'un trou sanglant d'ou s'écoulait une fontaine de violet .
-Alors pauvre con, tu ris encore là ? Tu ris encore ?
Et sa voix qui sans raison, se dérobait à elle.
-Tu ris encore ?
Il battait en retraite, le couard. Profitait de sa douleur pour s'enfuir, pour se cacher, comme d'habitude.
-Capitaine de fiotte ! Reviens ! Bats toi ! Tu ris moins là, hein, fils de pute !
Oh, comme elle avait perdu toute décence, la belle marquise. Brisée, envolée la femme fière qui ne jurait jamais. Disparue, à jamais.
-Tu ris plus là, hein, connard !
-Tu ris plus, hein...
Elle pris quelques instants pour faire son deuil, maintenant qu'elle était seule. Pour pleurer. Elle ne pouvait même plus casser, briser. Tout était déjà brisé autour d'elle.
Cette histoire c'était achevée trop brutalement. Ce n'était pas comme ça que ça devait se passer. Elles devaient tomber amoureuses, continuer de s'aimer en paix. Elle devait séduire la Dolorosa et la soumettre, elle devait régner sur toutes les mers avec la belle troll de jade à son bras. Elle devait craner dans tout les bars comme quoi elle avait séduit la belle vierge. Elle devait tout écrire dans son journal, aussi.
Oh, son journal.
Elle s'élançât d'un bond agile, et se faufila dans ce qu'il restait de sa cabine. "Faites que le journal aille bien."
S'emparant du précieux manuscrit, elle le fourra dans sa poche, oubliant dans sa hâte, ces quelques pages qu'elle avait enfermées à double tours dans le tiroir de droite. Elle ne les récupérerais jamais.
Elle toussait. Son bateau coulait, brûlait et elle, elle restait là. Il fallait qu'elle se ressaisisse. C'était le moment pour elle de tirer le rideau et de s'enfuir, à toutes jambes. Non sans, avant, lisser doucement les cheveux noirs, fermer les yeux vitreux. Non sans disposer le corps proprement, entourée d'un tissu blanc. Non sans avoir, doucement, embrassé sur la joue droite, ce point qui finalement ne marquait plus une interrogation.
Ce point qui en l'espace d'une soirée, était passé d'interrogatif, à affirmatif.
L'histoire était finie, prématurée, mutilée, mais finie.
Au loin parmi le feu et les larmes, retentit le cri d'un grand dragon blanc.
Un sourire sur ses lèvres, et ses crocs dévoilés, la pirate s'avançait fièrement.
Les hordes de trolls hurlaient, huaient. Mais rapidement, une voix les rappela à l'ordre. Une voix dure, sans équivoque.
La voix de Néophyte Redglare. Et il allait sans dire que le nom allait de paire avec les yeux, car si Mindfang devait reconnaître avoir croisé un regard plus pénétrant que le sien, c'était bien celui de la troll au sang si infimement plus bas que le sien.
Elle sourit.
-Salut Redglare! Bien remise depuis ce combat ou tu as profité de ma faiblesse pour me couper un bras ?
-Je ne vous connaissait pas une nature si mélodrame, Marquise.
La voix était atone, dénuée de la moindre émotion.
-Haha, je me doute, mais là je suis juste légèrement contrariée,tu vois.
-Je n'en doute pas un instant. Cependant, tout ceci ne sont que bavardages, et j'ai mieux à faire que cela. Script ?
-Oui Miss Pyrope ?
-Commencez à noter je vous prie.
Et des paroles, encore des paroles. Elle devait avoir le don de tomber sur des gens qui aimaient parler ma parole.
Elle ferma doucement les yeux, s'écartant de la scène. Elle allait peut-être mourir aujourd'hui. Après tout, c'était le jour de son exécution publique, et c'est généralement le genre de journée qui marque la fin de la vie. Peut-être cependant. Car il fallait avouer que si elle s'était fait avoir une fois, pas deux. Et elle se posait de sérieuses questions sur sa juge. Néophyte ? Qui prenait pour pseudo « Néophyte ». C'était comme de crier en tenant un panneau avec marqué « je suis une idiote, assassinez moi ». Et donc, ce fameux pseudo la faisait douter. Est-ce que la troll au sang turquoise aurait pensé à sélectionner des jurés un tantinet immunisés contre le pouvoir de la pensée ? Elle l'ignorait. Mais de toutes façons, ce n'était pas le moment.
Non, dans l'immédiat, elle allait attendre. Attendre que les défenses se baissent. Attendre que les méfiances soient endormies. Attendre que tout le monde la croie déjà morte.
Et là seulement, elle frapperait.
Car elle était amère, oui, elle était amère cette Mindfang. Elle avait vu son histoire s'achever trop tôt. Elle avait vu sa romance mourir dans l'œuf. Elle avait entraperçu les portes d'un bonheur qu'elle ne cherchait même pas avant qu'on les lui claque au nez. Et elle était en colère, oui en colère.
Et la rage sourde qui bouillonnait dans son esprit n'attendait que le bon moment pour déborder et faucher quelques esprits.
Les trolls hurlaient. Déchaînés. Neophyte souriait. La pièce semblait flotter en l'air et Mindfang roulait des yeux. Quel genre de juge décidait de la sentence à pile ou face ?
Le métal teintât sur le sol et l'assistance se tut pendant un court instant, retenant son souffle.
Mindfang contemplait la scène avec une moue ennuyée. Comme a son habitude, même les mains liées dans le dos, elle donnait l'impression de posséder la pièce, les meubles, les gens, même l'instant.
Dépossédée, borgne et les mains liées, elle donnait toujours l'impression de posséder tout ce que touchait son regard. Et en cet instant précis, elle possédait son verdit, son juge. Ses témoins. Elle les observait.
-La juge déclare l'accusée Aranea Serket, condamnée à mort pour piraterie, esclavagisme illégal et mutilation sur un haut sang royal... coupable.
Et l'atmosphère éclatât. Les hurlement de joie de part et d'autres. Ils tapaient du pied, vociféréaient.
-Qui se serait douté qu'autant de personnes souhaitaient votre mort, Marquise.
-Moi. Je n'ai jamais prétendue être aimée des moucherons.
-Suffisante même dans la mort, n'est-ce pas ?
-Mais qui à dit qu'aujourd'hui serait le jour de ma mort, Néophyte ?
-Moi. N'avez-vous donc pas entendu, Marquise? Je viens de l'annoncer.
Elle avait des mains fraîches et fines. Comment pouvait-elle avoir une poigne si forte avec une ossature si fine ? Comment est-ce qu'elle maniait sa cane sans briser ses mains ?
Mindfang avait de bien étranges préoccupations en tête.
-Je pense qu'il est temps d'admirer votre sang froid face au jugement de la mort, Serket.
-Oh voyons, ne m'appelez pas Serket. Vous valez mieux que ça.
La corde se balançait doucement. Tous retenaient leur souffle.
En réalité, ils n'auraient pas du.
Ils auraient du hurler. Ils auraient du taper du pied.
Et Néophyte ne s'en était même pas rendue compte. Finalement, peut-être bien qu'elle portait bien son nom, la gamine.
Car c'est autour de son cou que la corde fut passée. C'est son corps qui fut longuement secoué de spasmes. C'est elle qui émis les borborygmes saugrenus et qui agitât en vain ses mains.
C'est son corps qui, lentement, se balançait au bout de la corde, quand Mindfang quittât l'assemblée de son pas lent et fier, laissant derrière elle une foule de cadavres.
Sans même que personne ne s'en rende compte.
Un carnage, c'était un carnage.
Alors ! Premièrement, désolée pour l'attente. Ce fut long, ce fut rigoureux. J'ai vraiment cru que je n'arriverais pas à finir, sincèrement. Ce n'est pas encore fini, pas encore, haha. Je me réserve le doute d'un éventuel épilogue. J'essaierais même de l'écrire le plus rapidement possible.
Deuxièmement, désolée pour la longueur qui est loin d'être ce qu'elle était du temps des premiers chapitres. Mais voyez vous, c'est déjà plus ou moins miraculeux qui vous l'ayez, ce chapitre. Ça a été vraiment très dur pour moi de l'écrire, parce que j'ai vraiment peu d'inspiration ces temps ci. Mais je sais que j'ai toujours haï les fics non finies, alors je voulais au moins apporter un semblant de conclusion.
C'est peut-être décevant par rapport à ce que vous vouliez, et j'en suis désolée.
C'est brutal aussi, comme changement de chapitre. Bam, la romance en est brisée. Mais c'est ce qui s'est passé dans le canon et je voulais que ça soit brutal. Intentionnellement, j'ai rompu la romance au moment ou elle commençait à se développer.
Enfin, fini le blabla. Le prochain chapitre sera un épilogue, donc ne vous attendez pas à quelque chose de très long. J'essaierais au moins d'attendre le 1000 mots.
