NdT: Merci...
Chapitre 4
« Booth, mec, ça fait longtemps. Vous êtes là pour la signature explosive? Rapide, j'ai appelé l'agent Fletcher il y a seulement 20 minutes. » Jack Hodgins était motivé pour finir tout ça avant midi ce vendredi. S'il pouvait tout remballer pour 15 heures, il – au revoir le Jeffersonian – s'en irait tôt. Lui et Angie devaient dîner et ils n'allaient pas repousser de nouveau.
« Quoi ? Je ne sais rien de la signature explosive. » Booth regarda au dessus de la tête de Hodgins sur la plate-forme, puis le dépassa pour passer sa tête dans le bureau d'Angela.
« Pour l'affaire de Baltimore ? Vous savez, Booth, l'affaire avec l'agent canon au délicieux accent ? Des cheveux roux, de gros… »
« Ouais, ouais, Sam Fletcher, j'ai compris. Vous avez vu Bones, Hodgins, je dois lui parler. »
« Alors, en tout cas le dispositif était un porte-clé – vous connaissez les télécommandes sans clé pour voiture ? Quelques nouveaux modèles ont des programmateurs de série qui démarrent votre voiture dans 5 ou 10 minutes, selon ce que vous voulez. Vous tapez le code, il se connecte au démarreur dans la voiture, et vroum-vroum, le contact de fait. Ou dans ce cas, votre entrepôt explose en mille morceaux. »
Booth continuait à passer sa tête dans chaque bureau, avec Jack qui le suivait, expliquant en détail comment il avait découvert le programmateur de la bombe. Booth entendait environ 1 mot sur 4 ou 5, faisant des bruitages appropriés d'intérêt et de congratulation.
« Alors je disais l'agent Fletcher, vous savez, Zack n'a jamais été avec une rousse, et doit vraiment avoir cette expérience. »
Cela fit stopper Booth. « Vous avez dit quoi ? »
« Mec, vous n'avez pas écouté un mot de ce que j'ai dit. Ecoutez, je vais attendre que l'agent Fletcher appelle et la tenir au courant, OK? Et Brennan est à une réunion de l'administration, elle devrait revenir par les jardins dans quelques minutes. Au fait, je plaisantais à propos de Zack. »
Booth se passa une main sur le visage et rit nerveusement. « Désolé Jack. J'ai simplement besoin de parler à Bones. Appelez Sam à propos du programmateur, je suis sûr que ça va beaucoup aider dans l'enquête. »
Hodgins était presque hors de portée d'oreille quand il entendit Booth continuer, « Et à propos de Zack ? Elle en ferait son petit-déjeuner. »
Booth entendit le rire d'Hodgins en sortant dans au soleil. Les prémices de l'automne rendaient D.C. plus clair, débarrassant la ville du brouillard de l'été. C'était une belle journée pour être dehors, même pour quelques instants seulement. L'herbe était verte grâce aux pluies de l'été indien, et les fontaines étaient claires comme du cristal.
Passant au crible l'étendue verte, les yeux de Booth se posèrent enfin sur la silhouette fine de sa partenaire. Elle avait son sac par-dessus son épaule, et marchait avec la grâce négligente qu'il lui associait toujours. Peu importe la tenue, peu importe la situation, Booth avait toujours vu une élégance dans son allure, une économie dans ses mouvements.
Il était assis sur un banc de ciment alors qu'elle approchait, penché et ses mains tapotant ses cuisses, avec les épaules légèrement rentrées.
« Booth, qu'est-ce que vous faites là ? Je pensais que vous seriez au tribunal toute la journée. » Elle posa son sac au sol et s'assit à côté de lui sur le banc.
Il ne la regarda pas en prenant la parole. Il regardait la fontaine en face de lui, l'eau projetée en l'air et qui retombait.
« Je dois vous parler de quelque chose, Bones. »
Quelque chose dans son ton la fit se tourner vers lui, mais il continua à regarder devant. La fontaine envoyait des gouttes dans le vent, loin d'eux pour le moment.
« Qu'est-ce qu'il y a, Booth ? » Il y avait un accent imperceptible de peur dans sa voix. Quelque chose dans son attitude lui disait que ça n'allait pas. Elle n'avait pas besoin d'un livre sur le langage corporel pour savoir que ce n'était pas une bonne nouvelle.
Comme il ne savait pas comment adoucir ce qu'il devait dire, et qu'il la connaissait assez pour savoir qu'elle ne voulait pas qu'on adoucisse la vérité, il parla rapidement. « C'est à propos de Max. Carolin Julian vient de m'appeler et m'a dit que son avocat l'avait appelée et que Max avait rejeté sa dernière offre de marché. Elle a jusqu'à lundi 7 heures pour donner à son chef une réponse, si Max veut donner les noms de tous ceux impliqués dans ses précédents crimes. S'il ne le fait pas… » Booth se força à la regarder dans les yeux « s'il ne le fait pas, alors son chef a dit qu'elle devait demander la peine de mort pour la torture et la meurtre du Directeur Kirby. »
Booth ne savait pas ce qu'il s'attendait à voir sur son visage. De la colère, peut-être ? Elle avait tous les droits d'être en colère pour ce dernier coup cruel porté à sa famille. De la déception ? De la peur ? Il se tendit inconsciemment, effrayé de ce qu'elle pourrait penser de la situation. De lui.
Les émotions ne vinrent pas. Elle savait que Booth les attendait, s'attendait à ce qu'elle ressente quelque chose, mais… elle ne ressentait rien. Le vent avait tourné et elle sentait l'humidité de la fontaine sur son visage alors que les secondes passaient ?
« A quel point Caroline est sûre d'elle ? » Même pour elle, elle semblait clinique et détachée. Booth avait l'air misérable, et elle sentait que son visage était un masque qui ne montrait rien.
« Elle est assez, hum, assez sûre qu'elle a une affaire bouclée, Bones » mamona-t-il. « Caroline essayait de marchander à cause des circonstances entourant Kirby, le fait qu'il était un ripou, et qu'il essayait de tuer Russ et tout. Mais son affaire contre votre père pour le meurtre de Kirby est irréfutable. Je veux dire, il a un bon avocat, mais les affaires fédérales de meurtres, avec risque de peine de mort, son en général bloquées avant que le procureur fédéral ne donne son accord. Ce ne sont pas des affaires que le procureur pense pouvoir être perdues. »
« J'ai payé beaucoup pour cet avocat. » S'il ne la connaissait pas si bien, son détachement l'inquièterait plus. Mais il savait que c'était comme ça qu'elle faisait face ; en prenant du recul et en regardant les faits un à un.
« John Mc Adams est le meilleur, Bones. Si quelqu'un a des chances de réussir, c'est cet homme. »
« Il s'est rendu. Il aurait pu fuir pour toujours, mais il ne l'a pas fait. Vous n'avez même pas eu à lui tirer dessus. »
« Je sais. »
« Il a aidé à vous trouver quand vous avez été kidnappé. Je n'aurais pas pu le faire seule, Booth. »
« Je sais. »
Ils restèrent silencieux un moment. L'eau de la fontaine s'en alla avec le vent, ne mouillant plus leurs cheveux et leurs vêtements. Rester assis là aussi longtemps qu'elle en aurait besoin lui allait ; il savait qu'elle réfléchissait à tout ça dans son cerveau sans limite, et qu'elle reprendrait la parole quand elle serait prête.
« Qu'est-ce que je peux faire, Booth ? Qu'est-ce que je peux faire pour changer ça ? Pour réparer ça ? » Elle pouvait sentir son masque partir, un petit morceau après l'autre. Sa voix était la première à la trahir, en tremblant légèrement.
Les oreilles de Booth étaient bien entraînées, aussi bien que ses yeux de sniper. Il pouvait entre le détachement s'envoler. S'il essayer de la réconforter maintenant il savait qu'elle le détesterait pour avoir exposé sa faiblesse.
Sa voix était calme et assurée. « Parlez-lui, Bones. Convainquez-le de changer d'avis. Demain on est samedi, vous pouvez y aller tôt et lui parler. Caroline a dit qu'elle allait attendre tout le week-end des nouvelles de McAdams ; si Max change d'avis, elle aura son portable et son pager. C'est tout ce que vous pouvez faire. »
S'éloignant d'un pas des 2 pièces de métal, Booth cligna des yeux au reflet du soleil. Le soleil était derrière lui. Les 2 morceaux de métal étaient minutieusement peints, leur utilité depuis longtemps oubliée, sauf pour l'aider à choisir une couleur. La Chevelle 77 était maintenant presque finie, à part la peinture, et un peu de travail à l'intérieur ; un projet qui lui avait pris presque 2 ans de samedis. Son copain Jimmy à l'atelier de carrosserie lui avait envoyé des échantillons des 2 couleurs pour qu'il choisisse, un bleu nuit et un bleu plus clair.
Il avait travaillé sur la voiture toute la journée, depuis le moment où le soleil s'était levé jusqu'à maintenant, en fin d'après-midi. Il faisait du travail de dernière minute sous le capot – changer les bougies, vérifier l'huile et les filtres, resserrer les courroies. Tout ce qui pouvait lui éviter de penser à Bones et à sa visite à Max. Ca ne marchait pas, malheureusement, il pensait à elle même en s'éloignant encore des échantillons de peinture. Jimmy avait une préférence pour le bleu le plus sombre, mais quelque chose avec le plus clair attirait encore et encore l'œil de Booth. Il espérait qu'elle appellerait quand elle reviendrait, mais la connaissait trop bien pour s'y attendre vraiment.
Booth se refixa sur les 2 morceaux de métal. Une portière de voiture claqua et il leva les yeux. Brennan traversa devant sa voiture et s'approcha doucement de lui. Ses cheveux étaient lâches et lui barraient le visage ; cela en plus de son jean et du léger sweat qu'elle portait la faisaient paraître incroyablement jeune. Pendant un moment elle ressembla à Tempe pour lui, pas au Dr Brennan, ou même à sa partenaire, Bones.
Son cœur était dans sa gorge alors qu'elle s'approchait de lui. Il pria en silence qu'elle ait de bonnes nouvelles.
Sans préambule, à sa manière, elle dit : « Il accepte le marché, Booth. » La lumière tombante du jour lui éclairait le visage, il dut plisser un peu les yeux pour la regarder.
Il essaya de cacher sa longue expiration, alors qu'il essuyait ses mains sur un chiffon tiré de sa poche. Il n'avait même pas eu conscience de retenir son souffle. « Bien. Comment ? »
Elle savait ce qu'il demandait, et ne savait pas par où commencer. Comment avait-elle fait pour que Max change d'avis? Elle enfouit ses mains dans ses poches et le dépassa de quelques pas, scrutant son mur de garage et sa collection d'outils.
Sentant qu'elle n'était pas prête, il lui donna un peu de répit. « Une bière ? J'en ai dans le garage. »
A son hochement de tête, il contourna la voiture et prit les 2 bouteilles fraîches du petit frigo. Lançant les capsules dans la poubelle, il lui en tendit une en silence. Il croisa les bras et attendit, s'appuyant sur le métal non peint de la voiture.
Lui faisant face, elle prit une longue gorgée avant de parler. « Je lui ai dit que je lui pardonnais. Je lui ai dit que je lui pardonnais de nous avoir laissé derrière Russ et moi, que tout ce qu'il s'était passé m'allait parce que c'est ce qui fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Je lui ai dit… » elle passa une main tremblante dans ses cheveux, « je lui ai dit que j'avais besoin de lui, pour être de nouveau un père pour moi. »
Booth vit son combat intérieur se jouer sur son visage. Il savait qu'elle était soulagée que Max évite la peine de mort, mais elle avait du mal à gérer les émotions qui faisaient surface. Il voyait la douleur dans ses yeux. Ses doigts se crispèrent soudain du désir prenant de la toucher, si puissant qu'il troubla sa vision, rendant flou tout ce qu'il y avait à la périphérie.
« Il m'a dit que vous étiez allé le voir. »
Là encore, pas de préambule. Ses mots le prirent de court et il rougit. « Je suis… je suis désolé, Bones. Je sais que vous m'avez dit de rester en dehors de ça, avec votre père, mais… j'ai pensé, vous savez, que si je lui parlais… »
« C'est bon, Booth. Je sais que vous avez essayé d'aider. »
Elle tendit la main et la posa sur son bras, effaçant une trace de son biceps de son pouce. Un geste simple en vérité, mais venant d'elle c'était fort. Bones ne tendait pas la main vers les gens très souvent, au sens propre ou au sens figure, et Booth se rendit compte qu'il retenait de nouveau son soufflé.
Ils restèrent là un moment ; sa main avait glissé de son bras pour se poser sur son poignet, ses longs doigts l'encerclant comme pour mesurer la circonférence des os. Il l'avait vue faire ça des milliers de fois au labo. Juste comme elle allait le lâcher, il céda à l'envie et prit ses doigts dans les siens.
Elle lui sourit, serrant sa main avant de relâcher. Elle but encore de sa bière, puis fit le tour du capot.
« Alors c'est la vieille voiture sur laquelle vous travaillez ? »
« Vieille voiture ? Vieille voiture ? C'est une Chevrolet Chevelle Classic 1977, Bones. La dernière année que ces bébés ont été produits sous le nom de Chevelle. Allez, Bones, ayez un peu de respect pour elle. »
« Pour elle ? Ne me dites pas que vous personnalisez vos voitures aussi, Booth, en les considérant comme des femmes, en asseyant votre domination sur elles… »
« Bones… j'ai travaillé sur cette beauté depuis 2 ans » Booth la rejoignit devant le capot, « n'osez pas m'accuser de ne pas la respecter… »
Il s'interrompit quand il vit son large sourire. « Vous avez fait ça pour vous moquer de moi. »
« Uh huh. » Elle acquiesça et rit.
Il la tapa légèrement sur le bras. « Bon sang, Bones. Prévenez quand vous voulez être drôle, OK ? » Son rire était contagieux. Son cœur était heureux de la voir heureuse. Elle avait l'air si libre, avec les joues rougies de son rire et les yeux brillants sans les fers de l'inquiétude.
Son rire mourut sur ses lèvres alors que ça le frappait. Oh merde… il était amoureux d'elle. Max avait raison.
« Booth ? Ca va? Vous avez l'air bizarre. » Elle fronça les sourcils, penchant sa tête sur le côté.
« Euh, ouais, bien sûr, Bones. C'est juste… je me suis souvenu que je devais aller chercher quelque chose à l'atelier de carrosserie avant 17 heures, et si je ne pars pas maintenant je n'y serais pas à temps. » Il s'éloigna d'elle rapidement, trébuchant sur une clé qu'il avait laissé par terre.
« Oh, eh bien dans ce cas je m'en vais. Vous êtes sûr que vous allez bien, vous êtes pâle. »
« Non, vraiment, je vais bien. C'est juste que je ne peux pas croire que j'ai oublié, c'est tout. » Il ferma le capot, et posa les morceaux de métal sur le côté.
« Je vous vois lundi, alors ? » Elle avait l'air encore un peu perplexe, mais sourit en repartant.
« Lundi. Et je suis content à propos de Max, vraiment content pour vous, Bones. »
« Merci, Booth, vous savez, merci pour tout. » Elle lui fit un signe de la main, qu'il retourna, laissant tomber sa main quand il vit qu'elle tremblait.
Il la regarda s'éloigner, puis s'écroula sur une banquette retournée. Il se sentait froid et moite d'un seul coup, son monde basculait. Ce n'était pas supposé être comme ça. Être amoureux était supposé être bien, pas se sentir comme avec un crochet dans l'estomac. Jetant un œil au morceau de métal bleu clair, il posa ses mains sur ses yeux, puis une autre réalisation le frappa : il allait peindre sa voiture de la couleur des yeux de sa partenaire.
