Encore un merci à tous ceux qui m'ont laissé un commentaire, j'apprécie énormément vos encouragements et je dois dire que c'est plutôt stimulant. Alors, surtout n'arrêtez pas.
Ricky n'est pas à moi, comme ne l'est aucun personnage de la série. En ce qui concerne les nouveaux individus présents dans ce chapitre, si Marlowe les veut, je lui en fais certainement cadeau.
QUATRE
Rick patientait assis sur sa chaise près du bureau de Beckett pendant que celle-ci commençait à remplir le tableau blanc. Elle y avait affiché deux portraits de la victime, l'un montrait un homme au visage rond et rubicond aux cheveux rares, l'autre avait été pris sur la scène du crime. Les quelques informations qu'ils avaient glanées, fusionnées aux renseignements apportés par Ryan et Espo, étaient annotées dessous. Derek Morris était un type assez insignifiant. Il avait à son actif quelques délits mineurs durant sa jeunesse puis avait enchaîné petit boulot après petit boulot. Il était natif de New York et il y avait habité toute sa vie. Jamais marié, pas d'enfants, les voisins ne le connaissaient que très peu si ce n'était pour son penchant pour l'alcool et sa manie d'entasser ses sacs poubelle près de la porte. Ils n'avaient pas grand chose à se mettre sous la dent. Ils espéraient que le cousin Marty leur permettrait de compléter quelque peu ce tableau succinct et que Lanie ne tarderait pas à les appeler avec ses premières constatations.
-Je me demande ce qu'il peut bien avoir d'intéressant dans sa bouche pour qu'on lui ait cousue, se questionna Beckett qui avait inscrit le mot « bouche » suivi d'un signe d'interrogation. Puis elle se tourna vers la colonne des mobiles. Apparemment rien n'a été volé.
-Il n'y avait rien à voler, sauf si l'on veut ouvrir un musée des horreurs.
-Oui, c'est ce que l'on peut croire. Mais il faut attendre que Marty ait retrouvé son état normal pour en avoir le cœur net.
-Peut-être, mais j'ai l'impression de que son état normal n'est pas forcément la sobriété mais plutôt l'ébriété. Les gars de l'identité judiciaire m'ont dit que dans le frigo il n'y avait que quatre choses: des bouteilles de bière, de la moutarde, des cafards momifiés et de la moisissure.
-Je pense qu'on peut écarter le crime à caractère sexuel... rétorqua Kate avec un hoquet de dégoût.
-Là, vous êtes quelque peu catégorique. Que faites-vous du prestige de l'uniforme? La jeune femme roula des yeux.
-Ce n'est pas avec des sarcasmes et des traits d'esprit qu'on va avancer.
Castle se tourna une fois de plus vers le tableau, plus sérieux.
-Je ne sais pas quoi en penser. La balle entre les deux yeux est le propre d'une exécution. Cependant, le fait d'avoir cousu la bouche de la victime pourrait être une signature, dit-il en réfléchissant.
-Oui... Peut-être pourrions-nous chercher dans la base de données si d'autres meurtres présentent le même mode opératoire, déclara Kate en contournant le bureau et reprenant sa place face à l'ordinateur.
L'écrivain se pencha légèrement sur le bureau de sa partenaire pour avoir une meilleure vue de l'écran. Kate se fraya un accès dans la base de données de la police en donnant son numéro de plaque et son mot de passe puis lança une recherche en sélectionnant les critères « bouche cousue ».
Un bruit de talons les fit tourner à l'unisson et Karpowsky apparut, sa chevelure frisée semblant former un halo autour de sa tête sous l'effet de la lumière bleutée des néons rectangulaires.
-Votre belle au bois dormant est arrivée.
Beckett devait bien avouer que Castle avait raison. Le cousin Marty semblait avoir accumulé assez d'alcool durant ces derniers mois pour vivre dans une brume éthylique pour le restant de sa vie. Les gars avaient ramené le gai luron au Poste dix minutes plus tôt et il avait déjà vomi à deux reprises dans la salle d'interrogatoire. L'odeur y était tellement nauséabonde que Castle en vînt à penser que quitte à choisir il aurait préféré celle de l'avant-dernier client de Lanie, un type resté en plein soleil dans son appartement du cinquième étage pendant des mois. Rick doutait qu'il puisse se retenir d'expulser son petit déjeuner hors de son corps si cousin Marty recommençait. Pour retrouver sa contenance, il porta son regard sur Kate qui ne semblait aucunement importunée par les effluves qui avaient pris possession de la salle. Pas étonnant qu'elle fasse un malheur au Poker.
-Monsieur Morris, quand avez-vous vu votre cousin pour la dernière fois? Beckett se décida à commencer son interrogatoire dès que l'estomac de Marty eut gagné un semblant de tranquillité.
-Euh, vivant ou mort?
-Vivant, de préférence, répliqua Beckett.
-Hum... Marty se grattait la tête d'une main et s'essuyait la commissure des lèvres de l'autre. Je sais pas. Je crois que je dormais quand il est parti. Quand je me suis réveillé il était plus là. Les yeux globuleux et voilés de Marty se fixèrent sur Beckett puis sur Castle. Sais plus... je travaille pas en ce moment, j'ai plus le sens du temps. Les jours passent, les heures passent. Sais pas, vraiment.
Avec un grincement poussif de sa chaise, Castle se leva et sortit de la salle. Au bout de quelques minutes il était de retour avec une tasse de café fumante qu'il plaça devant Marty. Celui-ci la regarda pendant quelques secondes qui semblèrent une éternité à Beckett qui commençait à perdre patience.
-Ah, merci mon pote! Lâcha-t-il soudain comme s'il venait de comprendre de quoi il s'agisait. Marty but le café brûlant d'un coup, sous le regard interloqué des deux partenaires. Le passage ininterrompu de l'alcool avait sûrement rendu langue et œsophage insensibles.
-La seule chose que je me souviens, continua-t-il, est de l'autre folle qui tapait à la porte comme si elle voulait la faire sortir de ses gonds; He, he... elle oui, elle était sortie de ses gonds! Le cousin Marty riait à gorge déployée. Une folle je te dis mon pote. A présent il portait toute son hilarité sur Castle qui le regardait avec un mélange de dégoût et d'incompréhension. Elle est venue foutre son bazar parce que Derek avait mis la musique à fond. Elle disait avec sa voix qui sort du nez et ses bigoudis stupides sur sa tête de fouine qu'il était trop tard pour écouter de la musique de cinglés à fond. Comme s'il y avait une heure pour écouter I was made for loving you baby! Il leva la main pour en taper cinq à Castle mais celui-ci ne bougea pas. C'est, j'en mettrais ma main à couper, la dernière fois que je l'ai vu.
-Et c'était quand qu'elle est venue foutre "son bazar"? Demanda Castle en mettant des guillemets avec ses mains sur les deux derniers mots.
-Ben, sais pas. Hier, avant-hier... Il grattait les quelques poils qui ornaient ses joues flasques et son menton fuyant, les sourcils froncés. Castle se demandait comment pouvait-il se raser sans se blesser dans son état. Tout à coup le visage de Marty s'éclaira. Hey, si j'étais vous, je demanderais à la vieille. Marty était tout fier d'avoir donné un conseil aux flics. Il se redressa sur sa chaise et leva quelque peu le menton. Ce mouvement soudain ne fit que remuer son estomac de nouveau et un jet brunâtre vînt se répandre sur la table. Kate fut assez rapide pour éviter les éclaboussures, mais Castle n'eut pas cette chance. Décidément, aujourd'hui il avait un rapport quelque peu conflictuel avec le café.
Rick se leva d'une humeur massacrante accentuée par les rires que l'on entendait à travers la vitre de la salle d'interrogatoire. Ryan et Espo passaient vraisemblablement un bon moment à ses dépends. Il quitta la salle sous le regard amusé de Kate, accompagné d'effluves que lui remuaient l'estomac et se dirigea vers les toilettes sans oublier de fusiller du regard ses deux amis.
Lorsque l'écrivain revînt, Kate en avait fini avec le cousin Marty et elle écrivait déjà les nouvelles informations sur le tableau blanc. Rick put y lire une piste à suivre. Derek travaillait pour une boîte assurant des spectacles de toutes sortes. Castle la connaissait pour avoir fait appel à leurs services à deux reprises qui n'avaient rien à voir avec les clowns. Elle jouissait d'une bonne réputation, aussi il était étonné de qu'un individu comme Derek puisse travailler pour eux. La StokEntertainment demandait des références, un curriculum solide. Leur victime ne rentrait pas dans le moule.
Perdu dans ses pensées, il fit un bond sur sa chaise lorsque la voix de Beckett sonna près, très près de son oreille.
-Castle, vous venez ou vous continuez de rêver?
Apparemment, le jeu reprenait. Il comptait bien y participer lui aussi. Sa tête pivota légèrement, son nez à quelques centimètres de celui de Beckett qui ne s'y attendait pas. Ses lèvres se courbèrent dans le plus arrogant des sourires. Pourquoi continuer à rêver quand l'objet de mes fantasmes se tient à quelques centimètres de moi? Parfois la réalité est bien plus stimulante... Ses mots se terminèrent dans un murmure qui paralysa Kate. Il en profita pour se lever soudainement et la laisser plantée, là, dans une posture incongrue étant donné qu'il ne se trouvait plus personne sur la chaise et qu'elle restait penchée sur le vide. Pantalon tâché, chemise mouillée et toujours pas rasé, il s'avança vers l'ascenseur l'air satisfait. Une petite pression sur le bouton d'appel et la porte de l'ascenseur s'ouvrit sans attendre. Il s'y engouffra et ce petit sourire arrogant qu'il continuait d'afficher s'élargit lorsque sa vue se posa de nouveau sur sa coéquipière. Elle s'était redressée mais était restée sur place, la bouche légèrement ouverte et les sourcils froncés.
-Beckett, vous venez ou vous continuez de rêver? s'exclama Castle assez fort pour que ceux qui n'avaient pas suivi la petite scène entre eux lèvent la tête et perçoivent l'embarras de Kate. Elle finit par atterrir et le rejoignit sous le regard insistant de leurs collègues qui n'attendaient qu'une chose: que la porte se ferme sur Castle et Beckett pour parier sur qui craquerait en premier.
A l'intérieur de l'ascenseur un Castle hilare proclamait:
-Avantage Castle!
