Voilà la suite, l'histoire n'avance pas beaucoup, mais il faut bien que les personnages s'installent !

Méli, pour tout te dire, c'est juste que je n'avais pas encore vu de fiction mêlant Twilight et la mythologie grecque (juste quelques OS de mémoire) alors j'ai décidé de la faire moi-même. A voir où ça ira ^^

Lili, C'est gentil de lire et de laisser un mot !

Disclaimer : certains persos sont à Stephenie Meyer, les autres sont à moi !


Chapitre 3

Une fois la décision votée et la réunion terminée, chacune commença à se retirer. Au final, il ne restait que Terpsichore, Euterpe et moi.

- Euterpe aurait pu le faire avec moi tu sais, dis-je. A deux, on se serait débrouillées.
- Je sais. Mais…, commença Terpsichore.
- Tu voulais oublier ce jeune homme, c'est ça ? demanda Euterpe.
- Oui. Maintenant qu'Érato l'a dit, je me rends compte que je n'éprouve rien pour lui. Et enquêter me permettra de passer à autre chose rapidement. Et, je voulais…

Elle commençait à parler de plus en plus vite.

- Calme-toi, l'interrompis-je. Je sais, je comprends.

Nous restâmes silencieuses quelques temps, n'ayant pas besoin de mots pour communiquer. Puis je repris la parole, nous avions quelques points à définir.

- Au fait, tant que j'y pense. Comment voulez-vous que nous nous organisions ?
- Comment ça ?
- Eh bien, vous venez toutes les trois chez moi ? Vous préférez vous trouver quelque chose en ville ? Vous pensez avoir un ou une ami(e) chez qui aller ?
- Oh, ça. Je pense que le plus simple, c'est que nous soyons toutes au même endroit, suggéra Terpsichore.
- Mais, chez toi, à mon avis, c'est le mieux, compléta Euterpe.
- D'accord, alors allons-y.

Elles me suivirent et nous arrivâmes à ma maison.

- Il n'y a qu'une chambre, mais elle doit être suffisamment grande pour nous trois. Ajouter deux lits ne posera pas de problème au niveau place, expliquai-je.
- De toute façon, ce n'est pas comme si c'était une nécessité absolue, renchérit Terpsichore.
- Certes, mais si quelqu'un vient, il paraitra plus normal d'avoir trois lits plutôt qu'un seul, contra Euterpe.
- Par contre, comment on fait venir ces lits ? On va les chercher en ville ? Ou on triche ?
- Aller les commander en ville, ça ne posera pas de problèmes. Mais pour les faire venir ici… Ça risque d'être compliqué, constata Euterpe.
- Bon, eh bien il va falloir tricher dans ce cas, dis-je en allant chercher mon téléphone. Promenez-vous, faîtes ce que vous voulez, je m'occupe des lits ! criai-je.

Un coup de fil à la bonne personne me permit de régler rapidement le problème des lits.

Quand je revins dans la maison, Euterpe jouait au piano, Terpsichore dansant au milieu du salon. J'allai m'installer sur le canapé, et repris ma lecture de Roméo et Juliette.

Mes sœurs m'interpellèrent en plein milieu d'une de mes scènes préférées : la scène du balcon.

- Érato ?
- Hum ?
- Tu chantes ? Tu as une si belle voix, me demanda Terpsichore.
- S'il te plait, Érato, me supplia Euterpe.

Je leur fis un petit sourire, le sourire que j'utilisais quand je voulais montrer ma fierté, l'air de dire « c'est moi la plus forte ! ». Puis je me levai et m'installai sur le piano.

- J'ai entendu celle-là il y a quelques jours, et je la trouve très jolie, me justifiai-je.

Être un héros, pour les autres,
Tel qu'il apparaît dans la lumière, j'ai pas choisi,
Risquer ma peau pour les autres,
Quand il le fallait, je l'ai fait, mais pas choisi

Terpsichore se remit à danser. Euterpe m'accompagna au piano.

J'attendais, j'attendais sans le savoir
J'attendais, j'attendais l'inattendu
J'attendais, j'attendais sans te prévoir, et tu es venu

Maintenant que tu es là
Maintenant que tu es là

Etre un héros pour quelqu'un,
Ça change toute une vie, tous les repères,
Parce que c'est lui
Même ce flambeau, qu'on détient,
Le jour viendra de s'en défaire, pour lui aussi

Elles chantèrent le refrain avec moi.

J'attendais, j'attendais sans le savoir
J'attendais, j'attendais l'inattendu
J'attendais, j'attendais sans te prévoir, et tu es venu

Maintenant que tu es là
Je sais pourquoi je me bats

Tous les héros ne sont que des hommes
Je le resterai pour toi
Les héros ne sont que des hommes
A côté de toi

J'attendais, j'attendais sans le savoir
J'attendais, j'attendais l'inattendu
J'attendais, j'attendais sans te prévoir, et tu es venu

J'attendais, j'attendais sans le savoir
J'attendais, j'attendais l'inattendu
J'attendais, j'attendais sans te prévoir, et tu es venu

Maintenant que tu es là,
Je sais pourquoi je me bats

L'homme se battait pour sa compagne et son fils, je trouvais ça beau…

Une fois ma chanson terminée, elles m'en demandèrent une autre. J'allai m'exécuter, mais je sentis une présence. Elles durent le sentir aussi, car elles se turent aussitôt.

- Qu'est-ce qu'on fait ? chuchota Euterpe.
- On se calme, on ne panique pas, on disparait et on sort par la chambre pour aller voir de dehors qui arrive. Suivez-moi, ajoutai-je quand je vis qu'elles ne bougeaient pas.

Nous fîmes ce que j'avais dit, et nous guettâmes dehors.

Nous vîmes le musicien shooté aux mentos, accompagné du blond que j'avais vu dans la librairie, shooté aux mentos lui aussi. Un troisième arriva derrière eux : un grand baraqué aux cheveux courts et foncés. Ils avaient tous les yeux dorés, sauf le rouquin, il avait les yeux noirs.

Ils restèrent un instant sous les arbres, sans s'avancer. Nous les voyions discuter, nous ne les entendions pas. Aussi je décidai de me rapprocher.

Aussitôt dit, aussitôt fait, je grimpai sur l'arbre au-dessus d'eux, et j'écoutai.

- C'est comme je te l'ai dit Em', l'odeur s'arrêtait ici. C'est comme si elle venait d'ici, mais il n'y a aucune trace qui part. Et je n'ai pas ressenti de présence, disait le rouquin.
- Mais là, il y a rien, répondait le brun.
- Et si on allait voir dans la maison ? Je n'entends personne.
- Si vous voulez, conclut le rouquin.

Le blondin et le baraqué avaient eux-aussi le même accent. Ils s'avancèrent vers la maison. Ils réagirent bizarrement devant la porte d'entrée.

- Une minute, il y a une différence, hier, ce n'était pas comme ça, s'exclama le rouquin.
- C'est vrai que ça ne sentait pas comme ça dans la forêt, approuva le brun.

Et ils entrèrent. Je les suivis, mais restais loin d'eux.

- Les odeurs sont plus fortes ici, constata le blond.
- Note aussi qu'elles ne sont que dans cette pièce, le vestibule et devant la porte d'entrée, rajouta le rouquin après avoir regardé dans la salle à manger.

Le baraqué s'approcha de mon piano.

- C'est ce piano Ed' ? Il me parait tout à fait normal pourtant.
- Je te dis pourtant qu'il s'est passé quelque chose, d'un coup, j'ai eu envie d'y jouer, et je n'ai pas pu m'arrêter.

Voulant vérifier ma théorie sur leur sensibilité, je m'approchais d'eux. Puis allai allumer le petit poste de radio pour vérifier s'ils pouvaient me voir. Il se mit à chanter je ne sais quelle chanson, mais ils réagirent tous les trois. Le blond étant le plus près, il l'éteignit tout de suite.

- C'était quoi ça ? demanda-t-il. Qui l'a touché ?
- Mais, il s'est actionné tout seul, répondit le brun.
- Tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas possible.
- Nous l'aurions vu si quelqu'un l'avait allumé. Nous l'aurions entendu !
- Tu as entendu, vu quelque chose ? demanda le blond, excédé.
- Non, c'est ça qui est bizarre. Cette maison est peut-être hantée...
- Les fantômes, ça n'existe pas, ne commence pas avec ça.

Je laissais ces deux-là discuter et fis signe à Euterpe de venir près du rouquin. La musique, c'était plus son domaine. Elle s'approcha de lui, et il regarda le piano, puis alla s'y installer et commença à jouer.

- Ed' ! Pas maintenant ! s'exclama le brun.

Euterpe s'assit sur le piano devant lui, il continuait de jouer. Le brun finit par s'énerver, traversa la pièce d'un air décidé et rabattit le clapet d'un coup sec.

- Hein ? Quoi ? réagit le rouquin.
- Pourquoi tu t'es mis à jouer ?
- Je ne sais pas, je suppose que j'en avais envie.
- Et moi, ce dont j'ai envie, c'est d'une bonne bagarre. Jazz, prêt ? demanda-t-il au blond.
- Maintenant ? demanda le rouquin.
- Et comment !
- Moi aussi, j'en ai envie, disait le blond.
- Sortez au moins de la maison ! cria le rouquin.
- A l'attaque ! crièrent-ils tous les deux.

Euterpe et moi nous éloignâmes rapidement, voulant cesser tout cela. Nous étions presque dehors quand ils s'arrêtèrent. Ils se regardèrent un moment, puis le brun jura :

- Mais, c'était quoi ça ? Qu'est-ce qu'il se passe ici pour que nous pétions tous les plombs comme ça ?

Les deux autres n'avaient rien à leur répondre.

* Et si je faisais une entrée ? demandai-je à Euterpe.
* Non, mais, tu es folle ? On en peut pas savoir ce qu'il va se passer. Attendons qu'ils s'en aillent, nous avons besoin de faire le point.

Euterpe n'avait pas tort. De toute façon, nos visiteurs ne semblaient pas vouloir rester plus longtemps.

- Carlisle en saura probablement plus que nous, raisonna le rouquin. Allons lui en parler.
- D'accord, approuvèrent les deux autres.

Ils partirent, laissant la porte ouverte, et disparurent sous le couvert des arbres.

Je rentrai dans la maison, mes sœurs me suivirent.

- Donc, il s'est passé quoi ? demanda Terpsichore.
- Je crois que nous ne sommes pas les seules à enquêter, constatai-je. Cette histoire risque de se compliquer.

Nous allâmes dans la salle à manger et nous assîmes autour de la table.

- Récapitulons, que savons-nous d'eux ? commença Euterpe.
- Déjà, il y a tout ce qu'Érato a signalé : ils sont tous blancs comme des cachets d'aspirine, ils se déplacent trop rapidement pour des humains, et ils réagissent de façon considérable à notre présence.
- Ils ne peuvent pas nous voir lorsque nous nous dissimulons, complétai-je. Mais j'ai cru comprendre qu'ils étaient plus sensibles aux odeurs que les humains. Et aussi qu'ils ne se rendaient pas compte de ce qu'ils faisaient quand nous étions à proximité d'eux. Tu as bien vu le rouquin, on avait l'impression qu'il sortait d'une transe.
- Autre chose ? demanda Terpsichore.
- Ils ont dit qu'il y en avait un autre...
- Respire Érato, tout va bien.
- Pour le moment !
- Arrête, si tu veux éviter ça, il n'y a qu'une seule solution, découvrir ce qu'ils sont avant qu'ils ne découvrent ce que nous sommes.
- D'accord, concédai-je.
- L'une de vous a un plan d'attaque ?
- Pourquoi ne pas faire comme eux ? Ils sont venus ici, nous pourrions en faire autant, proposa Euterpe.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Tu as bien vu comment trois d'entre eux réagissaient, imagine ce que cela pourrait donner s'ils étaient sept, ajoutai-je.
- C'est vrai. Alors, quoi ? On reste là à ne rien faire ?
- Je propose qu'on aille faire un tour en ville. Ce serait l'occasion idéale, si nous les revoyions bien sûr, pour étudier leurs interactions vis-à-vis des humains. Ça nous permettrait aussi de vraiment voir les différences entre eux et les humains.
- C'est pas bête ça, approuva Terpsichore.

Euterpe signala qu'elle était d'accord. Elles se levèrent pour partir, mais je les rappelai. Elles se rassirent, ne comprenant pas ce que je voulais.

- Je crois que nous devons aborder un autre point.
- Quel est-il ?
- Nos prénoms, nos noms, comment allons-nous nous présenter aux yeux des autres...
- Ah... En effet, il vaudrait peut-être mieux le prévoir.
- Pourquoi ne garderions-nous pas nos noms ? Et nous nous présentons comme des sœurs, ce que nous sommes à dire vrai..., suggéra Terpsichore.
- D'accord pour les sœurs, mais je ne le sens pas avec les prénoms, marmonnai-je. C'est vrai quoi ! Vous trouvez que nous avons des prénoms classiques ? Pour cette époque bien sûr, précisai-je.

Elles hésitèrent toutes les deux avant de répondre, puis restèrent silencieuses.

- C'est bien ce qu'il me semblait. Il va donc falloir qu'on se choisisse des noms, et qu'on se fasse faire des papiers adéquats.
- A quoi cela nous servirait-il ?
- Probablement à rien, mais je préfère anticiper. Commençons par le choix des prénoms, les papiers, je m'en occuperai après.

Nous réfléchîmes pendant un long moment sur nos prénoms. Il nous fallait des prénoms simples, mais un peu originaux quand même. Où serait l'intérêt de porter le même prénom qu'une autre ?

- Et pourquoi pas Alexia ?
- Nous ne sommes pas faites pour la guerre, au cas où tu l'aurais oublié.

Il y a trop de pouvoir avec un nom, c'est pourquoi il convient de le choisir avec soin.

- Eurydice ?
- Amélie ?
- Angélique ?

Tant de noms... Tout d'un coup, j'eu une idée pour le mien.

- J'ai trouvé ! Je vais m'appeler Isabella !
- Pourquoi ? Ça ne veut rien dire en grec.
- Oh, mais arrêtez avec ça ! Isabella est le personnage type de l'amoureuse dans la Commedia Dell'arte italienne. Mais, à la base, c'était une poétesse... Je veux qu'on m'appelle comme ça !
- D'accord, approuva Euterpe.
- D'accord, mais à la seule condition qu'on m'appelle Tya, négocia Terpsichore. Ça veut dire « Charme », et je crois que j'aime vraiment ce prénom !
- Ça me va, approuvai-je.
- J'accepte aussi, dit Euterpe.
- Il ne nous manque plus que toi, dis-je en me retournant vers elle.
- Pourquoi pas Aglaée ? « Rayonnante de beauté », ça me correspond tout à fait non ?
- Certes, mais je n'aime pas du tout.
- Ou alors Laetitia ? C'est latin, mais j'aime bien quand même.
- Allez, va pour Laetitia. Maintenant, il nous faut un nom de famille.
- Prenons un truc simple, dit Euterpe.
- Comme quoi ?
- Le nom d'un animal ! Ce sera très bien, proposa Terpsichore.
- Soit, lequel ?
- Chat ? Chien ?
- Et pourquoi pas Canari ou Pigeon tant qu'on y est ?
- Oui ! Le nom d'un oiseau, ce serait joli… Colombe ?
- Loiseau ? C'est simple, et joli.
- Et pourquoi pas Cygne, en l'honneur de ces animaux qui nous adorent Clio et moi, suggérai-je.
- En français, ça fait pas fun. En anglais, ça donne quoi ?
- Swan, répondit Terpsichore.
- Ah ! J'adore ! Laetitia Swan !
- Ça me convient à moi aussi.
- Nickel !
- Bon, je vais régler le problème des papiers, dis-je en me levant. D'ailleurs (je regardai la pendule de la salle à manger) les lits ne devraient plus tarder, je vous laisse vous en occuper.

J'allai quitter la pièce quand une autre question me vint.

- Au fait, dis-je en me retournant vers mes sœurs. On vient d'où ?
- Bof, Swan, c'est anglais, alors tu n'as qu'à dire que nous sommes anglaises.
- D'accord.

Et j'allai m'occuper des papiers. Cela ne me prit pas beaucoup de temps. Quand je revins chez moi, mes sœurs jouaient dans le salon avec les instruments de musique.

- Faites attention, certains sont fragiles, et j'y tiens, les prévins-je.
- Certains t'évoqueraient-ils des souvenirs sœurette ? me demanda Euterpe.
- Entre autre, répondis-je.
- Raconte-nous ! S'il te plait ! me supplièrent-elles.
- Les lits sont arrivés ? demandai-je, dans l'espoir de changer de sujet.
- Oui, on a poussé un peu le tien, mais ils rentrent tous dans la chambre maintenant, répondit Terpsichore. Maintenant, raconte, s'il te plait !

Je soupirai et m'installai sur le canapé. Puis je me relevai brusquement et allai dans la cuisine.

- Hey ! Mais, où vas-tu ?
- Dans la cuisine, j'ai besoin d'un chocolat chaud.

Je me préparai tranquillement mon chocolat chaud, faisant bouillir le lait à la casserole, ajoutant du chocolat en tablette, un peu de vanille…

Je battais la chantilly, elle était meilleure battue à la main !

Mon chocolat était enfin prêt, je le versai dans un bol et m'assis sur la table pour le savourer. Mes sœurs arrivèrent, mais respectèrent mon silence. Une fois mon chocolat terminé, je nettoyai mes affaires et retournai sur le canapé, mes sœurs sur mes talons.

- Il s'appelait Drake, commençai-je. Son frère Dick a un an de moins que lui. Ils vivaient tous les deux aux Etats-Unis, à New-York. Je les ai connus il y a douze ans de cela.
- Tu les as aimés, affirma Euterpe.
- J'aimais leur compagnie, j'aimais leurs sourires, j'aimais la façon dont ils voyaient les choses, et l'interprétation qu'ils avaient de la vie.
- Pas de Grand Amour alors ? demanda Terpsichore.
- Non. J'éprouvai une profonde affection pour Drake, je pense que c'était réciproque d'ailleurs, mais ça s'est arrêté là. Quant à Dick, lui et moi, ce n'était pas envisageable.
- Pourquoi ?
- D'abord, parce que nous n'avions pas ce genre de sentiments l'un envers l'autre, l'amitié nous convenait mieux. Et ensuite, disons simplement que je n'étais pas son genre. Il préférait trainer avec des hommes, si vous voyez ce que je veux dire...
- Oh ! C'est..., commença Euterpe.
- S'il te plait, ne dis rien. Dick est quelqu'un de bien, la coupai-je.
- Très bien. Mais que s'est-il passé ?
- J'ai rencontré Dick à une compétition de danse, j'y allais pour écouter les mots, et voir le sens de certaines chansons. Vous n'avez pas idée du nombre de déclarations d'amour que l'on fait en chanson maintenant. Bref, le hasard a voulu que nous nous retrouvions cavaliers Dick et moi. A la fin de la danse, nous avons fait connaissance, et nous avons continué à nous voir de temps en temps.

Je fis une pause, laissant quelques souvenirs remonter. Ces temps-là étaient merveilleux.

- Un jour, il m'a présenté son frère aîné, continuai-je. Nous nous sommes appréciés tout de suite. J'aimais sa poésie, j'aimais les mots qu'il utilisait. J'aimais ses déclarations d'amour en musique.
- Et vous avez … ? Enfin, je veux dire... Vous êtes...
- Non, ris-je. Comme je te l'ai dit, nous n'éprouvions pas ce genre de sentiments l'un envers l'autre.
- Alors, que s'est-il passé ?
- A proprement parler, rien. Nous étions simplement heureux tous les trois, je riais, et dansais sur des centaines de styles de danse différents avec Dick, et je jouais de la musique et faisais de la poésie avec Drake. Ça a duré deux ans.
- Que s'est-il passé ?
- On a diagnostiqué un cancer à Drake un an et huit mois après que je les ai connus. Il a combattu la maladie pendant quatre mois.

Mes sœurs me laissèrent verser quelques larmes, me prenant dans leurs bras.

- Oh, ma chérie... Tu ne mérites pas de vivre ça...
- Toi qui fais tant pour les autres...
- Mais, tu n'aurais pas pu … Tu vois ce que je veux dire ?
- Oui, répondis-je. Mais tu sais aussi bien que moi que c'était impossible. Ceux qui doivent mourir doivent mourir. Ça a toujours été comme ça. Tu sais très bien comment réagirait Hadès si on essayait d'inverser ça.
- Comme tu as dû souffrir...
- Il m'a laissé son piano, une antiquité qu'il tenait de sa famille, et je peux vous dire que j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux !
- On comprend, ne t'en fais pas.
- Et son frère, il est devenu quoi ?
- On a perdu le contact, je crois que c'était aussi bien pour lui que pour moi. Je suppose qu'il vit son idylle avec l'uns de ses compagnons.
- Tu es sûre que ce n'était pas ton Grand Amour ?
- Certaine. Et... Tout bien réfléchi, je crois qu'il vaut mieux que Drake n'ait pas trouvé son âme-sœur. Je n'ose imaginer ce qu'elle aurait ressenti au final. Ils se retrouveront, affirmai-je. Deux âmes-sœurs finissent toujours par se trouver. Quoi qu'il puisse advenir pour les séparer...
- Tu sais, tu pourrais...
- Non ! Les morts doivent le rester, décrétai-je en me levant.

Je pris les papiers que j'avais fait faire dans le vestibule et les tendis à mes sœurs.

- Voilà vos papiers, ne les perdez pas.

Puis je m'installai au piano et jouais. Je me souvenais très bien de ce Drake aimait jouer.

Clair de Lune de Debussy, Le Danube bleu et La valse de l'Empereur de Johan Strauss...

Et cette poésie... Et ces longues déclarations d'amour passionnées dédiées au Soleil ou à la Lune, à la Nature, à une Femme qui restera mystérieuse pour lui...

« Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire. »

[L'amoureuse, Mourir de ne pas mourir, Paul Eluard, 1924]

Mais le poème qui le caractérisait plus selon lui, c'était un poème de Verlaine :

Mon rêve familier

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues. »

[Verlaine, Romances sans parole]

Nous savions tous les deux que je n'étais pas cette femme en question, mais il appréciait ma compagnie. Et c'était aussi bien comme ça.

Je sortis brusquement de mes souvenirs quand j'entendis quelque chose gratter contre la porte d'entrée. Mes sœurs paniquèrent aussitôt :

- C'est ces trucs qui reviennent !
- Cachons-nous !
- Calmez-vous ! les coupai-je. Je sais ce que c'est. Tout va bien. Il est gentil.
- Qui ?

Je ne répondis pas et allais ouvrir la porte. Devant moi, à mes pieds se trouvait No.

No était un Chien des Enfers, comme Cerbère. Les humains pensaient toujours que Cerbère était le seul chien à trois têtes, mais il en existait toute une race en vérité. Les Chiens des Enfers jouissaient eux aussi d'une forme d'immortalité, à supposer que quelqu'un s'occupât d'eux.

Mais, No avait une particularité qui lui venait de son ancien propriétaire : une petite magicienne. Elle l'avait ensorcelé de façon à ce qu'il ait l'air d'un chien normal, un gros Saint Bernard, un peu plus grand que la normale toutefois, mais qui pouvait se transformer en chien à trois têtes s'il venait à s'énerver.

- Mais, qu'est-ce que c'est que ce chien ? demanda Euterpe, m'ayant rejointe devant la porte d'entrée.
- Un ami, répondis-je.
- Comment ça ? Un ami ?

Je soupirai et retournais m'asseoir sur le canapé, No sur mes talons, s'allongeant à mes pieds. Et je leur racontais l'histoire de No.

Sa maîtresse était une magicienne qui se croyait supérieure aux Dieux, elle vivait dans un petit bois en Suisse, vers la fin du XVIIIe siècle. Anna Göldin, c'était son nom. Elle avait empoisonné plusieurs enfants des Dieux. Bien évidemment, les Dieux se sont aperçu de ses actions et l'ont punie, la condamnant à mourir de la main des humains qu'elle croyait protéger en empoisonnant les enfants.

Elle avait découvert l'existence de notre univers en découvrant No un jour, et avait fini par l'ensorceler de façon à ce que les autres ne découvrent jamais rien. A sa mort, Zeus voulut tuer aussi le chien. J'étais dans le coin, inspirant quelques poètes quand j'eus vent de l'histoire, et j'allais trouver mon père, lui demandant d'épargner le chien, qui n'avait rien fait à personne. Il décréta alors que je devais m'en occuper moi-même, où il le tuerait devant moi.

Ne pouvant me résoudre à voir cette bête mourir, j'ai accepté son marché. Et No est resté avec moi depuis 1782. Petit à petit, nous nous étions mutuellement apprivoisés, et chacun avait fini par apprécier l'autre. Maintenant, quand je voyageais, No venait avec moi. Il veillait sur moi, et je veillais sur lui. Il savait qu'il pouvait venir en ville avec moi s'il le souhaitait, mais il me laissait y aller seule, et jouait dans la forêt en attendant mon retour.

- L'adoption, ou la décapitation ? C'est... Affreux !
- Je ne pouvais pas le laisser mourir. Et je peux te dire que je n'ai jamais regretté mon choix. No est mon ami et il compte pour moi. Je crois d'ailleurs que je vais aller jouer un peu avec lui dehors.

A ces mots, No se releva, semblant heureux, et nous sortîmes. Jouant tous les deux jusqu'à ce que la nuit tombe. Mes sœurs nous rejoignirent, et nous finîmes par jouer tous les quatre sous le clair de lune.

No montrant des signes de fatigue, nous rentrâmes dans la maison, et No s'allongea dans son panier, installé dans un coin de la cuisine, que je remarquais en mauvais état.

- Il faudra que je change ton panier No, il commence à être vieux.
- Et comment veux-tu faire cela ? demanda Terpsichore.
- En allant en acheter un nouveau dans une boutique en ville, répondis-je. Ce sera d'ailleurs l'occasion de vérifier si nous sommes plausibles aux yeux des humains, ajoutai-je.
- A ce propos, intervint Euterpe. Que racontons-nous à propos de nos parents, de notre situation ?
- Comment ça ?
- Disons que ça risque de sembler étrange : trois sœurs qui vivent seules, recluses au fin fond de la forêt, qui n'ont besoin de rien, et descendent rarement en ville. On va nous prendre pour des nonnes ! Et ça, je ne veux pas.
- C'est pas faux, concédai-je. L'une de vous a une idée ?
- Euh... On pourrait dire que notre père a bâti cette maison, qu'il y tenait comme à la prunelle de ses yeux, et que nous avons voulu la maintenir en état, étant donné qu'il n'était plus là.
- Je te rappelle que nous sommes supposées être anglaises.
- Et alors ? Je ne vois pas où est le problème. Un de nos lointains ancêtres est venu ici, a bâti sa maison parce qu'il avait rencontré son "âme-sœur", commença Terpsichore en me faisant un clin d'œil. Puis ils sont restés ici, et la tradition s'est perpétuée, et elle veut que les descendants s'installent ici à la mort des parents, s'ils ne sont pas mariés.
- C'est pas bête ça, avouai-je. Ça va même nous éviter des questions concernant nos parents. Il faut juste trouver une cause à leur mort.
- Cancer ? proposa Terpsichore.
- Hey ! m'offusquai-je, me souvenant de Drake.
- Ne le prends pas mal, mais je trouve ça parfait, intervint Euterpe. Notre mère est morte d'un cancer de … je ne sais pas quoi, tu es plus calée que nous pour le trouver.
- Et tu crois peut-être que ça m'amuse ?
- Et, continua-t-elle, faisant fi de mon interruption. Notre père fou de chagrin s'était attelé à sa tâche, couper des arbres, et n'aura pas vu ou entendu un arbre lui tomber dessus. Et il est mort suite à ses blessures. Nous avons eu vent de l'histoire, nous sommes venues et avons tout découvert. Et nous avons décidé d'emménager, conclut-elle.
- Je trouve ça pas mal, approuva Terpsichore. Bien sûr, on devra être un peu nostalgiques en ce qui concerne nos parents, mais ça devrait coller. Il faudrait ajouter des souvenirs d'eux quelque part, suggéra-t-elle.
- Pancréas, dis-je.
- Quoi pancréas ?
- C'était un cancer du pancréas, dis-je. Incurable, le décès est en général très rapide… Trop rapide…
- C'est ce qu'a eu Drake ? C'est ça ?
- Oui.

Elles respectèrent mon silence, et je leur en fus reconnaissante.

- Je vais… m'occuper des souvenirs, bredouillai-je, espérant me changer les idées.

Inventer des faux souvenirs était chose facile. Mes sœurs et moi avions quelques points communs, physiquement parlant, je n'avais plus qu'à m'inspirer de la collection de portraits que je possédais dans mon étagère.

Bien des humains s'étaient amusés à nous représenter sur des tableaux, ou sous forme de statues. Drake s'y était essayé, mais la peinture n'était pas son fort. Un jeune homme que j'avais vu dans un parc m'avait poliment demandé s'il pouvait me dessiner. Il se disait « dans des conditions idéales » pour le faire. Et il m'avait représentée incroyablement bien. Sur le tableau, je paraissais envoûtante, enveloppée dans un long voile, les cheveux volant au vent. J'avais même l'impression de voir mon essence dans ce tableau.

Tout en peignant, il récitait tous les poèmes qu'il connaissait sur les Muses, tous les auteurs y passaient. Ce fut un moment extraordinaire. Je ne l'oublierais jamais. Son tableau trônait sur le mur de la salle à manger. D'autres qu'on m'avait offerts étaient affichés sur les murs. Mais celui-ci restait mon préféré.

Enfin, j'avais une mission à accomplir : remplacer tous mes tableaux par ceux que l'on verrait dans une famille ordinaire.

Une petite minute !

- Les filles ! On a un problème !
- Quoi ?
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ils sont venus ici.
- Et ?
- Ils auront probablement vu les tableaux, que vont-ils penser en voyant qu'ils ont changé ?
- Ils se diront peut-être que… la maison est habitée ?
- Euterpe n'a pas tort, ça prouverait que nous nous sommes installées, et que nous venons juste d'arriver.
- Si vous le dites.

Je me tus et retournais à ma tâche. Niveau tableau, j'avais l'embarras du choix.

J'en pris un qui était très représentatif de l'apparence que j'arborais actuellement, et m'en inspirais pour créer des tableaux et des photos de nos faux parents. Ensuite, je n'eux plus qu'à les disséminer dans la maison. Nous n'aurions plus qu'à dire que le reste se trouvait dans le grenier.

En parlant du reste …

J'avais vu nombre d'humains garder des objets avec eux, souvenirs de leurs parents, amis, enfants... Ne devrions-nous pas avoir de tels souvenirs ? Et puis, si nos parents se sont mariés, il devrait y avoir quelques photos de leur mariage...

Je soupirai, ma tâche était loin d'être terminée. Mes sœurs vinrent pour voir où j'en étais.

- Il me faut ajouter des souvenirs de mariage, et des objets qu'ils avaient, auxquels on tient.

Mes sœurs suggèrent que les médaillons que nous portions pourraient être d'eux. Elles aimèrent mes tableaux, j'en avais pris un qui me représentait, puis je l'avais dupliqué et j'avais modifié la peinture pour faire croire que j'étais plus petite, et j'en avais fait trois. Nous avions quelques même quelques traces de notre enfance.

Puis je m'attelai aux souvenirs du mariage. Une robe de mariée au grenier, et des photos du mariage sur l'étagère et les meubles du salon.

Une fois fini, j'eus l'impression d'en avoir trop fait. Il y en avait partout. Nous nous appliquâmes à en enlever quelques-uns. Au final, il y en avait un peu dans le salon et dans la salle à manger. Dans la chambre trônait la photo supposée nous représenter toutes les trois enfants. Ça me paraissait crédible. Quant à savoir si ça l'était, c'est une autre affaire.

Niveau objets, nous avions dit nos colliers, puis j'avais mis une grande horloge comtoise dans un coin du salon, ce serait un souvenir de nos grands-parents. Et je réalisai qu'il fallait des souvenirs d'eux.

Je recommençai ma tâche pour les grands-parents, mais je mis tout dans un album, en évitant de faire des erreurs d'anachronisme. Puis je réfléchis à un, ou plusieurs, souvenirs que nous pourrions avoir de nos parents ici.

Garder une hache et prétendre avoir un père bûcheron ne me tentait pas. Puis j'eus une idée. Pourquoi ne pas dire qu'il était ébéniste ? Il aurait ainsi fait tous les meubles, ou du moins quelques-uns.

Oui ! C'est parfait comme ça !

Je modifiais donc les meubles en bois, histoire qu'ils aient quelques similitudes. De façon à ce que nous puissions prétendre qu'ils avaient été faits par la même personne.

Une fois tout cela terminé, je fis un dernier tour des lieux, dans l'espoir de vérifier mon travail, qui fut approuvé par mes sœurs.

- Joli travail Érato !
- Euh, je pense à un truc là. Vous ne croyez pas qu'il nous faudrait du travail ? Ou, au moins avoir fait quelques études, ou... autres choses ?
- Quel âge avons-nous d'abord ? demanda Terpsichore.

Bonne question.

- C'est vrai, je n'y ai pas pensé..., admit Euterpe.

On n'est pas sorties de l'auberge...

Je sortis, allant m'allonger dans la clairière, laissant mes souvenirs de Drake remonter et m'envelopper. Oubliant mes soucis pour le moment. Nous mettrions les derniers détails au point demain matin. Et nous sortirions l'après-midi, dans le but de tester si nous sommes crédibles.


Voilà, encore quelques trucs à régler, mais le principal y est.

PS : la chanson vient du spectable Robin des Bois. J'avoue que je l'écoute souvent en ce moment ^^

Un prononstic pour le travail de Bella et son âge actuel ?

A très bientôt

Lot'