19/VII/2015


Première chose que j'ai vue en me levant ce matin (enfin ce midi) : mon royal bébé chat roux taille adulte alangui de tout son long sur le toit de la voiture maternelle. L'infâme n'a même pas soulevé une paupière quand j'ai ouvert ma fenêtre pour le couver de louanges adoratrices.

J'ai encore passé une semaine assez longue entre l'office et le babysitting (je vais finir par connaître Rio par coeur, mais genre vraiment). Il ne fait pas très très beau (d'ailleurs les touristes se pointent à la office, très impérieux : "Il pleut" font-ils fort justement remarqué. "Que peut-on faire ?" "... Hum. Allez dans le sud ?" Ils sont sérieux ces gens, si j'avais un pouvoir météo quelconque, la Bretagne serait la première destination balnéaire ! Bon peut-être pas en fait, ce serait l'invasion mais voilà quoi).

J'ai fait une commande sur Asos, la culpabilité me ronge.

Des gens sont aux Vieilles Charrues et mon côté mesquin et sadique se félicite qu'il ne fasse pas beau. Mon autre côté tout aussi mesquin les jalouse intensément.

Mais ce ne sont que des banalités. Place au chapitre ! Merci à mes revieweurs, vous me faites chaud au cœur.

Bonne lecture ! On se retrouve en bas.


L'AMI IMAGINAIRE


4

.

Harry n'avait plus connu un seul réveil agréable depuis des mois et des mois et celui-ci ne fit pas exception à la règle. Un curieux bourdonnement extrêmement agaçant lui embrouillait les oreilles et il garda douloureusement les yeux fermés.

Il savait que la porte de la chambre était ouverte. Son corps était lourd, plus lourd que tous les autres jours précédents. Il ne bougea pas – il aimait entendre la voix de Hermione, même quand elle était lointaine et furieuse, presque inaudible comme maintenant. Celle de Kingsley était plus grave, un peu précipitée comme s'il avait peur qu'on ne l'entende.

« Il faut que ça cesse. »

« – m'en occuper Kingsley. »

« Il vaudrait mieux – J'ai tout fait ces derniers temps pour que Harry – commandant des Aurors – refus de – un problème. »

« – pas si grave. »

« – grave ?! – jeté sciemment sur le sort ! – presque morte – santé de mes hommes, Hermione – que ça cesse. »

« – m'en occuper – comment je – »

« Débrouillez vous. »

« - le ramener, si vous le laissez ici, vous le tuez. »

Hermione et Kingsley s'étaient rapprochés. « Impossible. »

« Je me passerai de votre avis, Kingsley. Je ramène Harry dès qu'il est réveillé. »

« Tu ne – »

« Je le ferai. Je vous jure que je le – » Hermione avait tourné la tête vers l'entrée de la chambre de Harry, comme ça machinalement. Elle se tut aussitôt, ajouta froidement un « Faites le nécessaire » et entra rapidement dans la chambre.

Harry soupira légèrement – la vie l'épuisait. Hermione referma la porte dans dos et vint s'asseoir sur le bord de son lit, souriant avec cette infinie délicatesse. Harry ne doutait pas que mille hommes tombaient chaque jour amoureux de la douceur de sa meilleure amie.

« Tu es réveillé » murmura-t-elle en passant une main aérienne sur son front. Il cligna des yeux. « Je me suis tellement inquiétée, Harry…. »

« Tu n'es plus venue » souffla Harry – le visage de Hermione se plissa un bref instant.

« Je ne pouvais plus. Je ne savais pas comment – réagir. » Elle paraissait abominablement angoissée. Il lui sourit pour la rassurer mais il se sentait si lourd, en vrac comme si on piétinait son crâne à coups de massue et de piques.

« Tu veux que je te ramène ? » Il hocha aussitôt la tête, la nuque raide. Il vit dans ses yeux qu'elle hésitait soudainement. « Harry » commença Hermione en pinçant les lèvres, anxieuse. « Kingsley dit que tu t'es jeté sur le sortilège. Pourquoi tu as fait ça ? »

Harry tenta de se redresser mais son corps était pesant, moite et froid.

« C'est mon job de sauver les gens non ? »

Elle le dévisagea. « Oui » chuchota-t-elle. « Oui. Ça l'a toujours été, malheureusement. »

.

Il pesait comme un poids mort sur l'épaule d'Hermione qui l'emmenait dans sa chambre. Elle l'allongea, lui sourit et redescendit chercher du thé et de quoi grignoter. Harry observa la fenêtre grise qui donnait sur l'extérieur – le monde qui ne voulait plus de lui.

Hermione revint presque en sautillant et lui versa de l'eau chaude dans une tasse. La gorge pleine de nœuds, il secoua la tête et voulut s'enfoncer dans ses couvertures. Son corps refusa de lui obéir. Il se demanda quel sort il avait reçu et s'il garderait des séquelles. Et puis, il jugea que Hermione n'aurait pas forcé Ste Mangouste à le laisser sortir s'il y avait eu un risque qu'il soit encore en danger de mort.

« Je ne voulais pas que tu partes, Hermione » s'entendit-il murmurer. En quelques secondes, elle avait tout lâché, éclaboussant le sol du thé à la menthe et s'étendait à côté de lui, prudemment, délicatement. Elle passa son bras autour de ses épaules et l'aida à mieux s'allonger. Il reposait dans le creux de son épaule, comme un petit enfant à qui on vient d'annoncer qu'il ne reverra plus jamais ses parents.

La gorge glacée, Hermione songea que c'était un peu le cas – que Harry avait passé vingt ans avec l'air du petit garçon qui vient d'apprendre que ses parents sont morts.

« Je ne voulais pas partir, Harry » souffla-t-elle dans ses cheveux. Il était si mou entre ses bras, si pathétiquement semblable au pantin qu'il avait longtemps été. Elle resserra sa prise. Elle commençait à avoir froid – le corps de Harry était plus glacé que celui d'un mort.

« Est-ce qu'il est là ? » interrogea-t-elle timidement.

Hermione tenait la tête de son meilleur ami mais tout le reste de son corps était inerte, figé dans le brouillard glauque qui emplissait sa tête. Sa main reposait sur le drap, sur le dos, toute grise – il ne manquait plus que la baguette dans cette main de guerrier à la dérive.

Il répondit après un temps infini : « Non » et Hermione hocha automatiquement la tête. Elle ne voyait pas le visage de Harry, juste le sommet de son crâne noir et sa main grise et morne qui soudain se referma sur du vide, comme s'il pressait une autre main, la main amie, la main aimée et comme si c'était une délivrance de sentir le poids de cette main.

Elle papillonna des cils. Harry se détendait contre elle. Hermione ravala fièrement ses sanglots, enraya sa respiration chaotique et affronta bravement l'idée que peut-être Harry Potter sombrait dans la folie.

.

« Pourquoi tu as fait ça hier soir ? »

« Parce que Granger est une emmerdeuse. Elle ne comprend rien. »

« Tu ne comprends pas grand-chose non plus. »

« Vraiment ? »

Le regard acier le défiait de trouver une réplique. Harry haussa les épaules. Hermione était descendue ou partie, il ne savait pas exactement. Il repensa à sa mission – à Hudgens qui lui avait transpercé les tympans, à Dwight qui lui avait jeté le regard le plus venimeux depuis Voldemort.

Ses yeux tombèrent sur leurs doigts encore entrelacés.

.

« Je ne voulais pas que tu meurs » murmura Harry – sa confidence lui arracha les entrailles.

« Je ne serais pas mort, Potter. C'est ça que tu ne comprends pas. Je ne mourrai jamais. »

« Pourquoi ? Parce que tu es mon ami imaginaire ? » fit le survivant avec un petit sourire railleur. Le regard de Malefoy le percuta – il n'y eut pas de réponse et au fond, Harry préféra ce silence.

.

Quand sa vie avait-elle commencé à basculer aussi brutalement ? Il se rappelait encore de Poudlard – des épreuves qu'il affrontait chaque année, des ombres de Hermione et de Ron aux côtés de la sienne, de leur soutien inébranlable, de la confiance de Dumbledore, des sourires de Ginny. Les pleurs la nuit, les nœuds dans le ventre et l'angoisse permanente qui le rongeait.

Ça avait été beau, Poudlard. Magnifique, magique, fantastique, un rêve. Il y avait eu les cauchemars aussi et les tragédies mais dans le fond, Harry ne regrettait rien.

Il ne regrettait rien. Même pas Malefoy.

.

« La guerre est finie, tu n'es plus forcé de toujours bouffer les mêmes cochonneries. »

Harry lui coula un regard. C'était très étrange d'entendre la voix de Drago Malefoy prononcer ce genre de vulgarité. Malefoy lui répondit par un rictus hautain? comme s'il lisait dans ses pensées. « Va faire les courses, bon sang » ajouta-t-il.

Harry secoua la tête, amusé et balança sa boîte de haricots dans la casserole. D'un air vide, il observa le fond, écoutant à peine le babillage permanent de Malefoy. Il était encore en arrêt – il s'était rendu au Bureau des Aurors, voir s'il pouvait se rendre utile. Il ne se souvenait pas avoir ressenti autant de regards hostiles peser sur lui. Ça lui avait fait tout drôle. Même pas des Mangemorts en plus.

« On devrait partir en vacances. »

Le Commandant l'avait reçu dans son bureau très poli, très froid, très lointain. Oui, Hudgens se portait bien, Dwight avait eu quelques jours de congé pour se remettre de ses émotions. Harry devrait en faire de même, d'ailleurs, on lui enverrait un hibou quand on aurait besoin de ses services.

Les épaules de Harry avaient ployé sous les non-dits et il s'était dit, alors, c'est vraiment fini ? Il n'était pas sûr que ça le soit vraiment, ceci dit. Il n'était plus sûr de grand-chose – travailler, ne pas travailler, partir, rester, dormir, mourir, se débarrasser de Malefoy, le garder pour toujours, le haïr, le haïr, le haïr.

« Pourquoi veux-tu qu'on parte en vacances ? » interrogea Harry d'une voix lointaine, sans même se préoccuper de ce « on » dérangeant.

Malefoy haussa les épaules. Il était assis sur la table, les mains posées sur le bord, ses pieds se balançant dans le vide. Harry avait renoncé à le déloger de là, c'était comme une tâche indélébile qu'on avait beau frotter de toutes ses forces, en vain.

« Parce que. Tu n'as plus d'obligation Potter, tu as été viré. »

Harry se crispa. « Je n'ai pas été viré » siffla-t-il entre ses dents serrées.

« Et cet endroit est sinistre, on dirait que des gens y sont morts. »

Harry garda le silence. Des gens y étaient morts. Des gens morts y vivaient toujours. La mort grise du square.

Il se décida à jouer le jeu. « Où voudrais-tu aller ? »

« Dans un endroit où il ne fasse pas trop chaud » répondit aussitôt Malefoy, le front plissé. « La Finlande, peut-être. La royauté d'Islande nous accueillerait forcément avec cérémonie mais ils sont si barbants. »

Harry dressa l'oreille. « Tu as beaucoup voyagé ? » demanda-t-il en surveillant du coin de l'œil la cuisson de ses haricots.

« Évidemment » renifla Malefoy – il reniflait tout le temps.

Harry esquissa un sourire. « J'ai toujours trouvé ça dégueulasse » avoua-t-il, le nez retroussé.

« Ça faisait chialer les premières années » se remémora Malefoy, avec un rictus démoniaque plaqué sur le visage.

« T'avais que ça à faire ? »

« Ça et me mesurer à toi, Potter. »

Harry se tendit. Ils échangèrent un regard puis il reporta toute son attention sur sa casserole. L'autre garda le silence, se plut probablement à se taire. Harry s'irrita rapidement de la situation et s'apprêtait à l'envoyer balader – bien qu'il ne sache pas pourquoi – quand Malefoy ouvrit enfin la bouche.

« Le Royaume-Uni. L'Allemagne, la France – Paris n'est pas si jolie si tu veux tout savoir – Venise, Vienne, Rome. La Slovaquie – que des sorciers de basse extraction. Mon père nous a fait venir en Russie quand j'étais plus jeune, mère et lui y avaient passé leur voyage de noce. Le Danemark aussi. Beaucoup l'Allemagne, beaucoup Paris, ma mère adore Paris. Elle a aimé Moscou aussi mais son rêve était d'aller en Turquie. »

« On pourrait aller en Turquie. »

« Un endroit où il ne fasse pas trop chaud, Potter » grinça Malefoy, visiblement exaspéré que Harry ne prenne pas cette condition en compte.

« On s'en fout de la chaleur Malefoy. Tu trouves qu'il fait froid ici. Allons au soleil. »

Malefoy fronça le nez et soupira en détournant la tête, les doigts glissant dans ses cheveux avec exaspération. « Non » finit-il par trancher. « Allons en Argentine. »

Pour le coup, Harry se brûla les doigts. Il se retourna à demi avec sa tête de hibou mal plumé. Malefoy lui parut excessivement sérieux. « En Argentine ? Sérieusement ? Tu sais que ce n'est pas le pôle nord. »

« La Cordillère des Andes, Potter. Dans le sud. Il y fait suffisamment froid. »

Drôle d'idée. « Je ne veux pas aller dans un pays où il fait froid » s'entêta Harry en se passant la main sous l'eau.

« Pourquoi ? Tu veux que j'attrape une insolation ? » s'énerva Malefoy, hautain.

« Je ne veux juste pas avoir froid. C'est tout. » Harry retourna à sa casserole. Les haricots collaient déjà au fond. « Et puis d'ailleurs, je n'ai même pas envie de partir en vacances avec toi. Je te déteste trop. »

Le bruit que fit Malefoy en sautant à bas de la table le fit presque sursauter et il fit aussitôt volt face, prêt à cueillir le poing de son vieil ennemi. Mais Malefoy était figé à quelques pas et le dévisageait fixement.

« Potter » commença Malefoy, la mâchoire crispée. Mais un bruit à l'étage attira leurs regards vers la porte. Harry s'essuya nerveusement les mains sur son pantalon. Il songea que Hermione devait être arrivée, songea ensuite que Hermione n'était pas bruyante comme ça.

« Je vais voir » fit Malefoy en sortant. Harry hocha la tête dans le vide et entreprit de gratter le fond de sa casserole, sur lequel s'accrochaient des haricots fumants. Pas une seconde, il ne pensa que Malefoy n'était qu'un ami imaginaire – si ami il y avait – et que l'envoyer en reconnaissance était inutile.

Il entendit des pas dans le couloir, se sourit à lui-même. « Alors, quelqu'un essaie de nous cambrioler ? » se moqua-t-il.

Il n'y eut pas de réponse, juste une forte odeur de parfum, un parfum qui sentait bon mais que Malefoy n'aurait jamais porté. Harry pivota lentement.

.

Elle avait posé sa main gauche sur le dossier de la dernière chaise encore en état, une main aérienne, qui effleurait à peine le bois poisseux, comme si ce geste l'écœurait mais qu'il lui était nécessaire pour se stabiliser.

Elle fixait Harry sans faillir avec ses yeux bleus qui ne fondaient jamais, son opulente chevelure blonde et cet air hautain qui rappelait Malefoy. Harry se demanda brièvement si Narcissa Malefoy reniflait comme son fils, mais après réflexion, ce n'était pas suffisamment aristocrate, ça ne pouvait convenir qu'à Malefoy sur lequel avait déteint l'éducation rustre et moldue du sang-mêlé qu'était Harry Potter.

Il sentit son ventre se tordre sous le poids de son regard et touilla encore sa casserole, sans plus regarder sa visiteuse.

« Est-ce que vous avez beaucoup voyagé ? »

Il ne l'entendit pas bouger. Il pensait qu'elle aurait pu au moins remuer parce qu'il s'agissait tout de même d'une question incongrue.

« Oui » répondit Narcissa. « Assez. »

« Est-ce que vous auriez une destination à me conseiller ? Un endroit où il ne fasse ni trop chaud ni trop froid. Et qui ne soit pas Moscou. Je n'ai pas envie d'aller à Moscou. »

Il lui tournait toujours le dos.

« Prenez un sac à dos et allez vous perdre en Argentine. Vous y trouverez de tous les climats. »

Un peu surpris, Harry la regarda. Elle n'avait pas bougé d'un cil, se complaisant peut-être dans sa fixité. Elle semblait n'être qu'une grande statue de glace. Il comprenait un peu mieux que Malefoy veuille aller vivre dans le froid. Ça lui rappellerait le foyer qu'il avait perdu.

« Pourquoi pas la Turquie ? » proposa Harry.

Elle ne broncha pas un seul instant et continua de le regarder.

« Miss Granger est venue réclamer mon aide » dit-elle enfin, les mots gelés. « Elle dit que vous avez des visions. » Harry se tendit aussitôt. « Vous avez déterré mon fils, monsieur Potter. Vous l'avez arraché à son sommeil, vous avez pillé son souvenir et osé le ressusciter. »

Implacable, elle ne le quitta pas des yeux. Sa voix était froide, incroyablement froide. Harry se demande si elle pouvait se briser d'un seul coup et la rendre muette.

« Je devais être sûr » répliqua Harry entre ses lèvres crispées.

« Sûr de quoi, monsieur Potter ? » interrompit Narcissa. « Sûr que vous n'étiez pas fou ? Sûr que vous ne rêviez pas en pensant voir mon fils ? Votre arrogance n'a aucune limite, Potter. Votre haine non plus de toute évidence puisque le repos éternel de mon fils n'a aucune valeur à vos yeux. »

Machinalement, Harry jeta un coup d'œil au dessus de l'épaule de Narcissa. Il espérait que Malefoy ne les écoutait pas.

« Je vous dis que je voulais être sûr » répéta Harry d'un ton féroce.

Elle lâcha la chaise. « Qu'avez vous conclu de votre enquête, monsieur Potter ? » siffla-t-elle, les yeux comme deux glaçons. « Allons, Lucius et moi avons vraiment truqué la mort de notre unique enfant ? Drago vous pourchasse-t-il sous la forme d'un esprit maléfique ? Etes-vous définitivement sous l'emprise de la folie ? Je vous écoute Potter ! » s'exclama-t-elle d'un ton impérieux.

Harry garda obstinément le silence.

.

« Savez-vous ce que cela fait de perdre un fils, monsieur Potter ? » murmura Narcissa, impitoyable. « On vous arrache le cœur, on ouvre votre poitrine à coups de dents et on attrape à pleines mains votre cœur tout palpitant que l'on dépose sur l'autel du sacrifice. Vous ne respirez plus, vous tombez, vous tombez pour toujours sans aucune chance de ne jamais vous relever. Votre chute est éternelle – la mort de votre fils aussi. »

.

« Et puis, on vous apprend de quelle infamie votre enfant est victime. On creuse sa tombe, on ouvre son cercueil, simplement pour voir, simplement pour s'assurer que. Que quoi, monsieur Potter ? Que la douleur de la mère est bien réelle, qu'il n'y a ni jeu ni artifice dans cette terrible mise en scène ? Et vous – vous, vous savez que votre fils est mort – que son dernier souffle vous a brisé le cœur, que les deux sont morts au même instant et que cette mort est irrévocable. Mais non, il en reste qui veulent s'assurer que la folie ne causera pas leur perte. »

.

« Comment avez-vous pu avoir aussi peu de considération pour les sentiments d'une mère, fut-elle mère de Mangemort, mère de Serpentard, mère de démon, mère de Malefoy ? »

.

Harry étouffait. Ses haricots brûlaient dans son dos, les yeux de Narcissa Malefoy brûlaient face à lui et il suffoquait.

« J'aurais aimé avoir encore ma mère » réussit-il à souffler.

« J'aurais aimé avoir encore mon fils » répondit-elle sur le même ton.

Il hocha la tête, longtemps, très longtemps et le regard de la mère ne broncha pas.

.

« Je suis désolé. Je pensais rêver, je pensais délirer. Malefoy avait toujours été dans mon dos – il était toujours là avec son ricanement méprisant et ses yeux tranchants. C'était l'ombre qui ne quittait jamais mes pas, qui marchait sur mes talons alors j'ai cru, j'ai pensé que. Le jumeau tyrannisé qui dormait dans le placard sous l'escalier. Qui avait peut-être remplacé Malefoy dans la boîte sous terre. J'ai pensé. Je ne voyais plus Malefoy. J'ai pensé qu'il était vraiment mort. Et il était revenu – il était vivant, toujours plus maléfique, j'avais envie de l'étrangler mais j'avais peur que. Il venait vers moi, il me l'a dit. J'avais peur d'être seul encore, de perdre mon morceau d'ombre. Il m'avait quitté, il venait vers moi et il était mort – mais non il restait là à ricaner, j'ai cru. Le jumeau. Le placard sous l'escalier. Je ne voulais pas. Il me nargue. Il veut m'emmener en Argentine. Il y fait froid, je ne veux pas être seul. Dans ma mort grise. Je ne veux pas qu'il reste avec moi – il est mort mais il est là, alors le jumeau dans la boîte. Peut-être. Il dit, je venais vers toi Potter. Je suis ton ami imaginaire Potter. Je ne peux jamais mourir même quand je viens vers toi – les deux faces d'une même pièce ne meurent jamais l'une sans l'autre. Je ne veux pas d'ami imaginaire. Je veux ma mère. Je veux qu'elle me dise qu'on lui a arraché le cœur – qu'elle tombe pour toujours parce que son fils est mort. Je veux être mort parce que je venais – vers quelqu'un. Je déteste l'Argentine, je déteste le froid. Il faisait toujours froid dans le placard. Il n'y a plus de placard dans la mort grise, ni en Argentine et il n'y a pas d'ami imaginaire. Je veux ma mère et je veux que Malefoy meure pour toujours. »

.

Harry avait attrapé le bord de la casserole, pour fuir le regard de Narcissa Malefoy. Sa main brûlait, elle tremblait et ses haricots flambaient dans un sifflement de chair.

Le visage de Narcissa était pâle, plus pâle même que le carrelage. Il se demanda si elle allait vomir ou sortir sa baguette pour colorer tout ça d'un beau vert émeraude. Pas un muscle de son visage ne bougea – ses yeux conservèrent leur redoutable fixité.

Des bruits de pas retentirent et Hermione surgit à son tour dans la cuisine avec ses cheveux fous autour du visage. Elle souriait en entrant et son sourire glissa sur son visage comme chassé par une gifle terrible. Ses yeux allèrent de Narcissa à Harry, très vite, le temps d'un battement de cœur. Elle poussa un cri étouffé et se précipita sur Harry.

Elle s'empara de sa main brûlée, le faisant sursauter. « Harry ! » s'exclama-t-elle en sortant sa baguette. « Bon sang, qu'est-ce que tu as fait ?! » Elle le fixa. Ses yeux inquiets lui dévoraient le visage. Harry détestait la voir inquiète.

Elle se mordit la lèvre quand il arracha sa main de son étreinte et reporta son attention sur Narcissa Malefoy.

« Que s'est-il passé ? »

La femme de glace ne répondit pas. Hermione abandonna et passa une main sur le front de Harry, frôlant la fameuse cicatrice. « Pourquoi tu l'as amenée ? » murmura-t-il, d'un ton geignard. Sale bambin braillard et pleurnicheur, songea-t-il et son subconscient avec l'accent traînant de Malefoy. Il détestait ce qu'il devenait.

« J'ai pensé » commença Hermione avant de s'interrompre, incapable d'aller plus loin. Elle avait pensé – elle avait toujours pensé à tout, Hermione Granger. Pensé à surveiller les arrières de ses casses cous de meilleurs amis, à faire en sorte que leurs notes se maintiennent, à mentir aux professeurs, à les défendre, les protéger, les aimer. Elle avait passé des années à s'occuper de leur bien-être et elle se rendait compte que ça avait été d'une facilité déconcertante.

Et maintenant, il y avait Harry – Harry cet inconnu effrayant qui la forçait à refouler ses larmes de détresse.

« J'ai pensé que tu pourrais lui parler de Malefoy » dit Hermione à voix basse. Les yeux verts étaient braqués sur elle, froncés, accusateurs, vaguement désappointés.

Il avait la gorge asséchée. « Je ne sais plus quoi faire pour toi, Harry » chuchota Hermione avec un sanglot dans la voix. Il ne lui avait rien demandé – rien rien rien. Juste si elle avait lu un stupide bouquin sur les stupides amis imaginaires.

Hermione se tourna vers Narcissa Malefoy qui ne bronchait pas malgré l'odeur de chair brûlée qui flottait encore dans la pièce. Elle avait probablement senti bien pire – le corps putréfié de son fils par exemple.

« Mrs Malefoy » fit Hermione avant de s'arrêter, incapable d'aligner plus de deux mots à la fois.

« Pourquoi la Turquie, Potter ? » interrogea lentement Narcissa. Harry leva les yeux sur elle.

« Parce que vous rêviez d'y aller. » Il remarqua le regard étrange qu'elle posa sur lui. « N'est-ce pas ? » ajouta-t-il, paniqué.

« Je n'aime pas le soleil » fut la réponse de la sorcière. Le regard de Hermione papillonna de l'un à l'autre.

« Mais » dit Harry les yeux immenses « il m'a dit – que c'était votre rêve. Vous avez été à Moscou pour votre voyage de noce. Il n'a pas aimé Paris. Il veut qu'on parte en Argentine – la Cordillère. »

Les yeux de glace de Narcissa le transperçaient. Elle plissa les lèvres. « Je n'ai jamais été à Moscou » grinça-t-elle. « Je détestais voyager. »

Le cœur de Harry rata un battement et inconsciemment, il jeta un coup d'œil à la porte, s'attendant à apercevoir le visage odieux de Malefoy avec ses yeux aigus et ses dents blanches. Quand il revint à Narcissa, elle paraissait si pâle, si tendue que son visage de verre lui donna l'air d'être prêt à se briser en mille morceaux.

Hermione restait figée, en silence, captant les regards de Harry qui recherchaient désespérément quelqu'un qui n'existait pas.

« Je voulais t'aider Harry » plaida-t-elle encore et son ami s'ébroua brusquement, lui tirant un sursaut. Il darda sur elle un regard venimeux, froid et un peu railleur. Son comportement lunatique la chamboula.

« Sortez de chez moi » cracha-t-il en sortant en trombe de la cuisine, frôlant le corps menu de la mère de Malefoy, sentant son odeur aussi. Il se rua dans les escaliers et s'arrêta au premier palier, les jambes brusquement flageolantes. Il attendit un temps infini que les voix remontent des sous sol.

Narcissa ne parlait pas, laissant Hermione débiter son flot de paroles ininterrompu, s'excusant mille fois et hoquetant pour réprimer ses sanglots. Harry s'agrippait fermement aux barreaux de la balustrade, le front contre le bois. Il avait la nausée. Une nausée terrible qui serpentait dans sa gorge.

.

« Qu'est-ce que je dois faire ? » souffla finalement Hermione et Harry ouvrit un œil vitreux. La porte du 12, Square Grimmaur était grande ouverte. La lumière de l'extérieur était violente, se déversant en vagues étincelantes dans le hall sinistre.

Narcissa Malefoy lui tendit un carton pour toute réponse. Hermione s'en empara, jeta un coup d'œil dessus. « L'adresse d'un médicomage de renom. Faites interner votre ami, miss Granger. N'y perdez pas votre santé. »

Le pas impérial, Narcissa quitta le Square, sans un regard en arrière. Hermione attendit, jeta un coup d'œil sur les escaliers, ne remarqua pas la silhouette de son meilleur ami et finalement, sortit à son tour.

.

La porte claqua.

.

Il monta lentement l'escalier qui menait à sa chambre. Le silence était lourdement retombé sur le 12, Square Grimmaur maintenant que le drame était terminé. Il tenta d'imaginer Narcissa quand elle était enfant et encore Black et qu'elle jouait dans cette funeste demeure. Mais c'était le visage de Malefoy qui s'imposait à lui, Malefoy dont les traits brouillés rappelaient ceux de Sirius.

Ils se mélangeaient tous dans sa tête.

Harry parvint à sa chambre et il tomba à genoux près de la grosse malle en bois taillé dans laquelle il avait jeté pêle-mêle ses souvenirs de Poudlard. Il l'avait presque oubliée – il se rappela qu'en emménageant ici, Ginny y avait jeté un œil en riant et en l'embrassant et il avait laissé faire, peu désireux à l'époque de bouleverser ce qu'il pensait être de la stabilité.

Il fouilla dedans à corps perdu.

« Qu'est-ce que tu fais ? » interrogea Malefoy dans son dos.

« Je me débarrasse de toi. »

Il ricana, narquois et assuré. « Tu ne peux pas te débarrasser de moi. Tu as déjà essayé. »

Harry ne lui répondit pas et continua de remuer tous ses souvenirs, livres et parchemins et plumes mordillées.

« Est-ce que tu tires la gueule Potter ? »

« Tu savais que ta mère allait venir ? »

Malefoy garda le silence.

.

« Non, je ne le savais pas » promit-il dans un reniflement méprisant.

.

Harry s'arrêta et se tourna à demi. Il trouva qu'il passait beaucoup trop de temps à tourner le dos à Malefoy. L'autre le dévisageait froidement. Harry hocha péniblement la tête.

« Tu m'as menti » souffla-t-il à mi-voix.

« Tu tires la gueule parce que je me suis trompé sur les goûts touristiques de ma mère ? » fit Malefoy, furieusement incrédule.

« Tu m'as fait passer pour un fou. »

« Ce n'est pas ce que tu es ? » insinua-t-il, perfide. Harry ne prit même pas la peine de s'énerver.

« Tu sais que j'attends que l'on me croit. Si ta mère m'avait cru, tu n'imagines pas – le soulagement. Mais à cause de tes conneries, elle est persuadée que je suis un grand malade – elle veut m'interner. Je voulais juste qu'elle me croit Malefoy ! » s'exclama Harry, larmoyant.

« Potter, qu'est-ce que tu fais ? » demanda Malefoy en voyant qu'il cherchait toujours. Il avança d'un pas et au même moment, Harry poussa un grognement étouffé.

Il sortit sa main – une vilaine coupure charcutait sa main brûlée. Il jeta un œil dans la malle. Un miroir brisé entaché de son sang le narguait méchamment. Le cœur de Harry se serra avec une violence inouïe.

La main de Malefoy se posa sur son épaule pour le forcer à se retourner. Le ventre du Survivant rugit et quand il pivota, son poing s'écrasa sur la tempe de Malefoy qui, les yeux agrandis sous le choc de la surprise, recula de quelques pas en titubant.

Il porta une main à son visage – visage qui redevint impassible quelques secondes plus tard. « Ça devient une sale habitude, Potter » remarqua-t-il, froidement, la pommette rosie.

« Ne me touche pas » cracha hargneusement Harry. « Je me débarrasse de toi. »

Harry trouva enfin ce qu'il cherchait. Il sortit la cape – elle était toujours aussi douce, légère, d'une indéfectible loyauté. « Qu'est-ce que tu fais ? » répéta Malefoy dans son dos. Harry se releva, tenant la cape d'invisibilité serrée entre ses doigts crispés. Il affronta le regard attentif de Malefoy.

« Je me débarrasse de toi ! » Il lui avait menti, l'avait fait passé pour un fou – il était néfaste, détestable – il devait partir, cesser d'exister, mourir peut-être.

« Potter » prévint Malefoy dans un grondement et il avança encore d'un pas, sourcils froncés.

Harry s'enveloppa dans la cape.


Voilà voilà. La fuite d'Harry Potter a commencé. Les scènes "d'espionnage" commenceront au prochain chapitre héhé.

Nous voici à la moitié de cette fic. Les choses vont commencer à bouger d'ici deux chapitres - enfin bouger est probablement un euphémisme mais il y aura un nouveau personnage en tout cas.

Je vous fais des bisous en espérant que vous avez aimé !