Hello, everybody !
Ça fait plaisir de vous retrouver sur cette fic.
Merci à Lereniel, LegolasKili, FloraTheCake, Isil-gawien et PaulinaDragona pour leurs reviews. Et merci à MlleAria, Gaga-Ella, Chasseresse de L'est, Marie1410 et FloraTheCake, pour avoir mis ma fic en Alert et Favoris.
Voici le chapitre suivant.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Le Hobbit ne m'appartient pas, tout est à Tolkien sauf les personnages de Niphredil, Clara et Naurendil, ils sont sortis tout droit de mon imagination.
Chapitre 4 :
La Porte des Elfes
L'air était toujours aussi lourd et humide à Mirkwood, et le silence n'était brisé que par le craquement sinistre des arbres qui souffraient sous l'influence du mal.
Naurendil réprima un frisson de dégoût. Après avoir passé deux ans à Fondcombe, il avait fini par s'habituer à l'air pur, au chant des oiseaux et aux douces brises qui agitaient les branches des arbres pleins de vie autour de la demeure du seigneur Elrond.
Dire que c'est ici qu'ils sont morts. Mon père, mon frère, ma sœur… pensa l'elfe.
Ses poings se crispèrent tandis que les images de leurs corps sans vie revenaient le hanter. Mais le contact de sa bague contre sa paume gauche le ramena à la réalité. Il avait peut-être perdu sa famille, mais il avait encore quelqu'un qui tenait à lui, qu'il aimait et qu'il reverrait plus tard.
Niphredil…
Comme à chaque fois qu'il pensait à elle, Naurendil sentit son esprit se détendre et son visage s'éclairer. Il se souvint de son visage, avec ses longs cheveux blancs qu'il aimait caresser et ses yeux bleus comme la glace dans lesquels il pouvait se perdre pendant des heures. Son caractère, à la fois glacial et pétillant. Et son pouvoir, qui pouvait créer de mortels pics de glace, mais aussi des choses magnifiques comme des fleurs dont les pétales se changeaient en flocons de neige pouvant recouvrir tout un champ.
« Naurendil ? »
Entendant son nom, l'elfe se retourna. Le capitaine des gardes de Mirkwood, Tauriel, se tenait devant lui. La jeune femme rousse venait juste d'arriver, le petit groupe d'elfes attendait son signal pour quitter le palais et partir en reconnaissance dans la forêt. Ils avaient un nid d'araignées à détruire. Comme chacun des soldats, Naurendil avait enfilé une tenue lui permettant de se fondre dans la végétation.
« Capitaine », dit Naurendil.
La jeune elfe rousse le dévisagea un instant. C'était elle qui avait ordonné qu'il soit muté à Fondcombe, c'était elle qui avait jugé l'esprit du jeune homme trop instable et rongé par la haine pour qu'il puisse les aider à lutter contre le mal de la forêt.
Legolas avait parlé en sa faveur hier auprès de Tauriel, lui affirmant qu'il pouvait reprendre son poste dans le groupe. Mais Naurendil savait que la capitaine voudrait vérifier ses dires avant de l'autoriser à revenir dans le groupe… ou pas.
La capitaine de Mirkwood le regarda un instant. En effet, il avait changé. Il n'avait plus l'air amaigri ni le visage animé par la haine. Il semblait de nouveau frais et dispos. Ses yeux dorés brillaient d'une douce lueur évoquant celle des étoiles, comme tous les elfes. La jeune femme baissa les yeux et parut surprise en voyant la bague puis sourit.
« Bon retour parmi nous », dit-elle avant de lui tendre un arc.
Naurendil le prit en inclinant respectueusement la tête. Tauriel se tourna vers les autres elfes, puis donna le signal. Aussitôt, tous traversèrent le pont enjambant la rivière puis se mirent en marche à travers la forêt.
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« Bilbon ? Allez, debout, la marmotte ! »
Bilbon grogna, mais n'ouvrit pas les yeux. Niphredil poussa un soupir. Elle vit soudain l'une des grosses abeilles voleter près d'elle puis se poser sur le nez du Hobbit. Celui-ci daigna enfin ouvrir les yeux et eut un mouvement de recul en voyant l'insecte.
« Du calme, elles sont inoffensives », dit la jeune fille avec un sourire amusé.
« Oh… Bonjour, Niphredil ! Je… J'ai dormi longtemps ? » dit le Hobbit en avisant la paille vide autour d'eux.
« Vous êtes le dernier réveillé. Les autres sont déjà en train de regarder par la fenêtre. »
« Fenêtre ? Comment ça ? »
Soudain, le fracas d'une hache s'abattant sur du bois retentit, ainsi que les voix des nains discutant vivement.
« Venez, vous allez comprendre », dit la jeune fille.
Tout en mettant sa redingote, Bilbon suivit la jeune fille vers la porte menant sur la cour de la maison. Les nains et le magicien se tenaient devant et discutaient avec agitation.
« Je dis qu'on devrait fuir par la porte de derrière », dit Nori.
Dwalïn le saisit par le col de sa tunique.
« Je ne fuis devant personne, bête ou autre », dit le nain.
« Il ne sert à rien de se disputer », intervint Gandalf. « Nous ne pouvons traverser les Terres Sauvages sans l'aide de Beorn. Nous serons capturés avant d'atteindre la forêt. »
Bilbon et Niphredil s'approchèrent du groupe.
« Ah ! Bilbon, Niphredil, vous voilà. Bon, cela va requérir un certain doigté. Il faudra s'y prendre avec beaucoup de prudence. La dernière personne à l'avoir alarmé a été réduite en lambeaux. J'irai en premier et Bilbon… vous venez avec moi », dit le magicien.
« Est-ce une bonne idée ? » demanda timidement le Hobbit en le rejoignant à petits pas.
« Oui. Vous autres, attendez ici. Et ne sortez qu'à mon signal », dit Gandalf.
« D'accord. On attend le signal », dit Bofur, juché devant la fenêtre de la cour pour faire le guet.
« Ni gestes brusques ni bruits. Ne l'importunez pas. Ne sortez que deux par deux », dit le magicien.
Il fit mine de sortir, quand il s'arrêta et se tourna de nouveau vers le groupe.
« Non, en fait, Bombur… »
Le gros nain cessa de mastiquer une carotte et leva la tête vers le magicien.
« Vous comptez pour deux. Venez seul. Et vous, Niphredil, vous passerez après lui, en dernière. »
Les nains regardèrent le magicien avec surprise.
« Pourquoi devrait-elle passer en dernière ? » dit Thorïn.
« Vous n'insinuez quand même pas qu'elle est aussi grosse que Bombur ?! » dit Dwalïn, choqué.
Niphredil fronça des sourcils puis, en regardant le magicien, elle comprit à son air gêné que cela avait un lien avec sa magie. Elle avait du sang de dragon en elle. Et si Beorn était à moitié animal, il devait avoir un bon flair, comme elle. Il sentirait l'odeur du dragon sur elle, ce qui risquait de le rendre méfiant, voire agressif.
« Non, mais il n'aime guère les femmes. Maintenant, n'oubliez pas. Attendez le signal », dit le magicien, avant de sortir avec Bilbon.
« Dites, c'est quoi le signal ? » demanda Bofur.
Les nains se regardèrent avec l'air perplexe.
Niphredil s'approcha doucement de la porte pour regarder dehors. Gandalf et le Hobbit s'approchèrent de Beorn.
Niphredil eut un frisson en le regardant. Grand, vêtu d'un pantalon, fort poilu et barbu, il empestait l'ours à plein nez, son odeur l'avait réveillée quand il était arrivé chez lui à l'aube.
À présent, le grand changeur de peau coupait du bois avec sa hache sur un billot.
Gandalf se passa la main dans les cheveux tout en approchant, puis se racla la gorge.
« Vous êtes nerveux », remarqua Bilbon.
Beorn coupa un nouveau bout de bois en un geste violent avec sa hache.
« Nerveux ? Balivernes », marmonna le magicien.
Puis, avec son sourire le plus poli, il dit à haute voix : « Bonjour ! »
Pour toute réponse, Beorn coupa un autre bout de bois avec violence. Puis un deuxième, en levant sa hache, ce qui manqua de peu de frapper Gandalf qui se penchait trop vers lui.
« Bonjour ! » dit Gandalf avec plus d'insistance.
Beorn cessa tout mouvement, puis il posa sa hache sur le billot sans se tourner vers eux.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-il d'une voix grondante de menaces.
« Je suis Gandalf. Gandalf le Gris », dit le magicien en s'inclinant.
Cette fois, Beorn leur fit face.
« Jamais entendu parler », dit-il.
« Je suis un Magicien. Peut-être avez-vous entendu parler de mon confrère, Radagast le Brun. Il réside à l'orée sud de la Forêt Noire. »
« Que voulez-vous ? » demanda Beorn.
« Oh, simplement vous remercier pour votre hospitalité. Nous avons trouvé refuge dans votre demeure hier soir », dit Gandalf en se tournant légèrement vers l'arrière pour désigner la maison, sans lâcher Beorn des yeux.
Ce geste lui permit de révéler la présence de Bilbon, qui s'était caché derrière le magicien.
« Qui est ce petit gars ? » demanda Beorn.
« C'est monsieur Sacquet, de la Comté », dit le magicien.
Bilbon ne fit qu'un pas vers lui, en le fixant avec prudence, notant des cicatrices sur le ventre du changeur de peau.
Beorn saisit sa hache comme s'il se préparait à frapper Bilbon avec.
« Ce n'est pas un nain, n'est-ce pas ? » demanda-t-il.
« Que non. C'est un Hobbit. De bonne famille et à la réputation irréprochable. »
Beorn posa le fer de sa hache au sol et s'appuya sur le manche, signe de légère détente.
« Un semi-homme et un magicien… Que venez-vous faire ici ? »
« Oh, en fait, nous avons eu du fil à retordre avec les Gobelins dans les montagnes. »
« Pourquoi avez-vous approché les Gobelins ? Quelle bêtise ! » dit Beorn, peu enclin à la politesse.
« Vous avez raison », dit le magicien en agitant la main en un geste apaisant vers Beorn.
Bofur se méprit sur ce geste et se tourna vers les nains.
« C'est le signal ! Allez-y ! Allez ! »
Dwalïn et Balïn sortirent les premiers. Aussitôt, Beorn reprit sa hache en position d'attaque. Les deux nains s'arrêtèrent au bas des escaliers en essayant de garder le sourire.
« Dwalïn. Et Balïn », dit Dwalïn en guise de salut.
Balïn agita la main en signe de salut vers Beorn.
« Je dois… avouer que… plusieurs membres de notre groupe sont des Nains », dit Gandalf.
« Pour vous, deux, c'est plusieurs ? » dit Beorn, surpris.
« Puisque vous faites la remarque… ils sons sans doute plus de deux… » dit le magicien en se tournant vers la maison, avant de refaire face à Beorn en comptant sur ses doigts.
Bofur entraîna alors deux autres nains à sortir. Oïn et Gloïn sortirent à leur tour et rejoignirent les deux premiers nains avant de s'incliner vers Beorn.
« Et voici la suite de notre joyeuse troupe », dit Gandalf.
« Pour vous, six, c'est une troupe ?! » s'écria Beorn. « Qu'êtes-vous ? Un cirque ambulant ? »
Gandalf ne put répondre que par un rire embarrassé. Toujours près de la porte, Niphredil eut pitié du magicien. Pour ne rien arranger, Bofur envoya Ori et Dori rejoindre les quatre autres dehors.
« Ori et Dori, à votre service », dit Dori.
« Je n'ai que faire de vos services », répliqua Beorn.
« C'est tout à fait compréhensible », intervint Gandalf.
Puis ce fut le tour de Fili et Kili.
« Oh, Fili et Kili, j'avais oublié ! » dit le magicien.
Seulement, Bombur, qui n'était pas content d'avoir été laissé derrière, entraîna le reste de la troupe dehors, à savoir Bofur et Bifur.
Bofur se dépêcha d'enlever la serviette jaune que Bombur avait au cou, serviette qu'il avait piquée à Beorn dans sa maison pour manger sans se salir.
Il ne restait que Thorïn et Niphredil dans la maison. Ce dernier interrogea la jeune fille du regard.
« Vous venez avec moi ? Ou vous préférez faire ce qu'a dit le magicien ? » demanda-t-il.
« Je préfère obéir à Gandalf, pour une fois », dit la jeune fille.
« Vous avez peur ? » dit le nain, surpris.
« Oui, sur ce coup-là, j'avoue que oui ! Allez-y, moquez-vous, je m'en fiche. »
« Je ne me moque pas », dit doucement le nain.
Il fit une chose à laquelle la jeune fille ne s'était pas du tout attendue : il lui prit la main et la serra brièvement.
« Et je vous promets qu'il ne vous arrivera rien », dit-il, achevant de plonger la jeune fille dans la stupeur, avant de sortir à son tour.
Beorn le considéra différemment des autres. Niphredil inspira un bon coup, puis franchit lentement la porte à son tour. Beorn braqua ses yeux sur elle.
« Et une humaine ? » dit-il.
« Niphredil, ma jeune apprentie. Une magicienne de l'hiver », dit Gandalf.
Niphredil eut un sourire crispé. Beorn n'eut d'abord guère de réaction, mais lorsque le vent souffla vers lui, rapportant l'odeur de la jeune fille, il ouvrit des yeux ronds puis son visage devint un masque de colère. Il lâcha sa hache et son visage parut se tordre, comme s'il menaçait de se transformer.
Niphredil prit peur. Elle sentit le danger d'instinct. L'odeur d'ours de Beorn devenait plus forte. Il allait se transformer !
Craintive, elle se mit à reculer. Beorn lâcha sa hache et se dirigea vers elle. Des griffes apparurent au bout de ses doigts, tandis que son nez s'allongeait, sa peau s'assombrissait, signe que sa fourrure allait refaire surface. Les nains ne comprirent rien à sa réaction, mais en voyant qu'il semblait prêt à s'attaquer à leur jeune amie, ils ne bougèrent pas de leur place et tentèrent de lui parler.
« Attendez ! » dit Bofur.
« Vous faites quoi, là ? » dit Dori.
« Ce n'est qu'une jeune fille innocente ! » dit Balïn.
« Et c'est notre amie ! » dit Kili.
« Elle n'a rien fait de mal ! » dit Ori.
« Ne vous approchez pas d'elle ou vous allez le regretter ! » dit Dwalïn en serrant les poings.
« Beorn, s'sil vous plaît, calmez-vous ! » intervint Gandalf.
Grommelant de rage, Beorn accula Niphredil contre le tronc et la saisit à la gorge. Ouvrant grand une gueule d'ours, il rugit. Niphredil ne put retenir un hurlement de terreur.
Thorïn, Dwalïn, Fili et Kili n'hésitèrent plus et brandirent leurs armes pour se ruer sur lui et l'empêcher de faire du mal à la jeune fille. Mais Gandalf fendit leur groupe en criant.
« NON ! Beorn, arrêtez ! Je vous en prie ! Ce n'est pas une ennemie ! »
Le visage de Beorn redevint humain, mais ses griffes demeuraient, et sa peau était encore un peu sombre.
« Pas une ennemie ?! Elle empeste le mal à plein nez, la marque des créatures de Morgoth est en elle, dans son sang ! »
« Je sais ! Mais ce n'est pas ce que vous croyez. Elle a été capturée par Azog il y a deux ans, et marquée par une forme de magie sombre. Mais l'âme de cette jeune fille est fondamentalement pure, la couleur de ses cheveux et sa magie sont là pour le prouver ! Regardez-la mieux, je vous en prie. »
Beorn se tourna vers Niphredil. La jeune fille avait fermé les yeux et serré fort le tronc derrière elle entre ses doigts, tant la peur la paralysait. Thorïn, Fili, Kili et Dwalïn s'avancèrent doucement, prêts à frapper le changeur de peau si jamais les paroles de Gandalf ne suffisaient pas à le faire changer d'avis. Les autres avaient eux-mêmes envie de dégainer leurs armes et d'affronter l'ours. Qu'importait si cette bête était plus forte qu'eux, ils ne pouvaient abandonner leur amie !
Beorn se pencha vers elle et la regarda droit dans les yeux, puis il huma de nouveau son odeur.
« Du sang d'humain… et de dragon », dit-il dans un souffle, si bas que seule la jeune fille put l'entendre. « Les deux… se battent constamment en vous. »
« Non… » articula Niphredil avec effort. « Je suis humaine… dans mon cœur ! »
Beorn plissa les yeux avec méfiance.
« S'il vous plaît ! » implora la jeune fille en le regardant cette fois droit dans les yeux.
Face à ce regard, Beorn parut déstabilisé. Il reprit son apparence humaine, inspira profondément puis relâcha la jeune fille. Celle-ci tomba au sol et porta les mains à sa gorge en toussant.
Thorïn, Dwalïn, Fili, Kili et Bilbon se dépêchèrent de la rejoindre.
« Bien… Apparemment, vous êtes plus qu'on ne le suppose au premier regard… tous », dit Beorn.
Puis il se dirigea vers sa demeure et y entra.
« Quelle brute ! » dit Dori, choqué.
« Ça va aller ? » demanda Kili en serrant l'épaule de la jeune fille.
« À part ma gorge, oui ! » dit Niphredil.
« Mais enfin, Gandalf, pourquoi a-t-il réagi ainsi en la voyant ?! » rugit Thorïn en se tournant vers le magicien.
« Je l'ai expliqué à Beorn, en essayant de le calmer. N'avez-vous pas entendu ? Azog a infligé d'horribles expériences à Niphredil lors de sa période de captivité. Il n'a pu toucher son âme, mais son corps est marqué par la magie du mal. Les changeurs de peau y sont sensibles. »
Thorïn se tourna vers Niphredil. Cette dernière avait la tête baissée, essayant de retrouver son souffle.
« Venez, rentrons », dit le magicien.
Soutenue par Dwalïn et Bilbon, Niphredil suivit la troupe à l'intérieur. Tous s'installèrent à la grande table. Beorn se mit à verser du lait dans une grande chope posée devant Fili. Bilbon et Niphredil prirent place en bout de table à côté de Gloïn.
Thorïn et Balïn n'étaient pas assis, ils se tenaient à l'autre bout de la table, près d'une des colonnes.
« C'est donc vous que l'on appelle Ecu-de-Chêne. Dites-moi… Pourquoi Azog le Profanateur vous traque-t-il ? »
« Vous connaissez Azog ? Comment ? » demanda Thorïn.
« Mon peuple a été le premier à vivre dans les montagnes avant l'arrivée des Orques, du Nord. Le Profanateur a tué presque toute ma famille et asservi les autres. »
Bilbon et Niphredil aperçurent au poignet de Beorn un bracelet de métal.
Non, un bracelet de chaîne ! comprit la jeune fille avec un frisson.
Gêné, Bilbon détourna le regard. Le seul qui ne semblait ni regarder ni écouter Beorn était Bifur, qui piochait des graines dans deux saladiers et versait le tout dans son bol avant de les avaler par poignées.
« Pas pour le travail. Mais pour le divertissement. Encager des changeurs de peau et les torturer, cela l'amusait, apparemment. »
Son regard se posa sur Niphredil.
« Vous connaissez cela, je suppose, jeune fille ? »
Les nains et le Hobbit se tournèrent vers Niphredil. Celle-ci baissa les yeux, gênée d'être le centre d'attention.
« Je sais reconnaître cette lueur dans le regard des victimes des Orques. Vous avez connu le goût du fouet et le contact froid des chaines. Et vous avez perdu certains des vôtres », dit Beorn, sans se soucier de faire preuve de délicatesse.
« Ma sœur », confirma Niphredil sur un ton raide.
Désireux de changer de sujet pour aider son amie, Bilbon demanda : « Il y en a d'autres comme vous ? »
« Il y en avait beaucoup. »
« Et maintenant ? »
« Il n'en reste qu'un. »
Beorn déposa la cruche puis alla s'assoir.
« Vous devez atteindre la Montagne avant les derniers jours d'automne », dit le changeur de peau.
« Avant la fin du jour de Durïn, oui », confirma Gandalf.
« Le temps va vous manquer. »
« Il nous faut donc traverser la Forêt Noire. »
La Forêt Noire ?! Niphredil sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. C'était là que se trouvait Naurendil. Aurait-elle donc une chance de le revoir avant la fin de ce voyage ?
« Un mal s'est abattu sur cette forêt. De viles créatures rampent sous ces arbres. Les Orques de la Moria ont pactisé avec le Nécromancien de Dol Guldur. Je ne m'y aventurerais qu'en cas d'absolue nécessité », dit Beorn.
« Nous prendrons la route des Elfes. Ce chemin est encore sûr », dit Gandalf, avec un sourire confiant.
Niphredil vit le visage de Thorïn s'assombrir tandis qu'il tournait le dos au magicien. Apparemment, l'idée de traverser un autre territoire d'elfes ne l'enchantait guère.
« Sûr ? Les Elfes de la Forêt Noire diffèrent de leurs semblables. Ils sont moins avisés et plus dangereux. Mais ça, ce n'est rien », dit Beorn.
Thorïn se tourna vers lui.
« Que voulez-vous dire ? » demanda le seigneur nain.
« Ces terres sont infestées d'Orques. Leur nombre croît. Et vous allez à pied. Vous n'atteindrez jamais vivants la forêt. »
Beorn se leva puis fit quelques pas en direction de l'autre bout de la table.
« Je n'aime pas les nains. Ils sont cupides et aveugles. »
À ce moment, Beorn vit Nori repousser une petite souris blanche qui avait essayé de grimper sur son bras. Le grand métamorphe la prit doucement dans sa main.
« Aveugles à toute vite qu'ils jugent moins précieuse que la leur. »
Niphredil crut qu'il allait écrabouiller la petite créature, mais il la cala confortablement dans le creux de sa paume et la caressa avec le pouce.
« Mais les Orques, je les hais davantage. Que vous faut-il ? »
Tandis que Gandalf établissait une liste et que Beorn partait dehors chercher des poneys, tout le monde se dépêcha de finir son petit-déjeuner.
Niphredil réfléchit rapidement. Ils allaient donc traverser la Forêt Noire en essayant de faire vite, pour ne pas rater la date du jour de Durïn.
La jeune fille se remémora les histoires que Naurendil lui avait racontées sur la forêt. Il avait grandi là-bas, et il avait connu cet endroit avant que Dol Guldur ne déverse le mal en ces lieux. C'était alors un endroit magnifique, avec des arbres immenses et une végétation luxuriante, plus belle et plus dense que celle de Fondcombe.
Mais le mal avait fait de nombreux ravages. La mère de l'elfe était morte piquée par une araignée géante. Et des Orques avaient tué le père et le frère de Naurendil. Sa sœur avait succombé au chagrin. L'elfe avait lui-même laissé l'influence maléfique de la forêt l'envahir, attisant sa haine et le transformant en une véritable machine à tuer des Orques. Ses compagnons d'armes l'avaient obligé à quitter la forêt et partir à Fondcombe en espérant qu'il finirait par trouver la paix. Une paix qu'il n'avait réellement trouvée qu'au bout de deux ans là-bas, en rencontrant la jeune fille qui luttait alors contre ses propres démons.
Niphredil eut un frisson en se souvenant de ce que Thorïn avait dit sur ses yeux et son visage. Si elle allait dans cette forêt… risquait-elle de changer, à nouveau ? Elle chercha Gandalf du regard. Le magicien était en pleine discussion avec Beorn dehors.
Tant pis, elle lui parlerait quand ils marcheraient à travers la forêt.
Une fois tous nourris, les nains sortirent. Des poneys avaient été apprêtés pour eux, avec des vivres, ainsi que deux chevaux pour Gandalf et Niphredil.
Le magicien était un peu en retrait et discutait avec Beorn tandis que les nains s'occupaient de seller leurs poneys et organiser leurs paquetages.
« Vous relâcherez mes poneys avant d'atteindre la forêt », dit Beorn.
« Vous avez ma parole », dit Gandalf.
Soudain, des croassements et des battements d'ailes retentirent dans les arbres.
« On nous observe », dit Gandalf.
« Oui. Les Orques ne renonceront pas. Ils traqueront les Nains jusqu'à leur mort. »
« Pourquoi le Profanateur a-t-il resurgi maintenant ? » demanda Gandalf.
« Les Orques de la Moria ont pactisé avec le sorcier de Dol Guldur. »
« En êtes-vous sûr ? » demanda Gandalf.
« On a vu des hordes se rassembler là-bas. Chaque jour, il en vient davantage. »
Des cris d'Orques retentirent, alarmant les nains.
« Que savez-vous de ce sorcier ? Celui qu'on appelle le Nécromancien ? » demanda Gandalf.
« Je sais qu'il n'est pas ce que l'on croit. Il attire de viles créatures par sa magie. Azog lui a fait serment d'allégeance. »
Gandalf prit l'air inquiet en entendant cela. Niphredil elle-même ne put se retenir de frissonner.
« Gandalf ! Le temps presse », dit Thorïn.
Gandalf fit quelques pas vers eux quand Beorn l'arrêta en reprenant la parole.
« Ce n'est pas tout. Récemment, le bruit a couru que des morts marchaient près des Monts du Rhudaur. »
« Des morts ? » répéta Gandalf.
« Est-ce vrai ? Y a-t-il des tombes dans ces montagnes ? » demanda Beorn.
Niphredil fronça des sourcils. Des morts ? En tant que médium depuis sa naissance, elle savait cela possible. Mais à l'idée que d'autres puissent les voir… Sa mère lui avait enseigné il y a longtemps que seuls les esprits les plus noirs, les plus emplis de haine et de désir de vengeance avaient la force de se manifester aux yeux de tous dans le monde des vivants.
Niphredil se souvint d'une histoire qu'Elrond lui avait racontée un soir dans la Salle du Feu à Fondcombe, pour l'instruire sur l'histoire de la Terre du Milieu.
« Quand Angmar tomba, les Hommes du Nord emportèrent son corps et tous ses biens dans les Monts du Rhudaur. Au sein du roc, ils l'ensevelirent. Dans un tombeau si sombre qu'il ne reverrait jamais la lumière du soleil », avait dit le seigneur elfe.
Gandalf hocha la tête.
« Oui. Il y a des tombes, là-haut. »
Beorn regarda autour de lui avant de répondre : « Je me souviens d'un temps où un être maléfique régnait sur ces contrées. Assez puissant pour ressusciter les morts. Si cet ennemi est de retour en Terre du Milieu, vous devez me le dire. »
« Saroumane le Blanc dit que c'est impossible. L'ennemi a été éliminé et ne reviendra jamais. »
« Et que dit Gandalf le Gris ? » demanda Beorn.
D'autres croassements retentirent, suivis de hurlements de loups.
« Partez tout de suite, tant qu'il fait jour. Vos poursuivants ne sont pas loin », dit Beorn.
Le petit groupe se mit donc en route à vive allure à travers les plaines et les collines verdoyantes. Bientôt, les arbres et les buissons se firent plus rares, jusqu'à ce qu'enfin ils atteignirent la lisière de Mirkwood.
Niphredil s'était attendue à quelque chose de sombre et mauvais, mais pas à ça.
Les arbres avaient tous perdu leurs feuilles. Leur écorce était sombre, leurs branches tordues et tendues de façon menaçante, comme des doigts de sorcière. Des champignons et de la mousse jaunâtre en recouvraient certains. Cela rappela à Niphredil des images de la végétation malade de Tchernobyl.
Un lierre jaunâtre recouvrait les sculptures bordant la porte. Cette dernière avait été façonnée dans des arbres dont l'écorce demeurait claire et lisse, mais des branches de lierre noir les enroulaient, comme pour les étouffer sournoisement tels de vils serpents. Une fontaine asséchée trônait près de l'arbre de gauche.
Gandalf descendit de selle et s'approcha de l'entrée.
« La Porte des Elfes. Ici débute notre sentier à travers la Forêt Noire », dit le magicien.
« Aucun signe des Orques. La chance est avec nous », dit Dwalïn, en arrière du groupe.
Gandalf eut une très légère moue sceptique.
« Détachez les poneys. Qu'ils retournent chez leur maître », dit le magicien.
Les nains s'exécutèrent.
« Cette forêt… semble… malade. Comme si une maladie l'affectait. On ne peut pas la contourner ? » demanda Bilbon.
« Cela rajouterait 200 milles vers le nord. Ou deux fois plus vers le sud », dit Gandalf en s'éloignant de quelques pas.
Niphredil descendit de selle et s'approcha doucement de lui. Le magicien semblait perdu dans ses pensées tandis qu'il contemplait une statue de dame elfe recouverte de lierre.
La jeune fille sentit soudain quelque chose de mauvais tout près d'elle. Il lui semblait entendre un murmure, une petite voix sournoise qui se voulait ensorcelante, mais sonnait aussi désagréable que des doigts sur une ardoise.
Elle se tourna vers le Hobbit et vit qu'il avait l'air sombre. Sa tête était penchée sur le côté, sa respiration accélérée, comme s'il menait un combat intérieur. La jeune fille aperçut clairement un éclat doré sortir de la poche de sa redingote. Elle frémit et recula, comme si elle avait vu quelque chose de particulièrement mauvais.
Soudain, Gandalf fit volte-face et se dirigea vers Nori, qui s'apprêtait à enlever la selle du cheval du magicien.
« Pas mon cheval ! J'en ai besoin. »
Tout le monde regarda Gandalf avec surprise.
« Vous nous quittez ? » demanda Bilbon.
« Je ne le ferais pas si je n'y étais obligé », dit Gandalf.
Niphredil s'approcha de lui avec l'air inquiet.
« Mais Gandalf, pourquoi ? Pourquoi nous avoir rejoints à Gobelinville si c'est pour nous abandonner maintenant ? »
« Je ne vous abandonne pas. Je dois seulement vérifier quelque chose avant de vous rejoindre. »
« Mais Gandalf… »
Le magicien interrompit la jeune fille en posant une main sur son épaule.
« Vous n'avez plus besoin de moi depuis longtemps, Niphredil. Le seigneur Elrond et moi-même vous faisons confiance. Et nous nous reverrons à la Montagne Solitaire. »
Niphredil ne dit rien, touchée par les paroles du magicien mais déchirée par le doute que Thorïn avait glissé dans son esprit hier, sans parler de la réaction de Beorn quand il l'avait vue, ainsi que les paroles qu'il avait énoncées au sujet du conflit entre le sang humain et celui du dragon en elle.
Le magicien se tourna ensuite vers Bilbon, qui avait l'air sombre lui aussi.
« Vous avez changé, Bilbon Sacquet. Vous n'êtes plus le même Hobbit qui a quitté la Comté », dit Gandalf en plissant les yeux.
« J'allais vous en parler. J'ai… trouvé quelque chose chez les Gobelins. »
Niphredil plissa les yeux. Allait-il donc se confier au magicien ? Elle vit la main droite de Bilbon se crisper contre sa poche.
« Trouvé quoi ? Qu'avez-vous trouvé ? » demanda Gandalf.
La main de Bilbon se détendit, ses doigts repoussant l'objet plus au fond de sa poche.
« Mon courage », dit Bilbon.
Niphredil poussa un soupir dépité que Gandalf ne remarqua pas. La pluie se mit à tomber.
« Parfait. À la bonne heure. Vous en aurez besoin », dit le magicien avant de se diriger vers son cheval. « Je vous attendrai au promontoire, face aux contreforts d'Erebor. Gardez carte et clé en lieu sûr. N'entrez pas dans la Montagne sans moi. »
Puis il ajouta : « Ce n'est plus le Vertbois d'antan. Il y a dans cette forêt un ruisseau ensorcelé. Ne touchez pas l'eau. Empruntez le pont de pierre. L'air même de cette forêt est chargé d'illusions. Il pénétrera votre esprit et vous égarera. »
« Il nous égarera ? Que veut-il dire ? » demanda Bilbon.
« Restez sur le sentier. Ne le quittez pas. Si vous le faites, vous ne le retrouverez jamais. Quoi qu'il arrive, ne quittez pas le sentier ! » dit Gandalf avant de s'éloigner.
Thorïn fit volte-face et s'engagea le premier dans la forêt.
« Partons. Il faut y être avant la fin du Jour de Durïn. Seule chance de trouver la porte secrète », dit Thorïn.
Le groupe se mit en marche. Niphredil se tourna une dernière fois vers la plaine, et la silhouette du magicien qui s'éloignait. Sans qu'elle sache pourquoi, elle eut un mauvais pressentiment. Comme si elle risquait de ne plus le revoir.
« Niphredil ? Vous venez ? » dit Bilbon.
La jeune fille se retourna et le suivit.
Suivant la Compagnie de Thorïn, ils pénétrèrent dans Mirkwood.
