La bataille se termina aussi abruptement qu'elle avait commencée, laissant des hommes et des squelettes déchiquetés un peu partout. Pendant que nous comptions nos morts, je demandais au Charon de nous transmettre les images des combats. Filidème avait posé son chasseur au milieu du camp et était venue me voir immédiatement. A peine descendue, elle me jeta un rapide coup d'œil de haut en bas, vérifiant que j'étais indemne. C'était mignon. Elle ne disait absolument rien sur mon métier, se contentant d'être discrètement inquiète quand je partais en mission. J'avais beaucoup de mal à faire preuve d'une telle retenue à son égard, tremblant chaque fois qu'elle partait se battre.

Le rapport arriva dans notre quartier général, un petit bâtiment au milieu du camp. Cette saleté de Spectre, l'espèce de demi-squelette flottant, avait tué trois hommes. Les groupes de combats de la section qui gardait l'entrée côté ork avaient perdu respectivement quatre et trois hommes. Un servant d'une unité d'appui sur le toit du baraquement principal était mort. Côté matériel, une des Chimères nécessitait de sérieuses réparations tandis que l'autre n'était que légèrement endommagée. Certains murs devaient être rebâtis car ils avaient été trop fragilisés par les tirs nécrons. Leurs armes étaient vraiment terribles. Elles détruisaient tout, quelque soit la matière qu'elles touchaient. Je réagençai les groupes de combats et renforçai les tours de garde avec notamment une patrouille sur les toits pour défendre les unités d'appui. Et surtout, j'ordonnai au lieutenant chargé des véhicules de sortir le plus vite possible deux des trois Sentinelles pour qu'elles patrouillent sur les deux chemins qui menaient au camp. Je ne voulais plus de surprise. Je terminai par l'installation de plusieurs projecteurs qui révèleraient d'éventuelles fourberies tapies dans l'ombre pendant la nuit.

Les images du Charon révélèrent que des nécrons étaient apparus régulièrement autour de la forteresse. Ceux qui nous avaient attaqués venaient du chemin et avaient été simplement plus proche de nous que de Nid'Ork. D'autres flashs de lumière verte indiquaient que des squelettes étaient sortis du néant à l'intérieur même des remparts des peaux vertes. L'ensemble était étrange. La troupe nécrons semblait avoir été téléportée au hasard autour des orks, et leur attaque ne semblait absolument pas coordonnée. Quoiqu'il en soit, le problème venait bien de la forteresse. GroGnak devança mon appel. Sa voix tonitrua dans le communicateur.

« Alors ? Tu as vu ? Les nécrons nous attaquent tout le temps. » dit-il d'un air désespéré.

« Oui, j'ai vu, BigBoss GroGnak. Nous avons aussi subit un assaut. Dis-moi, pourrais-je venir te voir ? »

Je n'avais pas fini de prononcer ces paroles que les yeux de Filidème et Tanède sortirent de leur orbite.

« Venir ? Ouais, c't'une bonne idée ! Attends, je vais réparer la route. »

Il coupa la communication sans plus de façon. Le Commissaire et mon épouse parlèrent en même temps. Le premier m'interdisait de fraterniser avec ces dangereux extraterrestres et se perdit dans un baratin sur la pureté des humains face à la corruption de la racaille tandis que la seconde ne voulait pas que je me jette dans la gueule du loup. Je leur expliquai patiemment que la raison des attaques nécrons devait fatalement être chez les orks et qu'il nous fallait aller voir directement chez eux si nous voulions comprendre quelque chose. Les deux me rétorquèrent d'une même voix qu'ils allaient m'accompagner. Je restai sans voix. Bon sang, le Commissaire intégriste avait toutes les chances de se faire massacrer par des orks ombrageux qu'il ne manquerait pas de provoquer et je ne voulais pas que Filidème risque sa peau si ça tournait mal. Leur regard se fit cependant explicite. Tanède viendrait coûte que coûte, même s'il devait exterminer la moitié de la garnison. Quand à mon épouse, elle me suivrait par tous les moyens possibles et imaginables jusqu'en enfer s'il le fallait.

« Véhicule ork en approche ! »

Le cri tomba par le haut-parleur de la salle basse de notre bunker. Les soldats des transmissions assis face aux murs devant leur ordinateur affichèrent les images des caméras de surveillance. Les écrans accrochés aux parois de la pièce nous montrèrent un étrange engin motorisé qui avançait cahin-caha sur la route de terre de la crête. La machine, un hybride de camion et d'autre chose, transportait un amas de poutres, de machines et de petites choses vertes agitées. Elle s'arrêta devant le cratère laissé par la bombe de Filidème qui coupait la route. Un de ces petits êtres verts contrefaits se posa sur le toit de ce qu'il convenait d'appeler un véhicule, braqua vers nous une sorte de mitrailleuse et regarda vers notre camp d'un air mauvais. Je souris discrètement avec Filidème. Les gretchins, une version petite et chétive des orks, gardaient l'agressivité de leurs grands frères avec beaucoup moins de crédibilité. Je demandais néanmoins aux gardes en faction de ne surtout rien faire, préférant éviter tout incident avec GroGnak. Nous observâmes donc les nabots déverser au sol un fatras d'outils, de planches et autres poutrelles. Ils étaient une dizaine, sortant par les cotés les plus improbables du véhicule. Certains se jetèrent dans le trou béant de l'impact pendant que d'autres assemblaient des morceaux de bois à même la route. Ils jetèrent du matériel de construction dans le cratère en vrac, parfois sur la tête de leurs camarades qui s'empressaient de les insulter copieusement pendant plusieurs minutes d'affilées. Nous assistâmes à l'érection d'une curieuse construction de bois et de métal en un temps record. Puis, défiant les lois de la gravité, de la mécanique et surtout du bon sens le plus élémentaire, nous vîmes se former une sorte de pont. Les gretchins avaient réussi à fabriquer une passerelle rudimentaire sans plan ni cohérence apparente. Une fois celle-ci finie, ils sautèrent prestement dans leur véhicule qui franchit en trombe la construction. Ils firent demi-tour de l'autre coté, le mitrailleur nous toisant toujours de ses yeux rouges au regard mauvais. Puis ils repartirent en direction de la forteresse dans un nuage de poussière, de gaz d'échappement épais et de pièces détachées.

Même Tanède, prompt à se moquer, resta silencieux. Apparemment, la réparation effectuée en un temps record était carrossable. Vu la taille du véhicule ork, notre transport de troupe passerait sans difficulté sur ce pont artisanal. Les quatre hommes de mon unité, le Commissaire, Filidème et moi-même embarquâmes donc dans la Chimère valide et nous partîmes en direction de Nid'Ork.

Le chemin qui serpentait sur la crête reliant notre plateau au piton rocheux de la forteresse ork était bordé de chaque coté par des ravins en pente raide. La route, heureusement large, restait dangereuse. Nous retînmes notre souffle au moment de franchir la passerelle ork. Vu de près, l'assemblage hétéroclite paraissait encore plus invraissemblable. De gros boulons maintenaient malhabilement les poutres d'acier et de bois à des planches parfois simplement ficelées. L'édifice enjambait le cratère profond de quelques mètres laissé par la bombe de Filidème. Il branla dangereusement quand nos roues se posèrent dessus mais tint bon pendant la traversée. Une fois de l'autre coté, nous continuâmes notre progression. Le chemin était plus long qu'il ne le paraissait depuis notre camp. Nous vîmes grandir la forteresse à mesure que nous approchions. Elle était vraiment formidable. Les remparts s'élevaient sur une dizaine de mètres, pourvus de nombreuses batteries de défense de canons variés. Les parois du piton rocheux, tombant quasiment à la verticale, interdisaient le moindre assaut ailleurs que par le chemin. Au-delà du pic s'étalait la vallée à plusieurs centaines de mètre en contrebas.

Lorsque nous arrivâmes à l'entrée, l'immense pont-levis tomba au sol dans un fracas assourdissant. Face à nous, deux haies d'orks armés jusqu'aux dents nous dirigeaient vers la plus grande hutte de la place forte. Lentement, notre véhicule pénétra dans le camp et roula au milieu des peaux vertes silencieuses. Leur base était un amas de cahutes disparates, visiblement construites à la mode gretchine dont nous avions eu la démonstration plus tôt. Armes et équipements étaient sommairement entreposés en tas ça et là. Nous remarquâmes des têtes et des torses de guerriers nécrons plantés sur des piques. Nous reconnûmes plusieurs Dépeceurs parmi les trophées. Un groupe de Nobs formait notre comité d'accueil, ceux-là même que nous avions vu arriver chez nous.

Nous débarquâmes. En rang serrés, les orks nous observaient immobiles et en silence. C'était étrange. La discipline, même appliquée par un monstre de trois mètres, ne pouvait pas obtenir de ce peuple turbulent une tranquillité aussi parfaite. Il me semblait plutôt qu'ils attendaient. Les orks, bien qu'essayant de se montrer aussi arrogants et agressifs que possible, espéraient notre aide. La duplicité n'étant pas leur fort, il était facile de lire dans leurs yeux colériques la peur et l'espoir qu'ils mettaient en nous. En silence, notre groupe s'engouffra dans l'immense hutte décorée de morceaux de tanks sûrement arrachés en combat.

L'habitation se résumait à une grande pièce circulaire sans plafond. Le toit en cône s'achevait à plus de sept mètres. A l'intérieur nous attendait le formidable GroGnak devant un large cylindre de tronc d'arbre servant de table. Il y avait posé un morceau de carton sur lequel étaient grossièrement dessinés la forteresse et ses environs. Des croix vertes marquaient les apparitions des nécrons. Sans cérémonie, il rentra dans le vif du sujet.

« Ils recommencent. D'abord, ils envoient des troupes au hasard autour de nous. Et ensuite, ils nous enverrons une grosse armée. »

« C'est comme ça que ça c'est passé quand ils ont pris d'assaut ta capitale ? »

« Oui. Mes boyz sont démoralisés. »

Le colosse avait un air lugubre. Je ne m'étais jamais demandé si les orks étaient sujets à la dépression, mais là, la question se posait. Nous lui indiquâmes rapidement la position de nos adversaires lors de l'attaque. Filidème s'efforça de le rassurer, lui disant que nos chasseurs étaient d'une aide précieuse. Le Commissaire voulut intervenir, mais devant le regard noir de GroGnak, mon épouse et moi, il retint sa remarque.

Brusquement, un ork fit irruption dans la pièce. Il ignora les armes que braquèrent Tanède et le soldat chargé de ma protection. L'individu était loufoque, même pour une peau verte. Toutes sortes d'outils et de pièces électroniques pendaient à sa ceinture. Il portait des verres grossissants démesurés et il tenait dans ces mains un boitier noir d'où sortaient des myriades de fils et de câbles.

« Boss, regardez ce que j'ai trouvé ! »

« Dégage ! On cause, là ! »

Normalement, quand un géant équipé comme un char de combat donnaite cet ordre à moins de cinq mètres, toute créature douée de quelques neurones actifs déguerpissait. Pas cet ork. Il entortilla deux fils à la main, ignorant les quelques étincelles que produisait la connexion. Un hologramme sombre apparu devant nous. Une voix sourde résonnait pendant que des écritures puis des images défilaient.