Fei Long resta figé, en sentant le contact des lèvres de Mikhail sur les siennes. Elles étaient chaudes, et étonnamment douces, en contraste avec la main qui faisait contact avec sa joue, rafraichissante, mais qui toutefois laissait transparaître - rêvait-il? - une certaine tendresse... Non! Il était en train de se laisser aller! Un tel comportement et de telles idées équivalaient à révéler une faiblesse - fatale, pour la négociation... Fei voulut se dégager, recula d'un pas et tendit une main vers son rival qui l'embrassait toujours, dans l'intention de le repousser. Quelque chose, une douleur lancinante, le frappait à l'arrière de la tête; des images qu'il aurait préféré oublier, celles d'un homme aux cheveux noirs rejetés en arrière, aux yeux perçants couleur opale...
Mikhail saisit le bras que Fei Long appuyait sur son torse, le tira soudainement, attirant le jeune chinois dans ses bras et glissant rapidement son bras gauche derrière sa taille. Il se débattait, bien que la surprise ait sensiblement diminué sa vitesse de réaction; Mikhail ne s'attendait de toute façon pas à ce qu'il se laisse gentiment faire - le contraire aurait été décevant. Il sentait le jeune mafieux trembler légèrement contre son bras. Il brisa le contact de leurs lèvres pour observer un peu sa cible; celui-ci avait les joues légèrement enflammées, les yeux embrumés; mais une lueur de détermination éclatait encore dans son regard - une lueur qui justifiait tout ce jeu. Mikhail, de sa main droite, caressa la pommette de Fei, la laissant glisser jusqu'à l'arrière de la fine nuque, ses doigts plongeant dans les cheveux soyeux, et appliqua encore une fois sa bouche contre la sienne, plus violemment cette fois-ci.
Peur. Colère. Doute. Les émotions assaillaient l'esprit du chef tant redouté de Baishe, le laissant sans défense face à l'attaque d'Arbatov. Il avait à peine remarqué la pause qu'avait marqué Mikhail, jusqu'à ce qu'il sente ses lèvres assaillies avec force, et une langue qui s'insinuait entre ses dents. Impossible de bouger, la poigne qui l'enserrait était trop forte... Il essaya malgré tout de se débattre, de repousser Mikhail à coups de poings et de coups de pied... sans succès, toute force d'attaque étant annihilée par la distance trop restreinte - voire inexistante- entre eux deux. Dans une tentative désespérée, il tenta encore une fois de lancer un coup de pied contre Mikhail.
Qui choisit précisément ce moment pour avancer d'un pas et lui faire perdre l'équilibre.
Le monde se renversa. Non, à la réflexion c'est lui qui était tombé à la renverse... Mais comment? Fei eut à peine le temps de se poser ces questions qu'il remarqua que Mikhail était en train de l'embrasser plus passionnément, plus violemment - et surtout qu'il était maintenant privé de toute chance de s'échapper.
Il se trouvait sur le lit, allongé sur le dos. Ce n'est que quand il remua les jambes qu'il saisit réellement la situation - très gênante - dans laquelle il se trouvait... Mikhail était au dessus de lui, une main plaquée à côté de sa tête et l'autre lui caressant les cheveux. Leurs jambes s'étaient entremêlées dans la chute, le genou de Mikhail se trouvant dangereusement près de... Ce n'était pas bon... Si ça continuait, il allait finir par... Il avait du mal à se concentrer, absorbé par les deux yeux couleur lagon qui le fixaient régulièrement, le scrutant sans aucune discrétion ni gêne aucune... Les cheveux blonds et ondulés semblaient l'auréoler de soleil, lui donnaient la présence - et la prestance - d'un ange. A croire que Dieu lui avait donné un tel physique pour pouvoir induire en erreur ses proies...
Quand enfin Mikhail relâcha la bouche de Feilong, il recula légèrement pour mieux voir la réaction du garçon qui l'avait toujours rejeté avec froideur et impassibilité. Et fut frappé de stupeur à sa vue, son cœur se contractant à la pensée que c'était dans ses bras que se trouvait pareille créature. Il comprenait depuis longtemps l'attirance que le jeune chinois pouvait susciter chez les hommes, mais c'était la première fois qu'il pouvait vraiment comprendre et ressentir ce besoin de le monopoliser; Feilong avait laissé tomber son masque d'impassibilité et son visage faisait montre de ce qui se passait dans cette tête; ces yeux devant lui reflétaient surprise, peur, incompréhension - et désir?... Ses joues avaient arboré une teinte légèrement rouge; pendant une fraction de seconde, il avait baissé les yeux... Il serait gêné?
Il est vrai que Feilong n'avait pas vraiment eu l'air de répondre à son baiser, et qu'il s'était débattu avec vigueur pendant un bout de temps. Mais il était aussi sûr de ne pas se tromper en affirmant qu'il s'était ensuite montré relativement coopératif et s'était laissé faire - semblant même y prendre du plaisir. Mikhail esquissa un sourire lorsque lui vint la pensée que ce comportement était celui d'une jeune vierge - bien qu'il doute fortement de cela - et ressentit une vague de plaisir en pensant qu'il était probablement un des rares à l'avoir vu dans cet état.
Ce n'est que lorsque Feilong repoussa son torse et tenta de se dégager que Mikhail baissa les yeux sur le pantalon de celui-ci - et comprit la cause de cet embarras...
"Fei..." Le russe se pencha à nouveau, forçant aisément le chinois à s'allonger de nouveau, l'apaisant en glissant ses doigts dans les longs cheveux noirs. Le jeune héritier des Liu n'osait à présent plus répondre, à la fois tremblant et haletant. Il savait déjà ce qui allait se passer.
Il allait enfin se sortir ce jeune chinois de sa tête. Une fois qu'il en aurait fini, il pourrait retourner à sa vie et à son business, et pourrait se diriger vers de nouvelles aventures amoureuses, qu'il avait négligées pour glisser Fei Long dans son lit. De plus, si il parvenait à soumettre ce gamin, cela lui offrirait des opportunités d'influencer tout Baishe. En fin de compte, il parviendrait quoi qu'il advienne à obtenir ce titre de propriété. En attendant, il allait juste prendre son temps et faire ce qu'il rêvait de faire depuis un moment... Mais pourquoi son cœur se serrait-il autant à la simple pensée d'ensuite s'écarter de Fei?
Encore une chose dont il ne souhaitait pas se souvenir... La scène se rejouait sous ses yeux; les jours heureux avec son père, sa voix grave qui murmurait "Fei", sa main caressant doucement sa tête... Fei Long aurait voulu pleurer, mais ses yeux s'étaient taris depuis longtemps. Il aurait voulu crier, mais sa voix semblait s'être éteinte. Toutes ces années à faire semblant d'être devenu fort, à faire semblant d'avoir réussi à devenir le digne successeur de son père avaient fini par vraiment déteindre sur lui. Serait-il jamais capable de faire à nouveau confiance à quelqu'un? Il en doutait, et ce qui lui arrivait juste alors n'était pas fait pour le rassurer. Les seules personnes qui s'intéressaient encore à son bien-être ne le faisaient que pour lui extorquer quelque chose, Mikhail n'était qu'un exemple parmi eux... Alors pourquoi espérait-il encore, au fond de lui, que peut-être il existait une exception à la règle et que l'amour n'était pas seulement une invention des commerciaux et des contes de fées?
"Ne... m'appelle pas comme..." Mikhail sourit à la pensée que malgré la situation, son ami chinois restait le même mauvais caractère qu'il avait toujours connu; il éprouva une pointe de peine et de remords en réalisant que leur relation ne serait plus jamais la même et que Feilong risquait fort de le poursuivre par la suite, et de lui pourrir la vie comme il le faisait avec Asami - s'il ne lui tirait pas dessus par surprise dans une ruelle sombre, où il finirait dévoré par les rats... Etrangement, cela ne le dérangeait pas, et il était même ravi à l'idée de laisser une marque persistante dans la vie de Fei Long - de toute façon, il ne mourrait pas si facilement. Frissonnant de plaisir à cette idée, il revint à son occupation et plaça sa main à côté de la bosse qui s'était formée dans le pantalon de Fei, et sourit en le voyant tressauter. Il se pencha alors au point de frôler de son nez la nuque de son opposant, et parsema celle-ci de baisers papillon. Ce faisant, il finit de déboutonner les boutons de la tunique noire et en écarta les pans, puis continua sa tâche en descendant sur le torse nu de Fei Long, enveloppant entre ses lèvres un des boutons de rose du jeune homme.
Fei tressaillit, agrippant vivement les draps, au point qu'il crut les déchirer, ses ongles lui entrant dans la peau malgré le tissu. Son corps entier était tendu, ses nerfs à vif réagissant à la moindre stimulation, aux mains qui parcouraient son torse, son ventre, ses côtes... ses cuisses... Il voulait réagir, chasser cet intrus qui tentait de franchir sa défense, lui crier qu'il n'avait pas le droit. Il avait la sensation d'être manipulé, et il ne le voulait plus. Après CET HOMME, il ne voulait plus s'engager dans quelque relation que ce soit, ne voulait plus se sentir si vulnérable, ne voulait plus souffrir à cause des manigances d'un homme de l'ombre, aux mains luxurieuses et tâchées de sang. Après CET HOMME, il avait décidé de demeurer une statue insensible et d'éliminer tous ceux qui s'étaient dressés ou se dresseraient sur son chemin; le pardon n'existerait pas, pour lui.
Mikhail sourit à la pensée que celui qu'il enlaçait, "le célèbre Liu Fei Long de Baishe, avec lequel on ne plaisantait jamais" tremblait à la simple idée d'être touché, se laissait dominer par un autre homme... Sa main se retira soudain de l'intérieur des cuisses de Fei, où elle avait été posée jusqu'ici. Mikhail leva les yeux vers celui-ci et entrevit l'expression de semi-frustration qui s'était installée sur son visage. Il se concentra alors à nouveau sur sa tâche, et glissa sa main sous l'élastique du pantalon chinois de Fei, saisissant la virilité brûlante qui s'était dressée entretemps.
Fei plaça sa main pour échapper le gémissement qui s'échappait de sa bouche. Et soudain, il fut frappé de terreur. La même situation. Les mêmes gestes. ÇA se reproduisait. Il sentait la main de Mikhail qui faisait des allers-retours sur son membre, le poussant à agiter légèrement ses hanches au rythme de cet agréable mouvement, des gémissements franchissant la barrière de ses lèvres. Non, il ne fallait pas...
Fei Long se trouva assailli par des sentiments qui ne lui étaient que trop familiers, pour les avoir vécus pendant des années. Sa carapace, qui avait commencé à s'ouvrir, se referma brutalement sur son cœur, ne laissant plus place qu'à l'habituel masque de glace. Il savait qu'Asami ne faisait cela que pour mieux le manipuler, lui faire rompre tout contact avec les Liu et le ranger du côté de Toh...
Fei était agité. Mikhail avait d'abord pensé que le jeune homme se laisserait faire mais son comportement avait brusquement changé. Il avait un air distant, ses traits étaient soudain devenu sévères, son rougissement s'était soudain estompé, comme si tout sang s'était retiré de son visage. Et surtout, il le fixait, d'une manière troublante, comme si il se trouvait en transe, ou dans une sorte de réflexion... Même le cœur de Mikhail semblait s'être arrêté face à l'intense douleur, à la pure terreur qui se reflétaient dans ces yeux - et à la haine, une haine telle qu'elle paraissait ne pas se satisfaire de la mort même de celui vers qui elle était dirigée. Une haine telle qu'elle voulait tout éliminer autour d'elle pour effacer toute trace de l'existence de cette personne, telle qu'elle voudrait maintenir en vie pour l'éternité tout ce qui aurait rapport à cette personne pour la torturer, mais telle qu'elle souffrait de ne pouvoir en même temps l'anéantir. Une haine qui se complaisait dans la souffrance et le désespoir...
Voir des émotions aussi extrêmes remua l'esprit de Mikhail, et le mena à des pensées qu'il n'aurait jamais cru ni voulu avoir un jour, comme celle de relâcher Fei Long. Celui-ci l'hypnotisait, mais ce qu'il voulait de lui se trouvait au-delà du physique; il voulait tout de lui, occuper la moindre de ses pensées et être à l'origine de toutes ses obsessions, être sa raison de vivre, le guérir de ce qui le hantait. Le faire sien et sien uniquement...
Et soudain, tout éclata dans l'esprit de Feilong: il ne laisserait pas Asami le toucher! Jamais! Il se releva brusquement, manquant de percuter Mikhail, se dégageant de son étreinte. Profitant d'un mouvement du russe pour le retenir, il parvint à saisir le révolver rangé à l'arrière du pantalon de celui-ci et le pointa, sans aucune hésitation, dans la direction du blond; les yeux brouillés par les larmes, à présent inconscient de ce qui l'entourait, l'image de Ryuichi Asami se dressait devant ses yeux. Il devait l'éliminer. Il était le seul qu'il tenait absolument à voir hors de son chemin, quitte à se salir les mains encore une fois... De toute façon, ses mains étaient déjà couvertes de sang, et il avait renoncé depuis longtemps à l'absolution de ses péchés. Le pardon n'existait pour personne, pas même pour lui-même...
