Ounilam était assise à sa table de travail, située tout près de son lit. Elle trempa une plume dans un encrier et commença à écrire dans son précieux grimoire. Une bougie éclairait son espace de rédaction. Nous n'étions pas le soir, mais il faisait très sombre aujourd'hui. Il pleuvait à torrent à l'extérieur et on pouvait entendre la pluie s'abattre sur la petite fenêtre de sa chambre.

Dix sept de Narbaleth,  l'An Un du Quatrième Âge,

Toi, lecteur, il te faudra attendre encore un peu avant que je te raconte mes premières impressions sur le grand Royaume de Gondor, car aujourd'hui le climat est à l'orage. Je suis clouée ici, dans mes quartiers, attendant que le temps soit plus propice à une éventuelle visite du pays. Il me tarde de te relater ce qui se trouve hors des frontières royales...

« Qu'écris-tu? demanda subitement Eldarion par-dessus son épaule. »

Ounilam sursauta et eut le réflexe de cacher son précieux livre contre sa poitrine.

« Eldarion! Comment se fait-il que je ne t'aie pas entendu entrer dans ma chambre??

-Tu oublies que Mère est une elfe; alors nos pas sont toujours légers et discrets! ricana-t-il. Alors? Qu'est-ce que tu écrivais?

-Des choses.

-Quelles choses?

-Toutes sortes de choses.

-Tu n'es pas très précise!

-Rien d'important pour toi Eldarion. J'écris des choses banales pour l'instant. Quand nous aurons enfin l'occasion de partir en voyage, je pourrai écrire mes toutes premières impressions sur le Royaume. Et plus tard, je raconterai comment sont tous les Pays de la Terre du Milieu!

-Tu en es à combien de pages?

-Six.

-Six pages où tu ne fais qu'écrire des banalités?!

-Pas que des banalités, mais ce livre est comme un journal secret pour moi. Je préfère en être la seule lectrice pour le moment.

-On ne pourra jamais lire?

-Si, mais je n'aime pas qu'on lise quelque chose que je n'ai pas encore achevé. Il faudra attendre que toutes les pages aient été remplies.

-Mais il y en a des milliers!

-Cela prendra le temps qu'il le faudra. Laisse-moi maintenant, je voudrais continuer à écrire en paix.

-Pff. Tu as toujours le nez dans un bouquin, c'est ennuyant. Pourquoi ne viens-tu pas jouer?

-Je n'ai pas le temps. Si tu veux lire mon livre un jour, il faut bien que je le remplisse non?

-Mais je m'ennuie moi tout seul. Je ne peux même pas m'amuser dehors, il fait trop mauvais.

-Joue avec ta nouvelle épée alors.

-Elle est trop lourde!

-Eh bien, demande à Père ou à Mère de jouer avec toi.

-Ils sont occupés. Ils discutent dans leur chambre et ils ne veulent pas qu'on les dérange.

-Demande à Dame Aillaléi alors! se moqua-t-elle.

-Quoi? Plutôt mourir que de jouer avec cette vieille chipie!

-Shuuttt! Ù-pedo lamma! (Ne parle pas si fort!), elle se promène peut-être dans les couloirs!

-Les enfants... »

Ounilam et son frère sursautèrent en entendant cette voix diabolique les interpeller. Un énorme coup de tonnerre retentit au même moment.

« Dame Aillaléi?!? s'exclamèrent-ils.

-Qu'avez-vous? Vous semblez surpris de me voir.

-Heu...Non, c'est que...bafouillèrent-ils.

-Que complotez-vous encore?

-Rien du tout, répondit Ounilam.

-Votre mine sournoise ne me dit rien qui vaille. Princesse, que cachez-vous?

-Rien.

-Ne me mentez pas. Allez, montrez moi ce que vous cachez.

-C'est juste mon livre.

-Un livre où vous écrivez des bêtises à mon sujet je présume?

-Pas du tout! répondit Eldarion. C'est un livre qui racontera comment est notre royaume!

-Bien, alors pourrais-je voir cela de plus près?

-Non! dit Ounilam en maintenant fermement son livre contre elle. C'est secret!

-Vous ne voulez pas admettre que vous y rédigez que des sottises à mon égard, n'est-ce pas?

-Pas du tout! Ma sœur est simplement discrète. Elle vous fera lire volontiers quand elle aura terminé.

-Évidemment, vous prendrez toujours la défense de votre sœur... »

La gouvernante soupira.

« Bon, je ne suis pas votre mère, mais si je l'étais, je vous jure que ce livre vous serait confisqué sur-le-champ! dit-elle, toujours convaincue que les enfants lui mentaient. Quoi qu'il en soit, j'étais venue vous chercher. Vos parents vous demandent dans leurs quartiers. Ils vous attendent. »

Ounilam et Eldarion furent soulagés. Ils préféraient mille fois la présence de leurs parents à celle de leur gardienne. Avant de quitter, Ounilam prit soin de traîner son précieux livre avec elle. Elle savait bien que Dame Aillaléi pouvait s'immiscer dans sa chambre et profiter de son absence pour lire son bouquin sans permission. 

Puis, les enfants se précipitèrent hors de la chambre et se mirent à courir.

« On ne courre pas dans les couloirs! Quand aurez-vous donc compris que le palais n'est pas un terrain de jeu!!?? »

Ils ne firent pas attention aux dernières paroles de Dame Aillaléi et ils continuèrent leur course jusqu'à la suite royale de leurs parents. Ils arrivèrent devant deux portes de bois gigantesques et Eldarion cogna trois grands coups qui résonnèrent sur les murs de pierres blanches du couloir.

On entendit la voix du Roi de l'intérieur.

« Minno i chîn. »

(Entrez les enfants)

Les portes étaient lourdes et Ounilam et Eldarion durent les pousser à deux pour parvenir à entrer dans la grande chambre.

Ils y retrouvèrent leur mère, assise sur un siège dont les bases étaient faites de chêne et recouvertes d'un tissu de velours bleu. Élessar se tenait près d'un foyer où il attisait les flammes d'un brasier, car il faisait très froid en cette journée pluvieuse.

« Bonjour Mère. Bonjour Père, dirent les jeunes héritiers.

-Bonjour les enfants. Havo dad am i celma. (Assoyez-vous sur le lit). Nous avons quelque chose d'important à vous annoncer, répondit Élessar en s'approchant. »

Les enfants s'exécutèrent. Ils étaient inquiets, car lorsque leurs parents tenaient à leur parler ainsi, c'était souvent pour annoncer une nouvelle déplaisante. Qu'allaient-ils leur révéler? Qu'un grand conseil devait se tenir bientôt hors du royaume et qu'ils devraient s'absenter de nouveau peut-être? Ounilam et Eldarion étaient légèrement anxieux. Pourtant, l'expression sereine de la Reine ne laissait pas croire qu'il s'agissait d'une mauvaise nouvelle.

« Bientôt les enfants, il y aura un nouveau venu parmi nous, annonça Arwen en se levant.

-Ya? demanda Eldarion. »

 (Qui donc?)

Arwen et Élessar hésitaient à continuer leur discours. Ils avaient longtemps discuté avant de prendre la décision d'annoncer une telle nouvelle à leurs enfants, car ils craignaient que ces derniers y réagissent mal ou qu'ils ne se sentent pas près à accueillir ce « nouveau venu ». Mais, le Roi et la Reine n'avaient guère le choix. Ils n'auraient pu garder pour eux cette nouvelle très longtemps. Élessar prit la parole, calculant ses mots pour être certain de ne pas brusquer Ounilam et Eldarion.

« Votre mère attend un nouvel enfant, dit-il, aussi délicatement que possible. »

Eldarion s'écria.

« Merveilleux!!!Enfin une sœur ou un frère qui voudra jouer avec moi! ricana-t-il.

-Je suis si heureuse! hurla Ounilam, folle de joie. »

Le Roi et la Reine poussèrent tous deux un soupir de soulagement. Ils ne pensaient pas qu'ils allaient si bien accueillir cette grande nouvelle.

Le temps qui faisait rage à l'extérieur changea instantanément. Les nuages noirs se dispersèrent. Il n'y avait plus qu'une seule petite pluie fine qui tombait doucement sur Minas Tirith. La joie d'Ounilam avait réussit à atténuer le mauvais climat. La petite princesse bondit hors du lit en laissant tomber son précieux livre au sol. Puis, elle sauta au cou de sa chère mère.

« Du calme, Ounilam. Votre mère est fragile maintenant. Il faudra prendre soin d'elle, rétorqua le Roi.

-Oh, c'est vrai! »

Ounilam s'écarta légèrement d'Arwen et elle put effectivement constater la forme de son ventre qui commençait à s'arrondir.

Eldarion s'approcha et déposa doucement sa tête contre le ventre de la Reine. Celle-ci l'étreignit en lui caressant sa chevelure.

« Han mathon i lasta, Nanà...

(Je peux l'entendre, Mère...)

-Oh, moi aussi je veux entendre! s'exclama Ounilam en posant à son tour son oreille contre sa mère. »

Arwen sourit. Elle était heureuse que ses enfants soient ravis de cette annonce. Élessar mit son bras autour des épaules de sa femme et lui embrassa la tempe. Lui aussi était heureux. À son grand bonheur, la famille allait s'agrandir encore une fois.

« Ne vous en faites pas Ada. Je m'occuperai d'elle, dit Eldarion. Assoyez-vous Nanà, vous devez vous reposer. »

Il obligea Arwen à se rasseoir sur le siège.

« Vous voulez un coussin? proposa Ounilam.

 -Je vous apporterai le petit déjeuner au lit tous les matins!

-Et moi, je vous éviterai de vous déplacer pour rien. Si vous avez besoin de quelque chose, vous n'aurez qu'à m'appeler. »

Élessar et Arwen furent touchés par la bienveillance de leurs enfants.

« Vous êtes des anges, dit Arwen en leur baisant le front. Mais, je ne suis pas faite de porcelaine. Je peux encore me débrouiller seule, vous savez.

-Avec une attention pareille, votre Mère sera comblée! »

Soudain, un valet toussota pour attirer l'attention de la famille.

« Hem, pardonnez-moi mon Seigneur, mais comme les portes n'étaient pas fermées, je me suis permis d'entrer...

-Qu'y a-t-il? demanda Élessar, légèrement contrarié que l'on interrompe cet instant de plénitude.

-Il y a un visiteur qui demande à vous voir, mon Roi.

-Qui donc?

-Le Maître Taurentir.

-Bon, très bien, dîtes-lui que j'arrive dans quelques minutes.

-Entendu, mon Seigneur. »

Le valet s'inclina respectueusement et quitta la chambre.

« Qui est Maître Taurentir?demanda Eldarion.

-Sans aucun doute le plus grand artiste de la race des Hommes.

-Que fait-il ici? questionna Ounilam.

-C'est ce que je vais tenter de savoir. Je vous laisse en compagnie de votre mère. »

Il embrassa, d'un baiser tendre et chaste, les lèvres de sa Reine.

« Je reviendrai tout à l'heure...lui murmura-t-il.

-Faites vite, répondit Arwen, à même ses lèvres.

-Et vous les enfants, je compte sur vous pour prendre soin de votre mère.

-Ne craignez rien Ada, la Reine sera sous bonne garde! s'exclama Eldarion. »

Élessar les quitta le cœur léger. Dans les couloirs, il pouvait encore entendre ses enfants proposer mille et uns services à leur mère. Cela le fit rire un instant, puis il reprit ses traits sérieux de souverain. Il descendit vers la salle du trône et s'assit sur son siège royal.

« Faites entrer notre visiteur, ordonna-t-il à ses gardes. »

À ses mots, les gardes poussèrent les portes du palais et laissèrent entrer un petit homme au dos courbé. Il portait une toge et un chapeau d'artisan. Ses vêtements ruisselaient encore de la pluie qui tombait toujours sur la cité. À la vue du Roi, l'homme enleva son chapeau et s'inclina profondément.

« Maître Taurentir, relevez-vous. Je n'aime pas considérer les gens comme inférieurs à moi-même. Approchez. »

Taurentir s'avança timidement vers le Roi.

« Je suis heureux que vous ayez accepté de me recevoir aussi vite votre Altesse.

-Allons, c'est toujours un grand honneur d'accueillir parmi nous un si fabuleux artiste. »

En effet, le nom de Taurentir était connu de tous les Hommes. Originaire de Rohan, autrefois, il avait participé à la grande bataille du Gouffre de Helm. Il n'était pas un guerrier, mais comme tous les hommes du pays, il avait dû prendre les armes pour protéger la cité de Helm. Comme Élessar et le reste des Rohirim, il fut sauvé par la Porteuse de Lumière. Il avait assisté à ses exploits et il ne put jamais oublier l'incroyable pouvoir qui avait détruit les dix milles Orques et Uruk-Hai.

Après la Guerre de l'Anneau, l'artiste proposa son aide à Élessar. Ce dernier accepta qu'il participe à la reconstruction de Minas Tirith. Taurentir était à la fois architecte, peintre et sculpteur. Grâce à lui, la cité fut décorée et ornementée des plus magnifiques architectures. Minas Tirith fut rendue plus accueillante qu'elle ne l'avait jamais été. Sa grande oeuvre le rendit très populaire et aujourd'hui plusieurs royaumes lui demandaient ses services. Malgré son succès, Taurentir demeurait modeste et timide envers les gens.

« J'arrive tout droit de Rohan afin de vous demander de m'accorder une faveur...dit Taurentir, la tête basse.

-Je vous dois beaucoup Maître, demandez ce que vous voulez, je vous l'accorderai avec joie.

-Eh bien... Comme vous le savez, l'anniversaire de la Porteus... Pardon.  L'anniversaire de la Princesse Ounilam aura lieu dans un mois...

-En effet. Continuez.

-Je sais qu'à tous les ans, vous et la Reine Arwen lui offrez un seul et unique présent.

-C'est juste.

-Je sais aussi que vous vous efforcez toujours de lui offrir un présent symbolique qui témoigne tout l'amour et l'affection que vous lui portez...

-Oui, et nous faisons de même pour notre fils Eldarion...

-Cette année, j'aimerais beaucoup...Comment expliquer...

-Je vous écoute Maître.

-J'aimerais être celui qui confectionnera l'unique présent symbolique de votre fille. »

Le roi s'étonna d'une telle demande, mais il en fut flatté.

« Vous voudriez mettre à profit vos dons pour ma fille?

-Oui.

-Je suis vraiment touché et honoré Taurentir... Mais, dîtes-moi, pour quelles raisons un artiste tel que vous désirerait contribuer à la réalisation de ce présent?

-Comme la plupart de vos sujets, je voue un grand respect pour la jeune princesse. J'aimerais profiter de l'occasion de son anniversaire pour lui témoigner mon estime.

-Soit. J'accepte votre demande.

-Oh, merci mon Seigneur! Dictez-moi ce que la Reine et vous aviez l'intention de lui offrir et je m'en inspirerai pour faire un présent digne de votre amour pour elle.

-Vous savez, Maître, la Reine et moi avons été énormément occupés ces temps-ci. Dû à certains événements récents, nous avons peu discuté à ce sujet. Donc, je vous laisse carte blanche quant à la confection de ce cadeau.

-Vraiment votre Majesté?

-Biensûr. J'ai confiance en vous Taurentir. Par le passé, vos dons m'ont ravi et impressionné. Je suis certain que vous fabriquerez un présent qui comblera mes attentes.

-Merci mon Roi. Vous ne serez pas déçu, je vous le garantis.

-Je vous laisse trois semaines. Après quoi, vous me montrerez le résultat de votre travail, car j'aimerais tout de même jeter un coup d'œil sur ce présent avant de l'offrir à ma fille.

-Comme il vous plaira Majesté. Je vais donc me retirer, si vous le voulez bien.

-Si tôt? Mais vous êtes trempé jusqu'aux os! Prenez le temps de vous sécher au moins. Je peux même vous offrir l'hospitalité pour la nuit...

-Non, mon Roi. C'est gentil à vous, mais je dois retourner immédiatement à mon atelier, à Edoras. Un long travail m'attend.

-Très bien, comme vous voulez. Je ne vous retiens pas. Merci Maître Taurentir. Votre offre me va droit au cœur, sachez-le.

-Tout l'honneur est pour moi. »

Taurentir s'inclina humblement et quitta la salle du trône.

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Adresse où vous pouvez lancer vos tomates ou crier « félicitations! » : mirabylevisu@yahoo.fr

Encore un chapitre où il ne se passe pas grand chose...mais, ne craignez rien; d'ici peu de temps il y a aura beaucoup plus d'action et le sang coulera! (rires démoniaques)

Merci encore pour vos commentaires...et n'hésitez pas à me faire part de vos impressions!