Point de vue de Severide

Je voyais Matt totalement apeuré. Cela se lisait sur son visage et ses yeux. Il secouait la tête vigoureusement. Il ne voulait pas du masque.

« Matt... Je sais pourquoi tu ne veux pas du masque. Mais fais-moi confiance, celui-là est là pour t'aider à aller mieux. S'il te plaît Matt, je te le promets après tu iras mieux ».

Son visage s'apaisait. Ses yeux dégrossissaient, il les avait même fermé. Je vis des larmes couler aux coins de ses yeux et couler ensuite sur le long de sa joue. Il secoua légèrement la tête de haut en bas. Au moins, il m'écoutait. Même s'il avait peur.

« Il sera juste là pour t'aider d'accord ?

-Matt ? Je voudrais qu'une fois en place, vous preniez de grandes et constantes inspirations. Cela me permettra d'ajuster le débit d'oxygène pour que vous vous sentiez mieux.

-N'essaie pas de penser au masque. Ferme les yeux et pense juste à ta respiration ».

Il ferma les yeux. Maintenant il fallait savoir s'il allait supporter le masque.


Point de vue de Casey

Je fermai les yeux, faisant confiance à Kelly. Après tout, c'était mon meilleur ami, il ne pouvait plus rien m'arriver. Plus rien. Il me l'avait promis. J'essayais de me convaincre alors qu'au fond de moi, je savais que je n'étais pas convaincu. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à eux. Je sentais qu'on m'enlevait la canule, pour la remplacer par un masque. Je sentis mon corps réagir indépendamment de ma volonté : je fronçai les sourcils.

« Concentre-toi sur ta respiration Matt. Rien d'autre ».

J'avais de nouveau cette sensation oppressante. Quelque chose me couvrait le visage. J'avais encore ces images horribles dans la tête. Celle de... Celle de lui, me ligotant avec le fil barbelé, me couvrant le visage avec une cagoule pour ne rien voir, ne pouvant pas respirer normalement à part de l'air chaud, presque sans oxygène... Et ce indéfiniment. Mon cœur battait à cent à l'heure. Je le sentais taper dans ma poitrine. Il accélérait encore. Je ne contrôlais plus rien. Plus rien du tout...

« Matt ? Matt ?!

-Il fait une crise d'angoisse ! Donnez-moi 5mg de midazolam ! »

Quelque chose de glacé coula dans mes veines. Je sentais mon cœur battre moins fort, moins vite, je me relaxais. Les bruits que je percevais devenaient fades et s'estompèrent jusqu'à ce que je n'entende plus rien.


Point de vue de Bennett

Les constantes de Matt mirent cinq bonnes minutes pour se stabiliser à un seuil convenable. On pouvait à présent lire le calme, mais aussi l'angoisse sur son visage. Sur celui de Kelly, l'incompréhension et la détresse. Sur celui de Gabby, on pouvait lire la peur. Personne ne parlait. Personne ne pouvait.

« Cela... Cela peut arriver. Dites-moi, est-ce que vous savez si il a été bâillonné pendant sa... Sa détention ? »

Kelly me regardait avec stupeur. Un peu comme s'il avait une phrase sur la bouche, quelque chose du genre « Vous vous foutez de moi ? ». Mais il fallait que je sache ce qu'il avait dans la tête.

« Il l'était. En fait, c'était souvent accompagné d'une... D'une sorte de cagoule. Enfin j'en sais trop rien. Il était ligoté et bâillonné. Pendant quatre jours ».

Je fis signe que je comprenais ce qu'il me disait. Cet homme qui se tenait devant moi dans ce lit d'hôpital... Il avait vécu l'enfer. Physiquement, psychologiquement, sans doute verbalement, mais aussi sexuellement. J'avais reçu les résultats à l'instant, tendus par l'infirmière en chef, et je ne savais pas comment leur dire. Leur dire que leur ami ne serait plus jamais le même.

« Ces papiers parlent de Matt ? »

La question me fit sursauter et sortir de mes pensées. Gabby et Kelly se tenaient la main très fortement. Ils voulaient des réponses.

« Euh... Oui. Ce sont les résultats des tests que j'ai fait il y a une heure.

-Et ? Alors ? »

Je fus déboussolé par cette question. À la fois pleine de colère, d'attente et de doute.

« Vous... Vous ne voudriez pas vous asseoir ? »

Gabby mit sa main devant la bouche et pleura. Je compris qu'elle savait plus ou moins ce que cela voulait dire, ce que j'allais leur dire. Kelly, quant à lui, restait immobile, tétanisé. Gabby dut même le forcer à s'asseoir sur une des nombreuses chaises inconfortables du service.

« Matt... Matt a été violé, n'est-ce pas ? »

Gabby semblait hors d'elle, le regard qu'elle me portait était noir, comme si elle me jugeait responsable de ce qui arrivait. Je hochais doucement la tête de haut en bas, regardant mes pieds, puis les résultats. Je ne les voyais pas directement, mais je sentais bien qu'ils étaient tous les deux hors d'eux. Et c'est logique.

« Il... Il y a des traces de pénétration, mais pas de pénétration forcée. Que... Que ce soit... »

Plus je lisais les résultats, plus je ne voulais plus parler. Si je leur disais tout, cela n'aiderait pas leur conscience, celle de Matt, mais aussi la mienne.

« Que ce soit quoi ? »

Cette fois encore, je sursautai, car j'étais de nouveau perdu dans mes pensées. Comment avait-il fait pour parvenir à s'accrocher à la vie après un tel calvaire ? Je pris une grande inspiration.

« Que ce soit anale ou buccale ».

Je me sentais mal à l'aise. Très mal à l'aise. J'étais sidéré par les violences qu'il avait subi. Cela me touchait, je ne sais comment ni pourquoi.

« Il... Il a sans doute été drogué. Ou forcé à ne pas se crisper.

-Comment ? Comment on peut forcer à ne pas se crisper ? »

Kelly s'était levé brusquement, en colère. Il me faisait peur. Vraiment peur. Il avait les larmes aux yeux, mais ce n'était pas des larmes de tristesse. C'était des larmes de colère.

« Il se peut qu'on lui ait dit qu'on ferait du mal à des personnes qu'il aime s'il ne se laissait pas faire... Des... Choses comme ça...

-Des choses comme ça... »

Kelly quitta brusquement la chambre, suivit de Gabby qui voulait le rattraper. J'étais à présent seul dans cette pièce, avec mes feuilles d'analyse, totalement dépassé par les événements. Je tremblais légèrement, et je sentais quelques gouttes de sueur sur les joues. Je secouai la tête pour reprendre mes esprits mais je n'y arrivais pas. Le docteur Charles arriva, espérant sans doute parler à Matt.

« Il est toujours inconscient ? »

Je levai la tête, espérant qu'il ne comprenne pas ma détresse.

« Il s'est réveillé tout à l'heure, mais a paniqué. Je voulais voir s'il supporterait le masque... Mais ce n'était pas le cas. Il a été ligoté et bâillonné, c'est pour cela qu'il a peur du masque.

-Et vous ? Vous tenez le coup ? »

Je ne fus pas surpris par la question, mais je fis comme si c'était le cas. Je fronçais les sourcils.

« Vous êtes en sueur, je peux voir d'ici que votre cœur bat fort et que vous tremblez, votre respiration est plus rapide que d'habitude et votre voix tremble aussi ».

Je ne pouvais rien cacher à cet homme. Il me connaissait à peine, mais il pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert. Je soupirai et regardai mes feuilles.

« Ce sont les résultats d'analyse ? »

Je ne fis que hocher légèrement la tête, et lui tendis les quelques feuilles se trouvant dans mes mains. Plus il lisait ces feuilles, plus son visage devenait rigide. Mais je ne voyais rien d'autre se passer.

« Comment... Comment vous faites ?

-Faire quoi ? »

Sa question était instantanée. Elle me faisait froid dans le dos.

« Pour rester impassible... »

Il défit son regard des feuilles et s'arrêta sur mon visage.

« Je ne suis pas impassible... Les psychiatres que nous sommes devons rester à l'écoute de nos patients et de leurs familles, mais aussi de nous-mêmes. Chaque psychiatre a une limite propre. Et nous ne la connaissons pas avant d'avoir dépasser cette limite.

-Vous venez de la dépasser ? »

Il restait de marbre.

« Je ne sais pas. Je ne connais pas encore le cas réellement. Je pense que cela va être très dur, mais je devrais y arriver ».

Je hochai la tête. Sa réponse ne me satisfaisait pas, mais après tout... Une réponse de psychiatre ne satisfaisait jamais personne.

« Vous n'avez toujours pas répondu à ma question Benett ».

Je sursautai à nouveau. Cela devenait une habitude depuis quelques heures.

« Laquelle ?

-Vous tenez le coup ? »

Je savais pertinemment qu'il connaissait la réponse à cette question. Mais il voulait l'entendre de ma bouche. Et je savais aussi que cela ne servait à rien de lui cacher la vérité.

« J'ai le sentiment... Le sentiment d'être impuissant dans cette affaire. Je veux dire... Il a vécu l'enfer, et j'ai le sentiment que ses amis aussi. Ils nous cachent quelque chose, je le sais. Mais je ne sais pas quoi.

-Vous pensez qu'ils auraient pu... Voir ce qui lui arrivait ? »

Je passais mon regard à présent sur Matt, totalement immobile dans le lit, un masque sur le visage. Celui qu'il ne désirait pas. Je me levai, et enleva ce masque pour le remplacer à nouveau par une canule. D'après les termes d'un psychiatre, j'évite la question en ne parlant pas, et en faisant autre chose.

« J'en déduis que vous le pensez ? »

Il avait tout compris. Ce n'était pas pour rien qu'il était le chef du service psychiatrie.

« C'est sans doute la première fois qu'ils revoient Matt depuis quatre jours, mais j'ai comme l'impression qu'ils savaient ce qu'il se passait. Enfin pas dans sa totalité. Ils ont réussi à me dire qu'il était ligoté et bâillonné alors que les policiers ne leur ont rien dit.

-Gabby est la sœur d'un des policiers qui l'ont retrouvé ».

Cette information, je ne la connaissais pas. Mais je savais quelque chose que LUI ne savait pas.

« J'ai demandé au détective Dawson de ne rien dire. Que cela restait confidentiel pour le moment et ce, tant que l'affaire n'est pas close. Cela implique donc sa sœur et Kelly. Et tous les autres pompiers.

-D'ailleurs, en parlant de cela... Où sont-ils ? »

Je n'avais pas pensé à lui dire...

« Ils sont partis en colère de la chambre quand je leur ai expliqué les résultats des analyses. Je ne sais pas où ils sont partis.

-Ce n'est pas grave. C'est logique d'être en colère dans leur cas ».

Le docteur Charles partit de la chambre en me laissant seul. À nouveau. J'étais si vulnérable...