J'ai cru que ces deux semaines n'allaient jamais se terminer ^-^' N'empêche que me revoilà, et dans les temps en plus :)
Bonne lecture :D
3.
Let me live my life
I can go get my knife
Or I can pull out the one that you stuck in my back
Le moment décisif était arrivé pour Hermione. Lorsqu'elle arriva devant la Grande Salle, ce soir-là – plus tôt qu'à son habitude –, elle était plus stressée qu'elle ne l'avait jamais été, même les jours d'examens.
Elle se planta devant la gigantesque double porte qui était fermée sur la non moins grande salle qui se cachait derrière les battants de bois. Sa baguette magique à la main, elle ne cessait de tourner et retourner cette dernière dans tous les sens au creux de sa main.
Il arriva enfin, sa longue cape noire virevoltant derrière lui, lui donnant cet air de chauve-souris inimitable. Néanmoins, bien que son apparence ne soit pas tellement plaisante, elle savait ce qui se cachait sous cette épaisse redingote : un grand cœur, bien que brisé.
- Eh bien, fit-il froidement, je constate que vous êtes déjà là. Si vous pouviez bien cesser de tourner cette baguette dans tous les sens dans votre main, nous pourrions commencer.
Honteuse de cette marque de stress plus que visible, elle baissa la tête mais ne fit pas de commentaires. Ils commencèrent à déambuler côte à côte dans les couloirs du vaste château.
La soirée était étonnamment calme. Seul un petit groupe d'élèves avait été surpris hors de leurs dortoirs, mais ils s'y rendaient justement. Cela leur valut une perte de dix points pour leur maison, Poufsouffle, que Snape leur infligea avec la plus grande délectation.
L'homme n'avait jamais été un très grand bavard durant ces rondes nocturnes, mais ce soir-là, Hermione sentait qu'il faisait tous les efforts humainement possibles pour éviter de la regarder. Les souvenirs de la semaine précédentes semblaient encore ancrés dans son esprit, et il se comportait comme si elle n'existait pas.
Plus les minutes défilaient, plus les couloirs dépassés les rapprochaient de la fin de cette ronde, plus Hermione stressait. Elle ne savait pas très bien comment aborder un Snape aussi peu coopératif et si peu loquace, lui qui d'habitude lui lançait quelques piques sur les fréquentes promenades nocturnes d'Harry, en insistant bien sur le fait qu'elle n'était jamais parvenue à l'empêcher de les faire.
La Grande Salle serait bientôt en vue, il fallait qu'elle se dépêche. Malade de stress, elle se lança, plus du tout aussi déterminée que quelques jours plus tôt. Elle se sentait comme quelqu'un qu'on aurait jeté à la mer sans bouée de sauvetage.
- Pro... professeur, bégaya-t-elle. Pourrais-je vous parler quelques instants, s'il vous plaît ?
C'était fait. Elle s'était jetée à l'eau. Maintenant, il n'y avait plus aucun échappatoire, ni aucun moyen de retourner en arrière. Elle se maudit intérieurement.
- Oui, miss Granger ? fit-il d'une voix sarcastique. Mais dépêchez-vous, je n'ai pas que ça à faire de mes soirées.
- Non, bien sûr, marmonna-t-elle sans trop vraiment réfléchir, vous les passez certainement à boire du Whisky Pur-Feu en vous apitoyant sur votre sort.
Snape se figea, et tourna lentement la tête vers elle. Hermione réalisa qu'elle n'aurait pas pu commettre pire boulette. « Oops », se dit-elle, « Granger, tu es vraiment une imbécile » se maudit-elle dans sa tête.
- Miss Granger, commença-t-il d'un ton glacial, je ne vous permets pas cette insolence, et par conséquent, je retire cinquante points à Gryffondor. De plus, je ne vois pas en quoi ce que je fais de mes soirées vous regarde, même si, la semaine dernière, vous m'avez surpris à une occupation absolument pas professionnelle. D'ailleurs, je vous interdis formellement d'en parler à qui que ce soit, vous m'entendez ? Même la fille Weasley ne doit rien savoir. Vous n'auriez jamais dû voir cela, ni vous, ni personne d'autre !
Il semblait désormais très en colère. Mais contre qui ? Contre Hermione, ou contre lui-même ? « Certainement un peu des deux », conclut la jeune femme, morte de peur. Jamais Snape ne lui avait paru aussi terrifiant qu'en cet instant, alors qu'il la fixait avec rancune, elle qui connaissait un secret qu'il n'aurait jamais voulu dévoiler à quiconque. La perte de points lui était égale – bien que ses camarades de Gryffondor lui en voudraient sûrement le lendemain matin en constatant la disparition d'un certain nombre de rubis dans leur sablier – mais l'attitude de Snape la glaçait presque d'effroi.
- Je suis désolée, professeur, continua-t-elle d'une voix contrite. Je sais bien que je n'aurais jamais dû assister à cela, mais...
Elle inspira à fond avant de poursuivre :
- Mais... je suis très inquiète pour vous, pour être honnête.
Snape semblait désormais avoir envie de la gifler. Il s'apprêtait à répliquer, mais Hermione lui coupa la parole :
- Ne m'interrompez pas. J'ai bien vu que vous n'alliez vraiment pas bien du tout, même si vous faites d'énormes efforts pour le dissimuler. Je... enfin, professeur, vous pleuriez ! Ne niez pas, je vous ai vu ! Alors, si je peux faire quelque chose pour vous aider, je vous en prie, dites-le moi. Je suis sincère, et je ne dirais jamais rien à personne si vous me l'interdisez.
Snape reprenait le contrôle de lui-même. Ses traits, qui quelques secondes auparavant, étaient déformés par la fureur, se figèrent à nouveau en un masque d'impassibilité.
- Je ne vois pas en quoi mes sentiments vous concernent, Granger, et je ne vois pas non plus en quoi serait votre devoir de m'aider d'une quelconque manière à mieux les supporter. Je vous demande simplement de ne jamais rien dire à quiconque, et cela serait la plus grande aide que vous pourriez m'apporter. Maintenant, filez dans vos appartements, et fichez-moi la paix !
Et il se détourna d'elle, sa cape volant derrière lui alors qu'il arpentait le reste du couloir d'un pas furieux.
Hermione, penaude, mais aussi soulagée d'être encore en un seul morceau, retourna chez elle, comme il le lui avait ordonné avant de partir. Elle eut beaucoup de mal à s'endormir ce soir-là, ses pensées entièrement occupées par sa confrontation avec Snape.
Snape, cet homme brisé, qui se composait une façade solide pour que personne ne se doute des tourments qui l'emplissaient.
Hermione était décidée à faire tomber ce mur infranchissable, et ainsi d'accéder à l'homme amer et esseulé qu'il était réellement.
Severus, de son côté, s'était précipité dans ses propres appartements, avant que ne lui vienne l'idée de tuer Granger sur place. Dans sa fureur, il saccagea tout ce qu'il lui passait sous la main.
Une fois calmé, il se laissa lourdement tomber sur un fauteuil, et cacha son visage entre ses mains, sanglotant comme une âme en peine.
Granger avait rouvert toutes les blessures sur lesquelles il avait mis toute son énergie à les refermer. Il ressassait amèrement toutes les déceptions dont sa vie avait été jalonnée.
La pire d'entre toutes était la mort de Lily. Cela l'avait privé de tout espoir de pardon de sa part. Cela s'apparentait à un coup de couteau dans le ventre. Depuis plus de dix-sept ans, cette plaie le vidait continuellement de son sang – de sa force vitale, de sa joie d'être vivant –, sans qu'il sache comment la refermer définitivement.
Voilà, j'espère que ce chapitre vous a tout autant plu, on se retrouve comme d'habitude dans deux semaines, c'est-à-dire dimanche 21 février (Dieu que ça semble loin...).
