CHAPITRE 4 :
Meurtri, effondré, il s'était laissé tomber à genoux sous le poids de sa peine, les larmes coulant à l'unisson sur ses joues enfantines.
Il lui en avait voulu les deux premiers jours… quoiqu'à bien y penser les deux premières minutes seraient plus exactes. Il avait cru s'être débarrassé de ce fardeau, l'avoir combattu avec et pour son mari durant 6 mois. Il avait fini par baisser sa garde, spéculant comme un fou sur le total pardon de son amant vis-à-vis de sa traîtrise.
Ça n'avait pas été facile pour Yann, surtout lorsque ce dernier les avait surpris, lui et Tiago, en train de s'embrasser. Un seul et unique baiser, rien de plus, mais qui avait failli lui coûter son mariage. Yann avait fulminé, les avait séparé en menaçant cet homme de tous les sévices possibles s'il venait à le recroiser à moins de 500 kilomètres de son mari, avant de ne plus adresser la parole à Kévin durant deux semaines. Il l'avait bien mérité et s'était maudit de s'être écarté ainsi du seul et unique bonheur qu'il vivait et s'était construit depuis presque 4 ans avec un homme qu'il aimait plus que tout. Mais à force de persuasion, il avait fini par reconquérir Yann.
Et alors qu'il croyait tout cet épisode derrière lui, lui qui n'avait plus jamais croisé les yeux d'un autre homme, Yann le lui avait rejeté à la figure avec une force enragée si douloureuse que son corps, tétanisé, s'était finalement laisser abattre pour s'écrouler dans une position fœtale, d'ordinaire protectrice, contre le sol si froid de l'appartement désormais vide. Froid et vide comme sa vie depuis trois semaines.
Trois semaines sans nouvelle aucune, sans signe de lui, sans espoir. Il s'était relevé péniblement et avait balayé de son regard ce nid qui avait été le leur, avant de se rendre compte que Yann avait emporté avec lui ses affaires. Leur penderie était à moitié vide, les vêtements de son mari partis avec lui. Yann avait dû faire sa valise avant qu'il ne rentre ce soir-là, et il était parti comme ça, laissant derrière lui des souvenirs douloureux, et son alliance, que Kévin avait reçu comme un poignard en plein cœur.
Puis sa peine laissant place à son inquiétude, il l'avait cherché, partout, dans tous les endroits si particuliers à leurs yeux. Mais rien. Rien non plus au commissariat. Il n'était pas revenu travailler. Il s'était évaporé.
Personne, de ses collègues au Commissaire, n'avait été en mesure de le renseigner, lui disant simplement que son mari avait fait une demande de congés.
Mais ressentant un malaise insidieux dans leurs réponses parfois hésitantes, il s'était obstiné. Il n'était pas flic pour rien après tout. Son instinct, s'il pouvait définir sa sensation ainsi, l'avait conduit jusqu'à fouiller, sans que personne ne le sache, dans les dossiers les plus inaccessibles de la Police Nationale. Lui que tout le monde croyait innocent, il avait alors outrepassé tous les principes morals existants, usant de moyens parfois illégaux, pour accéder à des informations classées Secrètes.
Il n'avait pas trouvé grand-chose, une simple adresse, le lieu et la date d'un échange non précisé, et un nom étrange. Yann Bollieri. Même si ses informations n'avaient pas de sens propre, il était sûr d'une chose. Ce faux nom était bien relié de prêt comme de loin à son mari et à sa disparition subite.
C'est pourquoi il se trouvait là, ce soir, seul dans cette nuit sombre et glaciale, à planquer à quelques mètres de cet entrepôt situé sur de vastes quais de stockage.
Trois heures qu'il était frigorifié, ne pouvant allumer le chauffage de peur d'être repéré. Mais par qui ? Il n'y avait pas âme qui vive dans ces lieux. Il finit par se demander ce qu'il faisait là. Où était son mari ? Allait-il bien ? Ce nom d'emprunt était-il vraiment le sien ?
Et perdu dans ses pensées, il ne vit pas deux ombres approcher de sa voiture par l'arrière, et ne se rendit compte que trop tard de son erreur lorsqu'il sentit sa portière s'ouvrir violemment
Avant d'avoir pu finir de tourner la tête, une douleur sourde de ce qu'il identifia comme une batte de base-ball entrant en contact violemment avec sa tête, lui fit rejoindre ses pensées dans un néant terrifiant.
