Un nouveau chapitre aujourd'hui de Et Si..., j'avoue qu'il est un peu long pour une OS mais toutes les parties que j'ai écrites me semblent importantes. J'espère que ce One Shot vous plaira.

Titre : Révélations au clair de lune

Episode : Révélations au clair de lune…Et si Merlin révélait son secret à Arthur ? SE4E6

Pairing : bromance Merthur

Résumé : Merlin a toujours voulu révéler sa vraie nature à Arthur. Alors quand la mort vient le titiller, il se dit que c'est peut être le bon moment.

DISCLAIMER : Merlin ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas. Je ne fais que m'en inspirer pour écrire cette fiction.

Bonne lecture !

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La lumière de la lune filtrait doucement entre les hauts arbres de la forêt. Au coin d'un feu dont les flammes faiblissaient un peu, deux silhouettes, l'une assise, se tenant droite, l'autre allongée contre un tronc d'arbre, se dessinaient. L'homme assis avait sûrement un peu plus que la vingtaine, arborait des cheveux blonds et un regard bleu de lin qui brillait à la lumière de la flamme vacillante du feu qu'il alimentait en retournant les buches avec son épée. Il portait une armure ornée de gravures par-dessus une chemise rouge. Il semblait particulièrement musclé, témoin d'un entraînement au combat quotidien. L'autre, était un jeune garçon du même âge, grand et dégingandé. Son visage pâle, dont la blancheur était accentuée par la lumière de la lune, était percé de deux yeux saphir. Son front et ses cheveux noirs perlaient de sueur et il se tenait la poitrine d'une main, respirant lentement, comme pour se ménager, tandis qu'on distinguait sous ses doigts, une tache plus sombre que sa chemise bleue. L'autre arrêta de remuer les cendres et tourna un regard soucieux vers lui.

« Ils doivent travailler leur colère, murmura le brun, un demi-sourire sur les lèvres.

-Ils l'ont fait. Sur toi.

Le brun se mit à rire nerveusement tandis que l'autre s'approchait de lui et levait doucement la chemise pour contempler une blessure suppurante.

-J'ai vu pire, fit le blond.

-Où ça, sur un mort ?

-Non, tu ne vas pas mourir, Merlin. Ne sois pas si couard.

Le dénommé Merlin jeta un regard sur l'autre, un regard qui semblait signifier « Même toi, tu ne crois pas ce que tu dis ».

-Arthur… je vis avec un médecin depuis des années…

Celui qui semblait être Arthur lui lança un regard suppliant mais Merlin continua.

-J'ai vu des tas de blessures, reprit ce dernier, je sais reconnaître quand elles sont graves.

Et de grave, l'air d'Arthur l'était. Le silence plongea sur le roi et son serviteur.

-Si je mourais, diriez-vous que je suis un héros ? interrogea Merlin, l'air sérieux.

-Probablement.

-Mais tant que je vivrais, je serais un couard ?

-C'est ainsi, on t'apporte la gloire quand tu n'es plus sur Terre pour l'apprécier.

Merlin grimaça de nouveau, mais pas à cause des paroles de son maître. Il sentait ses forces l'abandonner, il sentait que sa magie disparaissait peu à peu, comme si elle lui annonçait l'inéluctable.

-Arthur… si je devais mourir…

-Tu ne vas pas mourir, Merlin ! le coupa vivement Arthur. Je te l'interdis !

-Il y'a hélas des ordres que je ne peux exécuter, Arthur, murmura Merlin, en souriant et en fermant peu à peu les yeux, épuisé. Même vous, vous ne sauriez m'interdire de mourir…

-Merlin…

Le roi saisit les deux mains de son valet. En cet instant, il se fichait bien des convenances, du fait que leur amitié ne devrait pas être. Merlin était et serait toujours son ami, que les règles soient d'accord ou non !

-Si je dois mourir, reprit le jeune homme, imperturbable, je veux…

-Tu ne saurais vouloir quoi que ce soit, Merlin. Tu es un serviteur.

Merlin rouvrit les yeux, plongea son regard dans celui du roi, étonnement grave. Il savait qu'Arthur cachait son inquiétude derrière ses paroles en apparence dévalorisantes. Il avait l'habitude et le lisait mieix que personne.

-Pour une fois dans votre vie, Arthur, écoutez-moi.

Arthur se figea en entendant les accents de supplications dans la voix de Merlin. Son regard grave, sa voix suppliante… Arthur frémit. Je ne te perdrai pas, songea-t-il. Parce que si jamais je perdais mon meilleur et seul ami, alors je serais affreusement seul. Merlin toussa avant de reprendre la parole.

-Je… je voudrais que vous sachiez cela.

Mais à présent qu'il était tout prêt de révéler son secret au roi, Merlin hésitait. Était-ce le moment ? Et si jamais il survivait, car en lui restait un petit bout d'espoir de ne pas mourir, qu'est-ce qui résulterait de cette révélation ? Merlin savait qu'Arthur ne le tuerait pas, pas maintenant puisque de toutes manières, il allait très certainement mourir mais si jamais il ne mourrait pas ? Est-ce qu'Arthur serait si clément ? Pitié… je ne veux pas mourir des mains de mon meilleur ami… Et puis que penserait-il de lui ? Qu'il n'eût jamais eu confiance en lui alors que Merlin aurait remis sa vie entre ses mains ? Qu'il était un traître, uniquement là, à Camelot, pour le tuer ? Qu'il était un allié de Morgane ? Arthur se sentirait-il trahi ? Merlin saisit sa tête à deux mains, dans l'espoir d'apaiser un peu ses sombres pensées. Je ne veux pas mourir…

-Merlin ? Merlin, que t'arrive-t-il ? Tu me fais peur…

Merlin tourna la tête vers son maître. Il semblait réellement inquiet. Comment pouvait-il vouloir le tuer ? Pourtant… la magie avait tué son père, et la blessure était encore à vif…

-Je n'arrive pas à trouver le courage de vous le dire, Arthur, murmura le sorcier.

-Me dire quoi, Merlin ?

Merlin fixa son meilleur ami un instant, cherchant dans son regard… que cherchait-il exactement ? S'il se doutait de ce qu'il allait lui révéler ? La peur ? La haine ? Mais tout ce qu'il trouva en fouillant son regard, ce fut la curiosité et toujours cette inquiétude. Merlin laissa tomber sa tête mollement contre le tronc d'arbre, ferma les yeux, ce qu'Arthur dut interpréter comme une démonstration de sa faiblesse physique.

-Les révélations peuvent attendre demain matin, Merlin, il faut que tu te reposes.

-Arthur…

-Il faut que tu te reposes, répéta le roi, têtu.

-Je suis un sorcier, Arthur.

Le jeune roi se figea dans son action, laissa retomber la couverture qu'il voulait déposer sur le corps malade de son valet. Il la récupéra, incapable de penser et se retourna vers le jeune homme qui le fixait, semblant attendre une réponse.

-Arrête de profaner de telles sottises, Merlin !

-C'est la vérité, continua le valet.

Arthur posa une main tremblante sur le front de Merlin, front qui était bouillant et mouillé de sueur.

-Tu as de la fièvre et tu racontes n'importe quoi !

-Arthur…

-Chut.

Il passa une main douce dans les cheveux noirs du jeune homme.

-Repose-toi.

Il me pense si idiot qu'il ne me croit pas, songea Merlin. Mais il ferma les yeux et reposa la tête sur la buche, vaincu.

-Attends.

Arthur le souleva un peu et se cala dans son dos.

-Arthur… vous n'avez pas à faire cela…

-Bien au contraire. Tu t'occupes de moi tout le temps. Laisse-moi te rendre la pareille.

Merlin leva les yeux vers son roi.

-Tu es mon seul ami, Merlin, le seul en qui je peux avoir une confiance aveugle. Tu prends soin de ma personne et c'est la raison pour laquelle tu ne peux pas être un sorcier. Maintenant dors.

Merlin ferma les yeux, sachant qu'Arthur l'interpréterait comme une obéissance de sa part. Il dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas pleurer. Arthur ne le croyait pas. Jamais il n'accepterait la magie, la blessure qu'il avait laissé dans son cœur, en se faisant avoir par Morgane lorsqu'il avait tenté de sauver Uther était encore trop à vif pour qu'Arthur croie en la bonté des sorciers. C'était une chance que Merlin soit brûlant de fièvre. Si jamais Arthur découvrait que ce qu'il venait de dire était vrai… Merlin mourrait de la main de son roi. Il sentit qu'une larme roulait sur sa joue. Si seulement les choses pouvaient être différentes… Arthur et lui seraient de bons amis. Mais le Destin les avait forgés ainsi, fils du roi qui détestait la magie et plus grand sorcier de tous les temps. Ils ne pourraient jamais s'entendre. Jamais.

Vaincu par la tristesse et par la douleur, Merlin finit par sombrer dans l'inconscience.

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C'est la chaleur qui l'entourait disparaissant d'un coup qui réveilla Merlin. Il eut du mal à ouvrir les yeux mais quand les bruits d'épées qui s'entrechoquent retentir dans la quiétude de la forêt, Merlin fut parfaitement réveillé. Avec un grognement d'inconfort, le sorcier se redressa péniblement.

Arthur faisait face à quinze hommes en arme. Déjà, cinq étaient morts, aux pieds du roi. Celui-ci fit tournoyer son épée, en posture défensive.

Il ne les battra jamais tous, pensa Merlin.

Et son rôle, son destin, était de protéger Arthur. Même blessé. Merlin se redressa parfaitement tandis qu'Arthur tuait un autre brigand. Merlin tendit une main devant lui et sa voix retentit, claire et grave à la fois, dans le silence de la forêt, troublé par les coups d'épées des combattants, ses yeux devinrent dorés, tandis que l'ensemble des adversaires du roi étaient projetés en arrière. Leurs têtes heurtèrent les arbres alentour tandis qu'Arthur se tournait vers son valet. Celui-ci rejetait la tête en arrière, l'air essoufflé.

-Partez, Arthur. Ils sont assommés et c'est vous qu'ils veulent. Vous avez le temps de fuir.

Arthur attrapa le bras de Merlin qui se dégagea.

-Allez-y sans moi. Je vais vous retarder.

-Merlin…

Le regard de son valet le dissuada de quoi que ce soit. Un instant, il eut peur de lui, comme s'il redoutait qu'il lui fasse quelque chose. Mais Merlin était incapable de lui faire du mal, Arthur le savait. Puis finalement, il murmura :

-Et toi ?

-Ne vous inquiétez pas pour moi.

Il y'avait tant de détermination dans sa voix qu'Arthur le crut. En cet instant, c'était un autre Merlin qu'il voyait. Pas l'idiot maladroit et sarcastique, non, mais le jeune homme courageux, loyal et noble. Arthur lui adressa un dernier regard, murmura quelque chose comme « je saurais m'en souvenir » et partit en courant.

Une nouvelle fois, Merlin laissa retomber sa tête sur le tronc d'arbre, son regard rivé sur les brigands. Il devrait être prêt à les affronter quand ils bougeraient.

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Arthur devait dire que la magie qui avait repoussé les brigands était totalement bienvenue. Parce qu'Arthur savait que c'était de la magie. Mais où pouvait bien être le sorcier qui les avait tirés de ce mauvais pas ?

Arthur s'arrêta subitement de courir.

Se pouvait-il que… ?

Non, bien sûr que non.

Ce serait irréel.

Impossible.

Inconcevable.

Non.

Pourtant, le doute subsistait.

Il devait en avoir le cœur net.

Et son cœur, en cet instant, il battait la chamade, non pas à cause de sa course effrénée mais par cette potentielle révélation, ce truc qu'il ne pouvait pas croire, qu'il ne voulait pas croire.

Arthur se retourna. Se mit à courir en sens inverse. Il saurait. Coûte que coûte.

Un des brigands bougea. Avec difficulté, Merlin s'appuya sur sa main, l'autre contre sa blessure qui lui faisait souffrir le martyr, puis il se redressa. Un instant, il vacilla sur ses deux pieds, sentant que ses jambes allaient se dérober mais il parvint à faire quelques pas en avant et s'appuya contre un arbre, reprenant difficilement son souffle. En plus d'avoir une plaie infectée, voire surinfectée, la chute lui avait brisé quelques côtes et Merlin n'avait pas la force, physique ou magique, de les soigner. Il lui restait à peine quelques ressources pour pouvoir affronter les brigands.

Il était si faible qu'il n'entendit pas les buissons bouger derrière lui, ni ne vit la tête blonde qui l'observait, bien dissimulée derrière l'arbre.

En revanche, Merlin vit les brigands se redresser peu à peu. Il lâcha son arbre et s'avança, au centre de la clairière. Bientôt, il fut encerclé des brigands. Il leva une main, les faisant s'arrêter d'avancer, surpris du geste.

-Si j'étais vous, j'arrêterais d'avancer.

-Et pourquoi cela, gringalet ?

-Je suis plus fort que j'en ai l'air, riposta Merlin.

Ne joue pas au plus malin, Merlin, songea Arthur avec inquiétude. Tu es blessé et faible.

Les brigands, eux, avaient éclaté de rire, avant de faire un pas de plus vers lui.

-Un pas de plus et vous le regretterez amèrement, avertit le valet.

Manifestement, ils ne le prenaient pas au sérieux. Merlin fit un signe de tête, son regard vira à l'or et l'instant d'après, les brigands étaient collés au sol, incapable de bouger. Merlin avait le poing fermé, le regard déterminé, il faisait presque peur.

Non. Non, songea Arthur. C'est impossible, je rêve… ou je cauchemarde.

Il se pinça. Il sentait tout à fait son corps.

-Non… gémit-il.

Comment Merlin avait-il pu lui cacher ? Pourquoi ne l'avait-il pas cru, hier soir ? Comment son valet pouvait-il être un sorcier, un être vil, un…

Arthur arrêta sa réflexion, là. Merlin n'était pas un monstre. Il ne saurait penser cela.

Mais alors pourquoi a-t-il appris la magie ? Pourquoi ?

A présent, il toisait les dix brigands, l'air à la fois las, fatigué, et pourtant fort et puissant. Arthur sentait presque la magie qui s'emparer de son corps.

Comment peut-il être si puissant ? Depuis combien de temps la pratique-t-il ? Est-ce qu'il me cache sa nature depuis le début ? Depuis qu'il est à Camelot ? Combien le savent, combien l'ont deviné ? Suis-je si aveugle ?

-Mais qui es-tu ? rugit le brigand. Tu ne saurais être plus puissant que Morgane…

-Vous faites erreur.

La voix de Merlin était si déterminée, son poing toujours serré, pourtant il tremblait comme une feuille. Sûrement son enchantement qui l'épuise… songea Arthur, l'air malheureux. Comment peux-tu me faire cela, Merlin ? J'avais confiance en toi ! J'avais… confiance en toi.

-Il y'a un homme qu'elle a toujours craint, continua Merlin, tandis que la sueur perlait son front, que son autre main agrippait son flanc plus fermement, qu'il grimaçait aussi.

-Emrys… murmura le brigand.

Merlin rouvrit le poing. Les brigands se mirent aussitôt debout.

-C'est toi ?

Il acquiesça. Arthur, lui, manquait d'air. En plus d'être sorcier… son valet… ne pouvait être celui que Morgane craignait le plus…

-Je ne suis pas un assassin, contrairement à Morgane, fit Merlin, le regard impénétrable. Je ne veux pas votre mort, ni celle d'aucun homme. Mais attaquez vous à Arthur et je n'hésiterais pas une seule seconde.

Un éclair passa dans ses yeux saphir.

-Pourquoi lui voues-tu une si grande loyauté ?

-Parce que j'ai foi en le monde qu'il va construire.

Arthur tomba à genoux. Se pourrait-il que je me sois trompé ? Les sorciers ne sont-ils pas tous mauvais ?

-Il te tuerait s'il savait.

-J'en suis conscient, répondit Merlin et Arthur vit de la tristesse dans son regard.

Pardon Merlin, pardon… je t'en prie, pardonne-moi si je ne t'ai pas prouvé que tu pouvais me faire confiance…

Une larme roulait sur sa joue. Une autre suivit bientôt, puis une autre et pendant qu'il pleurait silencieusement, Merlin continuait de discuter avec les brigands.

-Et tu continues de le servir ?

-Oui.

La voix de Merlin ne flanchait pas alors que son corps continuait d'être secoué de spasmes.

-Arthur est mon destin, le protéger est ma raison d'être.

Oh, Merlin… Il semblait à Arthur n'avoir jamais tant pleuré de sa vie.

-Mais au-delà de cela, il est mon ami et je ne saurais le laisser mourir. C'est pourquoi, si vous le touchez, je vous tuerais sans hésitation.

Arthur vit de la peur dans les yeux des brigands.

-Tu pourrais le faire, là, maintenant, n'est-ce pas ?

-Je ne suis pas Morgane. Partez, à présent, je vous laisse la vie sauve. Mais ne touchez pas à Arthur. Je le saurais et vous ressentirez mon courroux.

Celui qui semblait diriger les autres s'inclina :

-Nous nous en souviendrons, Emrys.

-Partez.

Il fit un signe de tête et le brigand et ses hommes disparurent plus loin dans la forêt. Toujours en larmes, Arthur n'osait bouger. A cet instant, Merlin s'effondra sur le sol.

-MERLIN !

OOooOO

Quand Merlin revint à lui, quelqu'un appliquait un linge sur son front. Il fronça les sourcils et perçut comme un soupir de soulagement. Il était seul quand il était tombé, non ? Il ouvrit les yeux.

-Je vous avais dit de partir ! s'exclama-t-il en voyant Arthur, au-dessus de lui.

Sa tête reposait sur les genoux du roi. Il tenta de se redresser et Arthur l'en empêcha en posant une main sur son torse. Merlin scruta son regard. Celui-ci semblait désolé. Triste et désolé et les yeux du roi étaient rouges.

-Arthur ? Tout va bien ?

L'intéressé baissa la tête. Merlin tourna la tête pour avoir le regard du roi dans sa ligne de mire mais il n'y arrivait pas.

-Arthur ? répéta-t-il. Vous vous sentez bien ?

Le roi daigna enfin le regarder. Une larme roulait sur sa joue. Merlin ne savait que faire. Pourquoi le roi pleurait-il ?

-Pourquoi est-ce à moi que j'en veux ? murmura le roi. C'est pourtant toi qui me faisais des cachotteries.

Merlin se figea. C'était donc cela. Arthur n'était jamais parti, il l'avait vu. Il baissa la tête à son tour.

-Je sais que je me suis mal comporté avec toi, Merlin… je regrette de ne pas avoir mérité ta confiance.

Le valet releva la tête, la vue embrouillée par les larmes, le cœur gros, les émotions prenant le dessus sur lui.

-Non, fit-il, la voix tremblante. J'aurais dû vous le dire depuis longtemps.

-Pourquoi ne l'as-tu pas fait ?

Ils se fixaient, tous deux pleurant à chaudes larmes.

-Vous m'auriez fait décapiter !

-Je ne sais pas ce que j'aurais fait, répliqua le roi, d'une voix triste.

-Je ne voulais pas vous mettre dans cette situation.

-C'était ça qui te tracassait ? s'étonna le roi.

Merlin haussa les épaules, ce qui fit rire nerveusement le roi. Bientôt, Merlin l'imitait. Finalement, quand leur rire se fut tari, Arthur murmura :

-On dirait que rien n'a changé…

-Je suis toujours le même, Arthur. Je n'ai pas changé.

-Et je ne veux pas que tu changes, Merlin.

Le jeune homme accusa le coup, sans comprendre. Arthur ne semblait pas en colère, juste… blessé. A cette pensée, le sorcier se sentit coupable et il baissa de nouveau la tête.

-Merlin… je ne parviens pas à comprendre… pourquoi as-tu appris la magie ? Depuis combien de temps la pratiques-tu ? Et pourquoi Morgane te craint-elle tant ?

Le sorcier resta silencieux une minute, comme s'il cherchait ses mots. Arthur le vit fermer les yeux, comme pour retenir de nouvelles larmes.

-Je ne l'ai pas apprise.

-Merlin… cesse de mentir, je t'en prie…

La voix du roi était emplie de trémolos.

-Je ne veux pas croire que je ne peux plus te faire confiance…

-C'est la vérité, Arthur.

Celle de Merlin n'était guère plus assurée.

-Je suis né avec cette faculté. Je déplaçais des objets alors même que je ne prononçais un mot. J'ai toujours su utiliser la magie, elle est en moi. Et elle est destinée à vous protéger. C'est la seule raison de ma venue sur Terre.

Arthur contempla son valet un instant, guettant quoi que ce soit qui assurerait le contraire de ses dires dans ses yeux, mais les saphirs que le sorcier possédait étaient on ne peut plus sincères, on ne peut plus vrais.

-Quant à Morgane… elle me craint parce que je suis le plus grands d'entre nous tous.

-Toi ?

-Je sais que cela vous paraît incroyable, Arthur, mais je suis le plus grand sorcier qui ait un jour marché sur cette Terre.

-Alors… toutes ces fois où tu t'es fait passer pour un idiot… c'était pour dissimuler la vérité ? De discréditer ?

Il hocha la tête en grimaçant. Arthur avait momentanément oublié sa blessure. Quel piètre ami, je fais…

-Et vous, Arthur…

La voix du sorcier le tira de ses pensées.

-… vous êtes la seconde face de la pièce que je forme.

-Pardon ?

-Nous sommes destinés à agir ensemble, pour tous. Vous êtes le Roi qui Fut et qui Sera et mon rôle consiste à vous épauler et à surveiller vos arrières pendant que vous construirez Albion.

-La terre d'égalité…

-Oui.

Arthur n'en croyait pas ses oreilles. Et il recevait bien trop d'informations d'un seul coup.

-J'ai besoin d'être seul.

Il se leva, laissa retomber la tête de Merlin sur le sol et s'éloigna dans la forêt, ignorant le regard triste de son valet.

Merlin regarda Arthur s'éloigner, le cœur gros. S'il perdait son meilleur ami à cause de son secret… bien sûr il comprendrait la réaction d'Arthur mais il doutait qu'il y survive. Déjà faible, si le roi ne lui pardonnait pas, Merlin ne le supporterait sûrement pas.

Il se détestait pour n'avoir pas fait confiance à Arthur plus tôt, il se détestait pour lui avoir révélé de cette manière. Il se détestait pour être faible à ce point, pour toutes ces choses-là, pour pleurer encore parce qu'Arthur était sûrement en train de décider de son sort, de…

Il ne voulait pas y penser.

Il ne voulait plus penser.

Il se laissa aller aux douces vapeurs du sommeil qui le happaient. Ici, au moins, il ne se torturerait plus.

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Quand Arthur revint vers leur camp improvisé, Merlin était allongé par terre, immobile. Le cœur du roi s'emballa et il se précipita vers son ami, prit son pouls. Il laissa échapper un long soupir en sentant le cœur du sorcier battre avec une certaine vigueur. Tiens… C'est étrange. Arthur se retourna pour couvrir son ami qui restait tout de même très froid. Quand il chercha le visage de Merlin, celui-ci le contemplait. Ils échangèrent une œillade silencieuse, s'excusant l'un l'autre, mentalement, tout en sachant qu'ils ne s'entendraient pas. Mais leurs regards parlaient pour eux.

-Comment te sens-tu ? interrogea le roi, fébrile.

Il savait que le sujet était sur leurs lèvres à tous deux, mais il ne voulait pas l'aborder le premier. Il ne voulait pas souffrir à nouveau, immédiatement.

-Mieux, je crois. Je… ma magie… elle me maintient en vie et elle me donne des forces…

Il avait baissé la tête mais la releva en terminant sa phrase, plongeant son regard dans celui d'Arthur.

-De nombreuses fois, j'ai voulu vous le dire, mais à chaque fois, quelque chose m'en empêchait. Will… votre père… Morgane… vos réflexions devant moi…

Au regard qu'il lui lança, Arthur devina que les réflexions en question l'avaient sûrement blessé. Désolé, s'excusa-t-il en silence.

-Pourquoi n'as-tu jamais essayé de me faire accepter la magie ?

-Parce que je voulais que vous le fassiez, si vous le faisiez, en connaissance de cause. De bon cœur. Pas de manière soumise ou je ne sais quoi.

Arthur ne lâchait plus son regard.

-Tu ne m'as donc jamais ensorcelé ?

-Non.

La réponse était sincère, Arthur le sentait.

-Mais si besoin en eut été, pour votre protection, je l'aurais fait.*

-Je ne comprends pas ton dévouement, Merlin. Les sorciers me détestent.

-Vous êtes mon ami, Arthur. Du moins, vous l'étiez.

-Je le suis toujours. En tout cas, tu…

Arthur ne parvint pas à terminer sa phrase. Merlin se contenta de le regarder.

-Au début, je vous trouvais arrogant et prétentieux, imbu de vous-même et crétin.

-Je m'en souviens, oui, fit Arthur avec une grimace.

-Quand Kilgharrah…

-Kilgharrah ? répéta Arthur, sans comprendre.

-Le dragon qui vivait dans vos cachots.

-Attends, tu as parlé à des dragons?!

-Mieux que ça, mais là n'est pas la question.

-Tu as raison.

-Donc, reprit Merlin, quand le dragon m'a dit que mon destin était de vous aider à devenir roi…

-Tu n'étais pas spécialement ravi.

-Non. Je lui ai même dit que si des gens voulaient vous tuer, qu'ils le fassent, que je pourrais même les aider.

-Tu me détestais à ce point ?

Arthur sentit un léger pincement au cœur quand Merlin hocha la tête.

-Pourtant tu m'as sauvé la vie.

-Oui. Avec la magie.

-Grands dieux… s'exclama Arthur. -Comment ai-je pu être si aveugle pendant tant de temps ?

-Vous ne voyez et n'entendez que ce que vous voulez, Arthur.

Il y'avait comme du reproche dans sa voix.

-Je suis désolé de ne pas t'avoir cru. J'aurais dû.

Il y'eut un instant de silence durant lequel Merlin ferma les yeux tout en grimaçant.

-Me parler t'épuise. Je devrais t'ordonner de te taire.

-Si je dois mourir, Arthur, je veux que vous sachiez tout.

-Je ne veux pas que tu meures, fit tristement le roi, en posant une main sur celle de son valet.

Merlin lui sourit.

-Et après ? As-tu toujours la même opinion de moi ?

-Non, répondit Merlin. Avec le temps, j'ai compris que vous étiez quelqu'un de bon, de juste, de noble et l'homme le plus courageux que j'ai eu à rencontrer. Et ma volonté d'accomplir mon destin s'est transformé en amitié, en amitié pour vous. Aujourd'hui, je vous protège parce que vous êtes mon ami, Arthur. Et rien que pour cela. Ma magie, c'est dans votre intérêt que je l'utilise, seulement dans votre intérêt.

Arthur sentait les larmes lui monter aux yeux.

-Je le sais, Merlin ! Je le sais !

Au diable les convenances ! songea le roi avec amertume.

Et il attira son valet dans une longue étreinte que lui rendit Merlin, en pleurant tout autant que lui.

Ce jour-là, dans la forêt, les seuls bruits qu'on entendait étaient les rires nerveux entrecoupés de petits sanglots que les deux amis échangeaient, serrés dans les bras l'un de l'autre.

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Quelques jours plus tard, un garçon brun aux côtés d'un blond se tenaient en haut des murailles de Camelot et tandis que le blond annonçait au peuple qui l'écoutait religieusement que la loi anti-magie était abolie, le brun souriait. Derrière eux, une jeune femme métisse souriait et regardait amoureusement le blond.

Le roi et son désormais Conseiller en Magie et Enchanteur de la Cour regardaient ce peuple qui les aimait tous deux et ils étaient fiers d'avoir accompli l'impossible.

Ils se regardèrent un instant en souriant.

Albion était née.

Les épisodes The Sword in the Stone sont le 12ème et le 13ème de la saison 4, ma fiction prenant source à un épisode antérieur, Merlin n'a donc pas ensorcelé Arthur pour le contraindre à fuir. Cette réponse négative n'est donc pas une erreur de ma part.

J'espère que ce OS vous a plu !Bonne journée/soirée à tous !