AN : Je ne possède toujours pas de droits sur Beth, Mick, Josef. Van Helsing est un emprunt de 50% à Bram Stoker (le sien vivait au XIXème siècle ; le mien est un descendant). Gaby est mon entière création.

Stratégies

La campagne de Buzzwire avait du bon. Van Helsing n'était pas difficile à trouver. Les journalistes avaient apparemment décidé de se consacrer à la recherche d'informations plus solides que sa vie sentimentale qui paraissait inexistante, ou tout au moins très immatérielle. Beth sourit. Il s'était installé dans un petit pavillon de la banlieue résidentielle de Los Angeles, avec un petit jardin. Un grand arbre surplombait et ombrait la terrasse devant sa porte d'entrée. Le professeur en sciences occultes avait de quoi décourager les amateurs de sensationnel de la presse américaine, s'il n'avait été l'auteur de la révélation sur les créatures de la nuit. Révélation qui n'avait encore rien d'officiel. Beth descendit de voiture et s'avança dans l'allée. Un mouvement furtif derrière une fenêtre l'informa que le professeur l'avait vue arriver. Elle gravit les trois marches qui menaient à la terrasse et s'apprêta à frapper. Elle prit une grande inspiration et frappa. La porte s'ouvrit instantanément sur un homme de taille moyenne, l'air affable, les cheveux poivre et sel, en jean et veste noire. Mais plus frappants étaient ses yeux, d'un bleu de nuit profonde. Il sourit, charmé.

« Mis Turner. »

Beth, surprise, répondit.

« Monsieur Van Helsing. »

Il sourit plus largement.

« Monsieur Talbot m'a parlé de vous, mis Turner. Il m'avait bien paru enchanté par votre beauté, mais il vous a sous-estimée.

-Merci. J'aurais besoin de votre aide. »

Van Helsing sourit et demanda :

« Vraiment ? Entrez. »

Beth obtempéra.

« Qu'est-ce qui vous amène ? »

La jeune femme serra les dents, puis se lança :

« Je voudrais vous parler à propos de …votre transformation. »

Il sourit, amusé.

« Oh, vous y croyez ? »

Beth pâlit. Il sourit encore et enchaîna :

« Prise au piège, hein ? Mais je n'en dirai pas un mot à Talbot. Je ne joue pas forcément franc-jeu avec lui. »

Surprise, Beth demanda :

« Comment avez-vous fait, alors ?

-Directe. J'aime ça. »

Il sourit et souleva un rideau. Une machine étrange qui ressemblait à une perfusion géante apparut. Beth s'étonna :

« Vous vous êtes aspiré tout votre sang ? Mais par quel sang l'avez-vous remplacé ?

-J'avais l'embarras du choix. J'ai testé toute la liste… » lui rappela-t-il.

Beth comprit.

« Donc vous avez votre preuve. Contre tous…

-Oui, malheureusement, c'est totalement impossible à rendre public. Mais Talbot ne veut pas comprendre cela. A moins que je ne me révèle comme vampire…ce qui a priori devrait déclencher l'ire de la communauté.

-Exactement.

-Et je tiens à ma peau... »

Il faisait allusion à l'Inquisition vampire, particulièrement sévère quant aux manquements au regard du Secret. Van Helsing sourit et remarqua :

« Vous connaissez même le Secret ? Vous êtes très bien informée... »

Beth répondit :

« Mais cette expérience...

-Oh, cela fait un moment que je voulais sauter le pas.

-Pourquoi ça ?

-Il y a une femme en Europe. Elle est vampire… »

Beth sourit, compréhensive.

« Alors, même le grand docteur Potts a ses dilemmes ?

-Humain, enfin autrefois.

-Je comprends.

-Et moi, je vois que vous êtes vous-même dans une position difficile, jeune lady. Amoureuse d'un vampire ? »

Beth approuva :

« Il est parti. Et quand il reviendra…

-Il sera trop tard pour vous, à moins que vous ne soyez vampire, comprit-il.

-C'est un fossé très profond, fit-elle remarquer.

-N'empêche que vous envisagez très sérieusement de le franchir, je me trompe ? Et vous avez un sang exceptionnel.

-Dr Potts, si je peux vous demander une faveur, intervint-elle, je ne veux pas franchir ce fossé n'importe comment.

-Votre amoureux ?

-Oui, je voudrais que ce soit lui…

-Je comprends très romantique. Mais il ne veut pas le faire, n'est-ce pas ?

-Il est très pondéré à ce sujet. » fit Beth, avec un sourire.

Que Potts lui rendit en rétorquant :

« Il a bien raison. C'est une grave décision, mais voyez-vous, avec ma machine, on cumule tous les avantages. C'est la personne qui choisit jusqu'au bout...Et on peut même récupérer le sang. Il n'y a pas la sensuelle morsure, mais bon…on ne peut pas exactement tout avoir. »

Beth demanda :

« Vous entendez commercialiser votre invention ?

-Elle est déjà vendue en Europe. Il y a une quantité de personnes qui ont une phobie de la morsure, mais veulent sauter le pas de l'immortalité. Avec les nouvelles techniques, être vampire n'est plus un enfer.

-Et vous êtes venu vendre ça en Amérique ?

-Well done, mis.

-Je suis journaliste, monsieur Potts. Enfin, je l'étais. Dites-moi, auriez-vous un différend avec Lance ?

-Oh, vous le connaissez aussi ? Euh, oui, pourquoi ?

-Pure curiosité.

-Il est élitiste et je suis pour la démocratisation.

-Un pur prosélyte, ajouta Beth.

-Oui, on peut dire ça comme ça, répondit Van Helsing. C'est Gaby, ma prosélyte.

-Gaby ?

-Mon… épouse.

-Vous l'avez épousée ? »

Van Helsing hocha la tête, avec un brin de nostalgie.

« J'étais humain, alors… »

Beth, brusquement mal à l'aise, changea de sujet :

« Et vous la soutenez même d'un point de vue politique ?

-L'immortalité est tellement séduisante.

-Mais votre système a ses failles…, fit remarquer Beth. Si tout le monde est vampire, comment se nourriront-ils ?

-Exact, mais tout le monde ne pourra pas le devenir. Je ne me fais pas d'illusion, miss Turner. Je ne fais que donner des possibilités je me doute bien même que les humains ne doivent pas tous devenir vampires. »

Beth sourit et rétorqua :

« Pourquoi aider Talbot contre la communauté vampire ?

-Je veux qu'ils apprennent l'existence de ma machine, l'informa-t-il.

-Vous prenez des risques.

-Considérés. C'est du commerce. »

Beth commençait à comprendre.

« Vous cherchez un moyen de chantage sur la communauté vampire, n'est-ce pas ? Le pouvoir que vous donne cette machine…

-Exact. Je suis impressionné. Non seulement vous êtes extrêmement séduisante, mais vous avez aussi une intelligence brillante. »

Beth murmura, brusquement inspirée :

« Si je vous aide, m'aiderez-vous contre Talbot ?

-A l'éloigner de la communauté vampire ?

-Oui. »

Van Helsing la jaugea du regard et murmura avec circonspection :

« Je pense que je peux faire ça. Mais que comptez-vous faire pour moi ?

-Vous voulez que la communauté vampire de LA apprenne l'existence de votre machine ?

-Oui et qu'elle me rende Gaby.

-Les vampires ont emprisonné Gaby ?

-Je ne sais pas ce qu'ils ont fait d'elle, mis Turner. »

Beth réfléchit quelques instants, avant de sourire, compréhensive.

« Je peux essayer d'en apprendre plus sur Gaby.

-Vous feriez ça ?

-Vous éloigneriez Talbot de Mick ? »

Il hocha la tête et lui tendit la main. Beth lui rendit son sourire et ils échangèrent une poignée de main. Le marché était scellé.

« Professeur ? J'aurais besoin d'un motif pour lequel rechercher Gaby.

-Je l'aime, n'est-ce pas suffisant ? Passez sous silence le fait que je suis devenu vampire. »

Beth sourit et fit observer :

« Professeur, un humain ne peut pas faire appel à la communauté vampire.

-Sauf si c'est Gaby qui me l'a demandé, en cas d'urgence, comme tout vampire honnête qui se respecte. »

Beth prit note, avec un sourire entendu : la Communauté n'avait pas dû trouver que Gaby était un vampire qui se respectait.

"Trouvez ce qu'ils ont fait d'elle, Beth et je vous en serai éternellement reconnaissant. Ce qui maintenant a un certain poids », fit remarquer le professeur. Ils se séparèrent quelques instants plus tard, sur ce commentaire de Van Helsing.

« Je serais ravi de pouvoir vous assister au Passage. »

Beth n'eut pas besoin de sous-titres pour comprendre son offre. Elle sourit.

« J'y réfléchis continuellement, vous savez, professeur. »

Van Helsing sourit à son tour et rétorqua :

« Oui, je sais ce que c'est. Au revoir, Beth. »

Il la regarda s'éloigner, certain soudainement que si quelqu'un pouvait sauver Gaby, c'était bien Beth.