Hello !

Oui, je sais, aucune excuse pour un si lamentable retard (j'ai battu tous les records, là !), mais je reviens en force avec un chapitre plus long et contenant plus d'action ! Vous remarquerez que j'ai un peu changé le système des musiques d'ambiance, qui seront dispersées çà et là dans le chapitre, afin que vous ayez un meilleur confort de lecture. J'ai également retrouvé une bêta, mais elle est très fort occupé, donc ça prend un peu de temps. Et si vous voulez tout savoir, entre temps, j'ai créer un vidéo trailer de la fiction et des vidéos pour les musiques (tous les liens sont sur le profil !). Pour ceux quine le sauraient pas, j'ai aussi un blog reprenant cette fiction, agrémenté de gifs et de montages - tous de moi - et tout un habillage qui peuvent rendre la lecture encore plus confortable (lien toujours sur le profil). Certains diront que ça ne sert à rien, moi je dis que ça donne un nouveau sens à l'histoire.

Enfin bref... Bonne lecture !


Réponses aux reviews anonymes :

Ciriel : Merci beaucoup à toi ! Oui, la suite arrive, la suite est là...

AnnaNana : La suite, là voilà ! un peu tardive... je suis contente que tu comprennes pour le tutoiement, ça m'évite de me remettre en question ^^

Merci encore à vous tous de lire et de reviewer !


Musique d'ambiance : Lustmord - Blackstar (lien sur le profil)


Son souffle s'accéléra, sa main se crispa sur les rennes. Ses cheveux se levèrent brusquement pour flotter dans la soudaine bourrasque. Angela entrouvrit ses lèvres, mais ce n'était pas là un moyen pour parler, mais pour permettre à davantage d'air à s'introduire en elle. Elle sentait cette nouvelle nervosité qui les prenaient, elle et Encria, au galop sous elle, balançant furieusement la tête.

Cela faisait quelques minutes que la Plongeuse du Gondor avait sommé à cet Aragorn et aux Hobbits de la suivre. L'un de ces derniers était dans un piteux état : pâle, les yeux d'un bleu perçant et inhabituel. Ce fût pour lui qu'elle avait fait demi-tour, emmenant la troupe vers le bois le plus proche.

La nuit était froide, seuls les claquements des sabots des chevaux sur le sentier troublaient le silence. Mais des nuages menaçants approchaient derrière eux. Noirs, emplis de malveillance et de cruauté. Prémices de la mort.

Bientôt, une ligne sombre apparut à l'horizon. Angela se raplatit légèrement et tourna fugacement la tête, s'assurant ainsi que l'homme et ses compagnons la suivaient. Elle resserra ses jambes sur les flancs de sa jument, l'incitant à gagner en ardeur. Celle-ci héla, effrayée par l'ambiance moite qui l'oppressait, mais ne dévia pas de son chemin. Sa maîtresse ressentait également la nouvelle lourdeur de l'air, alors que la nuit était fraîche. De toute évidence, ce n'était point là un phénomène naturel. Ce sentiment ressemblait fortement à celui qu'elle ressentait lors des derniers mois passés au Gondor.

Il leur fallut encore un quart d'heure avant qu'ils n'atteignent enfin un bosquet. A son orée, la cavalière descendit de sa monture et le pénétra précipitamment. Elle s'assura que les voyageurs la suivaient avant de continuer d'avancer sans un mot. Une fois quelques centaines de mètres parcourus, elle s'arrêta et prit le blessé dans ses bras afin de le poser au sol. Elle vit alors une déchirure dans dans le tissus de son vêtement. Elle l'écarta délicatement et découvrit une plaie béante, au niveau du cœur, qui recrachait à la fois du sang et du liquide noir et visqueux.

- Connaissez-vous l'athelas, demanda Angela à Aragorn sans détacher son regard de la blessure.

- L'athelas ? S'étonna un des Hobbits, celui au cheveux roux. C'est de la mauvaise herbe !

- C'est une plante aux vertus cicatrisantes, l'informa l'Homme. Mais cela ne le guérira pas.

- Elle nous le gardera un peu plus longtemps, répliqua la jeune femme. Il nous faut en trouver !

Aragorn s'effaça de suite à l'affût d'une discrète fleur accompagné du pseudo-jardinier. Angela prit le visage du blessé entre ses mains. Sa peau était glacée et il semblait regarder au loin, somnolant dans un univers entre le rêve et la réalité.

- Comment se nomme-t-il ? Demanda-t-elle aux deux jeunes garçons qui étaient restés.

- Frodon, répondit celui au visage innocent et aux cheveux châtains bouclés. Frodon Sacquet.

- Va-t-il mourir ? Demanda l'autre.

Angela ne répondit pas. Elle qui n'écoutait qu'à moitié Elrond lorsqu'il tentait tant bien que mal à l'intéresser à l'art de la guérison, là voilà qu'elle regrette son comportement. Aragorn réapparut, un bouquet de petites fleurs blanches en main. Il s'agenouilla à coté du Hobbit, malaxa la plante de ses doigts.

- Im Angela, telin le thead, prononça la mortelle en sindarin d'une voix douce.

Si Angela avait vécu bientôt un an auprès d'un des plus grands guérisseur de la Terre du Milieu, elle se sentait toutefois incapable de promulguer des soins à un tierce, et encore moins dans des conditions pareilles. Elle laissa donc Aragorn mâcher les plantes en bouche avant de les malaxer entre ses doigts, en prenant un air particulièrement appliqué. Celui-ci leva cependant les yeux un instant pour observer la jeune femme, étonné de la voir parler un langage elfique, puis appliqua le remède sur la plaie. Frodon échappa un gémissement étouffé.

- Lasto beth-nín, continua Angela de la voix la plus douce qu'elle pût. Tolo don nan galad...

Il n'y eut d'abord aucun effet, mais à force d'encouragement et de secondes passées, les plaintes du blessé s'atténuèrent, celui-ci étant comme pris d'une soudaine léthargie. Ses traits se détendirent et il semblait être endormi les yeux ouverts.

- Cela suffira jusqu'à Imladris, si on a de la chance, fît Angela au Rôdeur.

Celui-ci la regarda d'un regard insondable. Frodon se tourna brusquement sur lui-même, certainement pour retrouver une position confortable, et un objet se déroba de sa poche. Un objet...

Un anneau.

Doré, au diamètre étroit, si discret et si remarquable à la fois. Son éclat sembla se raviver alors qu'elle le détaillait, tremblante. Un étrange attachement prenait soudain Angela face à ses lignes, son aura mystérieuse, forte et fougueuse. Des sentiments heureux, puis colériques se succédèrent soudain, l'emplissant d'une certitude incroyable : l'anneau était à portée de sa main et il lui était très précieux. Il était pour sûr magnifique, et ne méritait certainement pas de rester tapi au fond d'une poche de toile encrassée par la boue. Elle avança ses doigts, soudainement curieuse de l'effet qu'il aurait à son annulaire...

- Non.

Angela sursauta. Le contact de ses doigts avec ceux d'Aragorn, fermes, l'éjecta de sa somnolence due à son manque de prudence. Ses prunelles étaient chargées d'un unique et ultime avertissement, sa seconde main posée sur le pommeau de son épée. Angela regarda à nouveau l'anneau.

Ou, plus précisément, l'Anneau.

Angela comprit, comprit son erreur, sa sottise. Sans un mot, elle baissa la tête avant de se relever. Le Rôdeur entoura sa main d'un vieux chiffon provenant de sa poche et prit le fruit interdit du bout des doigts, son pouvoir un tant soit peu diminué par l'obstacle de tissus. Il remit précipitamment l'Anneau dans la poche de Frodon avant de lui aussi se relever.

De peu, le monde avait failli basculer à nouveau dans le chaos. Elle qui avait ri au nez de Elrond, son généreux hôte, qui voulait la prévenir ! La voilà subjuguée par le mal si habilement déguisé. Mais c'était le but du jeu. Le but du combat. Aragorn avait paré la lame de l'ennemi avant qu'il ne la blessât d'une blessure d'apparence insignifiante mais attaquée par une violente infection bien plus tard. C'était cela. Une fine aiguille qui ne révélait sa douleur que longtemps après. Elle eut honte, affreusement honte, s'étant comportée comme une gamine idiote alors qu'on l'avait averti du danger.

- C'est donc pour cela que les Neufs vous poursuivent, murmura la Plongeuse du Gondor.

- Seuls cinq sont à nos trousses, répondit Aragorn, et qui sait quels vils desseins poursuivent les quatre autres. Nous devons à tout prix sauver le Porteur de l'Anneau.

Angela regarda un instant dans le vide. Ce qu'avait dit le Seigneur d'Imladris était donc vrai. L'Anneau était réapparu et tentait de retourner à son maître. Tentait désespérément et cruellement de retourner à son maître. Et, inconsciemment, elle avait succombé à son charme terrifiant.

Il fallait mettre l'Anneau en sécurité, et seul quelqu'un de sage et respectable pourrait sauver le Porteur de l'Anneau et garder la seconde relique du pouvoir de Sauron. Angela releva la tête.

La Grande Bataille de son temps avait commencé.

- Il faut l'emmener à Imladris, fit-elle. Elrond saura le soigner.

- Fondcombe est à une demi-journée de cheval d'ici. C'est trop loin.

- Nous n'avons pas le choix.

Angela regarda à nouveau Frodon, agonisant.

- Rochon ellint im, murmura-t-elle.

Elle était sûre qu'il comprenait ce qu'elle disait. Elle ne s'était pas trompée.

- Andelu i ven, répondit-il en effet.

- Frodon fîr. Hon mabathon.

Puis, elle rajouta en langue commune :

- C'est la seule solution.

Il baissa les yeux après un instant, en signe de soumission.

- Be iest lîn.

Aragorn prit le Hobbit dans ses bras et le plaça sur le cheval noir de la protégée d'Imladris. Celle-ci monta juste derrière lui, prenant les rennes d'une jument plus que nerveuse. Frodon était comme une poupée de chiffon dans ses bras, s'appuyant sur son buste pour ne pas tomber. Elle lança un dernier regard au Rôdeur.

- Chevauchez vite, ordonna-t-il. Ne vous retournez pas.

- Noro lim, Encria. Noro lim !

Et après un resserrement de jambes sur ses flancs, Encria décolla au galop, disparaissant dans le noir. Au loin, un hurlement strident se fit entendre.

... ... .. . .. ... ... ...

Angela releva la tête. Exténuée.

Ils étaient là. Derrière elle. Elle ne les voyait pas, mais sentait leur présence. Vile, cruelle. Un frisson lui parcourait le dos à chaque fois qu'elle croyait entendre les sabots d'un autre cheval que le sien, un langage inconnu parmi tous ceux de la forêt. Forêt qui était étrangement silencieuse. La plupart du temps, on pouvait entendre, si l'on tendait bien l'oreille, la douce chanson de la brise, le discret murmure des arbres. Mais ici, tout semblait s'être endormi, comme si on avait soufflé sur la flamme de leur vie. Comme si eux avaient écrasé la fragile structure de leur âme.

Il y avait eux, derrière, et il y avait Lui, devant.

Lui. Celui qui murmurait d'une voix sinueuse, presque imperceptible. Celui qui brillait sans lumière à travers le tissus. Celui dont elle avait du mal à ignorer, Son chant remplaçant celui du vent, Lui sur qui elle ne pouvait ne serait-ce qu'approcher. Le traître, il l'avait abandonné à cette musique malsaine mais tellement glorifiante.

Une musique muette et silencieuse.

Un cri extirpa la cavalière de ses pensées. Si aiguë, si dérangeant, si douloureux, si... mal... Elle voulait se retourner, voir qui était là. Mais si elle détournait le regard, au fond d'elle, la jeune femme sentait qu'elle n'aurait plus le courage de continuer. Regarder devant elle, malgré la tentation. Regarder devant. Devant.

Encria hennit soudain, secoua la tête et se cabra. Angela, surprise, eut juste le temps d'entourer le Porteur de l'Anneau de ses bras afin qu'ils ne tombent pas. Un soleil puissant se levait, commençant à inonder la plaine de lumière.

Angela tenta de pousser sa jument, mais celle-ci, obstinée, ne voulait plus bouger. Elle était terriblement nerveuse. Ses pattes tremblaient comme une feuille, on n'aurait su dire si c'était par l'effort ou par la peur qui s'imprégnait en elle. Elle secouait sa tête, tapait le sol avec ses sabots.

- Encria, je t'en prie, on n'est plus très loin ! supplia sa maîtresse. Encria !

Un gémissement s'échappa à nouveau des lèvres du jeune Hobbit. Il semblait de moins en moins résistant au poison qui circulait en son corps et la cavalière se doutait qu'il ne survivrait pas longtemps, même si elle arrivait à temps à Imladris. Elrond était un grand guérisseur, mais personne de sa connaissance n'avait été sauvé du venin. Son destin paraissait scellé. Son hôte ne pourrait alors que clore les paupières du Hobbit du bout de ses doigts et prendre l'Anneau afin de décider ce qu'il en adviendrait. Elrond proposerait, comme nombre d'autre, de le détruire le plus rapidement possible.

Angela calma sa respiration, ferma les yeux.

Mais après tout,ce n'était pas la seule solution. Peut-être... Peut-être cet Anneau pourrait-il être converti en une bonne cause ! Comme le Retour du Roi, comme le rétablissement de l'honneur et de la richesse des Descendants d'Aalis... Pourquoi pas ? Après tout, elle était forte, soutenue par Imladris – pourquoi Elrond refuserait-il ? - et souhaitait juste réparer l'injustice commise. Depuis la nuit des temps, un Roi dirigeait le Gondor et les Descendants d'Aalis le secondaient, étalant prospérité et richesse sur leurs terres. Un Intendant n'avait pas à guider les rennes de la Contrée de l'Arbre Blanc.

Si simple. L'Anneau était puissant, suffisamment pour détruire Sauron et rétablir la paix en Terre du Milieu. Ensuite, il suffirait d'expulser l'Intendant et sa famille, de les jeter dans le déshonneur et libérer le trône, soutenu par le peuple qui suivrait les héros de la Grande Guerre. Le déshonneur... le pire des déshonneur. En place publique. Une humiliation mêlée à la torture dont elle se délecterait. Un par un, chacun à genoux en file indienne regardant avec horreur le précédent déjà passé au vice. Et elle s'en délecterait, elle sourirait d'une esquisse cruelle alors qu'elle tiendrai le fouet, flagellant le dos, la chair, la richesse, l'honneur, l'amour propre, la façade devant le peuple, la raison de vivre ...

Angela ouvrit les yeux, leva les doigts de l'Anneau qu'elle caressait à travers la toile qui recouvrait Frodon et dégaina son sabre.

Elle eut tout juste le temps de lever sa lame pour parer une autre, noire, souillée et tranchante.


Musique d'ambiance : Howard Shore -The Nazgûl Theme (lien sur le profil)


Le Nazgûl poussa un cri horriblement aiguë, paniquant le cheval de la Plongeuse qui fît involontairement tomber les deux cavaliers. Alors que Frodon laissait échapper un grognement de douleur, Angela se releva le plus rapidement possible malgré le choc à son dos qui parût la casser en deux. Sa poigne se crispa sur son arme, ses yeux tentaient tant bien que mal rester ouverts. Comme si on l'avait hypnotisée.

L'humaine se concentra sur son ennemi. Il était tout habillé de drapes noires, avec un capuche qui empêchai de voir son visage. Le Nazgûl était seul, apparemment plus rapide que ses compères. A nouveau il abattit son épée, mais dans le vide cette fois, car Angela avait juste eut le temps de dévier sur la gauche. Elle assura ses appuis, tourna rapidement la tête pour bien se positionner devant Frodon. Elle devait le protéger.

Elle devait protéger l'Anneau.

A cette pensée, Angela attaqua. Après un retentissant cri de guerre, elle assena un coup de son sabre sur l'arme de son ennemi. Reprenant de la vigueur, elle en fit un deuxième, puis un troisième, faisant reculer son adversaire à chaque fois. Pourtant, il semblait parer avec facilité, sans effort. Mais Angela ne le voyait pas. Sa rage était trop grande.

Elle abattit une nouvelle fois son arme. Elle y mettait toute sa force, même tout son poids, si bien qu'elle devait attendre que son sabre retombe au sol pour lui faire reprendre de l'élan. Au bout d'un moment, le serviteur du Mal, certainement las de cette démonstration grotesque, écarta simplement le sabre de sa trajectoire grâce à son arme et abattit celle-ci sur celle de son adversaire. Au plus grand étonnement de la Plongeuse, sa propre lame se brisa, ne lui laissant que le manche et un bout d'acier.

Sa lame... brisée...

Angela regarda avec effarement sons sabre, maintenant réduit qu'à sa garde, sa lame à ses pieds. Elle lâcha le reste de son arme, recula tout en prenant Frodon par les pans de sa chemise, le traînant avec elle. Son cœur battait à la chamade, la tension la fît tendre, l'assenant d'un son extrêmement aiguë et continu. Elle n'entendait plus rien d'autre que cette longue mono-mélodie qui lui hurlait aux oreilles, elle ne voyait rien d'autre que cette épée sale qui s'approchait de plus en plus d'elle alors qu'elle reculait. Le tintement du aux mouvements des phalanges recouvertes de plaquettes de métal se superposa bientôt à son ouïe déroutée. Son pied glissa soudain : elle était au bord d'une falaise. Il n'y avait plus de possibilité de s'enfuir, plus aucun espoir. Angela sentit sa peau hérisser, une goutte de sueur dégringola avec lenteur le long de son dos malgré la fraîcheur. La peur s'était insinuée en elle et la paralysait. Son corps lui ordonnait de fuir, sa raison était perdue, et ce désagréable bruit que lui provoquait sa tension ! Sa vision semblait ralentir le temps.

La peur s'était insinuée en elle.

Il allait la tuer. Angela ferma les yeux. Elle le sentait. Le Nazgûl levait sa lame, marqua un court instant. Angela était là, couchée – les Valar seuls savent comment elle en est arrivée à cet position - impuissante, le corps exposé, à attendre le coup. Elle se souvint des jeux qu'elle inventait avec son grand frère alors qu'ils n'étaient âgés que de quelques années. Du sourire de sa mère à la naissance des jumeaux, du regard rempli d'espoir qu'elle lui avait livré alors qu'elle s'apprêtait à se faire décapiter en place publique par ordre de l'Intendant La première fois qu'elle avait rencontré Encria, petite pouline abandonnée par la jument de l'aubergiste du village, son dressage, le nombre incalculable d'entraînements de plongeons qu'elle avait partagés avec ses frères et sœur, ainsi que ses entraînement en solo pour pouvoir maîtriser son sabre, offert par son père. Sa rencontre avec Elrond, le long voyage pour arriver jusqu'à sa demeure. Une année entière à Imladris, à apprendre à lire, à parler l'elfique. Une année de cohabitation avec celui qui fût le premier à proposer son aide à sa famille sans craindre à de quelconques représailles. Celui qui l'avait toujours soutenue, hébergée, protégée pendant une année. Sans rien attendre en retour. Comme agirait un vrai père...

Elrond...

Angela ouvrit les yeux. Fronça les sourcils.

Le Nazgûl ne levait pas sa lame. Il se penchait et tendait sa main. Vers Frodon.

- Non ! Hurla Angela.

Elle prit le bras tendu pour le tirer vers elle. Furieux, le cavalier noir se redressa et dressant son épée. Il l'abattit sur la Plongeuse, qui eut juste le temps de rouler sur le côté pour ne pas être transpercé. L'arme plantée dans le sol, la jeune femme ne perdit pas son temps. Elle reprit la manche du Nazgûl pour la tirer par-dessus elle-même, le précipitant ainsi dans le vide, dégringolant de la falaise. Angela se redressa sur ses genoux et jeta un œil dans le vide. Elle ne le voyait pas. Il n'était pas là...

Pas le temps de s'attarder. La Plongeuse se releva et se pencha pour agripper le Hobbit. Un sifflement s'échappa de ses lèvres, répondant à la douleur cuisante qu'elle ressentait à son épaule droite.

- Oh non... murmura-t-elle.

Une simple égratignure. Le sang ne coulait même pas. Juste une ligne irrégulière. Noircie.

La lame du Nazgûl l'avait touchée.

Angela évalua ses options. Bien que la blessure fusse minime, son épaule brûlait horriblement. Frodon gémissait de plus de plus, comme s'il était prit d'un haut le cœur. Le soleil s'était levé depuis quelques minutes déjà. La route était désormais claire, mais les autres Nazgûl n'était plus très loin... si pas déjà très près. Imladris n'était plus qu'à deux lieue, le jeu ne tenait qu'à un fil. Essayer et risquer de se faire rattraper, laissant l'Anneau à l'Ennemi. Se cacher, mourir en silence en espérant qu'une bonne âme ne trouve l'Anneau et le confie à Elrond.

Entre la certitude de mourir et la possibilité de réussir, Angela ne prit pas longtemps à réfléchir. Faisant la sourde oreille à sa souffrance, elle remit Frodon sur la selle d'Encria, qui s'était cachée derrière quelques arbres. Elle monta rapidement ensuite et ordonna le galop sans attendre.

Derrière elle, un hurlement strident se fit entendre.

- Trouver la Bruinen, trouver la Bruinen ! Pensait la Plongeuse à voix haute.

Elle entendit un bruissement de cape. La jeune femme tourna fugacement la tête et découvrit avec horreur que quatre Nazgûl la suivait. Ils étaient tout proche...

Angela resserra ses hanches sur les flancs de son cheval une nouvelle fois. Un éclat d'espoir lui parvint lorsqu'elle entendit un écoulement d'eau rapide. Après quelques minutes, elle vit enfin la Bruinen, large cours d'eau au courant rapide rapide et au lit large. Angela fit ralentir sa monture, mais la fît de suite tourner vers la gauche, évitant ainsi le bras d'un Nazgûl trop proche du Hobbit blessé. La Plongeuse du Gondor fit à nouveau claquer les rennes, forçant à Encria d'accélérer l'allure.

- Mais où est le gué ? Grogna sa cavalière.

Le gué de la Bruinen était le seul endroit sur tout le long de la Bruinen ayant le lit peu profond et le flux relativement lent. Donc, la seule place possible pour un cheval de traverser la rivière sans être emportée. Dans sa précipitation, Angela avait avancé au plus vite sans se diriger directement vers le point voulu. Elle ne savait plus vraiment où elle était, mais elle était sûr qu'elle était au sud de ce gué. Elle remonta donc la rivière, en jetant des coups d'œil furtifs derrière elle, les Nazgûl n'étant qu'à quelques mètres d'elle.

Elle sentit soudain la présence d'un de ces serviteurs des Ténèbres à sa droite. Puis à sa gauche. Chacun se rapprochait de plus en plus, tentant ainsi de limiter petit à petit ses mouvements. Angela, comprenant qu'elle devait rapidement sortir de cette situation périlleuse, profita de la présence de petits sapins pour slalomer entre eux, lui permettant de rapidement gagner quelques mètres

Enfin, elle reconnut une rangée d'arbres caractéristiques au lieu recherché. Angela fît dévier d'un coup sec son cheval vers la droite, lui quémandant de traverser le cours d'eau au plus vite. Cela était plutôt facile, l'eau ne faisant que border les sabots de l'animal. Après quelques mètres, Encria se retrouva enfin sur l'autre rive de la rivière.

Les chevaux de ses assaillants hurlèrent tout autant que leurs cavaliers, horrifiés par l'eau qui les séparait de leur proies. La Plongeuse du Gondor sourit. Elle connaissait peu de chose à propos de ces serviteurs du mal, mais elle s'était souvenue clairement de cette faiblesse particulière.

- Abandonne le Semi-Homme, femme, fit l'un des Cavaliers Noirs d'une voix caverneuse.

- Essayez donc de me rattraper, lança-t-elle en guise de provocation.

La jeune femme crispa ses doigts sur les rennes, croyant presque apercevoir un frisson de colère traverser le Nazgûl. Angela était sous tension, espérant que son plan marcherait.

Il marcha encore mieux que prévu.

Après un étrange cri de guerre, les Nazgûl firent claquer les rennes tenant les montures hésitantes. Celles-ci répondirent toutefois à l'ordre, engouffrant leurs sabots dans l'eau. Bientôt, ils allèrent à l'allure d'un galop, se rapprochant de plus en plus vite de l'humaine. Celle-ci, perdit son regard dans dans le courant de la rivière. Soudain, l'image d'Elrond s'imposa à son esprit, un jour où elle avait accepté de partager le repas avec lui.

« Cela fait des siècles que les descendants d'Aalis entendent le chant des Ulumúri dès le berceau. Souviens-toi. Quand tu auras besoin d'elle, l'eau répondra toujours à toi. »

Angela releva la tête, prit son courage à deux mains et murmura :

- Nin o Chithaeglir, lasto beth daer, Rimmo nin Bruinen dan in Ulaer...

Sa voix faisaient écho autour d'elle, malgré son volume peu important. L'eau, tout un coup, commença à monter lentement, le courant se fît plus fort. Mais les Nazgul avançaient toujours, proches, toujours plus proches... Angela répéta, beaucoup plus fort cette fois :

- Nin o Chithaeglir, lasto beth daer, Rimmo nin Bruinen dan in Ulaer !

Un bruit sourd attira soudain son attention à sa droite. Là, chatouillant les berges, une énorme vague survint au tournant du lit de la Bruinen. Cette vague, atteignant la moitié de la hauteur de certains des plus grands arbres, arriva à très vive allure, tellement que les Cavaliers Noirs ne purent s'échapper. On pût distinguer un bref instant la silhouette de quatre chevaux dans les eaux qu'emportait la vague, qui s'écrasa tout d'un coup sur les Cavaliers Sombres, emportés avec leurs montures, le courant étant trop fort pour tenter une quelconque résistance. Bientôt, on ne les vit plus, les serviteurs du mal engloutis par l'eau.


Musique d'ambiance : Lustmord - Blackstar (lien sur le profil)


Angela sourit de sa victoire, avant de rapidement désenchanter, un horrible pincement lui rappelant sa récente blessure. D'un réflexe, elle plaqua durement sa main sur son épaule droite, puis l'enleva lentement, étonnée par la sensation. Un liquide noirâtre s'écoulait librement sur ses doigts, elle qui ne saignait pas quelques minutes auparavant. La Descendante d'Aalis fronça ses sourcils, sentant sa vision se brouiller. La panique s'empara d'elle, ne sachant que faire face à ce venin malfaisant qu'elle pouvait presque sentir parcourir l'intérieur de son corps.

Angela remit sa jument au galop, le vent fouettant son visage, sa vue de plus en plus floue. Elle ne pensait plus qu'à une chose : trouver Elrond. Ses membres commençaient eux aussi à brûler de l'intérieur. Bientôt, le relief monta. Au détour d'une paroi rocheuse, la cavalière reconnut immédiatement la Dernière Maison Simple étincelant sous le soleil levant. Elle ne prit pas plus de temps à réfléchir qu'elle dévala la vallée à toute vitesse. Ses paupières devenaient de plus en plus lourdes, elle avait du mal à tenir sur sa selle. Angela ne pût retenir un gémissement de douleur lorsque sa monture atterrissait lourdement à la suite d'un saut en vue d'éviter un rocher. Frodon ne faisait plus aucun bruit.

Était-il mort ? Angela s'en fichait royalement à cet heure, ne sentant que son propre besoin d'être sauvée. Après quelques minutes, les sabots d'Encria rencontrèrent une nouvelle fois le pavé clair de la cour de Fondcombe. Montant les escaliers de marbres 6 marches à la fois, faisant fît des curieux matinaux, cheval et cavaliers se précipitèrent vers le haut de la cité, l'escalier menant directement à un grand kiosque monté par de fines poutrelles entrelacées de pierre blanche, montant et s'élargissant en un toit arrondi. Quelques feuilles tombées sous l'effet de l'automne gisaient à terre, mais n'enlevaient en rien la beauté de la terrasse personnelle d'Elrond.

Elrond qui, accessoirement, n'était pas-là.

Angela s'écroula à terre, épuisée et désespérée, emportant le Hobbit avec elle. Ses yeux dévièrent au bleu perçant, froid et désagréable. Sa peau était encore plus pâle que d'habitude et son épaule droite crachait du pus sombre, épais et malodorant, qui s'écoulait sur le sol en gros paquet. Sa gorge brûlait comme si elle manquait d'air, tandis que ses membres se convulsaient brusquement en spasmes. La jeune femme ne pouvait plus bouger, juste fixer la vallée de manière vague et floue. Elle ne sentait plus aucune douleur. Plus aucune émotion. Elle était paralysée, autant physiquement que mentalement. Son corps ne répondaient que par des soubresauts soudains. Elle était là, couchée sur le sol, les cheveux étalés en fouillis et imprégnés du venin noir qui s'étalait sur la pierre taillée. Un filet de sang s'échappait maintenant de ses lèvres. Elle était seule. Seule.

Tout à coup, une ombre apparu dans son champs de vision. Mais Angela ne pouvait plus bouger. Plus personne ne pourrait l'aider.

- Celadaneth...

Une voix. Grave. Profonde. Sage. Une voix de velours reconnaissable d'entre toute, caressant la peau d'un frisson bref. La voix de son protecteur, de son hôte, de son guide. La voix d'Elrond, Seigneur d'Imladris.

Elrond regarda à tour de rôle sa pupille et le Hobbit allongé à côté d'elle. S'il ne savait pas depuis combien de temps ils étaient là, le Semi-Elfe jugea rapidement la gravité des blessures qu'ils subissaient et reconnut directement la substance qui sortait de leur plaies. Il vit subitement qu'Angela ouvrait se bouche lentement, les lèvres tremblotantes, à la recherche de force...

- A... A... da...

Elrond sursauta à l'entente du nom. Il crut un instant qu'il lui était destiné, puis remarqua le regard vague de la blessée. Elle délirait. A nouveau elle murmura quelque chose. Quelque chose...

- C... Corma turien te...

Le guérisseur releva brusquement la tête, la tourna vers l'autre blessé. Était-ce... lui ? Était-Il... là ? Une foule de souvenirs et de remords remontèrent à son esprit. Tous provenant du temps de la Dernière Alliance des Hommes et des Elfes...

Ainsi... Il était réapparu.

- A... Ada ...

Elrond revint sur le visage de la Plongeuse. Cette fois, il était sûr que c'était à lui qu'elle parlait, utilisant le peu de conscience qui lui restait. Ses yeux se vidaient petit-à-petit de la vie qui l'animait, son souffle devenait soudainement plus lent, langoureux mais difficile...

Mais elle l'appelait quand même. Elle l'appelait. Lui.

Alors, Elrond, déjà à genoux, mit délicatement une main sous la nuque de la jeune femme, la soulevant un peu vers lui sans la blesser. De l'autre main, il prit les doigts glacés de la blessée, les serrant tendrement.

- Im sí, iell-nín... murmura-t-il, à son oreille en fermant les yeux.Im sí...

Angela, se sentant un instant protégée, ne se focalisait plus que sur cette voix douce et apaisante, sombrant seconde par seconde dans l'abîme.

- Lasto beth-nín, tolo don nan galad...

... ... .. . .. ... ... ...

Sais-tu ? Sais-tu ce qu'il faut faire pour vivre au milieu des sirènes ?

Tu les sens au fond de la mer, très loin.

Si loin que le bleu n'existe plus.

Là où le ciel n'est plus qu'un souvenir.

Une fois que tu es là,

Dans le silence,

Tu y restes.

Et si tu décides que tu veux mourir pour elles, rester avec elles pour l'éternité,

Alors,

Elles viennent vers toi et jugent l'amour que tu leur portes.

S'il est sincère,

S'il est pur,

Et si tu leur plais,

Alors elle t'emmèneront,

Pour toujours.

N'oublie jamais ceci :

Les Plongeurs, tout au long de leur vie,

Espèrent voir se révéler l'esquisse d'une sirène dans l'eau,

Ou sentir son souffle sur leur peau.

Mais crois-moi,

Comme il en est pour les Elfes,

De retourner vers les Terres Immortelles,

Comme il en est pour les Hommes,

De retourner à la poussière,

Les Plongeurs s'en retournent aux profondeurs des eaux,

Tombant sans résistance dans les abîmes.

Un jour,

Quand il sera temps,

Toi aussi, tu tomberas,

Et là, tu les verras.

Magnifiques, gracieuses, fascinantes,

Ondulant dans l'eau comme volant dans l'azur.

Et elles t'emmèneront.

Ma petite fille...

... ... .. . .. ... ... ...


Musique d'ambiance : Howard Shore - The Leave Taking


Quelqu'un. Il y avait quelqu'un, à côté d'elle. Malgré son esprit encore embrumé par le sommeil, elle battit un instant des cils, ouvrit timidement un œil. Luttant contre l'agression du soleil à ces yeux endormis, Angela pût apercevoir le visage flou d'un jeune elfe, aux cheveux noirs et à la beauté noble caractéristique.

- Elladan... murmura-t-elle.

- Celadaneth, répondit simplement le jeune fils d'Elrond.

D'habitude, seul le Seigneur d'Imladris la surnommait ainsi, faisant référence à Velada, sœur de Erdogan, qui aurait sauté du haut de la cité de Minas Ithil pour plonger dans la mythique fontaine Arninan, pourtant d'une profondeur d'à peine 10 pieds. Elendil, Roi du Gondor et impressionné par cette prestation, aurait enfin admis que les femmes pouvaient elles-aussi devenir Plongeurs du Gondor et se battre sous l'aile du Roi. Depuis lors, les Elfes la nommèrent Celadaneth, la Femme de la Fontaine, et se fût également le nom qu'avait choisi Elrond pour nommer sa descendante.

Ce dernier entra à cet instant dans la pièce, un doux sourire aux lèvres qu'Angela ne connaissait pas. Elle le lui rendit toutefois, heureuse de le voir.

- Elrond, fit-elle.

Le sourire de l'Elfe s'effaça, rendant son visage grave et déterminé. Il lança un coup d'œil à son fils, qui opina la tête et sortit de la pièce. Angela, intriguée, ne pipait mot.

Elrond s'assit sur une chaise posée à côté du matelas et joignit ses mains, les posant sur ses cuisses.

- Nous n'avons pas beaucoup de temps, lança-t-il soudain, alors je t'ai apporté de quoi manger pendant qu'on parlera.

La première réaction d'Angela fût de ses sentir outrée par le manque de politesse de son hôte. Ensuite, se fût de se maudire elle-même intérieurement, sachant qu'en grand guérisseur il connaissait certainement mieux son état qu'elle. Puis de s'inquiéter par rapport à la réaction du Semi-Elfe. Ce n'était pas normal. Quelque chose clochait quelque part.

La Plongeuse fît ce que Elrond lui demanda et se servit sur un plateau qu'Elladan avait déposé au sol d'une multitude de grappe de raisins, de pêches et d'autres fruits délicieux pouvant attiser sa faim de loup. Le Seigneur d'Imladris la regarda faire avant de commencer par une question :

- Angela, as-tu touché l'Anneau ?

La main de la jeune femme se crispa soudain, éclatant le raisin qu'elle avait entre ses doigts.

Le souvenir lui revint.

Cette nuit-là. Un anneau. Un Anneau. La plus petite pensée qui s'étend en une gigantesque toile d'araignée. Le fouet. Le fouet.

Angela baissa la tête. Sans dire un mot, elle déposa le plateau à côté d'elle, se leva.

Vertige.

Elle se rattrapa sur le mur. Mordit sa lèvre. Reprit son équilibre et marcha lentement vers l'extérieur. Elle écarta le voile blanc, unique frontière entre la chambre et le balcon, qui offrait une vue imprenable sur la vallée. En cette saison, les feuilles brunâtres aux fascinantes nuances orangées se déposaient délicatement sur le sol, guidées par la brise encore chaude du souvenir de l'été.

Quelques feuilles tombées sous l'effet de l'automne gisaient à terre, mais n'enlevaient en rien la beauté de la terrasse personnelle d'Elrond.

Le voile blanc se froissa sous la poigne soudaine de la jeune humaine. Le souvenir... d'impuissance. La paralysie. La sensation d'avoir échoué.

Retour en arrière. Quelques minutes auparavant, elle se sentait indépendante. Libre. Forte, puissante. Elle se voyait. Elle se revoyait.

« Le déshonneur... le pire des déshonneur. En place publique. Une humiliation mêlée à la torture dont elle se délecterait. Un par un, chacun à genoux en file indienne regardant avec horreur le précédent déjà passé au vice. Et elle s'en délecterait, elle sourirait d'une esquisse cruelle alors qu'elle tiendrai le fouet, flagellant le dos, la chair, la richesse, l'honneur, l'amour propre, la façade devant le peuple, la raison de vivre ... »

- A travers du tissus. Pas directement. Mais il m'a attiré. Oui, je l'ai touché.

Elrond baissa la tête. Bien qu'il s'en fût douté, l'entendre de sa propre oreille lui faisait l'effet d'une gifle.

- Par tous les Valar, Elrond, si vous saviez ce dont j'ai pensé... ce... ce qu'Il a fait resurgir en moi...

- Qu'as-tu pensé ? Que t'a-t-Il fait voir ?

Elrond ne voulait pas l'entendre. Il voulait mettre ses mains sur ses oreilles et s'isoler dans le silence. Il n'avait qu'une seule envie : sortir de la pièce. Mais il devait le savoir. Il devait savoir si elle n'était pas encore perdue.

- Moi... murmura Angela. Moi... qui faisait du mal... je fouettais... je fouettais l'Intendant... et j'adorais ça...

- Cela te choque-t-il ? Demanda brusquement le Seigneur de Fondcombe en se levant.

Il s'approcha d'elle. Elle tenait le fin rideau si fort qu'elle aurait pu l'arracher. Son regard était perdu dans le vide. Perdu... l'était-elle, elle aussi ? Était-elle perdue ?

- Sur le moment... commença-t-elle, avant de s'interrompre.

Elle frissonna. De peur, d'excitation ? Elrond scrutait chacun de ses mouvements, guettant un indice, une piste. Elle semblait réfléchir. Sa poigne se desserra sur le voile, sans toutefois le lâcher.

La vallée était belle, en cette instant. Le temps semblait s'être arrêté.

- ... c'en était... jouissif, fît-elle enfin, trouvant le mot qui décrivait le mieux le sentiment qu'elle avait éprouvé. Mais maintenant, j'ai peur. Peur de moi-même.

Le Semi-Elfe retint de justesse un soupir de soulagement. Elle était encore guidée par la lumière.

Angela grimaça soudain, appliquant sa main sur son épaule droite. Lentement, elle fît glisser la robe immaculée sur le côté, jusqu'à ce qu'elle puisse voir enfin l'horrible sillon noir, difforme, mesurant environ quatre pouce. La peau autour était légèrement violacée, s'estompant sur le côté. La cicatrice brûlait.

- Elle ne guérira pas, murmura le guérisseur. Tu vivras. Mais tu la porteras à jamais.

Il fît tourner sa tête d'un doigt, la forçant à le regarder dans les yeux. Ceux-ci étaient revenus à leur couleur habituelle, mais l'expression partagée était tout à fait nouvelle.

Il était temps de lui dire. Elrond prit son courage à deux mains.

- Je... t'ai omis de te parler de quelque chose.

Elle ne répondit pas. Elle ne semblait pas curieuse, inquiète, ou encore en colère, face au secret. Elle semblait comme... vide. Le Semi-Elfe soutint son regard, réfléchissant à la façon de formuler la chose. Un instant, il se réjouit que la prochaine révélation risquait fort de la faire réagir. Jusqu'à ce qu'il se souvienne que la réaction en question serait très certainement une fureur incontrôlable.

- De te parler d'un homme que tu as rencontré récemment. Il s'appelle Aragorn, fils d'Arathorn.

Toujours un silence persistant. Aucune réaction.

En effet, il était temps.

- Aragorn, fils d'Arathorn, est le denier descendant d'Isildur.


Alors, qu'en pensez-vous ? Etes-vous bien imprégnés par les sentiments d'Angela ou c'est tout le contraire ? Etes-vous pris par l'action ? L'ambiance est-elle bonne, le style... pourri ? J'ai pris du temps avant de savoir comment prendre en charge ce chapitre, et la mise en écriture à un peu changée entre temps. Et la prochaine fois, ça prendra moins de temps, promis ^^

P.S. Traductions : (en sindarin si aucune annotation)

Im Angela, telin le thead : Je suis Angela, venue pour vous aider.
Lasto beth-nín, tolo don nan galad... : Entendez ma voix, revenez à la lumière.
Rochon ellint im : Je le prendrai
Andelu i ven : Le chemin est trop périlleux.
Frodon fîr. Hon mabathon : Frodon meurt. Je suis meilleure cavalière.
Be iest lín : à votre souhait / comme vous voudrez
Noro lim ! Va vite !
Celadaneth... : Traduction barbare pour Femme de la Fontaine. Si vous avez une meilleure proposition, je suis toute ouïe !
Ada : Père
Corma turien te : Un Anneau pour les gouverner tous (en quenya)
Im sí : Je suis là

Iell-nín : Ma fille

A la prochaine !