Pas de Clarke au programme du chapitre de cette semaine, bien qu'elle reste omniprésente dans l'esprit de Lexa. Aujourd'hui on rencontre la directrice de la société de production et on apprend à connaître un peu mieux Raven et Lexa.

Enjoy !


— Encore là un jour où tu ne travailles pas Lexa ?

Lendemain de ma rencontre avec Clarke. Je n'ai pas eu la patience d'attendre.

— Épargne-moi tes remarques sarcastiques Emori, je veux voir Alie. Tout de suite.

— Tu penses que tu as le privilège de la voir quand bon te semble ?

— Emori !

— Ok, ok, je l'appelle, attends…

Je fais l'impatiente pendant qu'elle décroche le téléphone fixe qui je sais est en ligne direct avec le bureau d'Alie.

— Oui, j'ai Lexa à l'accueil qui demande à te voir… … Tout de suite… … D'accord.

Elle raccroche et active le portail vitré.

— Monte, elle est disponible.

— Merci.

Je me précipite dans les escaliers à toute vitesse. Je fonce dans le couloir et arrive devant la porte du fond. Un panneau Production que je connais bien y est plaqué. Je frappe et n'attends pas de réponse pour entrer.

— Lexa, me salut Alie derrière son bureau.

Ses cheveux noirs d'ancre sont attachés en une queue de cheval très haute rendant les traits de son visage fin sévères.

— C'est quoi ce bordel avec la nouvelle ? je m'exclame en claquant presque la porte derrière moi.

— Assied-toi.

Je ronchonne et m'exécute.

— Calme toi Lexa et explique-moi exactement pourquoi tu débarques dans mon bureau sans prévenir.

Je me sens idiote d'un coup. Soit je suis peut-être le visage des Filles de Sappho mais ce n'est pas une excuse pour manquer de respect à sa supérieure, à son employeur. Peu importe nos relations passées. Je respire un grand coup pour me calmer avant de reprendre plus doucement.

— La nouvelle venue, Clarke. D'abord tu la fais tourner avec Raven, puis avec Niyhla, puis j'apprends qu'elle va tourner avec Ontari. D'habitude c'est avec moi, avec Aphrodite, que les nouvelles font leur entrée. On a toujours fonctionné comme ça. Alors, je ne comprends pas.

Son visage sévère se détend, elle sourit et s'avance vers moi.

— Lexa, tu es donc si pressée de travailler avec elle ?

— Arrêtez avec ça ! Tu sais très bien pourquoi je m'inquiète !

Le sourire d'Alie s'étire encore plus. Elle se renfonce dans son siège.

— Lexa, retourne-toi s'il te plaît.

Je vois où elle veut en venir mais je me retourne quand même.

— Qu'est-ce que tu vois là, dis-moi ?

Sur le mur en face de moi, en face de son bureau, se trouve un portrait de chaque actrice de la boîte. Les visages des Filles de Sappho. Au centre de ces visages, une photo légèrement plus grande, en noire et blanc, surmontée de la mention « Aphrodite ». Mon portrait. Qui trône ici depuis la première élection. Je sais qu'Alie n'attend aucune réponse de ma part.

— Lexa, tu es au centre de tout.

Je me retourne.

— De quoi as-tu peur ? Tu es notre meilleur atout.

— D'accord, alors pourquoi elle n'a toujours pas tourné avec moi ?

Un autre sourire.

— Cette fille, cette Clarke, a quelque chose de différent. Ce n'est rien comparé à toi bien sûr, mais lorsque je l'ai rencontré j'ai sentis ce petit plus que j'avais aussi décelé chez toi.

Mon cœur se serre. Je n'étais donc pas parano.

— J'aurais gâché son potentiel en la faisant travailler tout de suite avec toi. Je voulais d'abord la voire évoluer. Tu es ma meilleure carte, cette fille est un diamant brut. J'attends le bon moment, j'attends le bon scénario pour vous faire bosser toutes les deux. J'attends qu'elle se révèle au public.

— Tu attends qu'elle me dépasse pour qu'elle puisse m'écraser !

— Lexa, Lexa. Tu connais mon côté humaniste, féministe, mais je n'en reste pas moins une cheffe d'entreprise qui a besoin de faire de l'argent. Je crois que tu ne réalises pas bien. Tu ne vois donc vraiment pas ?

Je fais non de la tête.

— Cette Clarke est déjà populaire comme jamais après seulement une vidéo. Le public n'attend qu'une chose : la voir avec toi. Je ne peux pas les satisfaire tout de suite ! Plus je les fais patienter plus ils seront nombreux et au rendez-vous le moment tant attendu enfin venu. Cette vidéo serra un feu d'artifice ! Une des meilleures productions des Filles de Sappho, mon chef-d'œuvre ! Notre chef-d'œuvre ! Clarke et Lexa, Lexa et Clarke !

— Alie ! Elle va me voler ma place !

— Est-ce si important ? Même si elle gagne la prochaine élection, tu seras juste derrière elle, non… à ses côtés. Tu seras toujours populaire.

— Mais ce n'est pas la popularité que je cherche ! J'ai besoin des avantages et de l'argent que la place d'Aphrodite m'offre !

— Lexa, réfléchi cinq minutes. Cette fille est en train de tout bouleverser, tout, tout ! Peut-être même jusqu'au statut d'Aphrodite. Cette Clarke, elle ne peut pas évoluer seule, elle a besoin d'une partenaire pour briller. Et je suis convaincue que tu seras celle qui arrivera à l'élever. Avec cette petite le nombre d'abonnement va monter en flèche, avec votre duo, les spectateurs vont se bousculer ! Le chiffre d'affaire va doubler, voir tripler, et Lexa, ton salaire également.

Soudain Alie pose vivement ses deux mains sur la table et se lève de son siège. Elle se penche vers moi avec une lueur malicieuse dans le regard.

— Lexa, cette fille et toi, vous allez révolutionner l'histoire de la pornographie lesbienne. Avec vous deux je touche enfin au but. Vous allez devenir, à deux, l'image des Filles de Sappho, LE couple par excellence ! Oui ! Ce sera la perfection !

Furieuse, je me lève à mon tour et amoindrie encore l'espace qui sépare nos deux visages.

— Et tu as pensé au fait que nous deux ça pourrait ne pas fonctionner ?! Tu mises gros sans avoir la certitude d'une réussite !

— Je le sens Lexa, je le sais. Depuis le début tu illumines chacune de tes partenaires. Clarke a ce potentiel en elle. A vous deux, vous allez faire des étincelles ! Fais-moi confiance. Aller ! Depuis le temps que tu me connais, m'as-tu déjà vu échouer ? Tu es à mes côtés depuis le début, tu sais au fond de moi que j'ai raison. Tu es ma reine depuis le premier jour, je ne cherche pas à te détrôner, je te cherche une partenaire. Il est temps de voir les choses en grand et tes seules épaules ne pourront pas le supporter. J'ai besoin de vous deux. Les Filles de Sappho a besoin d'un couple. D'un duo. Tu sais aussi bien que moi que cela sera beaucoup plus vendeur. C'est l'avenir, Lexa ! L'avenir !

Je sens son souffle sur mon visage. Alie est en extase complète. Je ne l'avais pas vu dans cet état depuis bien longtemps. Depuis son projet de création des Filles de Sappho. Je me souviens encore du jour où Alie m'avait exposé son idée. Elle était dans le même état de transe, dans la même certitude. Et elle avait eu raison. Ma présence dans son bureau aujourd'hui me le prouve. Je connais évidemment son désire de mettre un couple à la tête de son empire. Mais après notre premier échec je ne croyais pas qu'elle y pensait encore… Je ferme les yeux, soupire, et m'éloigne. Je me retourne et m'approche de ce mur de photos. Je regarde le portrait de Clarke fraîchement accroché. Son air insolent m'insupporte. Elle arbore le même sourire que moi. Je décroche son cadre pour le porter à côté du mien. Je me retourne vers Alie.

— Il va falloir faire de la place autour de mon cadre si tu veux y mettre le sien.

Le visage d'Alie s'illumine. Je reviens vers son bureau et y dépose la photo de Clarke sur laquelle je pose un doigt.

— Mais je te préviens Alie, si elle commet une erreur, une seule, je ne veux plus jamais la voir travailler sous tes ordres.

— Je savais que je saurais te convaincre !

Elle est toute excitée, comme une enfant au matin du 25 décembre. Je souffle et vais pour sortir.

— Lexa ?

Je me retourne, la main sur la poignée.

— Oui ?

— Je ne te décevrais pas.

— Ce n'est pas à toi de faire tes preuves, ça n'a jamais été à toi.

Je sors définitivement.

Sur le chemin du retour je reçois une notification qui m'informe de la sortie de la vidéo mettant en scène Clarke et Niyhla. Je suis curieuse et en même temps je suis hors de moi. Alie n'a pas vraiment réussi à me rassurer. J'ai toujours l'impression de passer au quatrième plan. Et encore, il n'est même pas certain qu'après Ontari ce soit avec moi que Clarke tourne. Alie nous réserve un bon scénario ? Il faut que je lui fasse confiance. Mais cette nouvelle, elle, ne m'en inspire pas beaucoup, de la confiance. Ma rencontre avec Clarke avait plutôt tout aggravé. Son air condescendant et sûr d'elle ! Ah ! Et plus j'y pense plus j'ai l'impression d'envenimer l'image que j'ai de Clarke, que Clarke m'a donnée de sa personnalité. Il faut que je travaille avec elle, et vite, sinon je vais péter un câble.

La vidéo me conforte dans mon énervement. Les photos sont bien plus belles que la série avec Raven. J'imagine tous ces gens les enregistrer pour les mettre en fond d'écran et je fulmine. Niyhla est belle et douée, mais Ontari la surpasse de loin, bien que les deux ne soient pas comparable à Raven, et j'ai très peur de la suite des événements. Clarke et Raven : pour la nouveauté et l'habilité de Raven, un succès. Clarke et Niyhla : pour la nouvelle aisance de Clarke face aux hanches de l'autre blonde, un succès. Pour Clarke et Ontari je ne pouvais imaginer qu'une seule chose : une Clarke encore plus à l'aise et performante, en face du corps parfait de Ontari, un succès. Et soudain je comprends les plans de Alie. Clarke et Lexa : la nouvelle étonnement douée et le visage des Filles de Sappho, un triomphe. Enfin, c'est ce qu'elle espérait, cela restait encore à prouver. Plus je pense à Clarke plus j'ai du mal avec elle, ce qui pourrait mener à une mauvaise alchimie entre nous. Et il n'y a rien de pire que de simuler une scène d'amour avec une personne que vous détestez.

— Il-faut-que-je-me-calme.

Je me prends la tête dans les mains et essaie de respirer. Cette Clarke commence sérieusement à accaparer tout mon bon sens. Je me frotte le visage et ferme mon ordinateur. Il faut que je me change les idées. Il fait encore jour, je décide d'aller me promener.

Je n'aime pas sortir seule habituellement, j'ai toujours cette peur qu'on me reconnaisse et qu'on ne me veuille pas que du bien. Cela m'est déjà arrivé bien sûr, qu'on me reconnaisse, mais finalement jamais rien de répréhensible ne s'est réellement produit. Et ce qui me terrorise le plus est l'idée que je pourrais croiser une personne de mon ancienne vie. J'ai fui, mais le monde est si petit… La boule qui se formait dans ma gorge à chaque fois que je passais le palier de la porte est atténuée par mes pensées qui tournent autour de Clarke. Celle-là ! Je secoue la tête en sortant et manque de percuter un passant.

— P-pardon, je bafouille entre mes dents.

Il semble contrarié mais continue son chemin sans un mot. A vrai dire je ne sais pas trop où me rendre. Les seules fois où je sors sont pour aller travailler, faire les courses, rendre visite à ma gynécologue ou encore mes rendez-vous avec Jaha. Je sais que la rivière ne coule pas très loin des Filles de Sappho et que les bords de son lit offrent une balle balade mais je ne vais pas y retourner aujourd'hui. J'avance au hasard des rues et essais de m'intéresser au décors. Mais plus j'avance plus mon angoisse monte. Je n'ai pas l'habitude. Je peux me mettre à nu devant des caméras, simuler un orgasme avec quelqu'un que je n'aime pas et devant une équipe, pourtant je n'arrive pas à faire trois pas sans avoir peur du monde. Je sors mon téléphone portable pour y trouver refuge. Mon dernier message est envoyé à Raven. Elle m'a dit qu'elle voulait me voir en dehors de nos jours de travail, n'est-ce-pas ? C'est peut-être ma solution pour m'échapper. Mais Raven ne va-t-elle pas me rappeler Clarke indirectement ? Et puis zut, de toute façon elle est la seule personne à qui je peux parler, auprès de qui je peux me réfugier.

Lexa : Salut Raven, tu vas bien ? Je rumine trop ces temps-ci, je me demandais si tu voudrais bien passer à la maison prendre un verre ce soir ?

Après avoir envoyé le message je me rends compte que je ne l'ai jamais invité chez moi. Une nouvelle angoisse me gagne, mais différente. Pas de la peur, plutôt l'envie de faire bien, de bien la recevoir. Mon portable vibre.

Raven : Hey ! Ça va tranquille. Mmh Miles doit rentrer tard ce soir donc écoute ça tombe plutôt bien. Je le préviens, envoie ton adresse !

Un sourire naît sur mes lèvres, je lui écris l'adresse et lui propose de venir vers 18h. Raven accepte dans un nouveau message, cela me laisse une heure. Comme je suis dehors j'en profite pour faire un détour par le supermarché. Il nous faut de quoi boire et grignoter.

On sonne. J'ouvre. Raven me saute dans les bras. Je l'enlace sans trop quoi dire et elle se détache.

— Je suis trop contente que tu m'invites chez toi ! Je suis toute excitée !

En gigotant dans tous les sens elle me tend une bouteille de Prosecco.

— J'ai pris quelque chose avec des bulles histoire de fêter ça !

— Carrément…

— Hé ! Il y a un mois tu voulais à peine me voire en dehors du boulot et maintenant tu m'invites chez toi, c'est quelque chose tout de même !

Je lui prends la bouteille, elle me suit dans la pièce centrale.

— Tu sais Raven, si tu voulais me voire plus souvent il suffisait de demander.

Elle répond en haussant les épaules et en s'asseyant sur mon canapé-lit. Elle me fait signe de lui redonner la bouteille pour l'ouvrir. POP. Le bruit du bouchon qui saute, je n'en ai pas l'habitude, me fait cligner les yeux de surprise et je lui tends deux coupes avant que le liquide ne s'échappe par le goulot. Mon amie me force à trinquer et je bois une lampée de l'alcool qui, ma foi, a plutôt bon goût.

— Alors, en quel honneur je suis invitée dans ton humble demeure ?

— J'aurais dit petite à la place de humble…

Elle regarde le studio et sourit avec compréhension.

— Petit mais cosy ! Alors ?

— Ah, je ne vais pas essayer de te mentir, je pensais à Clarke, je voulais me changer les idées…

— Et tu t'aies dit qu'appeler une de tes collègues pour oublier une des tes futures collègues était la meilleure chose à faire ?

— C'est que, je n'ai pas vraiment d'autres personnes à qui parler...

Un voile de tristesse passe devant ses yeux. Elle me croit et elle en a l'air bien désolé. Raven tapote le canapé pour m'inviter à s'asseoir près d'elle. C'est vrai que je suis debout depuis que mon amie est entrée. Je m'assoie et elle me caresse l'épaule avec douceur. Son air enjoué s'efface quelque peu pour laisser place à un air sérieux que je lui connais bien.

— Ça me fait plaisir que tu m'aies appelé. Si tu as besoin je suis là. Je veux dire, hé, tu en as besoin, et regarde, me voici !

Son sérieux n'aura pas tenu bien longtemps. La voilà qui écarte les bras pour illustrer son propos. Je ris doucement.

— Merci.

Raven rabat ses bras autour de mes épaules pour m'étreindre légèrement. La finesse de son geste m'étonne tant il contraste avec nos échanges intimes habituels. Mais ici nous ne sommes pas sur un plateau de tournage ou dans les loges. Nous sommes deux femmes, deux amies.

— Puisque je ne suis pas ici pour te parler de Clarke, Lexa, tu veux bien me parler un peu de toi ? Parce que à bien y réfléchir on ne sait pas grand-chose l'une de l'autre. Je connais ton prénom, ton job et maintenant ton adresse. Tu connais mon prénom, le nom de mon petit ami, mon job et mes fantasmes.

— Vu sous cet angle c'est un peu restreint en effet.

Mais puis-je réellement lui parler de moi sans tout de suite entrer dans des détails que je n'ai pas envie d'aborder ?

— Et si tu commençais pas toi, me parler de toi.

Un sourire narquois s'affiche sur son visage.

— Je vois que tu essayes de repousser le moment fatidique. Mais tu ne t'en tireras pas comme ça ! Soit, je veux bien commencer. Mais il va falloir d'abord que tu ouvres cette bouteille de blanc que tu nous a acheté.

Je m'exécute. J'arrache l'opercule, plante le tire bouchon dans le liège et m'aide du mécanisme pour déboucher la bouteille. Raven se frotte les mains et me tend son verre que je remplis généreusement. Le mien en est toujours au Prosecco, je repose le blanc sur la table.

— Pas mauvais, elle dit en regardant la couleur du liquide. Alors, par où commencer ?

Comme pour se laisser le temps d'y réfléchir elle pioche dans les noix de cajou. Elle mâche en levant les yeux aux ciel farfouillant dans son passé.

— C'est fou, mais j'ai quand même l'impression que tu me connais assez bien. Tu sais que je suis arrivée chez Les Filles de Sappho avec l'envie d'assouvir mes désirs et penchant pour la gente féminine. Qu'au début ce n'était qu'un passe temps et un moyen de mettre un peu d'argent de côté mais que j'ai fini par en faire mon travail exclusif.

— Tu as arrêté tes études c'est bien ça ?

— Je les ai terminé, techniquement je suis diplômée d'un école de statistiques, mais je n'avais franchement pas envie de m'enfermer dans un bureau toute la journée, tous les jours de la semaine de toute ma vie. Comme la pornographie marchait plutôt bien pour moi, j'ai voulu tenter le coup ! Autant faire un travail que l'on aime, non ?

— Dans l'idée, c'est mieux oui.

— J'ai été avec plusieurs mecs qui soit avaient du mal avec mon travail, soit n'étaient avec moi que pour le fantasme.

— Et tu es tombée sur Miles.

— Et je suis tombée sur Miles. Lui voit la femme qui est en moi, pas seulement la putain. Et il accepte parfaitement ma double vie.

— Double vie ? C'est comme ça que tu la nommes ?

— Hé bien, je suis en partie entrée dans cette société pour pouvoir coucher avec des femmes parce que j'en ressens le besoin, tout en ayant envie de fonder une vie de couple avec un homme. Donc je pense qu'on peut dire que c'est une double vie, tu ne crois pas ?

— Il y a ta vie avec Miles et tes moments passés avec des femmes.

— Des femmes nues !

Elle rit, moi aussi.

— Et puis maintenant que nous avons emménagé ensemble je suis plus sereine. J'arrivais à payer mon loyer et à boucler mes fins de mois, mais on ne peut jamais être certaines que ça dure. Avec le poste fixe qu'occupe Miles ça me permet de ne plus m'inquiéter. Ne plus avoir peur d'avoir faim ou de finir à la rue.

— Il ne manque plus que la bague au doigt !

— Presque haha ! Mais bon je reste lucide, je sais qu'on ne fait pas ce métier toute sa vie. Enfin, pour le moment tout va bien, j'arrive à être à peu-près heureuse alors je ne pense pas à cet avenir lointain. J'ai encore un peu de temps avant de me préoccuper de ma vieillesse ou de ma possible reconversion !

Je pique une tomate cerise.

— A ton tour !

Je manque de m'étouffer avec le jus acide. Je me sers un verre de blanc pour éviter de tousser. Mais l'alcool accentue la sensation et je finis par être forcée de me taper la poitrine pour pouvoir à nouveau respirer normalement. Je rassemble mes esprits. Je peux lui en dire un peu sans en dire trop. Et au fond, ne devrais-je pas me livrer à cette personne ? Raven m'a l'air d'une fille bien, et j'ai besoin d'une amie depuis qu'Alie et moi nous sommes éloignées…

— Tu ne m'as pas dit ton nom de famille Raven.

— C'est vrai que tu connais celui de Miles mais pas le mien ! Je te fait confiance pour ne pas le balancer aux internautes ! Raven Rayes, enchantée !

Elle me tend sa main. Je la regarde et lui serre.

— Lexa Woods, moi de même.

— Woods, Aphrodite Woods, j'aime bien !

— Arrête oh !

— Je rigole je rigole. Alors, comment Lexa Woods est-elle arrivée chez Les Filles de Sappho ?

Ma bouche se tord en une grimace mêlant peur et appréhension. La moitié, juste la moitié, ça ira pour le moment.

— A vrai dire, j'étais dans la toute première vidéo. Et dans les suivantes. Celles qui ont permis à Alie de fonder LFS.

Raven manque de m'imiter avec le jus de la tomate. Ses yeux auraient pu sortir de leurs orbites.

— C'est vrai ? Et tu m'avais caché ça ?! C'est énorme ! Elles y sont toujours ces vidéos ?

— Non, trop amatrices, elles ont disparus du site depuis longtemps.

— Zut.

— Elles n'étaient pas terrible si ça peut te rassurer.

— Mais raconte ! Ça s'est passé comment ?

Raven pose ses deux mains sur ma cuisse. En signe d'impatience son pied bat.

— Je connaissais déjà Alie, elle m'a exposé son idée de monter une société de production de films pornographiques lesbiens féministes. Elle voulait que je tourne pour elle, j'ai accepté.

— T'as accepté ? Comme ça ?

— Ma situation de l'époque a fait que je lui ai fait totalement confiance. On a tourné une vidéo, puis deux, puis trois, et le succès a fini par arriver.

— Et c'était pas trop dur la première fois ?

— Moins que ta première fois je pense. A l'époque, tu te doutes, il n'y avait pas autant de monde derrière la caméra, juste Alie. Alors c'était facile.

— C'était Alie l'autre actrice ou… ?

Je vois une lueur éclairer son regard. Comme si elle fantasmait de tourner avec la patronne.

— Non, c'était avec ma copine de l'époque. Alie la connaissait, c'est pour ça qu'elle aussi a accepté.

— Waouh ! Elle a du culot cette Alie ! Tu me diras, sans ça elle ne serait jamais arrivée au sommet sur lequel elle est juché aujourd'hui.

— C'est vrai, elle est allée au fond de son délire, au fond de son idée, elle a réalisé ses rêves.

— Tu avais des rêves toi ?

— Quand j'étais plus jeune oui, de grands rêves. Mais la réalité m'a rattrapée et à l'époque où j'ai connu Alie je voulais seulement mener une vie tranquille et sans encombre. Je ne sais pas si devenir actrice pornographique répond à ces critères, mais aujourd'hui j'ai un toit et de quoi me nourrir alors ça me va. J'ai réalisé mes petits rêves en quelque sorte.

Je sens de la tristesse dans les yeux de Raven. Mais il ne faut pas qu'elle en ressente. Je suis heureuse aujourd'hui avec la vie que je mène. C'est même plutôt le bonheur comparé à mon passé. Je ne peux pas encore lui expliquer tout ce résonnement. Mon amie sent ma gêne et change de sujet.

— Tu es en couple, Lexa Woods ?

— Non. Aphrodite est en couple avec toutes les filles de Sappho.

J'ajoute un clin d'œil à ma réponse. Raven explose de rire. Elle est forcée de poser son verre pour ne pas faire de dégâts.

— Aaaah je t'adore Lexa Woods !

Elle passe un bras autour de mes épaules pour me coller à elle. Cette fois l'étreinte est beaucoup plus marquée. Je sens son rire s'évanouir et son cœur battre. Ça me réchauffe le corps. Une éternité que l'on ne m'a pas serrée de la sorte autre que sur un plateau ou dans une loge. Je sens le rouge me monter aux joues. Je voudrais que ce moment d'affection dure pour toujours. Mais déjà Raven me lâche et se replonge dans son verre.

— Maintenant que tu connais mon nom tu vas me le sortir à toutes les sauces ?

— Oh oui ! Ce sera avec plaisir que je t'appellerais Lexa Woods en privé !

— En privé ?

— Allons, je ne révélerai pas ton nom en tournage. Puisque je suppose qu'il n'y a qu'Alie et Emori qui le connaissent.

— Merci de respecter mon intimité, je dis en avant de boire une gorgée.

— Tu as une drôle de définition de l'intimité toi ! Tu parles quand même de personnes qui te voit nue à chaque fois qu'ils ont à faire avec ta toi !

— Et c'est donc pour cette raison que j'ai besoin de me protéger un peu.

— Mmh, c'est un résonnement qui tient la route !

La soirée finit par défiler sans que mon esprit ne se pose sur Clarke. C'était une bonne idée de faire appelle à Raven. Mais je sais pertinemment que dès que je me retrouverai seule je ne pourrai m'empêcher d'y penser à nouveau… J'avais peur pour ma place oui, mais il y avait quelque chose d'autre que je ne soupçonnais pas encore.


Merci pour vos retours sur le chapitre précédent, en espérant avoir vos avis sur celui-ci.

Vendredi prochain : Lexa a des choses à cacher. Alie pourrait bien finir par donner une date à Lexa. Et rencontre d'une nouvelle fille.

Bon weekend et bonne semaine :D