Enfin, j'introduis Carlisle dans l'histoire. J'espère que ça vous plaira !
4) Carlisle Cullen
- Chérie… On ne peut la garder ici.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?!
- Chérie, écoute-moi… Renée !
Ces voix. Je ne les avais pas entendues depuis si longtemps. Elles réveillèrent en moi autant de nostalgie que d'amertume.
- Je ne leur laisserais pas ma fille !
- Les centres spécialisés ne sont pas tous comme ça…
- Centre spécialisé... Dis plutôt un asile de fous ! C'est là que tu veux envoyer ma fille ? Tu veux te débarrasser d'elle, c'est ça !
- C'est faux ! Je ne veux envoyer Bella nulle part. Je veux juste qu'elle soit écoutée et comprise. Et soignée, aussi.
- BELLA N'EST PAS MALADE !
Après son hurlement, une violente quinte de toux empêcha Maman de poursuivre. J'imaginais Phil lui tapoter le dos afin de l'aider.
- Elle est malade, déclara-t'-il d'un ton sérieux. Et elle te rend malade par la même occasion. Tu n'es pas faite pour affronter cette situation, Renée. Il faut que tu le comprennes. Je t'en supplie, écoute-moi.
- Sors d'ici, Phil… Non ! Ne me touche pas. Je t'ai dit de FOUTRE LE CAMP !
Il y eut un silence, puis des pas lourds et lents firent craquer le plancher. Une porte s'ouvrit en grinçant et Phil apparut devant moi, comme sorti de nulle-part. Dans la pénombre ambiante, je ne voyais que lui. Il faisait trois fois ma taille et bien que je ne puisse voir ses yeux, dissimulés dans la pénombre, la grimace qui déformait sa bouche me dissuada de lorgner plus longtemps son visage. Une grimace qui s'accentua lorsque de l'autre côté du mur, Maman recommença à tousser avec intensité.
- Maman !
Je passai derrière les jambes de Phil, poussai la porte et accourut dans la pièce, illuminée.
- Maman !
- Bella ?
Aveuglée et prise de vertige, je me senti basculer en arrière et chuter. Chuter encore. Je fermai fortement les yeux tandis que mon cœur tentait de s'extraire de ma poitrine. Je m'attendais à m'écraser durement sur le sol d'une seconde à l'autre. Lorsque j'entendis Maman m'appeler à nouveau, la sensation s'estompa et j'ouvris les yeux. Pour les refermer aussitôt. Aïïïïee ! Cette fichue lumière m'agressait dès le moment où je tentais de regarder quoi que ce soit. Je gémis, mes mains dissimulant mon visage pendant que ma tête roulait d'un côté puis de l'autre. Ce fut alors que je me rendis alors compte d'un oreiller et d'un lit en dessous de moi.
Une main familière tint mon bras et je me tournai vers la personne à côté de moi. Son apparence bien que floue me réconforta.
- Bella ? Tu m'entends ?
- Oui, Papa, fis-je en me redressant.
- Non, non, non… doucement, jeune fille. Le médecin a dit qu'il te fallait beaucoup de repos.
- Je me sens bien, dis-je automatiquement.
En effet, si « bien » signifiait des vertiges persistants, accompagnés d'une migraine. Je me tournai vers Charlie, prenant soudain conscience de ses mots.
- Le médecin… Quel médecin… De qui tu parles… Papa, est-ce que tout va bien ?
- Ah, rit-il avant de renifler. C'est à moi que tu demandes ça ? Ça te ressemble bien.
Sa tentative d'humour tomba à plat. Ses yeux gonflés, rougis m'indiquaient clairement qu'il était chamboulé. Comme pour confirmer, je me rendis compte de sa voix plus rauque que d'habitude. Et pour finir, une de ses mains serrait fortement un mouchoir mouillé qui devait certainement contenir quantité de larmes versées. Je n'avais aucun souvenir de ces dernières heures, mais il ne pouvait y avoir qu'une seule personne responsable de son désarroi.
C'était la première fois que je le voyais dans un tel état et je redoutais la réponse à la question qui suivit :
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Eh ben, soupira-t-il en tentant de cacher les trémolos dans sa voix. Tu as eu…une crise d'angoisse. Tu ne t'en rappelles pas ?
Poings serrés, je secouai la tête.
- On parlait de… Peu importe. Et puis, tu es tombée à la renverse et tu t'es mise à hurler et à m'appeler. C'était… Comme si tu ne voyais pas. Tu ne me voyais plus alors que… Alors que j'étais juste à côté de toi. J'ai toujours été là…. Bella…
Il ne put continuer sans être saisi par l'émotion et ses yeux s'humidifièrent devant moi. J'avais réussi à faire pleurer Charlie, me dis-je, effarée. Charlie !
Tel l'homme fier qu'il était, il enchaina de profondes inspirations qui lui permirent de ravaler ses larmes.
- Je suis désolée, Papa, fis-je au bout d'un long silence. Tellement désolée…
- Non, chuchota-t'-il en caressant mon front. Non, non… Rien de tout ça n'est de ta faute… Ce n'est pas de ta faute, tu m'entends ? Tu n'as pas à être désolée… Enfin si. Tu peux être désolée pour une chose !
Il fronça les sourcils et l'espace d'un instant, je crus retrouver mon père habituel. Mon soulagement ne dura pas, cependant.
- Pour m'avoir caché ton petit-ami. Qui plus est le fils du meilleur médecin de la ville ! Oui, là, tu peux t'en vouloir, jeune fille. J'aurais aimé le savoir.
Ce fut instantané. Ses derniers mots furent plus efficaces qu'une gifle et le reste de brouillard qui embrumait mes pensées disparut presqu'aussitôt.
- Tu as… Tu as rencontré…
- Edward Cullen, confirma-t'-il d'un hochement de tête raide. On n'a pas vraiment eu le temps de discuter, lui et moi. Je suis assez déçu par ton attitude ! S'il comptait tant que ça pour toi, je l'aurais compris, Bella. Tu n'avais pas à me cacher ça...
- Edward ? Il est venu ici ?! Chez nous !
Sa pomme d'Adam tressauta deux fois, cependant que son regard se durcissait.
- Chez nous ? Bella… Tu sais où on est, en ce moment ?
J'observai mes alentours, priant pour retrouver mes murs blanc cassé, ma vieille table de chevet au bois sombre et mon armoire poussiéreuse, dont mes vêtements à moitié rangés déborderaient. Il n'en fut rien. J'étais cernée de murs vert pale qui accentuaient mes nausées, un lit vide me faisait face de l'autre côté de la chambre Enfin, un électrocardiogramme débranché était posé sur une table basse, ses électrodes pendaient dans le vide…
J'étais à l'hôpital !
Je sautais prestement hors de mon lit, sous les exclamations de Charlie. Malheureusement, mes genoux ne purent soutenir mon poids et je m'écrasai durement contre le sol. Sentant un air frais sur mon postérieur, je me retournai vivement et découvris ma tenue : une blouse d'hôpital, blanche à petit pois qui s'ouvrait par l'arrière. Mortifiée, je refermai les deux pans laissant entrevoir mes fesses avant que Charlie n'arrive devant moi. Bon sang ! Où se trouvaient mes vêtements ! Ils devaient bien être quelque part dans cette satanée chambre. Mais, une main me saisit le bras et m'aida à me relever.
- Ça suffit, Bella ! Tu vas revenir dans le lit et te reposer… comme l'a dit le Docteur Cullen !
Cullen !
Je lâchai un juron… J'en lâchai plusieurs lorsque je me débattis avec ardeur. Sans toutefois lui faire de mal. Je l'avais déjà suffisamment blessé comme ça.
- Ça suffit, jeune fille !
- Non ! Il faut que je parte d'ici ! On doit rentrer à la maison !... Tu ne comprends pas !
- Fais-moi confiance…
- Non, il faut qu'on rentre ! Je vais bien, Charlie. Je me conduirais bien, à partir de maintenant. Il n'y aura plus de problème, mais s'il te plaît…
Malgré mes efforts, j'étais épuisée… Combien de temps avais-je dormi, d'ailleurs ?... Et il me ramena sans mal jusqu'au lit où il me força à m'asseoir. Il appuya plusieurs fois sur un bouton situé au-dessus de ma tête de lit, puis fit semblant de m'écouter, bras croisés. Je perdais mon temps face à sa posture de flic dans l'exercice de ses fonctions. Et j'étais coincée.
- Il n'y aura plus d'accident… Je ne me blesserai plus toute seule… Je n'embêterai plus les autres élèves... J'irai en cours tous les jours… Mais, s'il te plaît…
Mon comportement irrationnel servit probablement plus à me discréditer qu'à convaincre. Bien que son masque de sévérité fondit comme neige au soleil, il ne broncha pas jusqu'à l'arrivée du type à blouse blanche : le Docteur Cullen. Celui qui risquait définitivement de mettre un terme à ce que j'avais de plus cher. Je me tus, le souffle court. Même dans mon désarroi, je notai qu'il n'avait rien de l'image que je m'étais faite de lui. Grand, blond et très jeune. Si jeune, qu'il aurait pu passer pour le grand frère d'Edward. Son visage que je m'étais imaginé sérieux et impassible, rayonnait de gentillesse et de patience. Un démon sous une forme d'ange.
- Ah, je rencontre enfin la fille du Chef de la Police, lança-t'-il gaiement. Charlie.
- Docteur, salua mon père d'un signe de tête, en retour.
- Bonjour, Isabella. Nous nous rencontrons enfin ! Je suis le Docteur Cullen et je...
J'enfouis ma tête dans mes mains et il s'interrompit. Bien sûr que je savais qui vous étiez, voulus-je lui lancer. C'était un cauchemar. Un cauchemar bien trop réel à mon goût. Lorsque je ne serais rien… rien d'autre que l'ex d'Edward Cullen, serais-je contrainte de quitter Forks ? Parce que le voir tous les jours sans pouvoir l'approcher serait devenu trop difficile à surmonter ? Ou au contraire, devrais-je rester ? Puisque l'apercevoir même de loin serait quand mieux que de ne plus le voir du tout ?
Pouvais-je être aussi pathétique ?
Il posa sa main sur mon bras. Elle semblait humide et moins froide que ce à quoi je m'attendais. Une image de lui passant ses mains sous l'eau chaude pour simuler une température similaire à celle des humains me vint à l'esprit.
- Bella, reprit Charlie. Je te jure qu'il ne t'arrivera rien. On va rentrer à la maison, mais pour l'instant, laisse le Docteur s'occuper de toi.
- Charlie, pourrais-je… Rester seul avec elle ? Si ça ne vous dérange pas, bien entendu…
Il soupira, mais il s'éloigna et deux secondes plus tard, la porte s'ouvrit, laissant entrer les bruits d'un couloir animé, avant de se refermer.
- Tiens, me dit-il.
À travers mes doigts, je vis un mouchoir presque de la même couleur que la paume de la main qui le tenait. Je le pris sans le regarder et murmurai un « merci », certaine qu'il m'aurait entendu.
- Cela va te sembler étrange mais… Je ne suis pas habitué à ce que mes patients aient aussi peur de moi. Et je m'attendais encore moins à cette réaction venant de toi.
Imperméable à ma détresse, il continua son monologue d'un ton léger. Il prit la chaise sur laquelle Charlie était installé avant mon réveil, puis la ramena vers lui avant de s'y asseoir. Il croisa les jambes et arrangea les manches de sa blouse blanche, sans me quitter du regard.
- Tu m'excuseras si je te regarde avec insistance mais… Ça fait tellement longtemps que j'attends qu'Edward nous présente… Officiellement. Et je ne suis pas le seul. Le reste de la famille aussi. Toutefois, je comprends que ça puisse être intimidant pour toi… C'est une situation assez inhabituelle.
- Une situation qui vous dérange…, supposai-je.
- Nullement, s'exclama-t'-il outré. Je voulais qu'Edward trouve enfin celle avec qui il voudrait passer l'éternité. Et tu es enfin arrivée. Comme si une force supérieure avait répondu à mes prières.
Je l'observai stupéfaite, croyant à une blague de mauvais goût. N'aurait-il pas préféré mieux pour son fils que quelqu'un d'aussi banal et inintéressant ? Pourtant, il continua de me considérer avec une joie sans pareille, mêlée de curiosité. Comme si un fan rencontrait enfin son artiste préféré. S'il avait raison, cela voulait dire que cette soi-disant « force supérieure » se jouait de lui… Se jouait d'eux tous, de la plus horrible des manières.
- Vous vous méprenez, je pense. Edward est totalement contre l'idée de faire de moi une immortelle. Je ne dois pas être celle que vous attendez.
Chaque mot prononcé avait été un coup de rasoir intérieur et le lourd silence qui suivit, comme du sel jeté sur ma plaie ensanglantée. J'étais trop fatiguée pour déverser des larmes mais pas assez pour ne pas ressentir tout le poids de cette vérité.
- Je crains que tu ignores à quel point tu lui es importante, conclut-il d'un ton sérieux. Je connais mon fils. Il n'a jamais manifesté d'intérêt pour qui que ce soit, humaine ou vampire.
Du coin de l'œil, je l'aperçus décroiser puis croiser les jambes et s'emparer d'un carnet au pied de mon lit. Il en tourna prestement les pages puis le reposa.
- Comment ça va ?
- À vous de me le dire, Docteur.
- Bien sûr, répondit-il, en riant presque. Mais, je voulais savoir si tu ressentais des douleurs, des nausées ? Des troubles de la vision, peut-être ?
Regard baissé, je ne répondis rien. Chaque mot qui sortirait de ma bouche risquait de faire empirer ma situation, alors je me contentai de secouer la tête.
- Comment ça se passe avec Charlie ?
Je fronçai les sourcils.
- Ça se passe bien.
- Il te traite convenablement ?
- Oui… Que voulez-vous dire ?
- Ce sont simplement des questions standard, rassura-t'-il. Je suis la procédure en cas de…
- En cas de quoi ? répétai-je lentement.
- C'est la procédure lorsque… Les jeunes arrivent ici, couverts de bleus.
Je le considérai estomaquée par ses suppositions, alors que je savais, Charlie estimait beaucoup cet homme.
- Mon père ne me ferait jamais de mal.
- Je prends ce que tu dis en considération, mais alors… D'où viennent ces marques ?
- Quelles m…
Je suivis son regard et m'arrêtai à mes bras nus, auxquels je n'avais jamais prêté attention depuis mon réveil. Ça n'allait pas améliorer ma situation. Pire ! Je risquais de rester ici un bon moment… Sur ma peau maladivement pâle, des ecchymoses violettes et bleutées tranchaient violemment et prenaient la forme de doigts ou de poings. Depuis quand avais-je ces choses ? Récemment si j'en croyais les couleurs. Mes tourmenteurs prenaient soin de ne jamais me frapper à des endroits aussi exposés que le visage ou les bras. Maintenant que j'y pensais, je ressentais encore les traces laissées sur mon estomac et dans mon dos. Je ne m'étonnai donc pas lorsqu'il me poursuivit d'une voix grave :
- Tu en as d'autres dans le dos et sur le ventre. Celles-ci sont plus anciennes, mais je pense que tu le sais déjà.
- Charlie n'a rien à voir avec ça, fut la seule réponse que je pus sortir.
Il hocha la tête et me posa d'autres questions, bien sûr, mais je les ignorai toutes. Mes bras réclamaient toute mon attention. Je me souvenais maintenant. Ce rêve horrible dans lequel j'étais restée coincée. Des garçons et des filles sans visage, qui riaient, et qui me battaient les téléphones qui immortalisaient mes souffrances et mes humiliations Charlie, exténué, allongé dans un cercueil… Je retins un haut-le-cœur. Cette image-là était beaucoup trop vive et dérangeante à mon goût.
Les prochains mots me firent relever la tête.
- Pendant ton inconscience, Charlie a porté plainte contre tes harceleurs. Cette vidéo qu'ils ont faite de toi est absolument abjecte et j'espère qu'ils auront la leçon qu'ils méritent.
- Ils iront en prison ? demandai-je l'estomac noué.
- Non, ils sont encore mineurs, Bella.
Pour une raison inconnue, qu'ils passent leur avenir en prison me dérangeait. Mais, à présent, je redoutais encore plus mon traitement au lycée. Qu'allais-je subir cette fois en guise de représailles ?
- Nous ferons notre possible pour cela s'arrête et qu'ils ne s'approchent plus de toi, poursuivit-il durement. Je suis absolument dévasté par ce que tu as du subir de leur part… Et Edward… Tu peux imaginer sa réaction…
- Oh, non… Il a vu la vidéo ?
- Je lui ai conseillé de ne pas la regarder. Cependant, j'ignore s'il aura suivi mes conseils. Mes autres fils ont réussi à la bannir d'Internet avant qu'elle ne fasse… le « buzz ».
- Emmett… Et Jasper…
- Oui, répondit-il avec plus douceur. Tu les as probablement déjà vus en cours ?
Difficile de les ignorer. Le grand blond m'effrayait par son air maussade, à tel point que je m'étais souvent demandé les raisons pour lesquelles Alice sortait avec lui. Le contraste entre sa joie de vivre et ses regards noir lancés à tout le monde était violent. Quant au mastodonte qui sortait avec Rosalie Hale, je ne m'attardais jamais auprès de lui pour l'étudier. Sa petite amie ne m'appréciait pas et me le faisait savoir par ses grimaces dégoûtées ou en m'ignorant tout simplement.
- Oui. Je les ai aperçus.
- Ils étaient tout aussi bouleversés que moi. Ils ont tenu à aider à leur manière.
Ça ne pouvait être pire. À présent, toute la famille Cullen avait pu assister à mon spectacle pathétique. Je voulus maudire Jessica Stanley pour ce qu'elle avait fait, d'autant plus qu'elle s'en sortirait avec un simple rappel à l'ordre mais, au fond, je savais que la principale responsable, c'était moi. La bande ne s'en prenait à aucun autre élève du lycée… excepté celle qui n'avait pas sa place dans un lycée public avec les autres élèves normaux. Me revint l'image de l'acariâtre Mr Banner ma présence dérangeait autant les élèves que les professeurs. Ceux qui s'en prenaient à moi étaient simplement moins gênés de me le dire que les autres.
- Isabella, tout va bien ? Comme tu es pâle…
- Oui.
- Ne me cache absolument rien. Je dois être au courant si tu as des nausées ou mal quelque part.
Même la famille de vampires, qui ne demandait pourtant qu'à se fondre dans la société humaine, ne pouvait profiter d'une année scolaire sans histoire par ma faute.
- Isabella, tu m'entends ? Tu es toujours avec moi ?
Et maintenant… Le comble de l'horreur… Charlie, que je tuais à petit feu… Se retrouvait presque suspecté de violences… De violences ! Quelque chose pouvait-il être plus absurde ! Je baissai de nouveau le regard sur mes avant-bras, où mes hématomes s'affichaient toujours avec fierté.
Je le tue à petit feu…
Je suis en train de tuer mon père. Comme ma mère avant lui.
Un bruit léger se produisit quand ma tête entra en contact avec l'oreiller moelleux. Le Docteur m'appela plusieurs fois, il semblait inquiet. Je ne lui faisais pas encore totalement confiance mais, son anxiété à mon égard était la dernière chose que je souhaitais. Et pourtant, j'étais incapable de lui répondre. J'étais si lasse. Mes paupières couvraient à peine la totalité de ma vision lorsque la porte s'ouvrit en claquant. Des voix distordues me parvinrent elles semblaient s'affronter dans une violente dispute, mais j'étais déjà partie.
Ma maman pleurait depuis une heure déjà. Je le sentais, même si elle ne faisait pas de bruit. Elle se contentait de m'enlacer très fort dans ses bras. Je regardais la télé qui passait mon dessin animé préféré, mais aujourd'hui, les marionnettes ne m'intéressaient pas autant que d'habitude. Je ne suivais même pas l'histoire. Je fixais l'écran parce que quand une image sombre passait, je pouvais voir le reflet de ma maman… Elle essuya une larme avec son épaule puis elle me relâcha. C'était le générique de fin et elle éteignit l'écran avec la télécommande.
- Alors, Bella. Qu'est-ce… snif… tu aurais envie de manger ce soir ?
- Une pizza, tentai-je.
- On en a déjà mangé une, hier soir, sourit-elle.
Je ris avec elle, sans prêter plus attention au fait que ce rire n'était pas habituel chez elle. Trop fort, trop forcé. Nous sortîmes du salon, et nous rejoignîmes la cuisine. Chez maman, c'était ma pièce préférée elle sentait toujours bon. Maman n'étais pas bonne cuisinière mais les plats surgelés qu'elle réchauffait dans le four laissaient toujours une odeur qui donnait faim. Je grimpai à quatre pattes sur l'une des chaises hautes et m'y assis pour l'observer faire.
Ses joues étaient sèches et son visage aussi rayonnant que d'habitude. Peut-être que je m'étais trompée et qu'elle ne pleurait pas après tout. Elle ouvrit le placard et sortit des pâtes et une cannette de sauce bolognaise. Je souris. C'était le plat qu'elle réussissait le mieux, sans l'aide de Phil. D'ailleurs, Phil…
- Maman, est-ce que Phil va revenir ?
- Je ne sais pas, ma Chérie. Tu sais, il a beaucoup de travail avec son équipe de baseball.
- Est-ce qu'on va le revoir à la télé ?
- Oh oui, c'est certain, répondit-elle avec enthousiasme. Il est très doué.
- Je suis sûre qu'il va devenir une star ! J'ai fait un dessin pour lui ! Il l'a accroché sur le réf… Le frig...
- Le réfrigérateur, corrigea-t'-elle lentement.
Elle se rapprocha du fri.. du… heu. Du ré-fri-gé-ra-teur. Et elle tendit la main vers la feuille en papier accrochée grâce à un aimant en forme de Bugs Bunny. Un bonhomme, Phil, faisait un grand sourire et tenait une coupe jaune et rayonnante. J'avais utilisé tous mes crayons de couleur pour faire le ciel bleu, le soleil et la coupe jaunes. Quand je m'étais précipitée pour lui montrer il n'avait pas voulu le prendre, mais il avait exigé que le dépose sur la table et que je sorte de son bureau. J'avais l'impression qu'il était de plus en plus en colère quand il me voyait, pourtant, dans les premiers jours où nous nous étions rencontrés, il n'agissait pas comme ça.
Il m'amenait acheter des glaces, on se promenait au parc et il parlait même de m'apprendre à faire du vélo.
- Pourquoi Phil ne m'aime plus ?
Elle se figea quelques secondes et se tourna vers moi. Son sourire que je trouvais beau habituellement, était devenu bizarre. Il était comme le sourire d'un clown et je détestais les clowns. Il montait trop haut, il montrait trop de dents, il me faisait peur…
- Allons, Bella… On en a déjà parlé. Phil a beaucoup de travail, s'il veut devenir une star du baseball, donc il rentre souvent fatigué. Cela ne veut pas dire qu'il ne t'aime pas.
« Elle ment… »
- Mais, pourquoi il a dit qu'il ne voulait pas que je reste avec vous ? Tu as même pleuré après ça…
- Je ne pleurais pas ma Chérie. Phil disait simplement que… voyager d'une ville à l'autre était peut-être trop fatiguant pour toi. Il ne pensait qu'à ton bien.
« Elle ment encore… »
- Amy dit que tu mens.
- Amy ? s'écria-t'-elle alertée avant de se reprendre. Amy a tort, ma Chérie.
Je secouai la tête vigoureusement.
- Bella, je veux que tu arrêtes d'écouter Amy. Elle a une très mauvaise influence sur toi, tu m'entends ? Ne fais plus attention à ce qu'elle te dira !
- Amy dit qu'elle n'est pas d'accord.
- Arrête de l'écouter ! Exigea-t'-elle en tenant mon visage de sorte que je ne regarde qu'elle. Arrête... De l'écouter !
Derrière elle, une fille de mon âge se tordait de rire. Elle était si amusée que je ne pus m'empêcher de rire avec elle quand je la regardai. Brusquement, Maman se tourna aussi vers elle, si longtemps que je crus qu'elle pouvait la voir aussi. Rien ne m'aurait fait plus plaisir : elle arrêterait enfin de dire qu'Amy était dans ma tête, ou que j'avais des conversations avec quelqu'un qui n'existait pas. Pour moi, Amy était bien réelle, et c'était ma meilleure amie. Mais, quand elle revint à moi, ses yeux étaient de nouveau brillants de larmes.
« T'as encore fait pleurer Maman, Bella ! »
- Non, c'est pas vrai !
« Si, c'est vrai ! Elle pleure à cause de toi ! »
- Non, c'est faux, m'écriai-je en me jetant contre elle. Hein, Maman ? Dis-lui qu'tu pleures pas ! Dis-lui qu'tu pleures pas à cause de moi ! Hein, Maman…
Elle continua de m'observer avec les mêmes yeux embués, le regard distant. Elle me regardait mais c'était comme si elle ne me voyait pas. Anxieuse, j'agitai ma main en face de son visage en l'appelant. Aucune réaction.
« Hey, Bella. Je crois qu'elle commence à te croire maintenant. Tu es contente ? »
Lorsque je repris connaissance, j'étais plongée dans l'obscurité. Je n'arrivais pas à ouvrir les yeux, ni à me mouvoir, mais mes autres sens étaient en éveil. Il y avait ces bips agaçants et interminables ainsi que des voix autour de moi. Je n'eus aucun mal à les reconnaître.
- …Peut-être plus que de la timidité, tu ne penses pas ?
- Difficile à dire, Carlisle. Si la situation était inversée, je n'aurais pas non plus aimé me retrouver entouré d'une famille de vampires, même végétariens. Quand elle m'a dit qu'elle ne se sentait pas prête, je n'ai pas voulu la brusquer.
Un soupir se fit, suivi d'une main caressant mes cheveux.
- Quand elle sortira, j'aimerais que tu veilles autant que possible à ce qu'elle s'alimente correctement.
- Oui, bien sûr.
- Il lui faudra aussi du repos, Edward.
- Évidemment… Pourquoi me regardes-tu comme ça ?
- J'aimerais donc que tu limites tes visites nocturnes. Ou du moins, que tu la laisses dormir…
- Mais, que vas-tu t'imaginer, chuchota-t'-il presque choqué. Je ne fais rien qui puisse nuire à sa santé… Ni à sa vertu par la même occasion. Enfin, tu me connais mieux que ça !
J'entendis un petit rire, et la tension chuta d'un coup.
- Oui, je te connais. Après toutes ces années passées ensemble, il aurait difficile pour moi d'ignorer le jeune homme que tu es.
- Tu divagues, Carlisle.
- Ah, oui ?
- Hum hum… Ça veut généralement dire que tu me caches quelque chose. N'est-ce pas ?
La main cessa de bouger dans mes cheveux et se retira. En même temps, la présence d'Edward s'éloigna, probablement pour se rapprocher de son père. Celui-ci n'avait rien dit, mais ses pensées durent déplaire à son fils.
- Que veux-tu dire par-là ?
Un long silence se fit, durant lequel j'imaginai aisément tous les scénarios de conversation possible entre ces deux-là. Le meilleur docteur de la côte, si ce n'était du monde, m'avait-il percé à jour ? Déjà ! Nous avions à peine parlé, pourtant. Et Amy ne s'était jamais manifestée auprès de lui. À moins que… Charlie ? Mon père m'avait-il trahi ?! Non, ce n'était pas possible ! Il était impossible qu'il sache !
Ne lui dites pas !
NON ! NE LUI DITES RIEN !
- Carlisle, si quelque chose cloche avec Bella, je dois le savoir.
- Non.
- Non ? Comment ça, non !…
- Si Bella souhaite te parler de ses problèmes de santé, elle le fera elle-même. Je suis son médecin, maintenant, Edward je me dois de respecter la clause de confidentialité avec mes patients. Je ne ferai aucune exception.
L'atmosphère légère de la pièce s'était envolée aussi vite qu'elle était apparue, en même temps que la tension qui emprisonnait ma poitrine s'affaiblit. J'eus du mal à associer le ton ferme et sévère du Docteur avec le visage doux et juvénile qui me revenait. Était-ce possible ? Le docteur pouvait-il vraiment protéger certaines pensées du pouvoir de son fils ?
- Laisse-moi au moins savoir si elle va bien, supplia Edward.
- D'après les analyses, il n'y a rien d'anormal, si ce n'est une trop forte pression artérielle. Comme tu peux l'entendre. Son rythme cardiaque est encore irrégulier, mais il se stabilise peu à peu depuis dix minutes.
- Dû au stress, devina-t'-il.
- Oui. Les brimades au lycée doivent en être la cause, probablement.
- J'aimerais retrouver chacune de ces ordures et leur faire payer...
- Je sais, coupa le père, et je te l'interdis. En revanche, je préconiserais l'idée d'Alice.
L'idée d'Alice ?
- Tu as raison. C'est la meilleure solution.
Mais quelle idée ?
- Quant à moi, je suggérerai à son père de me la laisser une ou deux heures par semaine. Au cas où elle souhaiterait parler à un adulte.
- Pourquoi ne parlerait-elle pas à son père, directement ?
- Parfois, les adolescents sont plus détendus avec une personne extérieure à la famille.
- Oui, mais je suis là aussi. J'ai beau faire dix-sept ans, je suis beaucoup plus âgé.
- Edward, appela doucement le docteur. Tes réactions peuvent être imprévisibles et totalement incontrôlables. Comment aurais-tu réagi si elle t'avait révélé les noms de ses harceleurs ?
Je sentis plus que je n'entendis le grondement qui envahit sa poitrine. Son visage d'une beauté à couper le souffle devait porter une expression meurtrière.
- Tu vois ? confirma le docteur. Peut-être s'était-elle tu jusque-là pour te protéger… Pour nous protéger. As-tu pensé à ça ?
- Je… Non, je l'avoue.
Sous mes paupières pesant une tonne, mes yeux me piquaient. Mon corps refusait toujours de se mouvoir et je commençai à paniquer. Était-ce normal ? Avais-je eus droit à une anesthésie, qui expliquait mon état ?
Une main froide se posa sur la mienne, qui reposait mollement à mes côtés, et la serra doucement.
- N'oublie pas que je ne fais pas ça pour t'ennuyer. Je fais simplement ce que je pense être le mieux pour Isabella.
- Je sais, soupira-t'-il.
- Comment va son père ?
- Épuisé. Il dort depuis quatre heures dans la salle d'attente… Carlisle, je ne pense pas qu'il ait l'intention de rentrer à la maison sans elle.
- Je ne suis pas surpris. Isabella n'était pas très enthousiaste à l'idée que je la voie. Elle l'a supplié plusieurs fois de la ramener à la maison.
Un autre silence se fit.
- Étrange, n'est-ce pas ?
- Je me rappelle d'un homme qui avait la phobie des docteurs. Alors, j'imagine que non.
- Sois sérieux, Edward.
- Je le suis.
- Dans ce cas, tu minimises le problème… Inconsciemment, peut-être.
- Bella ne veut rien me dire de ce qui la dérange… Et maintenant, tu refuses de m'en parler aussi. Comment suis-je censé m'y prendre avec vous deux !
Au fond de moi, une pointe de culpabilité s'enfonça sans pitié dans mes entrailles.
- Je l'aime.
- Je sais, Edward…
Il y eut un rire sec, suivit d'un ton acerbe qui me rendit mal à l'aise.
- Non, tu ne sais pas ! Esmé est immortelle. Rien ne pourra l'atteindre et te l'enlever en une fraction de seconde. Esmé ne risque pas de faire une crise cardiaque, de se fracturer le crane ni de se briser la nuque ni que sais-je encore ! À chaque seconde, Bella se rapproche toujours un peu plus de la mort. (Il inspira et souffla bruyamment) Je risque de la perdre à tout instant.
- D'accord, tu as raison… J'ignore ce que tu endure chaque jour. Mais, je vois quand même ce que tu traverses, Edward. Et n'oublie pas que… Tout ce qui te touche m'affecte, moi aussi.
Une inspiration rageuse se fit entendre.
- Qu'y a-t'-il ?
- Rien de bien important… Juste des pensées de Rosalie… Qui reviennent.
- Rose est très soucieuse du respect de la loi. J'imagine qu'elle n'est pas très excitée à l'idée que tu sois si attaché à une humaine.
- Ni au fait que Bella connaisse ce que nous sommes, rajouta Edward sombrement.
- Comment l'a-t'-elle su d'ailleurs ? C'est étrange… Elle s'y fera, Edward.
- Je me fiche qu'elle s'y fasse ou non. Je lui ai ordonné de rester à l'écart de Bella. Elle n'a certainement pas besoin d'une langue de vipère en plus, dans son état.
- Je suis d'accord. Mais, je demanderai d'essayer au maximum d'éviter tout conflit avec ta sœur. Pour le bien de la famille…
À ce moment, je ne désirais qu'une seule chose : dormir ! J'en avais trop entendu et j'étais malgré tout forcée à les écouter sans pouvoir faire quoi que ce soit pour les avertir.
Je ne veux rien entendre…
Je ne veux plus écouter !
Je me répétai ces phrases encore et encore jusqu'à ce que lassée par l'effort, je sombre encore dans l'obscurité et délaisse cette conversation derrière moi. Cette fois, je n'eus pas droit aux souvenirs déprimants en guise de rêves. Mon repos se composa d'images de ma mère, souriante et pleine de vie et de celles de mon père, fort, heureux et en bonne santé. Edward revint souvent me réitérer ce qu'il avait dit à son père Je t'aime Bella… Et je n'eus aucun mal à le croire et à lui répondre. Il n'y avait rien de plus simple, ni de plus fort que les différents types d'amour que je ressentais pour chacun d'eux en cet instant.
« Merde ! Ce pauvre type est vraiment amoureux de toi ! »
Ce fut comme si le lit s'était ouvert sous moi. Je me sentis chuter de plusieurs mètres en entendant cette voix affreusement douce et narquoise qui ne m'avait pas du tout manqué.
Amy !
« Tu pensais t'être débarrassée de moi ? »
Ce ne fut qu'à cet instant que je regrettai énormément mes dernières heures de tranquillité. Ne pas avoir de voix dans ma tête était un miracle, et faisait un bien fou. Un bien dont je n'avais pas suffisamment profité. Je voulus me maudire de ne pas avoir remarqué son absence plus tôt.
« Pas de chance, Bella. C'est juste toi et moi, maintenant ! »
Que veux-tu dire ?
« Ouvre les yeux. »
J'ouvris les yeux et je ne vis rien à part des petits points de lumière flous au-dessous de moi. Je me rendis compte aussi que j'avais froid. Très froid. Je ne tardai d'ailleurs pas à trembler et mes extrémités, à s'engourdir. Il me fut presqu'impossible de bouger mes doigts ou encore mes orteils. Lorsque je clignai des yeux, ma vue se précisa et je pus mieux voir le rebord en béton sur lequel je me tenais ainsi que… le vide juste à côté qui me faisait face et m'appelait silencieusement. Une cinquantaine de mètres plus bas, les lampadaires éclairaient un parking de leur lueur orangée et quelques voitures y étaient garées. Je vis le ciel nuageux, qui défilait au-dessus de moi sous un vent agité et menaçant. Derrière moi, à quelques mètres, une lourde porte en métal conduisait au reste de l'hôpital.
Qu'est-ce qu'on fait sur le toit, Amy ?
« J'avais pensé que tu souhaitais prendre l'air »
Prendre l'air ?
Je décidai de reculer impossible. Mes pieds refusèrent de bouger. Mon cœur battait la chamade, tandis qu'une sensation glaciale parcourait le bas de mon dos. Une douce poussée me pencha légèrement en avant et ma respiration jusque-là calme, se coupa.
Que… Qu'est-ce que tu f… ? Amy… Amy ! Ramène-moi ! LAISSE-MOI PARTIR, TU M'ENTENDS !
Elle ne répondit rien, savourant surement le malaise qu'elle créait en moi. Une rafale plus violente que les autres me fit tanguer et me fit taire. L'idée de crier ne me vint même pas à l'esprit, pas plus que les supplications alors que je regardais ma propre mort en face. Elle n'écouterait rien. Je pouvais la voir à présent, à côté de moi. Mon double souriait, comme extasié devant le vide. Fermant les yeux, ouvrant les bras, elle prit une profonde inspiration.
« Tu sens ça, Bella ? C'est la liberté qui nous appelle. La fin des tourments. Les tiens. Ceux de Charlie. Ceux des Cullen… Angela. Tout cela va prendre fin. »
Je l'écoutai parler, parler, parler… Encore et encore, pendant que des souvenirs ressurgissaient devant mes yeux. Charlie, en pleurs et Maman, tourmentée, tous deux des victimes collatérales du mal qui me rongeait. Angela, se faisant agresser par ma faute. Les Cullen pouvant difficilement feindre leur banalité humaine à cause de moi. sa voix devint si douce que je manquai de me rendormir.
« Tu ne peux pas t'en empêcher, c'est plus fort que toi. Tu causes des problèmes à tout le monde. »
Je cause des problèmes à tout le monde…
« Oui ! Et pourtant, tu sais quoi faire pour y remédier. Tu peux les aider. »
Les aider…
À aucun moment je ne décidai de regarder encore vers le bas, mais je le fis. Et ma panique s'effaça peu à peu.
« Charlie sera triste un moment, mais ça passera… »
Ça passera…
« Oui. Laisse-le refaire sa vie avec une autre femme. Il pourra avoir une autre fille normale. Voire plusieurs. Elles iront au lycée, à l'université. Elles auront une carrière, un mari… Elles seront dignes d'être aimées. »
Elles seront dignes… dignes d'être aimées.
« Quant à Edward, il y a des tas d'autres femmes bien plus belles et charismatiques qui sauront le rendre heureux… Il trouvera forcément une femme qu'il n'hésitera pas à transformer en immortelle pour l'accompagner dans l'éternité. »
Cette dernière pensée m'arracha une grimace. Je l'imaginai, blonde, brune ou rousse aux cheveux longs le visage comparable à celui de Rosalie Hale, l'inconnue se fondait aisément dans la vie passionnante et mystérieuse des Cullen et bien sûr... Mon estomac se contracta... Et bien sûr, je l'imaginai tomber sous le charme d'Edward, et Edward, lui offrir son sourire en coin. Il était extasié, il était subjugué. Ma gorge se serra.
« Tu vois, ils ne seront pas heureux tant que tu resteras ici. Il ne faut qu'un pas… Un seul pas et tu ne souffriras plus. Tout s'arrêtera dans quelques secondes. »
Je sentis une nouvelle poussée au bas de mon dos et je me raidis, tentant de garder mon équilibre. Et pourtant, je vis de moins en moins l'utilité de résister. L'appel du vide s'intensifiait.
« N'as-tu pas envie de la revoir ? Tu lui manques tellement… »
Qui… Qui pourrait avoir envie de me rev…
Mon souffle se coupa.
Malgré le froid, mon intérieur se réchauffa brusquement. Au loin, une forme que je reconnaitrais en milles se détachait dans la pénombre et s'avançait vers moi. Ses cheveux châtain dansaient sous le rythme du vent, cependant que ses yeux s'éclairaient lorsqu'ils m'aperçurent, d'une manière que seule une mère savait le faire. Son sourire était aussi beau que dans mes souvenirs elle n'avait pas changé. C'était bien elle, aussi réelle que le vent froid ou le béton dur sous mes pieds. La revoir ranima autant d'instants chaleureux que de mauvais souvenirs, toutefois ces derniers ne prévinrent nullement l'explosion de joie qui m'envahit. Sur le coup de l'émotion, elle s'essuya les yeux et m'ouvrit ses bras. Ce ne fut que lorsque sa voix chaleureuse m'atteignit que mon pied esquissa de lui-même un pas en avant…
- Bella, qu'est-ce que… QU'EST-CE QUE TU FAIS !
La sensation de chute libre fut aussi douloureuse que libératrice. Je fermai les yeux, essayant d'oublier mes entrailles qui tentaient de remonter à travers ma gorge et de me concentrer sur l'euphorie qui s'emparait de moi.
« TU L'AS FAIT ! TU L'AS FAIT ! Maman t'attend ! »
J'arrive…
Si c'était un rêve, je ne voulais pas me réveiller. Toutefois, je rouvris les yeux. Un bloc de béton me heurta durement, et je sentis mon épaule y répondre en un craquement sinistre. Le bloc m'enlaça et nous filions à la rencontre du sol à une vitesse folle. Encore trois secondes. Mon cœur battait plus fort que jamais je frôlais la crise cardiaque. Si je ne mourrais pas de cette chute, le poids lourd au-dessus de moi m'écraserait à coup sûr…
M'écraserait à coup sûr…
M'écraserait !
Je revis le sol s'approcher et serrai les dents. La terreur, une véritable panique, comme je n'en avais jamais ressenti s'empara de moi alors que je peinais encore à réaliser. J'avais sauté ? J'avais sauté ! Non !
J'AVAIS SAUTÉ ! J'AVAIS SAUTÉ !
Allais-je avoir mal ? Allais-je souffrir et si oui, combien de temps ? Toutes sortes de pensées me passèrent par la tête, notamment ce que deviendraient mon père, Edward et Angela après. Combien de temps allaient-ils souffrir, eux ? Je serrai les dents et fermai les yeux.
Ma tête et mon cou furent coincées brutalement par une force titanesque. L'impact fut brutal. Le bruit atroce résonna à mes oreilles. C'était pire que ce que j'avais imaginé. J'avais mal partout, mais mon épaule m'élançait le plus. Je regardai vers le ciel toujours aussi nuageux et vers le toit d'où je me tenais encore quelques secondes plus tôt. Il me fallut longtemps pour me rendre compte de ma respiration erratique, de mon rythme cardiaque affolé et surtout… Du bloc de béton qui se mouvait sous moi.
Un bloc de béton vivant… Hein !
- Isabella ! Mon Dieu, Isabella.
- Docteur ?
- Tu n'as rien ?
Avec agilité, le bloc de béton se désencastra du sol où une multitude de fissures s'était formée autour de lui. Il me posa par terre et ses mains examinèrent ma tête, mon crane, mes bras et mes jambes. Puis, il tourna son attention vers mon visage, ses deux mains l'encadrant.
- Qu'est-ce qui t'a pris ? hurla-t'-il, à moitié fou. Pourquoi as-u fait ça !
Aucun son ne sortit de mes lèvres. Ma gorge était obstruée par l'horreur, la terreur et l'immense gratitude. Mes yeux parlèrent alors, et laissèrent déborder un torrent de larmes. D'un coup, je me retrouvai à l'enlacer, très fort et à crier dans son cou. Sa colère était telle que je m'attendais à ce qu'il me repousse d'un instant à l'autre. Or, un soulagement abrutissant s'empara de moi quand il décida de me rendre mon étreinte.
Dans un tréfonds de ma tête, une voix pesta et se morfondit devant ce spectacle… un spectacle aussi « gerbant », comme elle disait.
Après cette tentative de meurtre, Bella va-t'-elle finalement parler d'Amy au Docteur Cullen ? Si oui, comment va-t'il réagir ? Vous saurez bientôt. En tout cas, j'espère que ça vous a plu. Oh, j'adore les reviews ;)
