« Vraiment Natsuki ?! »
Couchée de tout son long sur le canapé de son amie, la jeune fille daigna levée les yeux vers Mai.
« Quoi ? »
Les mains sur les hanches, Mai soupira avec une pointe d'exaspération.
« Hier, nous avons fait une tonne de chose, tu étais énergique, enthousiaste et heureuse de ce petit week-end à Fuuka. Et là… »
Sa main indiqua vaguement la forme de son amie.
« … tu ne fais rien depuis que tu t'es levée.
-Je suis fatiguée. »
Mai soupira une nouvelle fois, essayant de se rappeler la dernière fois que Natsuki avait provoqué chez elle cet agacement. Des années. Elle attrapa donc les jambes de son amie pour dégager un peu de place sur le canapé avant de s'asseoir et de les laisser retomber sur ses cuisses. Natsuki la regardait curieusement à présent.
« Allez, souffla Mai, dis moi ce qui te tracasse.
-Rien ne me « tracasse », répondit-elle morose. »
Mai laissa le silence s'établir, ses doigts jouant avec la couture du jean de Natsuki.
« C'est Fujino-san, n'est-ce pas ? »
Elle sentit Natsuki se raidir mais cette dernière se garda bien de lui répondre.
« Je… je sais que d'une certaine manière le nom de Fujino-san avait été banni de nos discussions. Que son départ a été…
-Arrête ça, répondit-elle sèchement. Tout va bien d'accord. Shizuru et moi… enfin… tout va bien ok. La situation après le Carna- La situation après ce que nous avons vécu était compliquée, Shizuru a ressenti le besoin de partir et cela lui a été profitable. Et pour moi aussi tout c'est bien passé. La revoir… ça a juste ramener un tas de souvenirs.
-Natsuki, peut-être que tu ne veux pas y penser, mais… je me souviens comment tu as été après son départ. »
Mai la sentit prête à se lever. Elle referma donc ces mains sur ses chevilles pour la maintenir en place.
« Lâches moi, gronda Natsuki.
-Non, répondit-elle fermement. Tu as toujours évité cette conversation, tu as toujours affirmé que tout allait bien, mais ça n'allait pas bien Natsuki. Son départ, que tu le veuilles ou non, t'a démoli. Je ne t'ai pas posé de questions et je ne t'ai jamais poussé à en parler parce que j'avais l'impression que tu te briserais si je le faisais, mais peut-être que j'aurai dû.
-Tout va bien ! répéta-t-elle comme un mantra pour se convaincre. Elle est de retour et peut-être que nous redeviendrons amies… ou pas. Ce n'est pas bien important. Tu t'inquiètes pour une chose qui n'a pas lieu d'être. J'ai une vie, une vie sans elle Mai. Et tout va bien. Les amis vont et viennent, c'est la vie. »
D'un geste brusque, elle se dégagea de Mai et se leva du canapé.
« Je vais faire un tour, annonça-t-elle se baissant déjà pour se chausser. »
Mai aurait aimé trouver quelque chose à dire pour la retenir mais le temps qu'elle y réfléchisse Natsuki claquait déjà la porte.
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Le vent froid lui fouetta le visage à peine sortit. Natsuki remonta l'encolure de sa veste avant d'enfoncer ces mains dans ses poches et d'avancer visage baissé contre le vent. Le bitume était humide, enregistra-t-elle distraitement et les rues désertes. Hors période touristique, la vie à Fuuka se réduisait aux étudiants de son ancien établissement et à quelques résidents permanents –la plupart à la retraite. Décidément Natsuki ne voyait pas ce que Mai pouvait trouver à ce lieu pour vouloir y rester.
Elle avait faim mais elle se rappelait que seul le Linden Baum était ouvert à cette période de l'année et l'idée de mettre les pieds dans ce lieu chargé de souvenir ne lui disait rien. Il restait toujours le centre commercial où persistaient quelques boutiques et cafés mais sans voitures il se trouvait bien trop loin.
Elle prit finalement la direction de la plage. Quand elle y arriva une bonne heure plus tard, elle était trempée faute à une bruine à peine visible. Ses chaussures avaient pris l'eau et le couinement désagréable de sa semelle se cumulait avec un froid terrible. Natsuki aimait le froid mais pas l'eau. Elle avait eu tendance à se plaindre que cela la décoiffait. Aujourd'hui c'était le dernier de ses soucis.
Mai avait raison, le départ de Shizuru l'avait "perturbée". Elle pensait avoir dépassé ça. Elle pensait avoir compris ce qui avait poussé Shizuru à fuir… elle pensait lui avoir pardonné et s'être pardonnée. La revoir cependant lui faisait comprendre que le pardon ne lui offrait en rien la paix. Si elle avait gardé un souvenir précis du visage de sa meilleure amie, la revoir lui avait rendu tout son relief, toute son intensité. Ce n'était pas pour rien que Shizuru avait été si admirée à leur époque à Gakuen. Il y avait en elle quelque chose d'irrépressiblement attirant, un charisme naturel auquel Natsuki, malgré ses dires, avait cédé comme à chacun.
Ses pieds s'enfoncèrent dans le sable humide, quelques grains se glissant dans ses chaussures. Ca n'avait aucune importance, songea-t-elle en s'asseyant. L'humidité infiltrait son jean mais ce n'était pas cela qui la rendrait plus frigorifiée qu'elle ne l'était déjà.
Elle tâtonna ses poches intérieures de vestes, localisant rapidement cigarettes et briquet. La cigarette coincée entre les lèvres, les deux mains remontées devant, elle s'y reprit une bonne dizaine de fois avant de parvenir à faire jaillir une flamme suffisante pour allumer sa cigarette face à ce vent.
Elle allait devoir songer à acheter un zippo. Un truc un plus performant que ces briquets à trois franc six sous qui lui claquaient entre les doigts à la moindre petite intempérie.
Elle tira quelques taffes, le regard plongé dans les vagues grises et furieuses venant s'écrasées plusieurs mètres devant elle.
Revoir Shizuru la rendait mitigée.
Elle avait eu tant de mal à construire sa vie sans son soutiens, tant de mal à l'oublier.
Se sent-elle aussi mal que moi ?
Car c'était LA question, n'est-ce pas ? C'était parce que Natsuki avait fait de sa vie un enfer qu'elle avait disparu du jour au lendemain. Revoir Natsuki lui avait-il rappelé ses vieux sentiments ? Regrettait-elle ces retrouvailles ? Natsuki essayait de se convaincre que non. C'était Shizuru qui avait cuisiné, elle devait donc savoir qu'elle recevait Natsuki. Elle aurait pu dire non, sortir pour la soirée et personne n'en aurait rien su. Mikoto avait montré sa capacité à garder un tel secret après tout.
Shizuru devait donc considérer que Natsuki ne représentait plus un risque pour elle. Elle devait vraiment avoir tourné la page.
Natsuki siffla soudainement de douleur. La cigarette toujours au bord des lèvres s'était consumée jusqu'à brûler les doigts qui la tenaient. Elle se rappela vaguement avoir voulu faire tomber la cendre avant de s'arrêter dans son geste.
Natsuki écrasa violemment son mégot dans le sable avant de porter ses doigts blessés à ses lèvres.
Les dangers de la cigarette se moqua-t-elle pince sans rire. Mais qui avait soin de ce qu'elle faisait ? Elle n'avait plus de famille depuis longtemps et même ces liens avec Mai étaient distendus depuis son départ à l'Université. Shizuru s'intéresserait à ce genre de chose. Quelle blague… Si Shizuru avait eu soin d'elle, elle ne serait pas partie 8 ans plus tôt. Si j'avais eu suffisamment soin d'elle, je n'aurai pas ignoré ses sentiments aussi facilement.
Comment ce genre de conflit sentimental pouvait encore la perturber ainsi ? Shizuru était passée à autre chose. Elle était passée à Reito.
Natsuki se releva et, prise d'une tension inhabituelle, décida qu'elle pouvait aussi bien se remettre à marcher jusqu'à atteindre le centre commerciale. Trempée pour trempée, une autre heure de marche ne changerait plus grand-chose. Voire deux heures, si elle prenait la route panoramique. Ça avait probablement un côté masochiste d'aller à de tels extrémités mais…
Natsuki secoua le sable de ces vêtements. Non, elle n'était plus une pseudo-martyre. Elle était une adulte intelligente. Elle allait appeler Mai et lui demander de venir la chercher pour se diriger vers le centre commerciale y acheter quelques affaires sèches et profiter d'un repas chaud en présence de son amie.
Natsuki sortit son téléphone et… découvrit qu'elle n'avait pas recherché la batterie dudit appareil depuis son arrivée la veille. Elle regretta son vieux Nokia. Il avait tout enduré : les chocs, les oublis de chargeur, sa maladresse, etc. Durant le Carnaval, un téléphone à clapet l'avait remplacé et il avait presque eu tous les avantages du Nokia. Il n'avait pas résisté au Carnaval cependant et on l'avait convaincu d'investir dans un smartphone. Depuis l'Université, elle devait en être à son vingtième ou quelque chose du genre. Grande utilité, songea-t-elle. Elle appelait peu avec, ne recevant que des appels de Mai et quelques-uns de son travail. Elle n'osait pas l'utiliser comme réveil après que les trois premiers aient malencontreusement fini dans un mur. Il lui servait parfois à jouer Fruit Ninja… mais c'était rare et elle songeait que l'application devait être à présent dépassée.
La seule fois où la satanée chose pouvait avoir un intérêt, le flagrant manque de batterie des smartphones frappait.
Avec un soupir, elle le glissa dans sa poche, songeant qu'elle devait être partiellement responsable de cet état de fait. En rentrant la veille, elle avait passé un bon moment à fixer le numéro de Shizuru, ébahie d'à nouveau le posséder.
Ce serait donc le centre commerciale à pied. En se pressant un peu et en coupant à travers les ruelles, elle espérait mettre ¾ d'heures ou moins.
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Si elle avait regardé l'heure, elle aurait remarqué qu'elle avait mis 57 minutes au moment où elle passait les portes coulissantes du centre commerciales. Qu'elle ait perdu de son endurance ou que ce soit ses tremblements, Natsuki l'ignorait et s'en fichait. Elle avait besoin de se réchauffer. Une tasse de café était attrayante mais il lui fallait d'abord des vêtements secs. Ce qu'elle portait en ce moment était non seulement trempé mais lui collait à la peau et entravait ses mouvements. Ses dents claquaient de froid et elle attira plus d'un regard.
A grand pas, Natsuki se dirigea vers une des boutiques déjà visitée la veille avec Mai pour y acquérir de quoi se changer quand elle remarqua qu'elle était partie sur un coup de tête et… sans argent.
Natsuki jura. Elle n'avait plus d'argent et plus de batterie. Et ce n'était pas comme si elle pouvait appeler un taxi à cette période de l'année. Elle se dirigea néanmoins vers la caisse où une vendeuse la regardait avec une certaine pitié.
« Je vois que vous avez été surprise par la pluie. »
Natsuki acquiesça sèchement, avant de se forcer à se détendre. Rien ne servait d'être agressive contre quelqu'un à qui elle allait demander un service.
« Je… pourrais vous emprunter votre téléphone ? Ma batterie est morte, offrit-elle en guise d'explication tout en montrant l'inutile morceau de plastique.
-Mauvaise journée, hein ? continua tranquillement la jeune vendeuse en lui tendant son propre téléphone. »
Natsuki haussa maladroitement les épaules, peu à l'aise dans ce genre de badinage inutile. Elle offrit néanmoins un petit sourire pour remercier la jeune fille avant d'ouvrir l'application téléphone et de se figer devant le clavier. Pour l'amour du ciel, quelle était le numéro de Mai ? Ou de ce stupide Tate ? Depuis combien de temps n'avait-elle pas fait l'effort d'apprendre un numéro ?
« Un souci ? demanda la jeune femme devant son inertie. »
Depuis hier, se rappela-t-elle soudain. Elle avait passé la soirée à regarder les 11 petits chiffres composant son numéro. Elle n'allait tout de même pas l'appeler ? Surtout pour ça. Parce qu'elle avait marché bêtement sous la pluie et sans argent. Serait-ce si terrible de rentrer à pieds ? Mais c'était l'occasion de la voir… Voulait-elle la voir ?
« Euh, mademoiselle, si vous n'utilisez pas mon télé… »
Natsuki composa le numéro, tendant la main devant la vendeuse pour qu'elle cesse de parler. Avec un peu de chance, Reito et Mikoto allaient décrocher à sa place et elle…
« Fujino Shizuru, répondit une voix professionnelle.
-Ah euh… ano. »
Natsuki se retrouva soudainement silencieuse, sans savoir quoi dire.
« Natsuki ?
-Euh… oui.
-Il y a un problème ? Je ne m'attendais pas à ce que tu m'appelles aussi tôt.
-Je… euh. J'aurai besoin d'un service. »
Un court silence s'établit sur la ligne avant qu'elle ne prenne à nouveau la parole.
« En quoi puis-je aider Natsuki ?
-Je… mon téléphone est mort. Et je n'ai pas d'argent pour rentrer chez Mai.
-Ara, je peux passer prendre Natsuki, répondit-elle dans l'instant. Où te trouves-tu ?
-Au centre commercial.
-Je serais là dans un quart d'heure. »
Shizuru raccrocha sans demander plus d'explication. Natsuki se demanda avec une certaine angoisse si Shizuru avait remarqué que sur toutes les personnes qu'elle aurait pu appeler ça avait été elle. Bien sûr qu'elle avait remarqué. C'était Shizuru. Peut-être pensait-elle-même que Natsuki avait inventé toute cette histoire pour la voir. Cela serait la pire des conclusions.
« Merci, souffla Natsuki en rendant le mobile à la vendeuse. »
Elle sortit aussitôt du magasin pour aller attendre Shizuru à l'entrée du centre commercial.
Comme attendue de sa part, Shizuru se montra ponctuelle. Elle apparut vêtue de vêtements cintrés, accentuant ses courbes, protégée de la pluie par un large parapluie.
« Kami-sama, s'exclama-t-elle à la vue de Natsuki. Tu es trempée. Viens, rejoignons la voiture. »
Natsuki ne se fit pas prier. A peine montée, Shizuru s'empressa de mettre le chauffage à son maximum avant de démarrer.
« Je vois que tu n'as pas perdu la mauvaise habitude de marcher sous la pluie.
-Je vais bien, affirma-t-elle.
-Natsuki va toujours bien. Je ne l'ai jamais entendu dire le contraire. Elle serait cependant plus crédible si sa voix ne tremblait pas autant. »
Natsuki croisa les bras sur sa poitrine, irritée et tourna la tête vers la vitre. Ce n'était pas la route menant à Mai. Natsuki reconnaissait la rue qu'elle avait traversée la veille pour aller dîner chez Reito.
« Nous n'allons pas chez Mai ?
-Ara, Mai habite plus loin et Natsuki me semble dans un trop mauvais état pour l'emmener avant qu'elle soit sèche. »
Natsuki ne préféra pas rentrer dans un débat avec Shizuru. D'une certaine manière elle se sentait déjà plus confortable en sa présence et ce serait mentir de dire qu'elle ne souhaitait pas prendre une douche chaude et revêtir des vêtements sec le plus rapidement possible.
Shizuru conduisait posément, elle ralentit au niveau du large portail qui s'ouvrit à la simple pression de son doigt sur un petit bouton d'une télécommande fixé au tableau de bord. Le garage s'ouvrit tout aussi silencieusement et la voiture entra facilement dans le large bâtiment.
« Allons, indiqua-t-elle pour inciter Natsuki à la suivre. »
Dans la pénombre dû au mauvais temps, Natsuki redécouvrait la maison. La bâtisse semblait morne dans toute cette grisaille. Shizuru n'en sembla pas gênée puisqu'elle ne chercha pas à allumer la lumière. Elle conduisit rapidement Natsuki à l'étage où elle lui indiqua la salle de bain.
« N'hésites pas à utiliser ce dont tu as besoin. Les serviettes sont sous l'évier. Je vais te ramener des vêtements propres, tu n'auras qu'à laisser les tiens devant la porte. »
Natsuki acquiesça silencieusement. En voyant disparaître le dos de Shizuru au bout du couloir, elle se demanda si Shizuru se comporterait comme par le passé, lui ramenant pour la taquiner des vêtements à la limite de l'indécence. Natsuki finissait alors le visage rouge et gênée, même si une partie d'elle ne pouvait que féliciter Shizuru pour son gout dans certains de ces vêtements.
La salle de bain était comme le reste de la demeure, grande et sombre. Natsuki alluma la lumière et elle dut convenir que la pièce était moderne et coûtait certainement plus que le mobilier entier de son propre appartement. La douche à jet faisant face à une espèce d'hybride entre une baignoire et un jacuzzi.
Natsuki sourit. Entre ça et la cabine de douche de Mai, fuyant à moitié, Natsuki ne pouvait que remercier intérieurement Shizuru de l'avoir amenée ici. Elle ôta rapidement ses vêtements humides en faisant une vague pile qu'elle posa timidement devant la porte. Dans le couloir, il n'y avait toujours personne. Et pas encore de vêtements secs, constata-t-elle.
Elle referma la porte de la salle de bain et se dirigea vers la douche à jet. Cela ne devait pas être trop compliqué de l'utiliser.
Après avoir trifouillé pendant bien 5 minutes, elle se retrouva enfermée dans la douche recevant de l'eau chaude de toute part. C'était si agréable qu'elle se retrouva à chantonner tranquillement en se laissant réchauffer et masser par les différents jets. Comment Mikoto faisait-elle pour vivre avec Mai quand elle avait tout ça à disposition ?
La réponse était évidente. La solitude. Vivre dans cette grande maison, seule ne devait rien avoir d'attirant pour une personne aussi sociable que Mikoto. Natsuki, elle, n'aurait pas dit non. La question à poser était plutôt : pour quelle raison Mai avait-elle renoncé à ça pour cet idiot de Tate Yuuichi ?
Elle se doutait de ce que Mai lui répondrait. Parce qu'elle aimait Tate plus que Reito et que l'amour ne devait pas avoir de rapport avec l'argent et les biens matériels.
N'empêche ça faisait une sacrée compensation, songea-t-elle en observant le carrelage rutilant et les spots modernes. Une sacrée compensation. Sa main atteignit les produits douches qui s'y trouvaient. A n'en pas douter, c'était ceux de Shizuru, elle en reconnaissait l'odeur qui n'avait pas changé depuis le lycée. Elle inspira profondément, se laissant submergés par les souvenirs que cette odeur ramenait. Remarquant qu'elle était sous l'eau depuis un bon moment, elle s'empressa de finir sa toilette.
Elle sortit finalement, auréolée de vapeur d'eau et frissonna à la différence de température. Elle trouva rapidement les épaisses serviettes sous l'évier pour se sécher. Enroulée dans l'une de ces immenses serviettes éponge, elle entrouvrit la porte. Comme promis ses vêtements trempés avait disparu, remplacés par une pile de vêtements secs. Natsuki les récupéra. Une paire de sous-vêtements tout à fait banals, un jean de marque, un débardeur et un gros pull de laine. Des vêtements simples mais de bonnes qualités. Rien d'extravagant. Rien de ce que Shizuru lui aurait proposé à l'époque. C'était dans ces moment-là que les 8 années de séparation se faisait le plus ressentir.
Quand elle redescendit, direction la cuisine où elle entendait du bruit, elle y découvrit Shizuru derrière un comptoir en train de finir de préparer du thé.
« Ah Natsuki, avisa-t-elle en diminuant le son de la radio qui discourait en anglais sur les actualités d'un pays quelconque.
-Hey, merci. Pour tout. Et pour les vêtements.
-Natsuki n'a pas à s'inquiéter. Assis-toi je vais te servir quelque chose de chaud. »
Natsuki s'attendait à du thé mais Shizuru lui servit une large tasse de café.
« Ce n'est pas ma boisson favorite, mais tu semblais l'apprécier hier après le dîner.
-Merci, balbutia-t-elle à nouveau en buvant avec reconnaissance une longue gorgée de café brûlant. »
Il était bon, exquis même. Certainement un café hors de prix allié au talent de Shizuru pour réussir ce qu'elle entreprenait.
« Reito et Mikoto ne sont pas là ?
-Ara, non, ils sont allés au cinéma.
-Tu ne les as pas accompagnés ?
-J'ai une réunion dans peu de temps.
-Oh je… je suis désolée de t'avoir dérangé alors, tu…
-Natsuki n'a pas à s'inquiéter, l'interrompit-elle. Elle n'est pas due avant une bonne demi-heure. »
Alors qu'elle contournait l'îlot central pour récupérer de quoi grignoter dans le frigo, Natsuki avisa sa tenue. Shizuru s'était changée : elle portait toujours une veste cintrée mais elle avait troqué son tailleur pour un pantalon de yoga d'un gris claire.
Quand elle se retourna et attrapa le regard de Natsuki posé sur elle, Shizuru ne put s'empêcher de rire.
« C'est une réunion en visio-conférence, on ne me verra pas en-dessous d'ici. »
Elle indiquait son estomac avec un sourire et Natsuki le lui rendit.
« Aurais-tu fais l'effort de mettre le tailleur pour venir me chercher ? »
Shizuru rit de nouveau, visiblement amusée.
« Je ne peux décemment pas sortir à l'extérieur ainsi. L'apparence est importante.
-C'est sûr que par ce temps, tu risquais de tomber sur pas mal de gens prêt à se moquer de ta tenue.
-Ikesu Natsuki. »
Natsuki appréciait leur gouaille légère. Rire avec Mai était une chose courante, mais ça : cette chaleur dans sa poitrine, l'envie de faire sourire son amie de cette façon, d'entendre ces taquineries, ce n'était pas la même chose. Shizuru lui avait manqué.
« Je suis tellement heureuse de te revoir, laissa-t-elle échapper. »
Shizuru arrêta soudainement de rire et la dévisagea avec une certaine surprise. Puis un nouveau sourire plus doux, presque reconnaissant courba ses lèvres.
« Moi aussi, Natsuki. »
Les minutes suivantes s'écoulèrent dans un silence paisible où elles sirotèrent café et thé, accompagnés des restes des pâtisseries de la veille. Natsuki ne voulait pas que cela cesse, mais Shizuru se releva finalement et déposa sa tasse dans l'évier. La demi-heure s'était écoulée.
« Pendant que Natsuki se lavait, j'ai appelé Tokiha-san. Elle ne devrait plus tarder à venir te chercher. Si je suis toujours en réunion, claquez simplement la porte au moment de partir, d'accord ? »
Natsuki masqua sa déception à savoir que ce moment si particulier avec Shizuru se terminait. Elle se demanda quand –ou plutôt si- elle aurait l'occasion de la revoir.
