Et la mort de chaque âme de cette pièce, probablement. Une fois le goût du sang testé, rien ne pouvait m'arrêter. Je devenais un prédateur jusqu'à ce que ma soif soit totalement apaisée.
Chaque image de carnage et de mort qui m'assaillait me brisait un peu plus.

Je la haïssais, du plus profond de mon être. D'exister. D'être là.
De refaire de moi un monstre ignoble. Un animal.
De la désirer si intensément.
D'annihiler tout ce que j'étais.
Tout ce que mon père avait fait de moi avec amour et patience.

Mon père.... Il avait une confiance aveugle en moi, convaincu de ma profonde bonté. Je m'évertuais à dire qu'il se trompait forcément, ma seule condition de vampire détrompait ses affirmations. De plus, j'étais un meurtrier.

J'avais tué, pour le plaisir de tuer. C'était il y a longtemps, et je ne m'attaquais qu'à des criminels. Mais j'avais goûté aux crimes. J'en avais tiré du plaisir, même si aujourd'hui, l'évocation de ces moments me torturait au plus haut point. Pourtant, Carlisle m'avait repris auprès de lui, malgré mes erreurs impardonnables, et m'avait aimé, autant qu'avant.
De nous deux, il était le seul à avoir confiance en moi, quelque soit la situation.
Là, maintenant, il aurait confiance, me rassurant sur le fait que j'étais bien plus fort que cela, que la confiance me délivrerait de ma torture. Le monstre faisait partie de moi, comme c'était le cas pour lui également, mais nous luttions contre lui depuis tant d'années que nous étions forcément plus forts que lui.
Je savais tout cela, ces mots, il les avait prononcés des années plus tôt...

C'était à la fac, une étudiante s'était blessée en tombant dans un escalier. Le choc fut si violent qu'elle se brisa la jambe, juste devant moi. Fracture ouverte. Un flot de sang se répandant sur le sol grenat du couloir. Je n'avais pu retenir un rugissement monter de ma gorge, un cri bestial. Mais pour une raison dont j'ignorais tout, j'eus la force de partir en courant devant les yeux hébétés d'une foule d'étudiants. J'avais rejoins Carlisle aussitôt, encore choqué par ma réaction qui m'avait semblé si naturelle sur l'instant. Et il avait prononcé ces mots...

Pourtant aujourd'hui, tout était si différent. Ce n'était pas le sang, son sang, qui m'attirait, mais bien plus que cela. Son odeur était envoutante, me donnant soif, mais cela allait bien plus loin. Et son esprit, si silencieux. Tout me poussait à elle. Irrémédiablement.

Tout son être me donnait soif. Son sang, son esprit, son odeur. Tout....

Je n'y résisterai jamais. L'attraction grandissait. Plus je la dévorais des yeux, plus je la voulais mienne. Et plus son malaise grandissait. Elle remuait sur son siège, gênée par mes yeux funestes posée sur elle. Aucun contrôle possible sur mon regard, il revenait sans cesse à elle. Je bloquais toujours mon odorat, pour ne pas craquer, pas tout de suite. Pour au moins épargner les autres. Mais elle.....

« Edward! Pars! Tu ne peux pas faire cela, je t'en prie, je t'en supplie! Tu n'es pas un meurtrier, laisse la vivre. Pars! Quitte cette salle, pars loin d'elle, fais quelque chose! »
Alice paniquait, au point que ses pensées envahissaient tout mon esprit, comme si elle les hurlait à travers toute l'école. Je la sentais terrorisée. Elle avait vu mon futur. Elle avait vu la décision que tout mon être avait prise, d'attirer Bella à moi et de lui ôter la vie.

Comme ces mots sonnaient faux. Jamais un tel machiavélisme ne s'était emparé de moi ainsi. Jamais. Qui étais-je? Je pensais tout savoir de moi. Mais quelle naïveté! Le démon n'avait aucune limite, son emprise était sans fin.

« Tu es plus fort Edward! Lutte! Je ne sais pas ce à quoi tu penses mais ton avenir devient flou par moment. La bataille n'est pas finie.... Tu peux encore faire quelque chose! Lutte! Au nom de ta famille. Au nom de Carlisle et d'Esmé qui t'aiment plus que tout, plus que chacun d'entre nous! Lutte... »

L'évocation de mes parents par ma sœur, me broya le cœur. Les conséquences de mes actes sur eux les anéantiraient. Pire.... ils me pardonneraient sûrement, guidés par leur amour. Je ne pourrais le supporter. Je devrais partir et ne plus jamais les revoir.

Jamais. Il m'était impossible d'envisager une autre existence que près d'eux, à leur côté. Je leur devais tant depuis tout ce temps. Je lutterai, pour mériter leur amour.

Ce fut tel un électrochoc.

« Je ne sais pas comment tu as fait, mais tu peux être fier de toi Edward. Ton futur redevient net et..... comme avant... »

Fier......d'avoir dû lutter contre ma vraie nature, aussi férocement. De l'avoir laissée dominer un instant. Et je devais être fier? Le dégoût était tout ce qu'il restait. D'avoir touché le mal que je pourrais faire à mes parents m'avait redonné l'avantage, mais cela n'effaçait pas tout. Les images restaient présentes. Et comment être sûr que cela ne recommencerait pas? Même si Alice prenait toutes les précautions, une seule et unique seconde serait suffisante pour reperdre le contrôle et voler une vie...

La fin de l'heure allait sonner dans quelques secondes. Je n'en pouvais plus. Ne plus respirer accentuer mon malaise intérieur. Respirer ne nous était pas indispensable, mais il contribuait à notre bien-être, tel un vieux réflexe humain.

Je devais m'éloigner d'elle, me retrouver, seul.