Will essaya d'ouvrir lentement les yeux. Une force inconnue semblait l'en empêcher. Oh ! Comme il avait envie de dormir ! La première chose qu'il sentit était la douleur. Il avait mal. Partout. Mais plus particulièrement à la tête. Un tambour lui frappait le crâne de bruits sourds. Aussi au poignet. Et au bras. Pourquoi avait-il si mal ? Quelque chose n'était pas normal… il s'était passé quelque chose. Une chose importante.

Il ouvrit soudainement les yeux lorsque les souvenirs lui remontèrent douloureusement au cerveau. Il observa autour de lui. Il était assis dans la salle à manger d'Hannibal, face à la table. Il essaya de bouger, mais constata avec effroi qu'il était attaché à la chaise au niveau des pieds et du torse avec une sorte de ruban. Ses mains étaient quant à elles menottées dans son dos, il percevait le fer froid sur sa peau. Cette position était extrêmement inconfortable, en particulier pour son poignet apparemment fracturé.

Hannibal choisit ce moment pour faire son entrée dans la salle à manger. Il s'était changé en costume impeccable et avait soigné ses blessures. Il tenait un plateau en argent et sourit quand il vit Will.

« Je vois tu es enfin réveillé. » dit-il joyeusement.

Will était révolté par son ton si banal, comme s'il venait de sortir d'une simple sieste. « Pourquoi suis-je encore en vie ?

— Tu aurais préféré être mort ? » répondit Hannibal en levant un sourcil. Il s'assit sur une chaise à côté de Will et posa le plateau sur la table devant lui. Il contenait du matériel médical en tout genre : bandages, crèmes, antiseptiques, aiguilles, et seringues.

« Je ne comprends pas.

— Qu'y a-t-il à comprendre ? »

Will était assurément irrité par la manie d'Hannibal à répondre à ses questions par d'autres questions. Sales habitudes de psychiatre-meurtrier en série, pensa-t-il. « Qu'allez-vous faire de moi ?

— Eh bien, dans un premier temps je vais soigner tes blessures. Je dois dire que la coupure sur ton bras est très profonde, je vais donc être dans l'obligation de te faire des points de sutures.

— Je ne comprends toujours pas.

— Tu te répètes souvent, William.

— Pourquoi me soigner ? Pou-pourquoi je ne fais pas partie des cadavres dans le sous-sol ? » interrogea Will. Il réfléchit un moment. « Vou-vous voulez me torturer, déclara-t-il très bas.

— Mon cher William, je n'ai aucune intention de te faire du mal.

— Alors pourquoi ne pas m'avoir achevé là-bas ? Je sais qui vous êtes. Ce que vous avez fait. Vous savez pourtant que dès que j'aurais ne serait-ce que mon petit doigt de libre, je vais m'empresser d'appeler Jack—»

Will s'arrêta de parler, les connexions se faisant dans son cerveau. « Oh. »

Hannibal agrandit son sourire. « Tu as vraiment un esprit remarquable. Tu comprends mes intentions tellement rapidement.

— Vous ne pouvez pas me garder ici. Pas indéfiniment. »

Will déglutit. C'était donc ça que le docteur avait prévu pour lui. Il ne serait qu'une marionnette dans son spectacle.

Hannibal sourit de plus belle. Il entreprit de découper la manche de la chemise de Will et de désinfecter la plaie sur son bras. « Je dois t'avouer que j'avais eu du mal à me décider. Te tuer… te garder en vie… la limite entre ces deux était bien fine. Mais tu viens de confirmer mon choix.

— Je ne suis pas un jouet, Dr. Lecter.

— Non, en effet. Tu es bien plus que ça. Tu es mon ami, William.

— Arrêtez de m'appeler William. Et je pense que cette amitié a légèrement été chamboulée par les évènements récents.

— Au contraire, elle n'en n'est que plus renforcée. Et j'arrêterai de t'appeler William lorsque tu m'appelleras Hannibal et que tu admettras qu'au stade de notre relation, nous pouvons nous permettre de nous appeler par nos prénoms respectifs et de nous tutoyer.

— Je ne négocie pas avec les psychopathes.

— Je ne suis pas un psychopathe.

— C'est vrai. Vous êtes bien pire car vous croyez avoir des sentiments. »

Hannibal resta silencieux. Il prit fiole d'un produit transparent sur le plateau et remplit une seringue. Du peu qu'il pouvait bouger, Will eut un mouvement de recul.

« Qu'est-ce que c'est ? paniqua-t-il.

— Seulement un anesthésiant local pour endormir tes nerfs autour de la plaie.

— Je n'en veux pas.

— Tu ne vas pas apprécier la sensation de l'aiguille qui troue ta peau.

— Votre couteau m'a transpercé. C'est du pareil au même. »

Hannibal sembla réfléchir à la question puis reposa finalement la seringue sur le plateau pour s'emparer d'une aiguille et de fil chirurgical. « Serre les dents William. Ne bouge surtout pas et laisse-toi faire.

— Ce n'est pas comme si j'avais le choix. »

Le psychiatre planta l'aiguille dans sa peau et Will retint un cri. La douleur était supportable jusqu'au moment le fil passait dans sa plaie. Il avait l'impression d'être traversé par des millions de petites échardes. Il essaya de penser à d'autres choses pour échapper à la douleur. Il regarda le tableau accroché au mur. Un cygne qui violait une femme. Quel goût infâme pour la décoration.

« Tu es très courageux, fit Hannibal concentré sur sa tâche.

— Surtout très naïf, souffla Will entre ses dents en essayant de s'occuper l'esprit. Comment ai-je pu penser que vous étiez un gentil psychiatre qui me voulait du bien… après tous les moments que nous avons passé ensemble… j'aurais dû voir quelque chose…

— Ne penses-tu pas que c'est parce que tu ne voulais pas le voir ? Mon déguisement est efficace mais pas parfait, surtout pour un esprit comme le tien.

— Ça vous ravit de berner tout le monde n'est-ce pas ? Jack, le FBI, moi… vous devez être particulièrement satisfait de votre petite mise en scène. »

Hannibal tira une dernière fois sur le fil et Will eut de nouveaux spasmes de douleur dans le bras.

« J'ai terminé », fit le psychiatre en plaçant un tulle gras contre la plaie. Il mit par-dessus une compresse et entoura son bras d'un bandage ainsi que d'une sorte de film plastique. « A présent tu vas aller prendre une douche pour que je puisse soigner ton poignet et désinfecter la plaie sur ta tête.

— P-pardon ? »

Le psychiatre se contenta de se lever et attrapa le menton de Will pour tourner sa tête sur le côté. Il fronça des sourcils. « C'est vraiment une vilaine blessure que tu t'es fait en tombant par terre. Je vais devoir être attentif à ce que tu ne fasses pas de commotion ou d'hémorragie interne. »

Will le regardait ahuri. « C'est une blague. Vous comptez réellement me traiter comme si j'étais votre chiot, n'est-ce-pas ? » Il se dégagea de la main d'Hannibal d'un mouvement de tête. « Je ne prendrai pas de douche ni rien du tout. Tuez-moi si vous voulez mais je ne jouerai pas à votre petit jeu sordide. »

Le docteur s'accroupit pour se placer au niveau du visage du Will. Une lueur malsaine brillait dans ses yeux. « Oh, Will. Je peux faire bien pire que ça.

— Pire que me tuer ? Je ne vois vraiment pas ce qu—»

Le jeune homme s'interrompit et écarquilla les yeux. « Non. Non, non, non, vous n'avez pas le droit de faire ça.

— Qu'est-ce qui m'en empêche ?

— Vous… vous allez devoir partir. Vous échapper. Quitter cette vie mondaine et fausse que vous avez créée. Tous ces efforts vont être détruits. Et ça serait beaucoup trop risqué. Vous… vous ne pouvez pas faire ça. »

Hannibal se releva et prit une grande inspiration en faisant mine de réfléchir. « Je me demande par qui je vais commencer... Jack peut-être ? Il est trop idiot pour vivre, n'est-ce pas ? Il ne verrait pas le tueur en moi même si j'égorgeais sa femme en face de lui.

— Arrêtez… supplia Will.

— Ou alors notre amie Alana Bloom ? Je l'apprécie beaucoup, ça serait fort dommage. Mais un mal pour un bien, comme on dit. »

Will serra les dents et baissa la tête, vaincu. Il ne pouvait pas mettre ses amis en danger. Ils devaient les protéger de ce monstre... c'était la seule chose qu'il avait encore le pouvoir de faire. « D'accord, murmura-t-il d'une voix faible.

— Je te demande pardon ?

— D'accord, répéta-t-il plus fort. Je ferais… je ferais ce que vous voudrez. Mais laissez-les en dehors de ça.

— Très bien.

— Promettez-le-moi. Même si je ne sais pas ce que vaut la parole de l'Eventreur de Chesapeake…

— Si tu respectes ta part du marché, je te promets de ne pas les toucher. A moins, bien sûr, qu'ils ne mettent en danger mon intégrité. »

Will accepta silencieusement les conditions. Il n'aurait jamais imaginé se retrouver dans cette situation, à négocier avec un tueur, alors qu'il était simplement venu dîner avec un ami.


Notes :

Je ne suis pas sûre que passer un pacte avec le diable soit une bonne idée...