Notre fine équipe resta tout d'abord bouche bée devant cet homme, grand, la barbe drue et six bonnes livres de viande de porc fixées sur son costume trois pièces. Il dégageait une forte odeur, je ne la décrirais pas comme une odeur de viande avariée mais plutôt comme une légère odeur de steackhouse de seconde zone, le genre d'établissements qui, situés sur les aires d'autoroute, n'ont jamais l'air ni vraiment ouverts, ni vraiment fermés. L'homme s'éclaircit la gorge, passa son poids d'un pieds à l'autre pendant quelques minutes puis se décidé enfin à engager la conversation :

- Salut, dit-il d'une voix rauque, moi c'est Charlie. Je ne suis pas un zombie.

- On a jamais dit que vous en étiez un, Charlie.

Le Charlie en question regarda Zaphod - c'était lui qui venait de prononcer cette phrase dont le style, je vous le concède, est bien pauvre mais, comme vous le savez, il venait juste de se sortir d'un long sommeil alcoolisé - avec un air interloqué. Apparemment, il venait juste de se rendre compte que sa tête possédait une jumelle, parfaitement identique. L'homme au côtelettes pencha sa tête de côté, fixa du regard Zaphod un long moment puis se résigna et se tourna vers les autres. Arthur s'avança vers lui d'un pas décidé en tendant une main qui ne demandait qu'à être serrée. Côtelettes Man regarda d'un oeil vide cette appendice plein d'horribles doigts boudinés et anglais. Il ne fit absolument aucun mouvement vers elle de sorte qu'Arthur finit par la remettre dans sa poche, quelque peu vexé.

Charlie sembla soudain se souvenir de quelque chose de vital :

- Ah ! s'exclama-t-il mollement. J'ai oublié de vous prévenir : j'ai eu un accident.

Il désigna de sa main couverte de jambon le bandage qu'il avait tout autour de la tête et qui ne laissait que son visage apparent. Trillian serra les dents, s'attendant à l'affreux récit d'une attaque sauvage et sanglante de zombies affamés.

- Je suis tombé. Je me suis fais mal à la tête. Depuis j'ai un peu de mal à.

- Hum ... commença Ford. Un peu de mal à quoi ?

- Un peu de mal à.

Ford hocha la tête. Son front soupirait oh ! je vois mais ses yeux criaient what the fuck ?

- Et, dit Arthur, et c'est une coutume chez vous ? Je veux dire ... toute cette ... cochonnaille ?

- Ah ! Ça ? s'écria doucement Charlie en agitant sa viande. C'est juste une protection. Contre les zombies.

- Vous les attirez à vous pour protéger vos amis ?

- Oh non ! Les zombies détestent la viande ! Ça les répugnent alors si on en porte, ils partent. Leur truc, c'est plus les légumes.

- Ça explique pas mal de choses, grinça Marvin.