Chapitre 3 – Disparition

Rapport du grand détective Usopp :

Seconde nuit dans le manoir. Il était vraiment tard, et tout le monde devait dormir profondément. C'est alors qu'une étrange berceuse nous a réveillés. Je la retranscrirais sur la page suivante. C'était une voix de femme, plutôt douce, qui avait l'air de chanter pour son enfant, mais la chanson se finit sur un cri assez effrayant. Bizarrement, ni Zoro ni Luffy ne se sont réveillés. Si je devais examiner cette berceuse, je d…

« Usopp, mais qu'est-ce que tu fais ? »

Ils étaient réunis dans la salle à manger. Sanji, les coudes sur la table, les mains dans les cheveux, fumait une cigarette et semblait réfléchir. Ce manoir est étrange. La voix de la nuit dernière n'était qu'un détail. Ce qui l'inquiétait réellement, c'était Luffy. En effet, au petit matin, ils s'aperçurent en se levant que le lit de leur capitaine était vide. La couverture rejetée sur le côté, comme si en pleine nuit il avait décidé d'aller faire un tour. Lui qui pourtant n'était pas en état de faire quoi que ce soit.

« Robin, comment peux-tu lire en ce moment pareil ? » S'exclama soudainement Nami, ce qui fit sursauter les autres membres de l'équipage.

« Que voulez-vous que je fasse d'autre? »

« ... »

« … »

« Sanji, va préparer le petit déjeuner, s'il te plaît... »

« D'accord, Nami. »

Le coq se leva et se dirigea vers la cuisine, les mains dans les poches, l'air soucieux, sans même jeter un regard follement amoureux aux filles. Mais personne n'y fit attention.

« Zoro, » Reprit la navigatrice, « et même tous les autres, vous n'avez rien remarqué de bizarre quand vous vous êtes promenés dans le manoir? »

« Non, répondirent-ils d'une même voix. »

« On n'a pas pu être en même temps tous victimes d'hallucinations, ou même rêver en même temps… » Soupira-t-elle, avant d'ajouter : « C'est quoi le problème avec cet endroit ? »

« Je pense que les phénomènes étranges ne se produisent que la nuit, » Intervint Robin, en reposant son livre, « et que le jour tout redevient normal. Ca expliquerait pourquoi hier nous n'avions rien trouvé. »


Le soir même, ils décidèrent de faire une excursion dans la demeure. Ils formèrent deux groupes, l'un composé de Nami, Zoro, et Usopp, l'autre, de Robin, Sanji, et Chopper.

Usopp avait préparé un immense sac à dos, contenant des gousses d'ails, des pics en argent, des bougies, et toutes sortes d'objets plus ou moins utiles. Il devait, avec Zoro et Nami, explorer le rez-de-chaussée et le sous-sol, tandis que les autres s'occupaient des étages supérieurs, ainsi que du grenier.

Zoro et Nami avaient décidés de visiter le grenier en premier, pensant commencer par l'endroit recelant le plus de mystères. Et ils n'avaient pas tout à fait tort. Dès qu'ils ouvrirent la trappe, ils entendirent un bruit lointain. A mesure qu'ils marchaient, le bruit s'intensifiait, régulier. A première vue, on aurait dit du tambour, mais une rage désespérée semblait en émaner, et cela ressemblait plutôt à des coups de poings martelant une porte. Ils s'étaient vaguement demandés si ce n''était pas Luffy, qui, enfermé dans une salle, essayait de sortir, mais lui se serait contenté de détruire la porte.

La lueur vacillante de leurs bougies n'allait pas très loin, et il leur était impossible de savoir jusqu'où s'étendait le grenier. Les seules lucarnes étaient condamnées par des planches poussiéreuses et de vieux clous mal enfoncés. Alors qu'Usopp chantonnait d'une voix mal assurée, une tête pâle comme celle d'un cadavre, légèrement transparente, sortie du sol, juste devant lui. Un sourire malicieux, presque malsain, lui barrait le visage. Long-pif essaya de crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche, lui donnant l'air d'une carpe. Nami se cacha derrière Zoro, et celui-ci sortit deux katanas, en position de combat. Il s'apprêta à attaquer, se disant qu'il était grand temps pour lui d'apprendre à trancher les fantômes, lorsqu'il aperçut une cicatrice sous l'œil gauche de l'apparition.

« Luffy ? » S'exclama-t-il.

Le fantôme ne répondit pas. Après un silence pesant, il claqua des doigts et la lucarne au-dessus d'eux explosa, envoyant des morceaux de bois et des débris de verre que Zoro éclata, protégeant ses amis. Pendant ce temps, Luffy-fantôme fit une pirouette dans les airs et repartit dans le sol, tout en riant lugubrement.

« C… C'était Luffy ! » S'écria Nami, en se tournant vers Usopp.

Voyant que celui-ci, la bouche ouverte, n'était pas en état de parler, elle se tourna alors vers Zoro, mais l'escrimeur avait disparu.


« Il n'y a rien là-bas. »

« Qu'est-ce que tu disais, Robin-chérie ? »

« Il n'y a rien là-bas » Répéta l'archéologue, en sortant d'une pièce sombre et noire.

« Co-comment a-t-elle pu entrer dedans sans avoir peur ? » pensèrent Sanji et Chopper en même temps. L'archéologue, comme à son habitude, leur souriait gentiment. Cela faisait un bon bout de temps qu'ils exploraient le salon, qui ne ressemblait même plus à un salon tant il était vaste, donnant sur une multitude de portes. Ils ne trouvèrent rien dans ces pièces, dont deux étaient condamnées, mais l'odeur de putréfaction que Chopper pouvait sentir de l'autre côté les dissuada de les forcer.

Ils traversèrent d'un pas rapide la cuisine, puis ouvrirent une porte vitrée et se retrouvèrent dans le jardin. Celui-ci ressemblait plus à une forêt sibérienne qu'un jardin, les arbres étaient gigantesques et s'étendaient à perte de vue. Tout avait l'air beaucoup plus grand que dans la journée. Un vent glacé se faufilait entre les immenses sapins, le bruissement des branches brisant le silence qui régnait jusqu'à présent.

« C'est étrange qu'il fasse aussi froid » Dit Robin, réprimant un frisson.

Sanji lui donna immédiatement sa veste.

A leur arrivée sur l'île, une chaleur tropicale régnait et certains ne s'étaient pas donné la peine de mettre plusieurs couches de vêtements.

« Et il n'y avait pas de sapins lorsque j'ai visité ce jardin avec Nami, hier », ajouta l'archéologue.

« Il n'y avait pas non plus autant de portes dans le salon », lui répondit Sanji.

« On devrait aller explorer le sous-sol » Proposa Chopper.

Ils acquiescèrent. Ils n'avaient trouvé aucune porte menant au sous-sol, à l'intérieur de la maison, et pensaient découvrir l'entrée dans le jardin. Ils durent faire trois fois le tour du manoir avant que Chopper ne détecte la trappe, cachée sous des ronces et des feuillages. Ils entrèrent précautionneusement dans la cave, Sanji alluma son briquet et chercha un interrupteur. Au bout de cinq minutes, il dut admettre qu'il n'y en avait tout simplement pas, et ils durent continuer leur inspection dans le noir, la cigarette du blond luisant dans les ténèbres. La cave, bien plus inquiétante que le rez-de-chaussée, était froide et humide, contrastant avec le confortable salon, la grande cheminée crépitant en son centre. L'utilité de cette excursion leur paraissait à présent dérisoire, et ils se demandèrent comment allaient leurs amis, tandis qu'ils s'enfonçaient dans les profondeurs du manoir.