NdL : La première scène est la suite de ce dont on entend parler à la dernière du chapitre précédent.


- Papa ?

- Occupé.

- Papa ?

- Quoi ?!

Armand se tourna vers sa fille, agacé. Elle était assise au sol, en train de dessiner des gribouillages sur une feuille. Aucun trait ne dépassait pas. Même si elle était encore petite, il doutait qu'elle ait un jour la capacité de pouvoir réussir dans l'art. La tête relevée vers lui, elle plaça un de ses doigts dans sa bouche.

- Faim.

- Tu ne peux pas attendre ?

- Z'ai faim … !

Il soupira bruyamment, ceci avant qu'elle ne fronce les sourcils. Une demi-seconde plus tard, ses traits prirent la forme d'un enfant prêt à pleurer.

- Non ! Je vais te donner un truc, attends.

Il se précipita presque sur le sac de sa progéniture. Vraiment, il ne supportait plus ses cris, c'était invivable. C'était dans ces moments où il regrettait de ne pas s'en être débarrassé.

Une gourde à la compote de fruits fut dénichée et atterri bien vite dans ses mains. Une fois ouverte, la petite se jeta dessus. Son géniteur revint à sa position initiale. Posté à la fenêtre, il observait les alentours de l'immeuble. Ses employés se battaient depuis quelques minutes déjà. Leurs adversaires avaient amenés du renfort. Toutefois, leur défense ressemblait à un entraînement. Personne n'était en position de faiblesse.

- Y a quelqu'un à cet étage-ci ?

Pardon ? Immédiatement, il se tourna vers où il avait entendu la voix. Cette dernière lui était totalement inconnue. À travers une vitre, il aperçu une silhouette. Sa fille fit une exclamation de joie en constatant que sa nourriture était terminée et qu'elle pouvait retourner au dessin. Sauf que les choses ne se passeraient pas comme ça. Elle avait malencontreusement interpellée l'attention de leur invité.

- Ah ! Apparemment, j'ai déniché le patron et sa gamine. Vous vous rendez ou on fait une partie de cache-cache ?

Il avait crû voir une arme. Ça sera donc la seconde option pour lui.

Sans plus attendre, il attrapa l'enfant et lui intima le silence d'un geste. L'étage était quasiment entièrement éteint, la moitié des stores des bureaux étaient fermés. Le sien l'était partiellement. Ils longèrent le mur à côté de la porte et il le rabatti complètement. Le bruit se fit entendre.

- Ah, ça sera un cache-cache. Tant pis, je ne suis pas pressé.

Son cœur s'accéléra légèrement dans sa poitrine. L'adrénaline commençait à monter en lui. Dans ses bras, la cadette le regardait avec beaucoup d'interrogation. Elle ne comprenait pas la situation mais ne semblait pas avoir peur. Était-elle vraiment si habituée que ça ?

La porte s'ouvrit brutalement sans être totalement rabattue. Cela leur permit de ne pas être écrasés, mais ça ne leur retira pas leur sursaut. L'homme rentra dans la pièce, avançant par petits pas. Depuis leur faible cachette, ils pouvaient voir qu'il était concentré. Arme au poing, il ne baissait pas la gachette une seule seconde. Celui-ci nota d'abord leurs affaires avant de s'approcher de la vitre. Calmant au maximum sa respiration, le PDG agit de façon à pouvoir accéder à la sortie. Tout doucement, sans prendre le moindre risque et faire un seul geste brusque. Une fois dans le couloir, il l'entendit s'exprimer à nouveau sans qu'aucun d'eux trois ne bougent.

- Allez, Armand, c'est bien bravo. Et maintenant ? Allez, je te laisse dix secondes pour trouver une nouvelle cachette. Dix, neuf, …

Évidemment, ils n'avaient pas été assez discret. Il tenta d'aller vers le bureau d'Hipolyte mais celui-ci était fermé. Huit … Celui de Carla eut le même résultat. Sept … Six … La salle de repos des employés ne s'ouvrit qu'en partie mais une table bloquait l'accès. Des questions se multipliaient dans son esprit à ce propos mais il dû se résoudre à les oublier. Cinq … Il observa autour de lui. La panique commença à le prendre. Quatre … Trois … Une solution ? Allô ? Deux … Un ... Ce n'est que lorsqu'il entendit le « zéro ! » qu'il trouva secours dans celui de Nadège.

Masqué de l'entrée par une étagère, il pouvait souffler un peu. Sa fille se blotti un peu plus contre lui et il lui réindiqua de se taire. Elle avait l'air plutôt mal à l'aise vis-à-vis de la situation. Attrapant son téléphone dans sa poche, il envoya un message à sa nièce lui donnant leur position et demandant un peu d'aide.

- Armand, j'espère que tu as eu le temps de te cacher.

La voix était pleine de malice. Bizarrement, lui, il ne trouvait pas ça drôle. Tournant la tête sur le côté, il remarqua qu'une porte donnait sur une petite salle d'archive. Bonne ou mauvaise idée ? Il ne se décida qu'au bout d'une seconde de réflexion. Rabattant ses cheveux vers l'arrière, il fit en sorte qu'ils reprirent leur route.

- Armand … Où est-ce que vous vous cachez ? Allez, un indice ?

Il s'arrêta brusquement lorsqu'il le vit passer à travers la vitre. Masqué par le bureau, ils eurent une chance inouïe. Leur adversaire continua son chemin et son petit jeu.

- Allez, tu fais un bruit pour m'aider et je te donne dix secondes encore si je te trouve trop facilement.

Il y eut un son dans un des bureaux. Armand en profita pour ouvrir la porte et se glisser dans la seconde pièce. Posant sa fille au sol, elle alla se cacher dans un coin, dans un carton. Lui, il ferma à clé avant de se reculer.

- Roh, allez Armand, t'es pas joueur ! C'est pas drôle de jouer avec toi.

Frustré d'être nargué, il activa un paramètre dans son téléphone et fit apparaître un écran dans le couloir. Se filmant sans trop montrer où il était, il se fit apparaître à l'image.

- Je te trouve bien arrogant alors que tu ne m'as pas trouvé.

Un sourire se dessina sur les lèvres de leur ennemi. Puis, celui-ci pouffa.

- Merci, c'est exactement le genre d'informations que je voulais.

Le PDG ne comprit pas ce qu'il voulait dire. Enfin, jusqu'à ce qu'il entende du bruit à côté et que sa porte fut éclaté d'un tire d'arme suivit d'un coup de pied. Le cri de sa fille retentit dans tout le fracas que cela fit. Puis, leur traqueur apparu.

- Salut, Armand. Un dernier mot en guise de prière ?

- Salut, tocard.

La réponse, ce n'était pas lui qui l'avait dite. La seconde suivante, l'homme se retrouva maîtrisée par sa nièce au sol. Elle se saisit de son poignet et le tordit pour le mettre en place comme elle voulait. L'arme fut agencée de façon à ce qu'elle soit en face de sa tempe. Le coup partit aussi simplement que ça.

La barbare se remit sur ses pieds, dépoussiérant ses jambes. Puis, un sourire illumina son visage avec beaucoup d'enthouasiasme.

- T'avais raison en fait, on s'amuse bien avec eux !

[...]

- Papa !

Il soupira. Son souffle résonna dans sa tête comme un son strident, mais cela restait une douce mélodie comparer au bruit de son enfant. Qu'est-ce qu'il avait fait au ciel pour mériter ça ? Surtout que ce n'était pas un simple et distinct « papa ». Non, c'était plus du proche du « papapapapapapapa » assourdissant et inoculable.

Allongé dans le noir dans sa chambre, il rêvait encore de dormir. Ça serait si doux et si paradisiaque dans l'instant. Il était revenu à 4h du matin d'une soirée poker. 4h. Un coup d'œil vers le réveil lui indiqua qu'il était 7h. C'était beaucoup trop tôt pour être un adulte un samedi matin. Ça réclamait trop d'énergie. Rien que respirer lui apparaissait comme une action insurmontable. Alors s'occuper de l'être le plus exténuant au monde ...

Face à lui, la poignée s'ouvrit maladroitement. Miséricorde, elle grandit ... Bien entendu, sa fille entra sans lui demander la permission. Il plongea son visage dans l'oreiller, implorant d'être sauvé de cet Enfer. La chaleur l'accueilli, sa vue oubliée lui apporta un immense réconfort. Malheureusement, le matelas rebondit mollement. Quelle idée ils avaient eu de lui mettre un petit escalier pour les meubles trop haut pour elle ? Ils auraient dû en limiter l'utilisation aux dimanches quand elle venait dormir avec eux le matin.

Elle bougea son bras pour l'interpeller. Il hésita à retenir sa respiration, à prétendre qu'il n'existait pas. Le syndrome de l'autruche ne fonctionnait pas très bien néanmoins.

- Ze sais qu'tu dors pas.

Il soupira à nouveau, cette fois-ci bruyamment.

- … Merci pour ta perspicacité, petit monstre.

Sa voix était rauque, tant du sommeil que de l'alcool de la soirée précédente. Elle eut un petit rire à son sarcasme et bougea encore. Il tourna la tête pour s'autoriser à lui jeter un coup d'oeil. La curiosité sur ce qu'elle faisait comme bêtise était trop forte. Toutefois, sa descendance avait décidé de ne rien détruire d'autre que sa tranquillité.

Elle venait de s'allonger à son tour sur le ventre, sans doute pour l'imiter. Les différences se constituaient en deux éléments : ses pieds étaient relevés et elle avait croisé ses mains sous son menton. Ils s'observèrent une minute, tandis qu'une mèche lui tombait devant les yeux. Il ne prit pas la peine de la retirer, toujours capable de la voir à travers.

Son cerveau ronchonnait à se mettre en bon fonctionnement, mais il y parvint. Après tout, il devait bien découvrir ce que tout ceci signifiait. Puis, il devait avouer qu'il s'inquiétait que le drame soit dans une autre pièce de l'appartement. Armand se racla donc la gorge douloureusement pour au moins gagner un semblant d'autorité dans sa voix.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- 'Avais promis.

- Qu'est-ce que j'avais promis ?

- Ze veux Dagon Baall.

Dragon Ball ? Ah oui ! Il se souvenait maintenant. Il lui avait effectivement dit qu'ils passeraient ce samedi à regarder Dragon Ball. Elle avait vu quelques épisodes de Z et Super, mais jamais la télévision ne repassait GT et la première série. Il avait donc proposé ça. Sur le moment, ça lui était apparu comme une excellente idée de création de souvenirs père-fille.

Il va s'en dire que son opinion divergeait actuellement. Il se frotta les yeux, déprimé. Pourquoi s'était-il tendu un tel piège ? Sa pensée divagua avant qu'il soulève une montagne mentale pour se lever. Après tout, il avait promis.

Quelques minutes plus tard, il s'asseyait sur le canapé. Elle, elle préféra le sol. Il n'allait pas la contredire, ça lui permettait de bouger sans manquer de tomber. Entre affronter ses pleurs post-chute de canapé et juste devoir s'assurer que le ménage est toujours parfait, il préférait la seconde option. Ça préservait ses tympans et il créait de l'emploi parmi les femmes et hommes de ménage à domicile.

Le DVD lança le premier épisode et les aventures de Bulma commencèrent, son radar à la main. Bientôt, elle rencontrerait Son Goku enfant, où après un différent, ils s'associeraient pour la suite. Justifiant au passage que ce soit lui le héro de la série et non elle. Ils en avaient pour un moment.

Au départ, la fatigue le pesa. Ses heures de sommeil restaient fines pour rester passif devant un écran tout en maintenant ses yeux ouverts. Mais finalement, il se prit au jeu à travers multe discussions et débats avec la petite. Personne n'était dans l'appartement à part eux, ils étaient à l'aise. Georges était sorti avec Gladys pour l'emmener faire un peu de sport, Cindy voyait des amis et Carla avait passé la nuit ici mais avait préféré rentrer chez elle pour le week-end. Ils étaient donc en duo. Le duo de choc.

Quand l'épisode où Tortue Géniale montre ses capacités physiques dans un Kamé Hamé Ha arriva, elle trépigna. Les combats d'arts martiaux lui avaient plu, mais là il pouvait voir que c'était bien au-dessus. Peut-être qu'il pourrait songer à lui trouver un club pour qu'elle apprenne tous les savoirs. Ça pourrait l'intéresser.

- Papa ! 'Veux faire oci !

- Vas-y.

Il souriait, amusé par son enthousiasme. Tous les enfants avaient le même réflexe. Elle lui rappelait Cindy à son âge. Puis lui-même, un peu plus âgé. Elle se tourna vers lui, intriguée. Les lèvres pincées en leur centre, son nez redressé. Sa concentration était totale.

- 'Fais comment ?

Ah oui, elle n'avait pas la technique. Il était vrai qu'on apprenait les détails à la fin de Dragon Ball Z, dans le dernier arc. Comment concentrer son énergie, comment la maîtriser pour voler ou attaquer, etc. Ça avait été l'affaire de Son Gohan à travers l'apprentissage de Videl.

Armand attrapa la télécommande pour mettre pause. C'était son rôle à lui, à présent. Toutefois, sa récompense serait moins grande. Son Gohan avait au moins eu le plaisir de plaire à Videl. Lui, il récolterait un sourire candide. Ce n'était pas avec ça qu'il allait parvenir à séduire une femme. Sans quitter le canapé, il lui indiqua la gestuel en la répliquant lentement.

- Tu places tes mains comme si tu tenais une boule. Puis, tu te concentres pour placer ton énergie à l'intérieur. Il faut que tu y crois vraiment, que tu joignes ta force. Puis tu fais le geste qu'ils font à l'écran en disant le nom et en propulsant le tout.

Il aimait ce genre de jeu. Ça rendait le dessin animé réel sans possibilité de se faire mal. Ça donnait un sentiment d'investissement, d'appartenance à l'univers.

- Maman fait oci ?

- Non, je ne pense pas. Tu veux le montrer à ta maman ?

- Oui !

Elle fut prise d'un engouement communicatif avant de réaliser la situation et s'attrister. Ça s'était enchaîné assez rapidement.

- Est pas là maman …

- Je peux te filmer et envoyer la vidéo à Carla.

- Oui ! Ça !

Il sortit son téléphone. Sa partenaire allait le trouver étrange, mais qu'importe. Si ça pouvait faire plaisir à sa fille, il n'allait pas lui refuser. Le cadrage resta amateur, pas non plus très friand d'y réfléchir des heures. Le départ fut donné d'un signe simultané avec le lancement de l'enregistrement. Elle tenta un premier essai qu'elle trouva infructueux.

- Peux pas dire les mots.

- Tu vas trop vite. Prends ton temps pour tout faire, concentre toi.

Elle s'exécuta. Il ne l'avait jamais vu aussi sérieuse. Il eut un sourire devant son attitude, l'amusement planant dans cette légèreté. Enfin, jusqu'à ce qu'elle enchaîne véritablement.

- J'ai réussi !

Si sa mâchoire pouvait se décrocher, elle aurait déjà touché le sol. Il n'en revenait pas de ce qu'il venait de filmer. Oui, elle avait réussi, c'était le cas de le dire. Un point de lumière avait explosé à moins d'un mètre de ses mains ouvertes. Coupant l'enregistrement machinalement, il resta interdit une seconde. Comment … ? Le retour à la réalité fut brutal, subitement transpercé par l'inquiétude.

- Ça va, petit monstre ?

Au moins, il eut le réflexe de la rattraper. Elle semblait à peine capable de tenir debout. La fatigue l'accablait, exténuée d'un claquement de doigt. Une main sur son épaule, il la sentait flancher. La même pensée dû traverser son esprit parce qu'elle tendit mollement les bras vers lui. C'était comme si elle n'avait pas pu dormir pendant une bonne grosse semaine.

- Câlin te-plaît …

- Viens-là.

Elle s'écroula contre son torse quand il voulu l'y inviter. Ses bras l'entourèrent tout en la soulevant. Heureusement qu'il avait un peu de muscles car toute trace de force pour l'aider à le faire habituellement l'avait quitté. Ramenée au canapé, il commençait à se rassurer. Pas de blessure interne qui aurait déclenché des douleurs et / ou saignements, donc ça ne devait rien présager de grave.

Il s'installa au mieux pour elle. Blottie contre lui, elle récupéra sa tétine accroché sur son haut. Vu de l'extérieur, il gardait une apparence tendre pour elle ; mais à l'intérieur, il explosait. C'était quoi cette histoire ?! Depuis quand elle savait faire ça ?! Et depuis quand elle pouvait faire ça ?! C'était impossible que ce soit la première fois ! Il n'en revenait pas. Il avait vraiment envie de lui poser mille questions mais il ne pouvait pas. Elle n'était visiblement pas en état de répondre correctement.

Sa respiration était lourde mais calme, il l'entendait. Sa voix essaya un ton compatissant qui ne lui sciait que très peu. Cependant, ce n'était pas comme s'il connaissait le mode d'emploi dans ce type de situation.

- Tu veux aller dormir ?

- N-Non …

- Je remet la télévision ?

Elle hocha la tête positivement. Elle restait têtue, malgré la situation et le temps qui passait. Il lui remit donc l'animé avant de prendre son téléphone. Il chercha le contact de Carla. Il devait partager cette information, c'était trop difficile de la garder que pour lui-même. Puis, elle méritait tout autant que lui de la connaître. La conversation ouverte, il lui glissa la vidéo en pièce jointe. Il n'ajouta que le court message « Notre démon est une Saiyan. ».

La concernée reçu un bisous sur sa tête de sa part. Ça y était, ils se perdaient dans un moment calinage. Elle l'avait eu. Son nez joua avec quelques cheveux, les déplaçant lentement. Ses sourcils se froncèrent à l'odeur. Eh! Ce n'était pas du tout le shampooing qu'il lui avait acheté ! Qu'est-ce qu'il s'était passé pour qu'elle soit lavée avec du bas de gamme ? D'accord, ça, c'était encore une histoire à régler. Même si ça le mettait déjà en rogne.

Il l'entendit retirer sa tétine et marmonner quelques mots. Ils étaient machouillés, mais assez forts pour être entendus.

- Ze suis Son Goku, papa ? 'A y est ?

Qu'est-ce qu'il devait répondre à ça ? Oui ? Non ? Peut-être ?

- Tu veux être Son Goku ?

- Oui.

Il avait le coeur brisé.

- … Tu sais que c'est un gentil Son Goku ? Ce n'est pas un méchant comme nous.

- Mais z'aime pas Yamcha …

Ah! C'était donc pour ça. Il balaya sa pensée aussi vite qu'elle lui était venue.

- Rah, oubli Yamcha. Y a mieux. Attends de visionner les autres épisodes et tu verras qui choisir. Attends d'avoir un panel entier de choix.

- D'acc …

Il se mit à caresser doucement ses cheveux. Elle serra son t-shirt dans son poing. L'impression de faire un retour à quand elle n'était qu'un petit bébé était vraiment forte. Il ne savait plus s'il devait y trouver du réconfort ou de l'ennuie.

Son portable vibra, signe d'un nouveau message. Celui à peine reçu s'ouvrit sur son écran : « Armand, vos montages vidéos ne sont pas drôles. ». Mh. Il avouerait aisément ne pas avoir songé plus tôt à cette option. Il tapota une réponse de sa main gauche libre : « Ce n'est pas truqué. Je vous promet que c'est une vidéo 100% made in votre progéniture. ». Le signe de vie de Carla tarda plus cette fois et fut décisif : « Je suis là dans une heure ». Apparemment, c'était assez convainquant. Est-ce qu'il devait aussi l'envoyer à Hippolyte pour s'offrir une semaine de vacances ? Il n'avait pas oublié son exutoire comme quoi il ne la garderait qu'en existence de ceux-ci.

Le temps prévu plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit. Il trépignait mentalement, c'était difficile pour lui de ne pas exploser. De plus, il avait eu tout cet entre-deux pour réfléchir. Sa fille possédait visiblement un super-pouvoir. Que faire de cette information ? Devait-il en parler, le publier ouvertement ? Ou au contraire le garder pour lui ? Elle ne le contrôlait sûrement pas. Puis, l'avantage qu'ils avaient comparés à Georges et ses filles, elle en avait un qui se masquait. En tout cas, pour ce qu'il en avait vu. Ils étaient maître de cette donnée.

Et enfin, comment lui le vivait-il ? Cette question se révélait la plus compliquée. C'était une opportunité énorme pour elle, il en était conscient. Toutefois, il ne pouvait s'empêcher de crever de jalousie. S'il faisait le geste comme elle pendant des heures, jusqu'à l'épuisement même, il savait qu'il n'obtiendrait rien. C'était à la fois grisant et frustrant d'être entouré de toutes ces personnes spéciales. Tout en se sentant finalement exclus.

Même si dans un sens, ici c'était différent. Premièrement, elle n'allait certainement pas l'exclure, il resterait son héro jusqu'à la fin, super-pouvoir ou non. Et inversement, sinon il se serait acharné pour savoir si elle en avait un. Il l'avait souhaité pour son ascension sociale, mais il savait qu'il ne se serait pas détaché d'elle si ça n'était pas venu. Deuxièmement, c'était sa fille et non son employée. Il avait participé à la création de ce diablotin qui avait fait une boule d'énergie. C'était comme une part de lui qui obtenait ce don.

Il entendit sa compagne poser ses affaires dans l'entrée et finir par venir dans le salon. Ils n'avaient pas vraiment bougé. Il l'avait juste posé une minute lorsqu'elle lui avait demandé son doudou. Il en avait profité pour apporter aussi un plaid, les installant plus confortablement si elle se décidait enfin à dormir. Elle vint s'asseoir à côté d'eux, tournée vers l'enfant. Celle-ci sourit en la voyant, visiblement contente mais encore épuisée.

- Elle refuse de dormir.

La Super hocha la tête dans sa direction. Elle enregistra basiquement l'information avant de passer ses doigts à travers les mèches de leur fille. Elle aussi prenait l'option « douceur » pour parvenir à ses fins.

- Il paraît que tu nous cachais un super-pouvoir. J'ai vu la vidéo.

La petite retira sa tétine pour participer à la conversation, sans l'éloigner de trop. Le commentaire avait l'air de l'avoir contrariée. Pourtant, les "preuves" étaient contre elle.

- Ze caçais pas.

- C'était la première fois que tu faisais ça ?

- Ui.

Plus sérieux, il doutait qu'elle était en train de mentir. Ça ne lui apporterait rien. Ça impliquait donc qu'elle ne maîtrisait vraiment pas ses capacités. Dans le cas contraire, le résultat n'aurait pas été celui-ci. C'était donc une certitude puisqu'elle n'avait réussi que par erreur. Sans savoir qu'elle pouvait, c'était difficile de leur en faire part ou de s'entraîner. L'apprentissage en autodidacte avait ses limites.

- Comment as-tu fais ça alors ?

- Papa a dit.

- Oui, enfin Armand n'a pas de super-pouvoir, donc ce n'est pas lui qui a pu tout t'expliquer.

Ses lèvres se pinçèrent, vexé. Son ton plein d'évidence ne lui plaisait pas du tout. Il était temps qu'il intervienne.

- Bon, ce n'est pas nécessaire d'insister là-dessus.

- Mettez votre égo de côté une minute, mon cher. Ce n'est pas le moment.

Il se mit à bouder. La petite se repositionna plus confortablement contre lui. Ils pouvaient voir qu'elle faisait de gros efforts pour ne pas se montrer affaibli. Elle faisait toujours ça devant eux. Ils ne montraient pas leurs difficultés, donc elle les copiait. Carla l'observa un instant avant de reprendre. Elle masquait aussi un sentiment, mais ça ressemblait plutôt à de l'inquiétude. Il partageait son ressenti, pour une fois.

- Tu as utilisé beaucoup d'énergie pour créer cette boule ?

L'enfant hocha positivement la tête.

- Tu veux aller dormir ?

Cette fois-ci, ce fut négatif. Il retint un soupir d'irritation. N'allaient-ils quand même pas devoir la mettre de force au lit ? Elle avait dépassé l'âge, elle n'avait plus moins d'un an. Ils se regardèrent, tout deux frustrés par sa réponse.

- J'ai dû la rattraper d'urgence. Elle s'est vraiment vidée d'un seul coup.

- C'est normal. Il faut doser l'énergie qu'on y met. Puisqu'elle ne s'y attendait pas, elle a tout mis.

- Il vous est déjà arrivé la même chose ?

Il devait avouer imaginer difficilement une version bien plus jeune de Carla en train d'allumer un appareil accidentellement. Machinalement, ses doigts reprirent leur massage au niveau des cheveux de sa fille.

- Ça nous arrive à tous. Vous n'allez pas me dire que vos nièces n'ont rien fait de ce genre, lorsqu'elles étaient bébés.

- Certes.

Il sentit la pression sur son t-shirt se relâcher. Sans geste brusque, il vérifia la situation. Aux vues de leur position, ce n'était pas tout à fait pratique.

- … Elle s'est enfin endormie ?

- Oui. Faites attention de ne pas la réveiller et emmenez-la au lit.

Il s'exécuta et il alla la déposer dans son lit à lui. Elle avait le sien, mais il préférait viser plus large. Au cas où elle bougerait beaucoup trop ou qu'elle fasse un imprévu, c'était plus stratégique. Il laissa la porte entrouverte pour entendre le moindre soucis et se rendit dans la cuisine. Un thé lui ferait le plus grand bien.

Armand alla s'asseoir à une chaise et croisa le regard de sa compagne. Celle-ci était venue en première ici, déjà une tasse de café à la main. Le silence s'éternisa jusqu'à ce qu'il le stop.

- Bon. On fait quoi ?

- Qu'est-ce que vous voulez faire ? Elle a un super-pouvoir, c'est tout.

- Et c'est notre travail de mettre les Supers sous contrat.

- Vous voulez déjà la faire estimer par Hippolyte ?

Il passa une main dans ses cheveux, partagé. Quel rôle devait-il jouer ? Celui du PDG, à chercher la mine d'or et la développer jusqu'au moindre petit centime à en retirer, ou celui du père à garder hors de tout ça sa progéniture jusqu'à ce qu'elle soit en mesure de décider par elle-même de ce dont elle veut ?

- … Nous devons en discuter. Elle ne peut pas rester à avoir un super-pouvoir sans apprendre à s'en servir, ou au moins le contrôler.

- Hippolyte est tout sauf la solution.

Il resta perplexe sur sa remarque. Une gorgée de sa boisson plus tard, il ne la comprenait toujours pas. Toutefois, boire quelque chose de chaud lui fit du bien.

- Pourquoi ?

- Il est doué pour discerner les bons des mauvais. Pas pour former des débutants. Même s'il est dans le programme que Cindy dirige, il gère tout sauf des novices complets.

Elle avait raison, il devait l'admettre. Puis, leur fille allait finir par détester tout le monde si elle restait sous son aile assez longtemps pour progresser. Lui pour son autorité, et eux pour l'avoir envoyé vers le DRH. Il réfléchit une seconde avant de proposer une solution.

- Vous vous sentiriez prête à la coacher ?

Il était sérieux. Ça pouvait être surprenant, mais il l'était vraiment. Elle le fixa, cherchant à voir s'il plaisantait. C'était rare les moments où ils ne se rabaissaient pas. Dans le doute, il était justifié de vérifier avant de s'avancer. Il maintint ses traits, restant sans faille dans son expression.

- Je pourrais, oui. Et vous ?

- Et moi ?

Il ne comprenait pas. Ne l'avait-elle pas justement rappeler à leur fille plus tôt qu'il était incapable d'aider dans cette histoire ? Il avait peut-être raté un épisode. Elle prit un air de défi, un sourire au coin des lèvres.

- Vous oubliez bien vite vos promesses. Depuis qu'elle est venue au monde, nous sommes une équipe. Ne croyez pas juste pouvoir jouir de quand elle sera en pleine possession de ses moyens.

Il ressentit quelque chose d'étrange en lui. Un sentiment qu'il n'éprouvait jamais. Une boule de chaleur s'était diluée, le réchauffant. Il était … touché par l'attention ? Non. Il chassa cette possibilité de son esprit. Non, c'était absurde.

- Quel sera mon rôle ?

- Vous ramasserez les pots cassés. Vous devrez être un pilier solide et parfois l'affronter. Après tout, même si vous ne possédez pas de super-pouvoir, vous savez être résistant.

Un sourire perça au coin de ses lèvres. C'était une occasion qu'il n'aurait jamais osé espérer.

- Marché conclu.

Ça ne le dérangeait pas d'être le doudou dans cette histoire. Il était déjà son éponge à sanglots depuis le début, ça ne le changerait pas tellement de d'habitude. Par contre, le secret autour de cette histoire était à définir.

- Est-ce que l'on en parle à nos familles, nos amis, nos collègues ?

Il n'était pas certain de ce qu'ils allaient faire de cette information. Elle non plus, visiblement, puisqu'elle roula des yeux. Ses doigts s'agaçèrent sur la cuillère tournant dans son café.

- Vous racontez tout à vos proches. Ça serait difficile de vous dire non.

C'était faux ! Totalement faux. Il reniait cette affirmation qu'elle lui donnait comme un argument valable. Non, il n'était pas si attaché que ça à d'autres êtres de son espèce.

- Georges ne me dit pas tout. C'est réciproque.

- Et qu'en est-il de votre nièce ?

Aoutch. Elle visait là où ça faisait mal. Que répondre à ça ? C'était un piège. Il lui en voulait presque d'oser lui servir ce genre de propos. Il l'observa, pesant ses mots. Un de travers et il perdrait son but.

- Je peux garder ça pour moi un petit moment. Pas jusqu'à sa majorité, cependant, n'exagérons pas non plus.

Après tout, Cindy avait tendance à voir sa cousine plus faible que sa fratrie parce qu'elle était différente d'elles. Quitte à devoir supporter une petite dans la famille, elle jugeait que ça devait au moins apporter de l'intérêt. Lui annoncer la présence d'un super-pouvoir représenterait beaucoup en terme d'estime.

- Mettons-nous alors d'accord : jusqu'à définir exactement ses capacités.

Ses doigts rejoignirent son menton, caressant les poils de sa barbe. Ça le détendait, tandis qu'il venait de finir son thé.

- Je n'ai qu'une question : pourquoi attendre avant de le dire ?

C'était un choix, mais ce n'était pas le seul. De plus, elle n'avait en rien augmenté sur ça. C'était donc préférable de s'intéresser aux raisons.

- Pour ne pas mettre trop de pression sur quelque chose dont on ne sait rien. Vous avez vu vos nièces ? Les gens vont supposer qu'elle a des capacités monstrueuses. C'est probablement le cas, mais tout autant que non. Gardons nos précautions pour ne pas foirer la révélation.

- Ça s'entend.

Il se leva, profitant de sa proximité avec l'évier pour y poser sa tasse. Son mouvement se finit dans un grand étirement parsemé par des claquements de chacune de ses articulations.

- Bon, je vous laisse puisque nous en avons fini. À moins que vous ayez quelque chose à rajouter ?

- Puis-je savoir où vous aller ?

- Jouer le Super-Vilain sans cape. Et accessoirement poursuivre ma nuit. Vous voulez me rejoindre dans cette mission ?

Ils seraient un peu serrés à trois, mais ce n'était pas comme si ça serait la première fois que ça se produisait.

- Non, merci. Je vais retourner chez moi m'occuper à plus pertinent.

- Très bien.

Il se rendit donc paresseusement jusqu'à sa chambre. Les deux portes se fermèrent simultanément, une dans un claquement pour la verrouiller. Il se retint de s'écrouler sur le matelas, conscient qu'il devra sinon faire tous les efforts du monde pour rendormir l'intru. Décalant assez sa fille pour récupérer sa place, il s'allongea. Enfin, il pouvait dormir un peu. Cette histoire n'avait finalement que du bon.

Enfin, ce fut sa pensée jusqu'à ce qu'il constate qu'elle ronflait dans son sommeil.

[...]

- Encore !

Il la forçait à se dépasser. C'était difficile de la cadrer pour qu'elle y parvienne mais il trouvait des moyens. Cela ferait bientôt une heure qu'ils s'affrontaient. C'était intéressant de constater ses progrès au fil des séances. Bien évidemment, elle était tenue au même secret à l'école que ses cousines sur ses activités extra-scolaires. Ça les mettrait dans une position tendue.

- Stop ! Maintenant tu essayes de m'attaquer et je te repousse. D'accord ?

- Zui fatiguée …

- C'est le dernier exercice.

Ils se positionnèrent. Il le voyait très bien qu'elle arrivait à bout. Néanmoins, là-dessus ils étaient intransigeants. Elle lui fonça dessus et tenta de s'élancer dans les airs pour lui donner un coup de pieds dans le ventre. Surpris, il eut du mal à la réceptionner. Il le fit très mal, même.

Un cri de douleur éclata dans la salle suivie de larmes.

Ayant pu rattraper que sa jambe et manquant son bras, elle était tombée. Tout le haut de son corps avait percuté le sol sur son poignet et coude. Automatiquement, il se mit à genoux et regarda la blessure doucement.

- Ça n'a pas l'air d'être rien. Je t'emmène aux urgences, petit monstre.

À peine une demi-heure plus tard, elle était sur une table en train de se faire osculter. Le médecin semblait très peu enclin à colaborer.

- Ça lui ai arrivé comment ?

- Un jeu, rien de plus banal.

Quoi ? Il n'allait pas dire « je lui ai fais ça ». Ils étaient dans des services hospitaliers normaux, pas les leurs. Elle, elle ne disait rien. Son silence l'inquiétait un tantinet. D'habitude, elle parlait beaucoup et ils échangeaient. Là, c'était l'opposé. Après un scanner pour vérifier que rien n'était cassé, elle repartit avec une entorse au poignet.

Ils retournèrent chez eux. Une fois à l'appartement de Carla, il n'en tint plus dans l'ascenseur.

- Est-ce que tu veux ton plat préféré puisque tu es blessée ?

Elle hocha vaguement la tête. Ça le frustra. C'était exactement ce pourquoi il n'avait pas été tenté d'être père plus tôt. Il n'était pas dans sa tête pour savoir, pourtant il devait deviner pour la faire aller mieux. C'était son rôle. Ils traversèrent le couloir et il ouvrit. Puis, tandis qu'il allait lui adresser à nouveau la parole, elle prit la direction de sa chambre. Mh … D'accord ?

- Vous avez fait quoi encore ?

- Rien. Elle s'est blessée et je crois qu'elle m'en veut.

- Allez régler le problème.

- Pardon ?

- Allez, allez la rejoindre ! Je ne veux pas de boudeur à table.

Il soupira. Puis, il posa ses affaires et s'exécuta. Il se glissa à l'intérieur et repoussa la porte. Il la vit allongée sur son lit, le regard vers le plafond. Il l'imita, un peu plus mal à l'aise vis-à-vis du manque de place. Leur réunion était plus aisée dans le sien, avec les deux places. Sa tête se tourna vers elle, curieux.

- Tu es fâchée ?

Elle hocha négativement la tête. Il fronça les sourcils.

- Pourquoi tu agis tout pareil alors ?

- … Peux dire un secret ?

Ah, ils devaient faire des confessions maintenant. Elle se tourna vers lui et se blotti.

- Je dois en dire un aussi ?

- S'tu veux. Toi d'abord.

- Dis donc, t'es culottée toi. C'est toi qui a parlé de secret.

- T'as pas secret ?

- Si. Ça ne te concerne juste pas. Il me concerne le tien ?

- Ui.

Ah. En soit, il aurait préféré un «non». Il laissa un instant passer avant de reprendre.

- C'est quoi ton secret ?

- … Ze veux pas continuer ça …

Ah. Ça complexifiait quelques peu pas mal de choses là. Qu'est-ce qu'il était supposé dire ? Approuver, désapprouver ? C'était difficile mais ça lui serait bénéfique sur la durée. Ils le savaient.

- Pourquoi ?

- Ze vous aime pas là-bas …

C'était au moins très clair comme ça. Donc maintenant ils devaient choisir qui elle détesterait ou si elle allait ne serait ce que les détester.

- C'est pour ton bien. Il faut que tu apprennes à maîtriser tes capacités.

- Tout le monde fait ça ?

- Oui. Pas forcément comme ça, mais on a de l'expérience. On sait que ça va te servir.

- C'est nul.

Elle n'avait pas tord. Même si les résultats devenaient probant, c'était long pour tout le monde. Après tout, c'était toute une organisation à former sans que ça fasse trop de bruit. Il l'embêta en ébouriffant ses cheveux.

- Allez, petit monstre. Tu stops les plaintes maintenant. Tu ne veux pas être la plus forte ?

- Non.

- Eh bien tu ne sais pas ce que tu rates.

Il se redressa et quitta la pièce. Qu'est-ce qu'il pouvait faire de plus ? Elle voulait arrêter, elle lui avait dit. Il lui avait dit que ce n'était pas de leur avis. Ils n'allaient pas débattre des heures. Il s'évertua à la préparation du dîner avec Carla, jusqu'à ce que celui-ci soit prêt. Puis, ils se mirent à table. La cadette était des plus silencieuse, mais ils ne s'en préoccupaient pas. À la fin, il se saisit de sa veste, prêt à partir. Cependant, avant de s'en aller, il devait mettre les choses au clair avec sa fille.

- On suspend les entraînements le temps que tu sois guéri. Par contre, ne penses pas que ça va être un prétexte pour oublier de les reprendre.

- On va vraiment continuer ? J'veux pas …

- Oui. Si tu ne progresses pas, on verra. Pour l'instant tes efforts sont récompensés, donc ça serait idiot d'arrêter.

Elle n'était pas du tout motivée par ses paroles. Tant pis, elle n'avait pas le recul pour apprécier.

[...]

- Cindy ? Tu te souviens quand je t'éclatais quand t'étais enfant ? Eh bien attends-toi à un flashback !

- Pouah, pire punchline tonton !

Armand poussa sa nièce de son coude pour la gêner. Bien évidemment, ça ne fonctionna pas puisqu'elle se mit à faire la même chose. Ils étaient tous les deux sur le canapé en train de jouer à Super Smash Bros sur Switch. Ça faisait déjà deux heures qu'ils s'affrontaient. Sur un tapis de jeu, à côté de la table basse, la cadette de la famille s'amusaient avec des cubes tout en les observant régulièrement.

La partie se finit sur une victoire du PDG. Celui-ci se mit à faire une danse de la joie avant que sa voisine ne relance la partie. Cette dernière n'appréciait que très peu cette finalité.

- Cindy ?

- Quoi Mini-Crotte ? Si t'essayes de me déconcentrer, je te préviens que je me venge en détruisant tous tes jouets.

- Nah. Est-c'que tu bats papa en vrai ?

- Bien sûr, qu'est-ce que tu crois.

Le concerné tapa sur la manette de son adversaire pour la faire tomber. La propriété se mit à l'insulter, prétextant un mauvais jeu. L'aîné argua une simple défense, jusqu'à ce qu'elle gagne ce round. Ils rigolaient très peu et se lancèrent un regard de défi. Puis, sa nièce retourna à sa discussion avec sa cousine.

- Pourquoi tu demandes ?

- P'quoi tu aimes te battre ?

- Car c'est drôle de défoncer tout le monde. Ça détend.

- Ah bon ?

- C'est pas ce que t'as voulu faire pour avoir ce pansement sur ta tête ?

En effet, elle avait eu une égratignure au niveau de l'arcade sourcilière. Ses entraînements ne baissaient pas. Sous l'attention de son père, l'enfant détourna le regard pour mentir.

- Si … C'était à l'école …

- Ça viendra en grandissant. Tu vas voir, tu vas bientôt aimer.

- D'acc …

Elle semblait très peu convaincue. Armand fut prit subitement d'un doute que sa progéniture ne soit pas plutôt du côté des gentils que des méchants. Cette réflexion lui retourna tellement l'estomac qu'il ne parvint pas à gagner les parties suivantes.

[...]

- Et pourquoi tu vas tout réussir dans la vie ?

- Parce que je suis moi ?

- C'est ça. Top-là.

Armand tendit la main à sa fille. Assis l'un à côté de l'autre, ils profitaient d'un moment à deux. Par hasard, ils venaient de se croiser dans l'étage et elle l'avait suivi dans son bureau. En pyjama confortable, elle avait encore sa capuche masquant partiellement son visage. Cette apparence relâchée était dû à l'heure de la sieste, à peine terminée. Lorsqu'il sentit sa paume taper contre la sienne, il comprit qu'elle était déjà en forme. Surtout avec le rire enthousiaste qui suivit. Toutefois, il n'était pas tout à fait là pour se prélasser. Le travail n'attendait pas.

- Allez, maintenant tu restes tranquille. C'est quoi la règle d'or de papa ?

- L'argent ?

L'argent ? Est-ce qu'il lui avait enfin transmis son amour inconditionnel ? Toutefois, ce n'était pas une réponse qui s'accordait avec sa question. Après un instant de réflexion, il comprit ce qui l'avait poussé à répondre ça.

- Non, pas une règle en or, l'objet. C'est quoi que papa dit pour le business ?

- Ah. Euh … Pas lire les petites lignes ?

Ses lèvres se pincèrent. Il songeait plutôt à quelque chose comme « toujours plumer le client sans qu'il le voit ». Même si sa version fonctionnait aussi. Apparemment, il lui parlait assez de son travail pour qu'elle comprenne certaines choses.

- … C'est plutôt pas mal. Partons sur ça. Tu apprends quand à lire toi ?

- 'Sais pas.

Elle commençait à se désintéresser de lui. Les pieds battant dans le vide, elle observait autant d'elle. Ce n'était pourtant pas le genre de sujet où elle devait rester la tête dans les nuages. Sa main entoura son menton pour la forcer à le regarder. Des pupilles similaires aux siennes croisèrent son regard.

- Tu liras même les petites lignes quand tu sauras. Aucun Trueman ne se fait avoir. Ok ?

- Ok.

Un employé à la porte les interrompit d'une remarque. Son visage ne lui disait pas grand chose. C'était son costume qui lui avait mis la puce à l'oreille sur son statut.

- Déjà sur les traces de son père. Ce bonhomme va faire son bout de chemin.

Immédiatement, mais avec un cheveux sur la langue, sa voisine réagit. Ses sourcils se froncèrent tout en parlant, sûrement intriguée sur ce qui l'avait mis en erreur.

- 'Suis pas un bonhomme. 'Suis une fille.

Ce fut plus fort que lui, il dû se placer de son côté à elle et approuver ses paroles. Il l'indiqua même d'un gestion, regardant l'homme d'un air «elle marque un point». Pourtant, celui-ci devint tout de même perplexe et resta sur ses positions.

- Ah bon ? Mais tu n'as pas les cheveux …

- Faites attention à vos prochaines paroles.

Son raclement de gorge le ramena à la raison. Son irritation nouvelle était un gage assez fort d'autorité apparemment. Un sourire gêné apparu chez leur vis-à-vis, réalisant visiblement ce qu'il allait dire. Son mal être était palpable, mais il n'allait rien faire pour l'en soulager.

- Rien. Oubliez.

- Hey, Armand ! Ah, tiens, le monstre est là aussi.

Lex venait d'apparaître à la porte, avec son attitude relaxée habituelle. De nouveau pleine de vie, sa progéniture se sentit assez proche de ce nouvel arrivant pour tendre la main vers lui. Ce, malgré la distance conséquente qui les séparait.

- Fais top là.

Roulant des yeux, il força sa fille à baisser le bras dans un «Non.» autoritaire. Ce n'était pas le moment de se la couler douce. S'il était là, ce n'était sûrement pas pour boire un verre et jouer aux cartes.

- Salut, Lex. Toi, va voir Tonton Hippolyte.

Sans la laisser peser le pour et le contre de sa proposition, il attrapa son bras. La force qu'il mit fut assez grande pour la faire descendre de sa chaise. De toute façon, si elle avait décidé de se rebeller, elle serait tombé. Elle décida donc d'émettre une résistance, seulement lorsque ses pieds atterrir sur le sol.

- Mais t'avais dis que …

Il n'avait pas le temps pour ses jérémiades, ni l'humeur d'être patient. La remarque de l'employé l'en avait privé. Il la coupa donc, ne lui laissant aucune option pour récidiver.

- Tu fais ce que je te dis ou tu es privée de console ce soir.

- Non !

Remettant correctement sa capuche, elle prit la direction de la porte. Les deux adultes se décalèrent pour lui laisser de l'espace. Le père fut satisfait jusqu'à ce qu'elle lui désobéisse. Au lieu d'aller voir Hippolyte, elle fit un vif demi-tour pour effectuer le top là avec Lex qu'elle lui avait demandé. Son regard noir fut automatique, tandis que son rire enfantin résonnait déjà dans les couloirs. Ce dernier fut des plus contagieux sur Lex qui pouffa.

- C'est que vous lui avez légué votre caractère de têtu.

- Ça serait bien qu'elle l'oublie, elle veut trop faire la maline avec nous.

- Oui …

C'était son employé qui revenait à la charge. Il n'avait vraiment aucune patience à lui accorder aujourd'hui. Lorsqu'il le coupa, ce fut définitif.

- Vous, dégagez de ma vue, faites-vous oublier.

Ça y est, il sentait venir la mauvaise journée. Lex ferma la porte au départ du jeune homme et s'avança dans la pièce.

- Il a fait quoi ?

- Les filles ont les cheveux longs, les garçons les cheveux courts. Ça te parle ?

À lui, beaucoup. Il ne comptait plus le nombre de remarques qu'ils recevaient. Son ami acquiesça avant de prendre place face à lui.

- Tu lui fais pas avoir les cheveux longs à ta fille d'ailleurs ? Elle ne suit pas ton chemin ?

- Non. Elle refuse. C'est pas pratique pour elle. Puis, temps que c'est nous qui lui séchons le soir, je préfère car c'est plus rapide comme ça.

Le jour où elle sera assez grande, par contre, il aura une petite discussion avec elle. Il saura la convaincre de tous les miracles qu'apportent les cheveux longs.

[...]

Il somnolait dans son lit. C'était agréable ce dimanche matin à pouvoir se reposer. Ils n'avaient pas d'obligations, ils avaient tout réglé. Il vit Carla se retourner et ils se retrouvèrent face à face. Il sentit également sa main se déplacer pour rejoindre sa taille. Il usa de la sienne pour déplacer une mèche de cheveux et l'embrassa doucement. Naturellement, ils se rapprochèrent. Ils restèrent quelques minutes ainsi, à juste se prélasser, s'embrasser et se caresser par instant.

Jusqu'à ce qu'un petit coup se fasse à la porte et que la poignée se baisse. Ils soupirèrent quand leur fille les rejoignit. Il se racla bruyamment la gorge en la fixant. Elle avait grimpé jusque-là, maintenant assise sur le lit derrière sa compagne. L'enfant compris qu'elle était visée par sa réaction.

- P'quoi tu fais ça ?

- Tu ne penses pas que tu puisses gêner, petit monstre ?

- 'Faites quoi ?

- On est occupé.

Elle pencha la tête, perplexe. Sa voisine soupira avant de prendre à son tour la parole. Il sentit également toute main sur lui disparaître. Rah, damned … !

- Bien joué. À moins que vous ne lui expliquiez clairement maintenant, il faudra faire avec cette nouvelle situation.

Il fit la moue, peu intéressé. Il n'était pas tout à fait prêts encore à lui faire part du grand cycle de la vie. Et aussi qu'elle était actuellement une tueuse de fête.

- Qu'est-ce que tu veux, chérie ?

- Je peux rester avec vous maman ?

- Non.

- Z'ai dis «maman».

Euh … D'accord ? Depuis quand elle chassait son autorité ? Il lui lança un regard dur qu'elle ignora. C'était vraiment le diable cette enfant. Elle n'écoutait que quand ça l'arrangeait. Carla se moqua de lui tout en s'allongeant plus confortablement sur le dos.

- Si tu veux. Par contre, la prochaine fois, si tu frappes tu attends que moi ou Armand on t'autorise à entrer.

- D'accord. Mici.

Elle s'allongea sous les couvertures, potentiellement contente. Lui l'était un peu moins. Toutefois, il dû se résoudre à accepter la situation, ça serait pour une autre fois. Le silence s'éternisa jusqu'à ce qu'ils l'entendent reprendre la parole. Elle se tourna même sur le ventre, les observant.

- Comment vous z'êtes rencontrés ?

Ils s'échangèrent un regard avant que Carla ne réponde.

- Je travaillais dans une autre entreprise et nous avions fait virer Armand de la Flander's Company.

Les sourcils de l'enfant se froncèrent, déstabilisée. Son attention se tourna vers lui, à la recherche d'informations.

- 'Est vrai ?

- Malheureusement, oui.

- Mais c'est méchant !

Ils eurent un sourire, amusés par sa réaction de choc. Ce fut lui qui réagit le premier.

- Dis-moi Mini-Monstre, depuis quand on sert le bien ici ?

- Mais …

Elle chercha ses mots. Ils lui laissèrent prendre son temps.

- Mais t'es le chef de tout papa !

- Je sais.

Il reçu un coup de coude dans le ventre à sa réponse au ton plus que fier. Sa mâchoire se crispa pour retenir un gémissement plaintif. Elle ne l'avait pas raté.

- Tu m'oublies un peu vite. Ton père serait dépassé si je n'étais pas là au travail pour gérer beaucoup de choses.

Pardon ?!

- Je ne vous permet pas ! J'ai été PDG bien plus longtemps sans vous qu'avec vous.

- Et l'entreprise s'en sort bien mieux depuis que j'en fais partie.

- Foutaises.

- Vous voulez que je sorte les chiffres ?

- Non …

Ce n'était pas lui qui venait de répondre. Le ton plaintif appartenait à leur fille. Ils se calmèrent pour l'écouter, mais aux vues de leurs regards ils n'en avaient pas terminés. Il n'était pas non plus inutile, il travaillait encore beaucoup et sur des choses importantes.

- Ze compend pas.

- Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?

Elle semblait triste des explications qu'ils lui fournissaient. Comme si ça ne lui convenait pas.

- Papa, t'es à la Flander's poutant …

Oui, effectivement, c'était complexe. Il passa une main dans ses cheveux tout en lui répondant.

- Ça c'est parce que je ne me suis pas laissé faire. Tu vois tonton Hippolyte ?

- Oui.

- Et cet imbécile de Caleb ?

- Oui.

- Avec eux, Cindy et Georges, on est allé se battre pour récupérer la Flander's Company. Parce qu'ils étaient en train de tout faire échouer.

Sa voisine soupira. Il lui fit un sourire arrogant avant de retourner à leur chérubin.

- À l'époque Carla et moi on était ennemis. On est resté longtemps dans l'optique du chat et la souris.

- C't'ait qui la souris ?

- Elle.

- Lui.

Ils avaient répondu simultanément. Ils se jetèrent un regard de défi.

- Et comment z'êtes tombés amoureux après ?

- Wow, ne t'emballes pas le monstre.

- Ton père a raison, ce n'est pas aussi simple qu'à la télévision.

- Comment alors ?

Très bonne question. Comment alors ? Il retraça de ses doigts sa pilosité faciale. Eux-mêmes ne savaient pas vraiment. Enfin, ils ne pouvaient pas lui parler de tension qui au fur et à mesure était devenu si prenante que l'excitation qui était de base de l'amusement devint sexuelle. À force de se provoquer, soit ils se seraient entre-tués soit ils se jetaient d'une autre façon l'un sur l'autre.

- P'quoi vous parlez pu ?

- … Tu sais, parfois la vie ce n'est pas comme dans les fictions. On commet des erreurs, on les transforme en réussite ou on se rattrape comme on peut. Pis des fois, les choses se font juste, sans explication. Un jour Carla m'a embrassé sans raison et c'est parti de là. Il y a eu du chemin de parcouru et il y en a encore. Tu comprends ?

Sa compagne restait silencieuse. Il sentait qu'elle l'observait mais il se refusait de regarder pour deviner ce qu'elle pensait.

- Z'étiez pas amoureux au début ?

- Non.

- Z'étiez quoi alors ?

- On aimait passer du temps ensemble hors du travail, à … s'embrasser.

- Ça a duré longtemps ?

- Dis-donc, diablotin, c'est fini l'interrogatoire ?

Il se redressa pour l'atteindre et la chatouiller. Ce fut une très bonne transition pour oublier ce sujet. En soit, il n'était pas contre lui raconter ce genre d'événements. Il craignait un peu qu'ils finissent par arriver à sa création. Ils restaient toujours vagues de ce côté.

Au quotidien, ils étaient honnêtes pour lui dire ce qu'ils pensaient d'elle, si elle les dérangeait sur le moment et devait donc patienter ou s'ils étaient prêts à interagir avec elle. Mais entendre directement et clairement qu'elle était un accident de parcours, ils trouvaient ça de trop.

Elle n'avait tout simplement pas été dans la tête d'Armand les trente-deux ans avant la nouvelle où il se voyait toute sa vie sans enfant, ni dans celle de Carla qui s'était vu apprendre une grossesse après la date butoire pour avoir le choix d'avorter ou non. Elle n'était pas non plus à leurs places dans les mois et années qui ont suivi, à devoir jouer les parents dont la moindre action était mal faite et sans motivation.

Ils avaient cependant assumés la majorité du temps les couches, les biberons, l'éducation, les nuits blanches accrochés au lit d'un bébé malade, les commentaires et intrusions des autres dans leur familles, les bains, les imprévus, les pleurs, les sourires, les rires et les nombreux câlins qu'elle réclamait. Ils l'avaient fait. Sa venue avait donc été un désastre dans leurs vies, mais comme il l'avait dit : de certaines erreurs pouvaient émerger des réussites.

Après tout, Armand avait comme progéniture l'antéchrist de ce siècle. Ce n'était pas un échec complet.


Merci d'avoir lu cette d'histoire que je publierai sur la Flander's Company ! J'espère qu'elle vous aura plu jusqu'à sa fin ^^ (j'avoue avoir un peu raté la partie quatre, c'est la moins travaillé, j'ai été pris de court par le temps, je repasserai améliorer tout ça)

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