Les yeux bandés, les sens en alerte, humant l'air environnant, Elena avançait sereinement vers le lieu énigmatique.
_ « Es-tu prête Elena ? » susurra Damon au creux de son oreille.
Elle acquiesça. Les oiseaux piaillaient, dans la clarté de la journée, le soleil brillait. Quelques animaux gambadaient dans la forêt, batifolant avec leurs congénères. La rivière coulait, les fleurs poussaient. Instinctivement, Elena se dirigea vers une cascade d'eau scintillante, tranquillement, ignorant les deux vampires. Emerveillée par le spectacle qui s'offrait à elle. La jeune femme délaissa ses vêtements et entra délicatement dans l'eau froide. La surface moirée de l'eau reflétait son visage. Ses yeux chocolat, observaient intensément le ciel et se perdaient en lui. Au milieu de la clarté de l'eau, elle se mettait sur le dos, les bras croisés sur sa poitrine, les yeux perdus dans le ciel. Aucun son ne se produisait. Seulement des murmures la silhouette d'une colombe, les ondulations d'un poisson…
_ « Vous ne venez pas profiter de l'eau ? » interrogea Elena
Les deux hommes, bouche bée, ne pouvait se soustraire de la beauté divine d'Elena. Ils décidèrent de s'assoir au bord de la rivière, les pieds barbotant dans l'eau. En quelques brassées, Elena les rejoignait.
_ « Vous devriez, l'eau est revigorante. ». Elle sourit à cette simple révélation.
_ « Non merci, je n'ai pas encore le courage d'observer mon petit frère torse nu : j'aurais peur que Bambi vienne se venger ! » plaisanta Damon.
Plouf. Stefan venait de jeter Damon à l'eau, éclaboussant tout sur son passage. S'en suivit une bataille d'eau surnaturelle, les deux vampires rivalisés d'imagination pour toucher l'autre grâce à leur vitesse irréelle et leurs forces titanesques. Leurs éclats de rires enveloppaient la forêt d'une aura de tendresse, d'amour fraternel. Elena, spectatrice, restait muette, imaginant enfin la réconciliation des frères Salvatore. Brusquement, une main glacée l'attira vers les profondeurs de l'eau, serrant sa cheville. Tentant de résister, sa bouche voulant inhaler l'air ambiant, se rencontra à un mur d'eau, l'enveloppant d'une obscure clarté. Tranquillement, Elena se laissa dériver, emportée par les songes.
_ « Elena, tu ne dois pas mourir maintenant. Ton destin est de survivre et d'affronter Klaus ! Tu m'entends ? »
Un long tunnel se dressé maintenant devant elle, elle flottait à quelques centimètres du sol. Seul un voile blanc dissimulait son anatomie, son habit voguait au grès de cet alizée mystique. Les murs immaculés affichaient les différentes périodes de la vie de la jeune femme : Bonheur familial, Accident, Rencontre avec le surnaturel, Amour. Ses souvenirs l'a bombardaient, l'assommant, le film de sa vie se déroulait devant ses yeux. Elle prenait conscience qu'elle possédait avant tout une âme puis un corps. Au loin, deux physionomies se distinguaient. Elle percevait déjà l'amour de ses individus, unique et profond. Elle plissa les yeux, tentant de discerner les formes. _« Non, ça ne peut pas être vrai ! Ça ne peut pas être vous ! Papa, Maman. »
_ « Ma fille, écoute moi attentivement, nous n'avons que peu de temps avant que les deux frères Salvatore viennent te secourir. Tu dois vivre, pour ceux que tu aimes ! »
_ « Mais papa, c'est ma destinée ! Regarde ce qui est arrivé aux parents de Katherine quand elle a décidé de se transformer en vampire. Je ne veux pas de ce destin pour eux : Jérémy, Jenna, Bonnie, Caroline, Alaric, Stefan et Damon. »
_ « Tu ne sais pas tout ma Chérie. Tu dois vivre ! Au moment venu, des forces mystiques t'accompagneront et t'épauleront. Vis ma Chérie ! »
Peu à peu, les silhouettes fantomatiques de ses parents disparaissent, un vent humide transportait ainsi les dernières paroles de ses parents : « Nous t'aimons ! ».
_ « Moi aussi, je vous aime ! » Une larme s'échappa.
_ « Allez, Elena, réveille toi ! Ce n'est pas le moment pour nous faire faux bond. »
_ « Laisse tomber Damon, je n'entends plus son cœur battre depuis cinq minutes. C'est fini ! » annonça Stefan avec fatalité.
_ « Non, ce n'est pas possible ! Elena, réveille-toi, je t'en supplie ! ». Implorant, le cœur meurtri, Damon enlaça le corps frêle et glacée de sa bien-aimée. Il déposa un dernier baiser sur les lèvres transies de la jeune femme. Soudain, Elena se releva brutalement, toussa légèrement, recrachant l'eau qu'elle avait ingérée.
_ « Elena, tu es vivante ! » s'exclamèrent les deux hommes et l'enlacèrent avec force.
Elena passa ses bras autour d'eux, elle sanglotait, mais bientôt, emportée par l'orage qui lui faisait écho, elle s'abandonna à ses sentiments et pleura abondamment. Peu à peu, la violence de l'orage diminua ce ne fut plus qu'une fine brume, une fine brume poussiéreuse de pluie. Les nuages s'apaisaient et s'élevaient cotonneux dans le ciel et soudain, dans un rayon lumineux, le soleil balaya la forêt immense. Les nuages s'étaient fendus, le fond bleu apparaissait comme un voile qui se déchire. La clarté d'un beau ciel azur apparut, et nimba la forêt. Un souffle frais passa, doux comme un baiser voluptueux. Au fond des bois, les oiseaux chantaient, se séchant les plumes.
_ « Je l'ai les revu … » expliqua mystérieusement Elena.
_ « Qui, Elena ? » demandèrent-ils simultanément.
_ « Mes parents… »
