Chapitre III
Rangeant son portable éteint, Deirdre se tient près de la porte, attentive au moindre son venant du couloir. Les yeux clos, elle tente d'apaiser son anxiété en respirant profondément.
Courage ! C'est pas si mal pour une débutante. Une fois dans le centre de sécurité, je serais à l'abri... Enfin j'espère.
Elle doit encore traverser les corridors et monter au dernier étage, priant de ne croiser aucun terroriste, sinon elle est très mal ou elle peut mourir…
Deirdre secoue rageusement la tête, chassant cette idée pessimiste. Leon a confiance en elle, elle ne veut pas le décevoir, ni abandonner les otages. N'entendant que le silence de l'autre côté, elle sort du bureau, prenant soin de bien fermer la porte sans bruit, puis elle s'avance...
Tap. Tap. Tap.
Ses yeux s'écarquillent. Quelqu'un vient de son côté. Elle rebrousse chemin, décidant de passer par l'autre côté. Rapidement, elle emprunte le corridor et va pour s'engager dans la coursive parallèle. À peine a-t-elle posé le pied qu'elle aperçoit un peu plus loin une silhouette. Elle recule précipitamment, se plaquant contre le mur.
Et merde ! J'espère qu'il ne m'a pas vu.
Deirdre penche légèrement la tête pour observer du coin de l'œil : Un terroriste lui tourne le dos, ne l'ayant pas remarqué. Mais les pas de l'autre se rapprochent dangereusement de sa position.
Oh non…Je vais me faire repérer !
Elle ferme ses yeux, craignant le moment fatidique pour elle. Soudain, le bruit des pas stoppent net suivit d'un crissement de radio. De part et d'autres des couloirs, chaque type répond à un appel lancé par talkie-walkie. De nouveau, le son des pas résonnent mais dans le sens opposé d'où se trouve Deirdre.
La jeune femme ouvre les yeux, sa main se crispe sur sa chemise rouge au niveau de son cœur. Elle soupire légèrement, elle vient de frôler le pire. Elle scrute de nouveau dans le couloir et voit que l'homme n'y est plus. Par sécurité, elle regarde dans l'autre corridor. L'autre terroriste n'est plus là non plus.
Deirdre reprend son chemin furtivement, arrivant à hauteur des escaliers. Elle entend au loin que les deux types se sont rendus au premier étage, ce qui lui laisse le champ libre pour s'engager au dernier niveau. Elle grimpe les marches et stoppe une fois en haut pour écouter. Silence total. Elle s'accroupit légèrement pour jeter un œil dans les coursives. Personne à l'horizon. Elle se relève et s'engage dans le couloir à sa gauche.
Au centre du corridor se trouve la fameuse porte noire de sécurité. Deirdre s'arrête devant, examinant le système d'ouverture. Elle prend un instant de réflexion, se remémorant les directives de Leon.
La carte, puis 7641…
Elle sort la carte magnétique dans la poche de son jean, puis s'apprête à la passer dans le lecteur vertical.
Fomp. Fomp.
Ses yeux violets s'écarquillent de stupeur avant de se tourner en direction des escaliers.
C'est pas vrai ! Vite !
La panique la gagne peu à peu. Elle passe la carte avant de composer rapidement le code, mais son doigt glisse sur le dernier chiffre et la lumière du lecteur s'affiche en rouge.
Calme-toi, Deirdre !
Elle recommence la manœuvre alors que les pas se rapprochent de plus en plus. Sa main tremble, néanmoins, elle réussit à composer le bon code, l'ampoule s'illuminant en vert.
Ses doigts agrippent la poignée pour la tourner. Elle se précipite l'intérieur et referme rapidement la porte, évitant de la claquer. Une fois fermé sans trop de bruit, elle s'adosse contre, guettant les pas à l'extérieur. Ces derniers semblent s'éloigner de sa position. Deirdre respire un bon coup. C'était de justesse.
Le centre de sécurité est plongé dans une semi obscurité, seuls les écrans alignés sur un seul mur produisent de la lumière. Deux sièges et une table de contrôle se trouvent devant les téléviseurs avec différents boutons et quelques indicateurs. La jeune femme prend place sur l'un des fauteuils, fixant les panneaux devant elle. Huit écrans montrent une zone différente à l'intérieur du bâtiment. Les différents boutons doivent servir à passer d'une caméra à l'autre. Elle sort son portable de sa poche pour appeler Leon. Au bout d'une seule tonalité, cela décroche.
« Deirdre ?
- Je suis dans le centre de sécurité. »
Dans la tente, les membres de la police et du SWAT sont soulagés de cette nouvelle. Le visage de Leon demeure impassible, mais au fond de lui, il est rassuré que la jeune femme aille bien.
« Je savais que tu y arriverais
- Ça n'a pas été sans mal… »
Les yeux bleus de l'agent s'écarquillent légèrement.
« Tu vas bien ?
- Oui, oui... Je n'ai rien. Mais j'ai failli me faire repérer à deux reprises… C'est passé à un cheveu. »
Leon se détend, il a craint le pire l'espace d'une seconde.
« Tu n'as rien, rassure l'agent. C'est l'essentiel.
- J'ai failli quand même faire tout échouer. Je suis désolé.
- Deirdre, coupe Leon. Tu n'as pas à t'excuser. Je vais être franc avec toi, tu te débrouilles bien alors que tu n'as aucune préparation. Et ça, tu peux en être fier. Mais ce qui compte le plus, c'est que tu ne sois pas blessé. Je t'ai confié une mission qu'une simple civile ne devrait pas à remplir et si jamais il t'arrivait quoique ce soit, je ne me le pardonnerais pas. »
La jeune femme, surprise de ses paroles réconfortantes, demeure muette. Il est vrai que pour une simple citoyenne, elle a accompli l'impossible. Néanmoins, depuis le début de cette mission, elle s'est plus inquiétée sur la réussite et des erreurs qu'elle aurait pu commettre. Or cet homme se préoccupe uniquement de son état à elle. Cela la touche beaucoup, surtout venant d'un inconnu dont elle ne connait que la voix. Leon aperçoit du coin de l'œil que les commandants de la police et du SWAT s'impatientent car le temps presse.
« Deirdre, tu es devant les écrans de sécurité ?
- Oui, se reprend la jeune femme, perdue dans ses pensées. Il y en a huit devant moi et un tableau de contrôle. Avec pleins de boutons et rien qui m'indique à quoi ils servent…
- On te dira après pour les boutons. Pour le moment, dis-moi ce que tu vois sur les écrans, l'étage et la pièce où ça filme. »
Deirdre s'exécute, analysant chaque panneau. Sur quatre d'entre eux, deux couloirs et deux pièces complètement désertes. Quant aux autres, l'un montre un homme posté au rez-de-chaussée devant un volet de sécurité dans un couloir. Une autre, dans le corridor du premier étage, où elle reconnait un des terroristes qui fait sa ronde. Les deux dernières affichent la salle du conseil située au troisième niveau qui est occupée par une quarantaine de personnes, la plupart assises tandis que les autres sont debout, armes à la main.
« Je les ai trouvés, chuchote Deirdre. Je sais où sont les otages.
- Où ?
- Ils sont troisième étage dans la salle du conseil et apparemment presque tous les terroristes sont avec eux. »
Leon se tourne vers les hauts gradés.
« Nous les tenons ! Lance le commandant du SWAT.
- Pas de précipitation, répond l'agent. Deirdre, tu peux nous dire combien il y a exactement de captifs de terroristes ?
- Un instant…Il y a 32 otages, dont des enfants et un couple de personnes âgées.
- Est-ce qu'il y a des blessés ?
- Euh... Oui, deux. Un policier et une jeune femme, mais cela n'a pas l'air trop grave.
- Et les terroristes ? Demande le chef du SWAT, impatient.
- Attendez…euh… J'ai peur de ne pas tous les avoirs sur les écrans… Il y en a peut-être dans des angles morts...
- Bon, reprend Leon. Dis-moi déjà leur nombre pour la salle du conseil. Après si tu en vois d'autres, tu me dis où ils sont et ce qu'ils font.
- O.K...hum... Ils sont huit dans la salle du conseil. Il y en a un, posté au rez-de-chaussée près de l'un des volets blindés. Il n'a pas l'air de bouger. J'en ai vu un faisant des rondes dans le couloir du premier étage. »
Au fur et à mesure des informations que transmet Deirdre, l'inspecteur de police note sur le plan. Les trois hommes analysent la situation. De toute évidence, une intervention de force est beaucoup trop risquée. Même s'il demande à Deirdre de déverrouiller les volets blindés, les terroristes n'hésiteront pas à tuer les otages...
Ou répandre le virus...
Leon ne sait pas, si d'ailleurs, cette indication est vraie ou fausse. Il lui faut plus de données.
« Deirdre, il doit y avoir devant toi une rangée de boutons avec juste au-dessus des chiffres.
-... Oui, je les vois.
- Ce sont les différentes caméras situées dans le bâtiment ainsi que celles de l'extérieur. Sur les écrans, tu dois voir le numéro qui y correspond. Tu as juste à appuyer sur celles que tu n'as pas encore visionnées.
- O.K. »
Deirdre actionne le premier bouton, visualisant l'un des écrans dont l'image change. Elle fait la même manœuvre pour chaque caméra, notant ce qu'elle voit. Elle remarque la présence de deux autres terroristes faisant des rondes sur les différents niveaux. Elle voit aussi ce qui se passe à l'extérieur : les gens rassemblés, les médias, la police, le SWAT.
Et ce fameux Leon qui est dans l'une de ces tentes, apparemment…
La jeune femme sourit, elle aimerait voir à quoi ressemble son mystérieux interlocuteur. Puis, un élément attire son attention : Un camion de couleur noir garé dans le parking
Je l'ai vu ce véhicule...juste bien avant que...
Elle continue de visionner les autres caméras avant de s'adresser à Leon.
« Il y a deux autres terroristes qui circulent entre les trois niveaux. Le reste, il n'y a rien anormal... À part...
- Oui ? Demande Leon en sentant son hésitation.
- Je ne suis pas sûr... Quand j'attendais devant le bureau, bien avant l'attaque, j'ai remarqué un camion blindé qui est entré dans le parking intérieur et il est toujours là.
- Tu peux me le décrire ?
- Il est complètement noir...hum... J'ai un peu du mal à voir le sigle sur le côté…
- C'est peut-être comme ça qu'ils ont pu rentrer, suppose le chef de la police.
- Probablement, atteste l'agent.
- Et sinon, reprend Deirdre. Je vous vois.
- Pardon ! s'exclame le commandant du SWAT.
- Je veux dire que je vois ce qui se passe à l'extérieur et les tentes. Leon, tu ne veux pas te montrer afin que je voie à quoi tu ressembles ? »
L'agent sourit doucement.
« Ce ne serait pas du jeu, répond ce dernier. Après tout, j'ignore à quoi tu ressembles aussi.
- C'est vrai…
- Hem ! Désolé de vous interrompre, rétorque le supérieur du SWAT. Mais je vous rappelle que nous sommes en mission ! »
Leon lui lance un regard froid.
« Et dois-je vous rappeler que la jeune femme, qui se trouve là-bas, n'est pas du tout entraînée pour ce genre de situation ! Essayer de vous mettre à sa place, elle risque sa vie à tout moment ! »
Le chef du SWAT se tait devant le ton ordonnant de Leon. Le jeune homme reporte son attention sur le portable.
« Excuse-le.
- … Non, il a raison, avoue d'un air penaud Deirdre. Je ne devrais pas plaisanter, surtout dans cette situation.
- Deirdre, reste calme.
- Je suis calme...Enfin, j'essaye.
- Reprenons. Dans la salle du conseil, est-ce que tu vois si un terroriste tiendrait ou garderait une mallette ?
- Euh... Apparemment p… »
La jeune femme s'interrompt en voyant ce qui se déroule sur l'un des écrans : une des personnes - qu'elle avait comptabilisées comme otages- s'est levé et discute avec un des terroristes. Il s'agit d'un homme plutôt grand, ses cheveux roux mi-longs retenus par une petite queue de cheval. Il est bien habillé mais de manière pratique. Il semble donner des ordres aux terroristes présents dans la pièce, tout en parlant dans un talkie-walkie.
« Deirdre ? Interpelle Leon, un peu inquiet de ce bref silence.
- Il y a du changement. Il n'y a pas 32 otages mais 31 : Une personne que je croyais être un employé est en train de discuter avec les terroristes.
- Quoi ? Tu sais de quoi ils sont en train de parler ?
- Euh…non, parce qu'il n'y a pas de son.
- Le bouton pour activer le son est une sorte de molette, en haut à ta droite. Ne t'en fais pas, la pièce est insonorisée. Met le mode haut-parleur sur ton portable afin qu'on puisse entendre.
- D'accord. »
La jeune femme dépose son téléphone sur le tableau de contrôle, enclenchant le mode haut-parleur. Puis elle actionne la molette du son et se concentre sur les deux écrans qui filment la salle du conseil. L'homme a rangé le talkie-walkie et longe la pièce pour se rapprocher d'un individu tenu plus à l'écart des autres. Ce dernier, approchant la cinquantaine et habillé d'un costard cravate beige, le fixe de ses yeux gris.
« Bon, commence le rouquin. Est-ce que votre mémoire vous est revenu ?
- Je vous l'ai déjà dit, Baldric. J'ignore de quel dossier vous parlez.
- Tss… Vous mentez. Je sais que vous l'avez eu entre les mains, que vous l'avez consulté. Seulement, moi ce que je veux savoir, c'est maintenant où il se trouve.
- Je ne sais pas où il est…AH ! »
Le dénommé Baldric vient de frapper violemment l'homme au niveau du ventre. Ce dernier, plié en deux, tousse pour reprendre sa respiration. Les autres captifs, témoins de cette scène, détournent le regard, par peur de subir la même chose.
« Je crois que je me suis fait mal comprendre, reprend l'homme aux cheveux roux. Ou bien vous me dites où se trouve le dossier CliveFawn ou bien ces charmants enfants seront les premiers à être contaminés.
- Non ! Attendez ! Vous n'allez quand même pas…. Vous pensez aux conséquences que cela va avoir !
- Comme si je n'étais pas au courant... Et cela ne me dérange pas. Ça ne fera qu'une explosion nucléaire de plus comme pour Raccoon City. »
Baldric affiche un sourire mauvais face au regard apeuré du cinquantenaire. Deirdre n'en croit ni ses yeux, ni ses oreilles. Ce mec est fou. Non seulement, il possède bien un virus et il est prêt à ce qu'une nouvelle tragédie du même genre que Raccoon City recommence. Elle a lu les journaux sur cet évènement. Elle ne souhaite pas que sa ville connaisse le même sort. C'est aussi ce que pense Leon. Il n'a pas besoin d'images pour visualiser ce qui vient de se passer, ni ce qui va se produire si la situation dégénère. Il doit trouver une solution très rapidement.
« Je veux que vous me rassembliez des informations sur ce dossier et ce type, dit-il en se tournant vers les chefs de la police et du SWAT. Et tout ce qui pourrait avoir un rapport avec ce nom "CliveFawn". »
Les deux personnes approuvent et quittent la tente rapidement, laissant Leon seul. Deirdre est toujours concentrée sur l'écran, priant que l'homme menacé ne commette pas d'erreur.
« Alors ? Dois-je vous aider à vous déliez la langue ? Reprend Baldric.
-… Je ne l'ai plus.
- Comment ça ? Ne me mentez pas nouveau !
- Je ne vous mens pas. Le dossier a été classé et il était sur le point d'être rangé dans les archives... Avant que vous ne débarquiez.
- Où ? Demande Baldric d'un ton énervé.
- Avant d'être définitivement classé, les dossiers sont traités dans plusieurs pôles. J'ignore où il a fini… lorsque vous… »
L'homme a de plus en plus de mal à respirer. Le rouquin semble exaspéré. Il tente de reprendre son calme, fixant la personne d'un air hautain.
« Il en va dans votre intérêt que vous ne me mentez pas. Ainsi que pour les autres, sauf si vous désirez que ces chers bambins ne vous dévorent.
- Je vous jure …que je vous dis la vérité… »
Baldric se détourne pour reprendre son talkie-walkie afin de lancer des ordres aux terroristes. Deirdre est sous le choc : ces types sont ici uniquement pour récupérer un dossier. La demande de rançon ne leurs sert qu'à gagner du temps. Leon a la même déduction.
« Leon, chuchote Deirdre. Qu'est-ce qu'on peut faire ?
- Rien, hélas. Pour le moment.
- Mais on ne va pas le laisser agir ainsi ! Il va contaminer les otages….ces enfants…
- Deirdre ! Interrompt l'agent. Je sais ce que tu ressens, mais se précipiter est beaucoup trop dangereux. De plus, tu n'as aucune arme... Et je ne pense pas que tu sois capable de tuer un homme, contrairement à eux. »
La jeune femme se tait. Il marque un point. Elle ne sait pas comment manier une arme à feu, ni avoir l'audace de menacer quelqu'un avec. Mais elle ne peut pas laisser faire ces terroristes.
Si ce virus se répand, alors toute la ville…
Elle pose une main devant sa bouche, retenant un haut-le-cœur en imaginant le pire scénario. Leon perçoit son angoisse à travers le téléphone. Il comprend ce qu'elle ressent. Après tout, il a été au cœur de l'enfer de Raccoon City avec Claire RedField. Et pas qu'une fois.
Bip ! Bip ! Bip !
Leon et Deirdre se tournent vers leurs portables respectifs. Les yeux de la jeune femme s'écarquillent de stupeur.
« Deirdre ? C'était quoi ce bruit ?
- C'est mon téléphone ! J'ai presque plus de batterie !
- Et merde ! Il manquait plus que ça.
- Qu'est-ce que je fais ?!
- Calme-toi, tente de rassurer Leon. Écoute-moi très attentivement. Dans les sous-sols, près de la porte du parking, il doit y avoir un local où la police entrepose leur matériel. Tu trouveras sûrement des talkies-walkies. Tu te mettras sur la fréquence 45. C'est la fréquence qu'on uti…
- En bas ?! Coupe Deirdre d'un ton apeuré. Dans les bureaux, il y a des téléphones…
- C'est trop risqué ! Tu as entendu comme moi, les terroristes sont en train de fouiller partout pour trouver ce dossier.
- Mais…si je me fais prendre en descendant…
- Deirdre, tu es parvenue jusqu'ici sans encombre. Tu peux le refaire. Tu es douée…
- …Merci, tu es bien le premier à me dire ça…Mais…
- Deirdre, aie confiance en toi. Je crois… »
Tuuu Tuuu Tuuu Tuuuu…
