Chapitre 4

Something Else

« She is a diamond. I am a stone. »

Good Charlotte

- Tiens, mais ça ne serait pas la futur Madame Potter qui nous fait l'honneur de sa visite ?

Derrière le sourire narquois de Malfoy se cachaient Crabbe et Goyle, amusés de la situation. Hermione ne savait plus quoi dire. Malfoy reprit la parole.

- Crabbe, Goyle, dégagez, je vais faire payer à cette sale Sang-de-Bourbe le prix de sa curiosité.

Obéissant à leur chef de gang, les acolytes de Draco détalèrent, visiblement pressés et affamés. Hermione était toujours appuyée contre le mur, incapable de se défendre par les mots ou par les gestes. Retrouvant une partie de ses capacités, elle tenta de s'enfuir. Mais Draco ne l'entendait pas de cette oreille.

- Non, Granger, tu restes ici tant que l'on ne s'est pas expliqués.

Il l'empoigna par le bras, et la poussa violemment. Elle tomba sur le sol, assise aux pieds de son pire ennemi, qui la regardait avec son insupportable air de supériorité. Hermione avait récupéré son contrôle de soi en même temps que sa haine. Elle lançait des regards mauvais à Draco, qui semblait ne pas s'en faire.

- Si tu continues à me suivre comme ça, je préviens les professeurs que je suis poursuivi par une détraquée mentale qui me harcèle. Et ton nom fera le tour du château…

Malfoy ne semblait pas rigoler. Au contraire, il paraissait même déjà jouir du plaisir que lui procurerait cette situation. Hermione ne savait pas quoi dire de tout cela. Alors elle réfléchit, se demandant s'il valait mieux évoquer le concours ou s'en tenir à sa simple curiosité. Mais si elle parlait du concours, non seulement elle ajoutait Ron et Harry dans l'histoire, mais en plus Draco se douterait qu'il y avait autre chose. Alors que faire ? Elle commença à parler, ne sachant pas par avance les mots qui allaient franchir ses lèvres.

- J'avoue que je t'ai espionné, mais ce n'est pas ce que tu crois…

- Ah oui ? Et qu'est-ce que tu sais de ce que je crois ou non, Granger ?

- Tu crois que… Que je m'intéresse à toi… Enfin… Tu crois que ton état d'esprit ou ta santé m'importent, mais ce n'est pas du tout le cas !

- C'est d'ailleurs pour ça que tu m'as suivi l'autre jour, en me faisant une petite leçon de morale minable sur mon caractère !

- J'étais énervée, et j'avais… peur. J'avais peur que tu ailles me dénoncer à un professeur d'avoir été emprunté un livre à la bibliothèque sans permission.

Cette excuse, Hermione ne l'avait trouvée qu'en dernier recours. Elle ne paraissait pas bien fondée, mais Draco, comme tous les élèves, avaient l'image d'une Hermione très attentive au respect des règles et soucieuse de bien se faire voir par les professeurs. Alors même si un doute subsistait, Draco accepta cette excuse comme valable.

- Je te crois… Mais pourquoi m'espionner, alors ? Tu crois vraiment que je vais parler de tes petites bêtises nocturnes à qui que ce soit ?

- Non, mais… Je voulais te parler en sortant, t'expliquer tout ça et… J'en ai profité pour écouter votre répétition.

- Sache que tes explications ne m'intéressent pas Granger, et si je te reprends une seule fois à m'espionner ou être trop familière avec moi, je te fous la raclée de ta vie.

Illustrant ses paroles, il attrapa Hermione par le bras, la maîtrisa et fit mine de lui donner une baffe. Elle se débattait, mais il avait une poigne de fer.

- C'est bien clair, Granger ?

Toujours prisonnière de Draco, Hermione ne cessait de se débattre. Il la rapprocha de lui, pour qu'elle soit obligée de se plonger dans ses yeux menaçants, lui tordant par la même occasion le bras gauche dans le dos. Leurs deux visages étaient à quelques centimètres l'un de l'autre. Leurs regards étaient partagés : la froideur de Draco se mêlait à la peur d'Hermione. Le visage de la jeune fille s'adoucissait à vue d'œil. La peur avait laissé place à une sérénité presque terrifiante. Son cœur battait toujours aussi vite, mais plus pour les mêmes raisons. Oubliant tout le reste, Hermione se rapprocha encore de Draco, et posa ses lèvres sur les siennes.

La surprise empêcha le serpentard de la repousser. La gryffondor, d'abord hésitante, dégustait maintenant lentement les lèvres du blond. Elle ne semblait pas décider à le lâcher. Son cœur menaçait d'exploser dans sa poitrine, mais ses lèvres étaient la seule chose dont elle avait encore conscience. Dans un élan de passion, elle leva la main pour la poser sur le cœur de Draco. Mais, l'effleurant à peine, le vert et argent la poussa. Hermione était encore plus abasourdie que lorsque Draco avait quitté la salle sur demande. Ses lèvres avaient encore le goût du serpentard, mais lui s'essuyait déjà la bouche avec sa manche.

La jeune fille sentait le sol se dérobait sous ses pieds. La réalité ne lui appartenait plus. Elle se serait frappée si elle avait pu bouger, mais pourtant rien ne lui faisait regretter son geste. Comment s'en vouloir d'avoir voulu goûter au paradis ? Elle ne réagit même pas quand Malfoy l'attrapa violemment, la retint par sa robe et, de toute la force dont il était capable, lui donna une baffe. Quand il la lâcha, il ajouta simplement :

- Je t'avais prévenue…

Des larmes jaillirent des yeux d'Hermione, mais Draco s'était retourné. Il ne faisait déjà plus attention à elle… Puis il recommença à parler.

- Pourquoi tu as fait ça ? Tu réalises ce que tu as fait ? Tu es une Sang-de-Bourbe, Granger, et même si je comprends que tu puisses craquer sur moi, ton geste est impardonnable ! Tu croyais que je voudrais sortir avec quelqu'un comme toi ?

Une fois de plus, seule l'envie de chanter demeurait dans le champ de ruine qu'était le cœur d'Hermione.

« I come from nowhere… »

- Epargne-moi tes chansons, Granger, je n'en vois pas l'utilité…

« You can come from something, you can come from nothing. »

Draco soupirait, cherchant un moyen de la faire taire sans recourir à la violence une fois de plus. Mais Hermione était comme une condamnée à mort : tout lui était indifférent, car elle avait tout à prouver et plus rien à perdre.

« You can be a princess, you can be a working man, but in the end... »

- Arrête, Granger ! Pour qu'il y ait une fin, il faut qu'il y ait un début !

Mais rien ne pouvait l'empêcher de chanter, car c'était encore la seule chose qui la rattachait à la vie.

« We all want something else... »

Draco ne put se contrôler plus longtemps. Il bondit vers Hermione, la plaqua contre le mur et lui ordonna de se taire. Mais dans un dernier élan, elle chanta une dernière phrase.

« We all want something we can't have... »

Il relâcha la pression, la laissant respirer. De toute manière, il avait eu ce qu'il voulait : elle avait enfin arrêté de chanter, elle ne lui détruisait plus les oreilles à coups de philosophie à deux gallions. Mais elle n'était pas décidée à se taire pour autant.

- Excuse-moi… Je n'aurais jamais du faire ça… Je me suis laissée emportée… Au fond, je ne te déteste pas, tu sais… Mais même après ce qui s'est passé, je maintiens ce que j'ai dit : peu importe ce que je suis et ce que tu es, tout est possible. Nous sommes très différents, mais nous avons aussi des points communs. Et quoi que tu fasses, tu ne peux pas le nier.

Hermione se dégagea des bras de Draco et partit en courant. Cette fois-ci, il ne tenta pas de la retenir. Il avait eu toutes les explications nécessaires, il s'était défoulé et il s'était vengé. Il ne comprenait pas tout ce qui s'était passé, mais c'était futile à ses yeux. Quelquefois, il vaut mieux ne pas comprendre, car la vérité fait bien plus mal que les illusions que l'on se crée.

Pendant ce temps, Hermione courait. Personne ne la poursuivait. Personne ne la précédait. Mais elle courait. Comme si sa vie en dépendait. Comme si courir allait la sauver. Tout dans sa tête se mélangeait. Les images défilaient au rythme de ses pas. Draco. Le baiser. La claque. La chanson. La fuite.

Elle voyait ces images comme une spectatrice attentive. Mais elle était actrice. Actrice de tout cela. Et elle ne comprenait pas le scénario. A quel moment le cœur de l'héroïne avait-il changé de cadence ? Comment les protagonistes s'étaient-ils retrouvés à s'embrasser ? Pourquoi le héros avait-il frappé l'héroïne ? Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête. Aucune n'avait encore trouvé une réponse.

La gryffondor arriva à la salle commune de sa maison. Les larmes inondaient encore ses joues rosies par la honte. Elle prit le temps de s'essuyer les yeux, et entra. Ce qu'elle redoutait arriva : Ron et Harry étaient rentrés de leur entraînement de Quidditch, et ils l'attendaient.

- Ah, Hermione ! Ca fait plus d'une heure que l'on t'attend, Harry et moi.

- Tu as découvert quelque chose ?

- Non… Je vais me coucher, je suis fatiguée.

- Hermione, tu es sûre que ça va ? Explique-nous au moins ce qui s'est passé.

- Demain…

Harry et Ron se lancèrent un regard étonné. Mais si Hermione voulait être seule, ils n'allaient pas l'embêter…

La jeune fille craqua devant la porte du dortoir. Les larmes envahirent une fois de plus ses yeux, et elle se jeta sur son lit, espérant secrètement que ses oreillers suffiraient à l'étouffer. Elle ne savait pas ce qui la rendait si triste : le fait que Draco l'ait rejetée ou la honte de s'être fait prendre. Elle voulait en découvrir plus sur le serpentard, et finalement c'est elle qui s'était fait prendre à son propre piège. Toute cette histoire semblait invraisemblable… Peut-être avait-elle rêvé ?

Elle se laissa glisser sur le dos, et étouffa un gémissement de souffrance. Sa peau la brûlait, et elle venait juste de réaliser à quel point sa mâchoire lui faisait mal. Alors, tout cela était bien réel… Plusieurs interrogations s'ajoutaient maintenant à celles apparues à chaud. Fallait-il en parler à Harry et Ron ? Si non, que leur dire ? Comment devait-elle réagir si elle voyait Draco ? Elle ne savait pas ce qu'elle devait faire ou dire. Dépassée par les évènements, elle finit par s'endormir. Son sommeil était peuplé de rêves blonds, amers et douloureux.

Le lendemain matin, Hermione n'avait pas l'esprit plus clair. A son réveil, pendant quelques secondes, les souffrances morales et physiques de la veille semblèrent n'avoir jamais eu lieu. Mais très vite, elles réapparurent, plus douloureuses que la veille encore. C'était décidé : elle ne parlerait pas de tout ça à Ron et Harry. Elle leur dirait simplement que Draco l'avait aperçue en train de les espionner, qu'il avait tenté de la frapper, mais que ce n'était rien de grave.

C'est ce qu'elle fit au petit déjeuner, et même si Harry et Ron maugréèrent sur Malfoy pendant quelques minutes, l'affaire fut vite oubliée. Hermione n'osait pas regarder en direction de la table des verts et argent, et priait de toutes ses forces pour ne pas croiser Draco au détour d'un chemin.

Si Dieu existe, alors il dut entendre ses prières car sa journée se déroula sans l'ombre de Draco. Mais la jeune fille n'avait pas oublié ce qui s'était passé. Elle était toujours douloureusement consciente de tout ce qui avait pu se passer. Et comme le soir précédent, elle se coucha tôt pour pouvoir déverser tous ses malheurs dans son oreiller.

Avant de se laisser aller à l'innocence de la nuit, sa dernière pensée fut pour le baiser volé de la veille. Toutes les sensations lui revinrent en mémoire, et une dernière larme trahit son désarroi. Et Hermione se dit que décidément, Draco et elle étaient fondamentalement différents. Et même si l'homme recherche souvent l'inaccessible, la jeune fille aurait parié tout ce qu'elle avait que jamais elle ne pourra se consoler en chantant :

« But we got together… And it's working okay. »

Une fois de plus, sa nuit fut envahie de cauchemars. Leur avantage, c'est que l'on se sent bien une fois que l'on a réalisé que ce n'était pas réel. Le problème, c'est quand ils deviennent réalité…