Je n'ai pas l'intention de détailler toute ma vie de cette manière, cette période représentait un tournant essentiel dans ma vie, et je dois dire que je m'en souviens particulièrement bien. Je crois que c'est au final la période la plus heureuse de ma vie. Tout était possible, je m'éloignais d'une vie dans laquelle je ne m'épanouissais pas, et dans laquelle je n'avais clairement pas ma place. Un futur dans un monde qui avait tout à offrir, un nouveau départ, avec une amie à mes côtés. Malheureusement, je l'ignorais à l'époque, mais cela n'allait pas durer, et ne se renouvèlerait jamais.
Après notre départ, Lily resta silencieuse pendant un bon moment, je me rendais bien compte que ce départ était une déchirure bien plus importante pour elle que pour moi, elle avait bien plus à perdre dans ce changement de situation. Je respectai donc son silence, attendant qu'elle prenne elle-même la parole.
Cependant, ce ne fut pas le cas, ce ne fut pas elle qui rompt le silence, mais la porte de notre compartiment qui s'ouvrit sur deux premières années. Tous deux bruns, l'un avec des lunettes rondes, l'autre avec une lueur malicieuse dans le regard. Ils se sont présentés, et après leur avoir donné nos noms, qu'ils ne connaissaient pas, nous demandèrent de quel sang nous étions. Évidemment, Lily ignorait de quoi ils parlaient, c'est donc moi qui leur ait répondu. Je vis qu'ils regardaient mon amie attentivement jusqu'à ce que je parle, et là ont semblé surpris : mon rude accent du nord leur semblait tellement incongru qu'ils oublièrent la présence de Lily et commencèrent à se regarder en gloussant, a défaut d'un meilleur mot. Je pense que ma haine envers eux s'est déclenchée à ce moment-là. Potter et Black, puisqu'il s'agissait évidemment d'eux, étaient deux sang-purs, parfaitement éduqués, dans la plus haute société sorcière ai-je appris plus tard. L'accent de Lily était lui aussi plus léger que le mien, elle n'avait pas été élevé dans le même milieu ouvrier que moi. Cette première rencontre fut déterminante pour le reste de nos vies respectives : Potter avait repéré Lily, je les détestai cordialement et je pris mon accent en horreur, me forçant à le corriger le plus rapidement possible.
Suite à cette rencontre, notre trajet se déroula plus calmement. Lily et moi sommes restés dans ce compartiment jusqu'au moment où elle me demanda de sortir pour qu'elle puisse passer son uniforme scolaire. Quelques minutes plus tard, nous échangions nos places, puis avons commencé à regarder par la fenêtre dans l'espoir d'apercevoir le château. C'était inutile, le trajet du train ne permettait pas de le voir, mais l'impatience de le voir nous rendait ces dernières minutes interminables.
La traditionnelle foule sur le quai, la voix d'Hagrid appelant les élèves de première année, la traversée du lac en barque… certains rituels sont immuables, bien que dans certains cas, totalement inutiles. Nous faisons traverser le lac aux élèves de première année car c'est de cet endroit que la vue sur le château est la plus majestueuse. C'est aussi un symbole de passage vers la vie d'adulte, la traversée de retour à la fin de la septième année clôt ce passage essentiel de la vie d'un sorcier. Je n'ai pas vraiment de marge de manœuvre vis-à-vis de celui qui m'a nommé directeur, mais je m'efforce de maintenir ces traditions. Si par bonheur le Seigneur des Ténèbres venait à disparaitre, elles constitueraient un socle commun à notre communauté.
Dans la barque, nous étions quatre : Lily et moi, naturellement, mais aussi un futur Serpentard : Avery, et un futur Gryffondor : Lupin. Lily a échangé quelques mots avec eux, je restai en retrait, envieux de sa capacité à parler avec des inconnus sans embarras.
Apres avoir finalement débarqué, nous avons suivi le chemin traditionnel des futurs premières années, jusqu'à nous retrouver dans la Grande Salle, brillamment éclairée, sous le regard de centaines d'yeux nous dévisageant sans discrétion. Il y a au cours de cette arrivée une grande part de mise en scène, destinée à faire prendre conscience aux nouveaux arrivants de la chance de venir étudier dans cette institution. Elle vise aussi à mettre tous les élèves sur un pied d'égalité, ceux qui viennent du monde magique, comme les autres sont également impressionnés par ces rites.
La répartition débuta après la chanson du Choixpeau, que j'avais trouvé extraordinaire à l'époque. Après presqu'une trentaine de rentrées, d'abord comme étudiant, puis comme professeur, je dois dire que la chanson a perdu une grande partie de son intérêt. Les élèves étaient répartis suivant l'ordre alphabétique, et je voyais d'abord Black, puis Lily et enfin Potter répartis à Gryffondor. J'espérais donc naturellement y aller moi-même, bien que la perspective de devoir vivre sept ans avec les garçons du train ne m'enchante pas. La question fut réglée lorsque j'entendis à mon oreille le Choixpeau me dire que je devais aller à Serpentard.
Bien sûr, j'étais déçu de ne pas être dans la même maison que Lily, mais je ne savais pas encore que la rivalité entre Serpentard et Gryffondor était si forte. Je pensais que notre amitié pourrait y résister, malgré nos séparations quasi permanentes.
En m'approchant de la table des Vert et Argent, je vis le garçon que avec lequel Lily avait discuté dans la barque, et je décidai de m'approcher de lui. Il ne fit aucun geste de rejet, je pris donc cela pour un accord tacite de m'assoir à côté de lui. Le reste du banquet se déroula sans incident notable. En écoutant les conversations autour de moi, je me rendis compte que les élèves étaient tous plus ou moins de la bourgeoisie sorcière. Ils ne s'en vantaient pas particulièrement, mais tout dans leur attitude, leur façon de parler, le disait. J'évitais donc de trop parler, pour ne pas trahir trop rapidement mes origines modestes, qui ne m'auraient certainement pas aidé à m'intégrer.
A la fin du repas, le préfet en chef, un jeune homme aux longs cheveux blonds nous mena jusqu'aux cachots, réservés aux Serpentard. Son maintien aristocratique lui conférait immédiatement une aura de puissance, et je cherchai pendant le trajet ce qui donnait cette impression au premier coup d'œil. Je dois dire que je l'admirais, pour ce qu'il était, ce qu'il représentait et que je ne serais jamais. Pendant des années, et encore parfois aujourd'hui, je me surprends à l'imiter inconsciemment. Il a constitué un modelé pour moi pendant un certain nombre d'années.
Une fois dans la salle commune Horace Slughorn, le directeur de Serpentard, vint nous souhaiter la bienvenue. Cet accueil était a l'image de ce que les années suivantes allaient être : les nouveaux venus appartenant a des familles prestigieuses étaient reconnus et salués, les autres n'avaient droit qu'a un vague regard. Ce vieux fou n'a pas changé et ne se rend pas compte du mal qu'il fait avec cette attitude. L'ironie de la situation ne m'a pas échappé, je suis le professeur le plus détesté de Poudlard, notamment a cause de ma partialité, et je me permets de critiquer Horace pour cela. Je pense d'ailleurs que ce sujet mérite d'être développé, mais je n'aurais pas le temps ce soir. Je vais donc terminer de raconter mon arrivée à Poudlard, et je ferai cette digression plus tard. Le directeur de Serpentard nous expliqua donc les rudiments des règles en vigueurs, le système des points, et tout le laïus habituel, puis nous envoya nous coucher. Dans notre dortoir, nous étions donc cinq garçons : Avery, Rosier, Wilkes et Mulciber. Je reparlerai d'eux plus tard dans mon récit.
Suite à cette arrivé, mes sentiments étaient partagés. Certaines de mes attentes étaient comblées, comme le fait d'échapper à ma vie de famille chaotique, mais les premières rencontres que j'avais faites me laissaient un arrière gout amer. Je ne savais pas encore à quel point j'avais vu juste.
J'espère sincèrement que ce chapitre vous à plu !
Si c'est le cas, n'hésitez pas à faire comme Sushi, KeanaB, debralovelove et ElweenSnape qui m'ont laissé des reviews,
et que je remercie encore une fois du fond du coeur, vos petits mots me font trop plaisir !
A la semaine prochaine !
